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Full text of "Histoire de l'Afrique et de l'Espagne, Intitulée Al-Bayano'l-Mogrib (Volume 1)"

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Histoire de 
l'Afrique et de 
l'Espagne 
intitulée 
Al-Bayano' ... 



Ibn al-Adhàrï 



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HISTOIRE DE L'AFRIQUE ET DE L'ESPAGNE 



INTITULEE 



AL-BAYA.NO 'L-MOGRIB 



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GOUVERNEMEMT GÉNÉRAL DE L'ALGÉRIE 



w v»^ww 



HISTOIRE DE L'AFRIQUE ET DE L'ESPAGNE 



INTITULEE 



AL-BAYANOT-MOGRIB 



TRADUITE ET ANNOTEE 



PAR 



E3. FAONAN 



TOME I 



ALGER 

IMPRIMERIE ORIENTALE P. FONTANA ET G ie , RUE D'ORLÉANS, 29 

1901 



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119833 

JUN 111908 

•IBS 
£. 



AVANT-PROPOS 



L'ouvrage intitulé El-bayân el-moghrib ft akhbjr el-Maghrib 
est une compilation de la fin du VIT siècle de l'hégire (XIII r s. de 
J.-C.ï, due à un auteur sur lequel nous manquons de renseigne- 
ments et dont le nom, quelquefois cité par d'autres auteurs, se 
retrouve toujours sous la forme, quelque peu singulière, de lbn 
'Adhari, à laquelle s'ajoute quelquefois l'ethnique Merrâkechi 
(Marocain). Elle est rédigée sous la forme de chronique et pré- 
sente le plus souvent cette sécheresse à laquelle semblent se com- 
plaire les Arabes, à qui la conception de l'histoire est presque 
restée étrangère. Elle nous a d'ailleurs conservé des fragments 
d'ouvrages antérieurs et disparus sans doute à jamais, entre 
autres d'une chronique d"Arîb ben Sa'd, auteur Cordouan de la 
seconde moitié du IV* siècle de l'hégire. Aussi M. de Slane expri- 
mait-il, il y a longtemps- déjà, le désir d'en voir faciliter l'usage 
/^par une traduction (Hist. des Berbères, i, 261 ; 11, 17 et 523 ; 
Bekri, intr. au texte ar., p. 16). 

Le texte a été mis au jour, d'après le manuscrit unique et 
incomplet conservé à Leyde, par R. Dozy (Histoire de V Afrique 
et de V Espagne intitulée Al-Bayano'l-mogrib, Leyde, 1848- 
i85i, 2 vol.). Le savant éditeur a également consulté le fragment 
d"Arib conservé à Gotha et antérieurement employé par Nichol- 
son, qui en avait, de même que d'autres savants, faussement 
attribué la paternité à Mas'oudi. On ne peut d'ailleurs mieux 
faire que de se reporter à la belle introduction qui figure en tête 
du texte du Bayân. 
En outre Dozy publia, peu avant sa mort, maintes améliora- 



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— Il — 

tions à son édition, sous le titre Corrections sur les textes du 
Bayâno'l-mogrib, etc., Leyde, i883. 

Dans les notes concises qui sont jointes à cette traduction, je 
me suis efforcé de rapprocher brièvement les assertions d'Ibn 
'Adhari de celles des principales sources orientales, s5ns toujours 
viser à épuiser ces dernières, comme aussi de contrôler certains 
de ses dires. J'ai tâché également, autant que je le pouvais, de 
faire connaître ou de mettre à même de connaître les nombreux 
personnages, savants et autres, dont il cite le nom ; mes recher- 
ches ont quelquefois été vaines, mais seront sans doute complé- 
tées par d'autres plus heureux ou mieux outillés. 



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EL-BAYAN EL-MOGHRIB 



(*) On dit que sur le littoral de rifrik'iyya se trouve 

un lieu nommé Monastir, qui est Tune des portes du 
paradis (*). Dans ce même pays se trouve aussi la monta- 
gne nommée El-Mamt'oûr, qui est une des portes de 
l'enfer ( 3 >. Une tradition dit que l'Ifrik'iyya produira 
70,000 martyrs à la face aussi brillante que la lune dans 
son plein. 

Le Prophète, à ce que rapporte Ibn Wahb, a dit : « Pour 
les habitants de l'Ifrik'iyya, il y aura grand froid, mais 
aussi grande récompense (*). » D'après Sofyân ben c Oyey na, 
on dit qu'il y a au Maghreb une porte qui est ouverte 
au repentir, qui est large de quarante années (de marche) 
et que Dieu ne fermera que quand le soleil se lèvera de 



(1) Le ms unique d'après lequel ce texte a été publié est acéphale, 
et la lacune, d'après la supposition vraisemblable de Dozy, est d'un 
feuillet. Il y a en outre des défectuosités partielles dans les quelques 
feuillets qui suivent : j'ai tâché de traduire ces fragments tels quels, 
sans d'ailleurs me flatter que j'aie pu toujours saisir le sens exact de 
quelques mots dépourvus de leur contexte. 

(2) Cette ville est assez longuement décrite par Bekri {Descr. de 
VAfr. sept., trad. de Slane, p. 88). 

(3) Voir Bekri, 325 ; Hist. des Berh., trad. de Slane, i, 325. C'est le 
Djebel Ouselat actuel (Tidjâni, J. As., 1852, n, 114). 

(4) On retrouve cette tradition avec d'autres analogues dans 
Bekri, p. 55. 



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- 2 - 

ce côté. Parmi les Compagnons de l'Apôtre de Dieu, il y 
eut beaucoup de Mohâdjiriens primitifs qui se rendirent 
en Ifrik'iyya, et de même beaucoup des successeurs (lâbi c ) 
pénétrèrent eh Espagne. Les souvenirs laissés par les 
Maghrébins sont d'ailleurs innombrables. 

Celui qui porta le premier la guerre en Ifrîk'iyya du 
temps de f Omar ben e4-Khat't'àb fut c Amr ben el- c Açi, 
qui avait conquis l'Egypte en Tan 20 de l'hégire (20 déc. 
640). Ce général envoya c Ok'ba ben Nâfi c Fihri dans la 
Libye et la Marmarique, pays qui ^furent conquis; puis 
c Amr lui-même s'avança jusqu'à Bark'a, dont les habi- 
tants se rendirent par composition [moyennant ] sur 

chaque individu pubère W. De là il poussa sur Tripoli, 
qu'il conquit malgré les secours que demandèrent les 
habitants de cette ville à la tribu [P. 3] berbère de 
Nefoûsa à raison de leur commune conversion au Chris- 
tianisme. 

En l'année 21 (9 déc. 641), c Amr ben el- c Açi [conquit] 
Alexandrie < 2 ). En cette même année il conquit la pro- 
vince de Tripoli et écrivit au Prince des croyants c Ômar 
ben el-Khat't'âb pour lui annoncer de quelles conquêtes 
Dieu l'avait favorisé, en ajoutant qu'il avait maintenant 
devant lui l'Ifrik'iyya, région obéissant à de nombreux 

princes et dont les habitants et, pour la plupart, 

avaient des chevaux comme montures. Mais le khalife 
ayant répondu par l'ordre de revenir en arrière, c Amr 
fit rétrograder ses troupes du côté de l'Egypte. 

c Omar ayant ensuite trouvé la mort du martyre, son 



(1) Barka fut reçu à composition moyennant 13,000 dinars et à la 
fin de Tannée 2\ [Nocljoûm, i, 14 ; Belàdhori, p. 224). 

(2) Voir Belàdhori, pp. 218 et 220. 



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- 3 — 

successeur c Othmàn enleva le gouvernement de l'Egypte 
à c Amr et en investit, en l'an 25 (27 oct. 645), *Abd 
Allah ben Sa c d. En 27 (6 oct. 647), r Othmân donna à 
e Abd AUàh ben Sa c d ben Aboû Sarh. . . . l'Ifrîk'iyya. 

Conquête de l'Ifrîk'iyya par Ibn Aboû Sarh'. 

— l'armée Merwân ben el-Hakam ; il rassembla de 

nombreux Omeyyades c Abd Allah ben ez-Zobeyr 

ben el- c Awwâm avec nombre des siens, ainsi qu' c Abd 
er-Rahmân [ben Zeyd ben el-KhatTâb] et c Abd Allah 

[ben *Omar ben el-Khat't'àb] W, en moharrem de 

cette année. Conformément à son ordre on dressa le 
camp, et alors il leur fit la khotba (sermon), leur adressa 
de sages conseils et excita leur zèle à la guerre sainte ; 
après quoi il ajouta: « J'ai recommandé à c Abd Allah 
ben Sa c d [P. 4] d'agir au mieux à votre égard et de vous 
traiter avec bienveillance ; je vous confie à la direction 
d'El-H'ârith ben el-H'akam pour vous mener à c Abd 
Allah ben Sa c d, qui alors prendra le commandement. » 

Quelques détails sur 'Abd Allah ben Sa'd 'Amiri ; 
son commandement et la conquête qu'il fit de l'Ifrîk'iyya. 

Ce personnage avait d'abord servi de secrétaire à 
l'Envoyé de Dieu, puis avait apostasie et rejoint les 
polythéistes à la Mekke. Mo c âwiya ben Aboû Sofyân, 
qui était alors à la Mekke et qui avait sincèrement 
embrassé l'Islamisme, le remplaça en qualité de secré- 
taire auprès du Prophète. Lorsque ce dernier s'empara 



(1) Ibid. p. 226. 



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T 4 ~ 

de cette ville, c Abd Allah se réfugia dans la maison 
d ,e Othmân pour solliciter sa protection, et c Othmân 
obtint du Prophète le pardon d'Ibn Aboû Sarh', qui était 
son frère de lait et dont, à partir de là, la foi resta sin- 
cère (*>. c Othmân, lorsqu'il fut devenu khalife, le nomma 
gouverneur et chef militaire de l'Egypte. Après avoir à 
maintes reprises envoyé des détachements de cavalerie 
légère pour enlever du butin du côté de flfrîk'iyya, c Abd 
Allah écrivit à c Othmân pour lui dire quels résultais il 
avait obtenus, et ces informations déterminèrent l'envoi 
qui lui fut fait d'un corps d'armée dont il devait prendre 
le commandement pour entreprendre une campagne 
contre lTfrîk'iyya. 

c Abd Allah se mit donc en marche à la tête de vingt 
mille hommes contre cette contrée, qui obéissait à un 
patrice nommé Djerdjir, dont l'autorité s'étendait de 
Tripoli à Tanger. Le général musulman envoya dans 
diverses directions des. colonnes légères qui ramenèrent 
toutes du butin. Lui-même rencontra un matin le patrice 
que suis r ait une armée de cent vingt mille hommes, dans 
un lieu connu sous le nom de Sobeytala (Suffetula). Le 
grand nombre de leurs ennemis jeta les musulmans 
dans l'angoisse, et ils ne partageaient pas l'avis de leur 
chef, [P. 5] qui alors §e retira dans sa tente pour réflé- 
chir. Mais Djerdjir, de son côté, fut pris de peur en- 
voyant les musulmans ; il fit sortir la tour mobile 
( Jj*xo) et y monta pour de là dominer les troupes, et il 

fit distribuer les armes Sa fille monta sur la tour et 

se dévoila, entourée de ses quarante servantes qui 



(1) Sur ce personnage, voir entre autres les textes auxquels renvoie 
Fournel, Les Berbers, i, 20. 



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' -*- 5 — 

étaient montées avec elle et étaient magnifiquement 
parées et ornées de bijoux. Les escadrons défilèrent les 
uns après les autres, tandis que lui-même [se trouvait 
au haut de] la tour : « Connaissez-vous, leur dit-il, la 
personne que voilà ? — Certes, répondirent les guerriers, 

c'est la princesse fille du roi [— Celui qui tuera] 

c Abd Allah ben Sa c d, chef des Arabes [je lui donne- 
rai] comme dot, les servantes, les richesses et les paru- 
res » Les musulmans n'étaient qu'un petit nombre, 

tandis que les guerriers de Djerdjir étant, comme nous 
l'avons dit au nombre de cent vingt mille, l'opposition 
qui se fit jour contre le projet d'Ibn Sa c d l'avait fait se 
retirer dans sa tente pour réfléchir (*). 

'Abd Allah ben ez-Zobeyr met Djerdjir à mort. 

Je remarquai, raconte c Abd Allah ben ez-Zobeyr, un 
passage non défendu auprès de Djerdjir, alors que ses 
guerriers étaient rangés en ordre de bataille : monté sur 
une lourde monture grise, il se tenait en arrière et à 
quelque distance des siens, tandis qu'à ses côtés deux 
jeunes filles l'abritaient à l'aide de plumes de paon con- 
tre les rayons du soleil. Je me rendis alors à la tente 
d' c Abd Allah ben Sa c d et je demandai à être introduit 
près de lui : « Laisse-le, me répondit son chambellan, car 
il est en train de réfléchir [P. 6] à la situation, et si quel- 
que plan s'était présenté à son esprit, il se serait montré 
ou aurait appelé. — Mais, répondis-je, j'ai besoin de 
m'entretenir avec lui. — J'ai l'ordre de refuser l'entrée 
jusqu'à ce qu'il m'appelle. » Alors, continue c Abd Allah, 



(1) Comparez Noweyri, dans de Slane, H, des Berbères, i, 318. 



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- 6 - * 

je fis le tour de la tente et j'arrivai par derrière ; en 
apercevant mon visage, il me fit un signe de tête pour 
me dire d'entrer. Il était étendu sur sa couche et me 
demanda ce qui m'amenait : « J'ai vu, lui dis-je, un 
passage non défendu chez l'ennemi ; j'ai cru que c'était 
là une occasion favorable que Dieu nous ménageait, et 
(je suis venu) dans la crainte de la laisser échapper. » 
Il se leva aussitôt et vint reconnaître avec moi ce que 
j'avais constaté : « Soldats, s'écria-t-il, marchez avec 
Ibn ez-Zobeyr ! » Toute une troupe se précipitant vers 
moi, je choisis dans le nombre trente. cavaliers, à qui je 
dis : « Je me charge de tout ; frappez seulement ceux qui 
m'attaqueraient par derrière, et, avec l'aide de Dieu, je 
saurai me garder de ceux que je verrai en face. » Je me 
lançai au galop dans la direction du prince ennemi, tan- 
dis que ceux qui composaient ma petite troupe me sui- 
vaient et gardaient mes derrières, et je les menai ainsi 
jusqu'à un endroit découvert où un certain espace s'éten- 
dait entre eux et moi. Le prince se figurait que je n'étais 
autre chose qu'un messager et le crut jusqu'à ce que, 
voyant mes armes, il tourna bride pour s'enfuir 0). Quand 
je fus à portée, je lui donnai un coup de lance qui le fit 
tomber et je me précipitai sur lui ; mais les deux jeunes 
filles voulurent le couvrir de leur corps, si bien que je 
coupai la main de l'une d'elles. J'achevai de le tuer, puis 
je hissai sa tête sur ma lance; ses troupes se précipi- 
tèrent, mais les musulmans chargèrent de mon côté, 
restèrent victorieux, mirent les Roûm en fuite et les 
massacrèrent à leur gréW. Partout ils dressèrent des 



(1) Je suis la leçon de VAçjhàni ; voir note suivante. 

(2) Tout ce récit, depuis le commencement du chapitre, est la 



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- 7 - 

embuscades; les cavaliers et les fantassins devancèrent 
les fuyards devant la place forte de Suffetula et les em- 
pêchèrent d'y pénétrer : ils les resserrèrent à l'aide de 
leur cavalerie tant à droite qu'à gauche, en plaine comme 
en montagne, puis il fut fait un grand massacre des 
troupes à pied et à cheval, sans parler des captifs, si 
nombreux que, dans un seul endroit, j'en vis plus de 
mille. » 

D'après le récit de cheykhs d'Ifrik'iyya, la fille de 
Djerdjir vit, après la mort de son père, des Arabes se 
disputer à ce propos, et comme elle demandait le motif 
de leur discussion, on lui apprit [que c'était à cause] de 
son père. Elle dit avoir vu [P. 7] celui qui lui avait porté le 
coup fatal, et répondît, sur la demande que lui adressa 
Ibn Aboû Sarh', qu'elle pourrait le reconnaître. On fit 
donc défiler les guerriers devant elle, et ce fut c Abd 
Allah ben ez-Zobeyr qu'elle désigna. Quand Ibn Aboû 
Sarh' demanda à ce dernier pourquoi il avait caché son 

exploit, ce héros répondit : « Celui-là le sait qui » La 

fille de Djerdjir lui fut attribuée dans sa part du butin. ... 
Leurs biens étaient, en majeure partie, constitués par de 
l'or et de l'argent On mettait devant lui des mon- 
ceaux de ces métaux précieux, et il demanda aux Afri- 
cains d'où cela leur venait. L'un d'eux se mit à fouiller 
le sol et en tira un noyau d'olive : «Voilà, dit-il, la source 
de nos richesses, car ni les marins, ni les insulaires 
n'ayant d'huile venaient en acheter ici (*) . » Chaque cava- 



reproduction presque littérale du Kitàb el-Aghâni (t. vi, 59) ; voir de 
Slanc, Lettre, etc. (/. As., 1844, n, p. 340) ; Ibn el-Athir, Annales du 
Maghreb, p. 13 de ma trad. ; de Slane, H. des Berb., i, p. 318. 

(1) Le même détail se retrouve dans Ibn *Abd el-Hakem (H. des 
Berb., t, 306) et dans Tidjàni {J. As., 1852, n, 124). 



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- 8 - 

lier reçut pour sa part trois mille dinars en or, et chaque 
fantassin, mille. 

De Suffetula, IbnAboûSarh' fit partir dés détachements 
et des colonnes expéditionnaires ; la cavalerie parvint 
jusqu'aux villages fortifiés (k'oçour) de Gafça, et ces 
expéditions procurèrent du butin et des captifs. 

Cette affaire abattit l'orgueil des Roûm d'Ifrik'iyya et 
leur inspira une grande terreur, de sorte qu'ils cherchè- 
rent un abri dans les places fortes et les lieux de refuge. 
Ils offrirent ensuite à Ibn Sa c d trois cents quintaux d'or 
pour le décider à les laisser tranquilles et à évacuer 
leur territoire. Ce chef accepta et reçut tout cet or. Une 
des clauses du traité transactionnel portait que les 
musulmans garderaient ce qu'ils avaient reçu antérieu- 
rement, mais restitueraient ce qu'ils auraient pris 
postérieurement à cet arrangement (*). 

Ibn Sa c d fit venir Ibn ez-Zobeyr et lui parla en ces 
termes : « Nul plus que toi n'a de titres à porter cette 
bonne nouvelle ; pars donc et va annoncer au Prince 
des croyants c Othmân, à Médine, les bienfaits que Dieu 
a fait descendre sur les musulmans!» Ibn ez-Zobeyr 
quitta donc Sobeytala, et arriva, à ce qu'on prétend, à 
Médine en vingt-quatre jours, [P. 8] après avoir fait en 
Ifrik'iyya un séjour d'un an et deux mois. Le butin 
provenant delà conquête parvint ensuite à Médine ; il 
fut mis en vente, et le quint fut adjugé à Merwân ben 
el-Hakam [moyennant cinq cent mille dinars], dont 
c Othmàn lui fit la remise à cinquante dinars près (?), et 
c'est là l'un des faits reprochés à ce .khalife. C'est à 
propos de cette affaire et du rappel qu'il fit d'El-Hakam, 



(1) Voir.Tidjâni,^., p. 122. 



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— 9 - 

dont l'exil avait été prononcé par le Prophète (*) , 
qu v Abd er-Rahmân, frère de Kenda( 2 ) , s'exprime ainsi : 

[Motakârib]. J'en prends solennellement Dieu à témoin, 
le Créateur n'a rien laissé à l'aventure ! Toi tu as été créé 
pour servir de pierre de touche, afin que nous soyons 
éprouvés par toi ou bien que tu le sois toi-même. Tu as 
rappelé le maudit (3) , contrairement à la tradition de celui 
qui n'est plus, tu as arbitrairement donné à Merwân le 
quint qui revient aux serviteurs de Dieu et tu as couvert de 
ta protection ce qui est interdit. 

Merwân ben el-Hakam dit un jour, pendant qu'il se 
trouvait dans le salon de Mo c âwiya : a II y a trois choses 
où je n'ai jamais rien introduit de prohibé : ma maiçon 
à Médine, ma propriété à Dhoû Khochob < 4 ) et les prélè- 
vements légaux de mes femmes. » Mo c âwiya tourna ses 
regards du côté d' c Abd Allah ben ez-Zobeyr, qui était 
présent et qui dit : « Tu médis de choses que je con- 
nais bien ; pas si vite, Aboû e Abd el-Melik ( 5 ) ! Nous 



(1) El-H'akam ben AboùVAçi, dont le fils Merwân fut le qua- 
trième khalife omeyyade, avait d'abord témoigné de l'hostilité au 
Prophète, mais embrassa la foi nouvelle lors de la prise de la Mekke 
par Mahomet. Ce dernier, qui avait à se plaindre de ses indiscrétions, 
l'exila ensuite du côté de Tà'if, mais v Othraàn mit fin au bannisse- 
ment de ce tiède serviteur (Nawawi, Biogr. dictionary, p. 546 ; 
Weil, i, p. 16")). Le nom de ce personnage est écrit El-Hakam ben 
el-Aç dans C. de Perceval {Essai, etc., i, p. 370; n, p. 616) et dans 
Aboulféda, (Vie de Mahomet, p. 23); mais l'orthographe correcte c^t 
celle que nous avons reproduite d'après lbn el-Athir et Belàdhori. 

(2) Ce poète est appelé 'Abd er-Rah'màn ben H'assàn ben Mol il et 
frère de Kelda dans YAyhàni (vi, p. 59), où l'on retrouve, avec des 
variantes, les quatre vers qui suivent, en outre de trois autres. 

(3) Variante, l'exilé, ce qui est également admissible, les deux 
épithètes lui étant appliquées (Nodjoùm, i, p. 100). 

(4) Quartier de Médine. 

(5) Prénom de Merwân ben el-H'akem. 



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— 10 - 

sommes allés en Ifrîk'iyya avec c Abd Allah ben Aboû 
Sarh' 

Il campa sur une hauteur d'où il découvrait la mer 
[à douze milles de Sousse ( f ) ]. Ce qu'apprenant Nicé- 
phore (?) il mit à la voile et s'enfuit sans combattre. Ibn 
ez-Zobeyr s'avançant vint camper sous la porte de Sousse, 
auprès de la mer; il fît avec les fidèles la prière de 
V c açr, sous les regards des Roûm émerveillés de son 
audace. [Ceux-ci firent marcher] contre lui un corps de 
cavalerie, mais Ibn ez-Zobeyr, sans se laisser effrayer 
par cette nouvelle, poursuivit et acheva sa prière ; puis 
se mettant à la tête de ses compagnons, il chargea l'en- 
nemi, [P.9] qui fut totalement mis en déroute. Après 
quoi ce chef alla rejoindre Mo c âwiya ben [Hodeydj, du 
côté] du Djebel el-K'arn. 

Ce dernier officier envoya ensuite c Abd el-Melik ben 

Merwân à la tête de deux mille cavaliers contre 

Djeloùla, place qui fut assiégée pendant quelques jours 
et qui, après avoir eu un grand nombre de ses habitants 

tués, fut emportée de vive force Le vainqueur en 

enleva tout ce qu'elle renfermait et le traîna à sa suite 
auprès de Mo c âwiya ben Hodeydj, qui en opéra le par- 
tage entre les musulmans ; chacun d'entre eux reçut, 
dit-on, deux cents mithkàl ( 2 ). 

Mo c àwiya ben Hodeydj envoya contre la Sicile une 
expédition composée de deux cents bâtiments, qui revint 
après avoir passé un mois dans cette ile et y avoir fait 



(1) Je supplée ces mots d'après Bekri, à qui ces détails paraissent 
empruntés (texte, p. 34 ; trad., p. 84); Tidjàni, L.Z., p. 105. 

l2) Sur la prise de Djeloùla, voir Bekri, p. 79. 



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- 11 - 

du butin et des prisonniers des esclaves et des idoles 

garnies de pierres précieuses. On procéda au partage du 

butin et il envoya Mo c âwiya ben Aboû Sofyàn. Tel 

est le texte d' c Arîb dans son Abrégé de Tabari (*). 

Mo'âwiya ben Hodeydj Kindi en Ifrlk'iyya. 

Er-Rak'ik s'exprime ainsi dans son livre : Héraclius, 
roi de Constantinople et de Rome, [recevait de divers 
princes] un tribut : tels, par exemple, le comte d'Alexan- 
drie et de Bark'a de Tripoli et de Cabra, le prince 

de Sicile et des Roûm d'Ifrik'iyya et d'Espagne ( 2 ). Quand 
il apprit [que la paix était conclue entre les habitants 
d'Ifrik'iyya] [P. 10] et c Abd Allah ben Aboû Sarh\ il 
envoya dans ce pays un patrice du nom d'Awlima [pour 
réclamer] trois cents quintaux d'or, quantité égale à 
celle qu'avait prise Ibn Aboû Sarh'. Ce chef descendit à 
Carthage et informa les habitants du [but de sa mis- 
sion] : « Les sommes que nous avions entre les mains, 
répondirent-ils, nous ont servi de rançon pour échapper 
aux Arabes; [comment donc l'empereur] voudrait-il 
encore prélever sur nous la même somme que d'habi- 
tude ? » Celui qui était chargé de leurs affaires se nom- 
mait H'abâh'iya [gouverneur chrétien qui avait remplacé 
Djerdjir]. Ils tombèrent d'accord pour mettre El-At'ri- 
yoûn à leur tète, et H'abâh'iya se rendit en Syrie [où il 
exposa à Mo c àwiya ben Aboû Sofyân] l'état de i'Ifri • 
k'iyya.... en lui demandant de le faire accompagner dans 



(1) Ce dernier alinéa figure dans Amari, Biblioteca arabo-sicula y 
trad., ii, p. 1. 

(2) Cf. Ibn el-Athir, Annales, p.^14, d'après lequel je comble des 
lacunes. 



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- 12 - 

le Maghreb par un corps d'armée, ce qu'il obtint en 

45 (23 mars 665). Mo c âwiya ben Hodeydj se mit donc en 
marche (*) 

c Abd el-Melik ben Merwàn pénétra dans la ville 

[de Djeloûla] de vive force, et les musulmans s'y empa- 
rèrent de tout ce qu'elle renfermait, ainsi qu'il a été dit 
plus haut Entre Mo c âwiya ben Hodeydj et c Abd el- 
Melik ben Merwàn surgirent des discussions parce que 

ce dernier voulait ses frères et ses compagnons, 

attendu que la conquête de la ville était de son fait ( 2 ). 
H'anach Çan c âni dit un jour à c Abd el-Melik : « Eh quoi 
donc! Tu deviendras un jour khalife, je le jure, et alors 
ce sera toi qui décideras ; renonce donc au butin ! » 
Quand c Abd el-Melik devenu khalife fit marcher El- 
Haddjâdj ben Yoûsof contre f Abd Allah ben ez-Zobeyr, 
H'anach fut fait prisonnier et envoyé (P. 11] à c Abd el- 
Melik ben Merwàn, qui lui dit : « N'est-ce pas toi qui, 
lors de la prise de Djeloûla, m'annonças que je devien- 
drais khalife ? — C'est moi, en effet. — Et pourquoi donc 
as-tu quitté mon parti pour te rallier à Ibn ez-Zobeyr ? 
— Parce que je l'ai vu élevant le drapeau de Dieu, tandis 
que tu dressais celui des choses de ce monde. — Je te 
pardonne », reprit le khalife. 

En l'an 46 (12 mars 666), dit Belâdhori, eut lieu la 
première expédition contre la Sicile, où Mo c âwiya ben 
Hodeydj envoya c Abd Allah ben K'ays. Cet officier y prit 
des idoles d'or et d'argent diadémées de pierres pré- 
cieuses, qui furent adressées à Mo c àwiya ben AboûSofyân 



(1) 11 y a ici environ sept lignes de blanc ; voir Ibn el-Athir, 
Annales, p. 14, et Bekri, p. 79-81 ^ 

(2) Cf. Bekri, p. 81, 



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- 13 - 

et celui-ci les envoya dans l'Inde pour en obtenir le (plus 
haut) prix. Cet acte souleva contre lui la réprobation 
énergique du peuple. Celui qui gouvernait alors riirîk'iyya 
au nom de Mo c àwiya ben Aboû Sofyàn était, au témoi- 
gnage de Tabari, Mo c âwiya ben Hodeydj Kindi, déjà 
cité (*). 

En 47 (2 mars 667), Mo'àwiya ben Aboû Sofyân enleva 
à c Abd Allah ben c Amr ben El- c Açi.le gouvernement de 
l'Egypte et le remplaça par Mo r âwiya ben Hodeydj Kindi, 
qui quitta rifrik'iyya pour se rendre dans le pays où il 
venait d'être nommé. Ibn Hodeydj, qui avait autérieure- ' 
ment fait mettre à mort Mohammed ben Aboù Bekr 
Çiddîk( 2 ), rencontra c Abd er-Rah'màn ben Aboû Bekr, 
qui lui dit : « Tu as, ô Mo c âwiya, reçu de Mo'âwiya ben 
Aboû Sofyân ta récompense : tu as tué Mohammed ben 
Aboû Bekr pour devenir gouverneur d'Egypte, et la chose 
est faite. — Si, dit-il, j'ai tué Mohammed, ce n'est pas en 
vue d'obtenir un gouvernement, mais seulement pour 
venger la mort d' c Othmân. » ( 3 ) 

En 48 (19 fév. 668), Mo'âwiya ben Hodeydj continua de 
gouverner l'Egypte et Tflfrîk'iyya au nom de Mo'àwiya] 
ben Aboû Sofyân. 

En 49 (8 fév. 669), [ c Okba ben Nâfi c ] Fihri entreprit, de 
concert avec les Egyptiens, une expédition maritime 
contre les Roûm ( 4 ). En la même année [P. 12] ben 



(1) Cet alinéa se retrouve dans Amari, Biblioteca, u, p. 2 ; compa* 
rez ce que dit Belâdhori, texte, p. 235, traduit par Amari, iï>., i, p. 268. 

(2) Voir Weil, Gesch. der Chalif, i, p. 240 ; Mas'oûdi, Prairies d'or, 
iv, p. 421 ; v, p. 32 ; AboiTl Mehàsin, Nodjoûm, i, p. 120; Ibn el- 
Athîr, m, 299, etc. 

(3) J'ai restitué quelques mots manquants d'après Ibn el-Athir, 
m, 379. 

(4) Cette expédition maritime est aussi rappelée par le Nodjoûm^ 
i, p. 154. — La lacune qui suit est d'environ sept lignes. 



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- 14 - 

Nâfi* ben c Abd Kays ben. . . Ibn Aboû'l. . . . dit qu' c Okba 
naquit un an avant le Prophète. D'après Ibrahim ben 
el-Kâsim, c Okba à la tête de dix mille musulmans arriva 
dans l'Ifrik'iyya, qu'il conquit et où il s'avança, poursui- 
vant le sabre à la main tous les chrétiens qui s'y trou- 
vaient. Ce chef tint alors aux musulmans le discours 
que voici : « Dans cette région, les habitants se conver- 
tissent à l'Islam quand arrive un prédicateur de la foi, 
mais quand il se retire, les nouveaux convertis retour- 
nent à leurs erreurs. Je suis donc d'avis que vous pre- 

• niez pour y fixer à toujours la foi musulmane. » Cet 

avis fut unanimement accepté, et l'on décida que les 

gens stationnés dans les ribât (couvents fortifiés) 

pour la guerre sainte et la défense des frontières W. « Je 
crains également, continua c Okba, que le prince de 
Constantinople ne vienne la conquérir; établissez donc 

aussi entre cette (ville) et la mer dont ne puisse se 

rendre maître celui qui tiendrait la mer sans. . . . qu'il y 
ait de là à la mer une distance qui nécessite l'abréviation 

de la prière; on y tiendra garnison Rapprochez-la, 

dit-il, de la sebkha (lac salé), car vous avez pour bêtes 
de somme des chameaux qui vous servent à transporter 

vos bagages des incursions et de la guerre jusqu'à 

ce que Dieu nous en fasse faire la conquête de proche 

en proche. Alors nos chameaux dont les pâturages 

seront à l'abri des attaques des Berbères et des chré- 
tiens. » Ichbili dit, dans son livre des Mesâlik 

entrèrent dans le Maghreb, ils trouvèrent que les Francs 



(1) Ces détails et ceux qui suivent se retrouvent, mais abrégés, 
dans Ylstibçar, éd. Kremer, p. 4, et trad. fr., p. 8; voir aussi le récit 
de Mouley Ahmed, ap. Voyages dans le sud de l'Algérie, de Ber- 
brugger,*p. 219. 



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- 15 - 

les y avaient devancés : ils les poursuivirent, puis la paix 
fut conclue à condition et que les Francs réside- 
raient dans les plaines. Ce fut dans cette partie du pays 
qu'ils édifièrent des villes. 

Reprenons le fil de notre récit. En 50 (28 janv. 670), 
c Okba commença à construire la ville de K'ayrawàn. Les 
Arabes répondirent à l'appel qu'il leur adressa à ce 
propos, mais ensuite ils lui dirent : « Tu nous fais bâtir 
dans une région peu enviable, constituée par des fourrés 
et des marais couverts de roseaux où il y a à redouter 
les bêtes féroces, les serpents et autres animaux nuisi- 
bles. » Or, comme son armée comptait dix-huit Compa- 
gnons du Prophète et que le reste était formé de succès- 
seurs, il adressa une invocation que tous ceux qui le 
suivaient firent suivre d'un amen; puis s'avançant[P. 13] 

vers la sebkha il s'écria : « Serpents et bètes féroces I 

nous sommes les Compagnons du Prophète; éloignez- 
vous, car nous allons nous fixer en ces lieux, et doréna- 
vant nous tuerons tous ceux d'entre vous que nous ren- 
contrerons ici ! » On assista alors à ce spectacle merveil- 
leux du défilé des lions, des loups et des serpents qui 
s'éloignaient en emportant leurs petits, et conformément 
à son ordre on respecta ces animaux pendant qu'ils pro- 
cédaient à leur exode. Quand il fut terminé, c Okba des- 
cendit dans le creux et le fit déboiser, et pendant les 
quarante années qui suivirent, on n'y vit plus ni scor- 
pions ni fauves (*). 

Il dressa alors le plan de la maison de gouvernement 



(1) Cette légende se retrouve ailleurs (Ibn el-Athir, Annales, p. 19). 
Sur la fondation de K'ayrawan, voir aussi Noweyri {H. des Berb., i, 
327). 



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- 16 - 

et de la grande mosquée, mais sans faire élever les murs 
de celle-ci, bien qu'il y fit la prière. Mais il s'éleva dans 
la masse des discussions au sujet de la direction de la 
Mekke (kibla): « Les indigènes, lui dit-on, régleront 
leur kibla d'après celle de cette mosquée ; il faut que tu 
fasses tous tes efforts pour la fixer exactement. » Pendant 
quelque temps on observa les levers et les couchers des 
étoiles, tant l'hiver que l'été, ainsi que les levers du 
soleil. Gomme les observations n'étaient pas conformes, 
il se coucha un jour tout soucieux et pria Dieu de lui 
venir en aide. Alors il vit en songe quelqu'un qui lui 
disait : « A ton réveil, prends l'étendard que tu as à la 
main, mets-le toi au cou et alors tu entendras prononcer 
un cri de « Dieu est grand » que nul autre musulman 
que toi ne percevra ; regarde où s'arrêtera ce son, c'est 
là la kibla. Dieu, par considération pour toi, accorde sa 
faveur à ce camp, à cette ville et à cette mosquée, il s'en 
servira pour humilier les infidèles. » c Okba, en proie au 
plu» grand trouble, se réveilla et, après avoir procédé 
aux ablutions légales, se mit à dire la prière dans la 
mosquée et en compagnie de notables. Après que l'au- 
rore eut paru et qu'il eut fait une prière de deux rek*a, 
il entendit qu'on disait devant lui : « Dieu est grand. » 
Il interrogea ceux qui l'entouraient, lesquels lui dirent 
n'avoir rien entendu, ce qui lui fit conclure que ce signe 
émanait bien de Dieu. Il prit donc l'étendard, se le mit 
sur le cou et suivit la voix, qui le mena ainsi jusqu'à 
l'emplacement du mihrâb de la grande mosquée, où elle 
cessa de se faire entendre. [P. 14] Ce fut là qu'il ficha son 
étendard, en ajoutant que là était le mihrâb qui devait 
servir aux fidèles, et ce point servit de repère pour toutes 
les mosquées de la ville. 



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-17 - 

Il se mit alors à élever les murs, les temples et les 
habitations ; on y amena de toutes parts des charges de 
marchandises, et l'importance de ce lieu s'accrut beau- 
coup. Les maisons s'étendaient sur une longueur de 
treize mille six cents coudées, si bien que... c Okba, dont 
les prières étaient écoutées du ciel, était d'ailleurs un 
excellent administrateur et général. 

En 55 (5 déc. 674), Mo c àwiya ben Aboû Soiyàn préposa 
à l'Egypte et à l'If rik'iyya Maslama ben Mokhalled Ançâri, 
enlevant ainsi l'administration du premier de ces pays à 
Mo'àwiya ben Hodeydj, et celle dij second, à c Okba ben 
Nâfi c . Son administration dura quatre.... Maslama avait 
déjà gouverné l'Egypte. Après sa nomination en Ifri- 
k'iyya il révoqua c Okba et le remplaça par [Aboû' 1-Mo- 
hàdjir]. Mo c âwiya réunit sur la tête de ce chef tout le 
pays depuis Tripoli jusqu'à Tanger, ce qui ne s'était pas 
fait avant lui et ce qui dura jusqu'à la mort de Mo c âwiya 
ben Aboû Sofyân. 

Aboû 1 1-Mohâdjir devient gouverneur de l'Ifrlk'iyya ; dépossession 
d'<Okba ben Nâfi'. 

Après que Mo c âwiya ben Aboû Sofyân eut confié l'admi- 
nistration du Maghreb à Maslama ben Mokhalled, celui 
ci nomma sous-gouverneur en Ifri'kiyya son client Aboû' 
1-Mohâdjir, en remplacement d' c Okba, qui fut ainsi révo- 
qué. On dit à Maslama ben Mokhalled : « [Pourquoi n'as- 
tu pas laissé c Okba en] Ifrik'iyya, car il avait des droits 
antérieurs en outre de son mérite, et c'est lui qui a édifié 
K'ayrawân et sa mosquée... dans un autre gouverne- 
ment.... nous voudrions.... en Ifrik'iyya.... » II. opéra 
grossièrement cette destitution. e Okba sortit de la ville.... 



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- 18 - 

jusqu'à ce qu'il l'eût dépassée de deux milles.... du côté 
de Tunis.... (*) [P. 15] J'ai ouï dire que toute une troupe de 
Koreychides y doit trouver la mort du martyre : « grand 
Dieu, s'écria c Okba, moi aussi j'en serait) ». Il lui arriva 
ensuite ce qui a été raconté ci-dessus. 

TehoûdaW est une ville des plus anciennes, bâtie en 
pierre, renfermant de nombreux marchés (soûk'J et 
n'ayant qu'un seul faubourg ; on y trouve une vaste 
mosquée principale, d'autres mosquées et de grands 
fondoûks. La population qui l'habite est berbère. 

En moharrem64 (comm.29août683), Koseyla le Bernesi 
pénétra à K'ayrawân et l'enleva aux musulmans dans les 
circonstances que voici W. A la tête d'une foule de Ma- 
ghrébins qui s'étaient joints à lui, il marcha contre 
K'ayrawân, où les musulmans passèrent par de rudes 
épreuves et où Zoheyr ben K'ays, prenant la parole en 
qualité de prédicateur, s'exprima en ces termes : « Musul- 
mans ici réunis, vos compagnons sont en paradis et ont 
reçu de Dieu les palmes du martyre ; faites comme eux, 
Dieu ne peut non plus faire moins pour vous ! » Mais 
H'anach Çan c âni s'écria : « Non, par Dieu ! nous ne 
t'écouterons pas, car tu n'es pas notre chef ; il n'y a rien 
de mieux à faire que de se sauver et de remmener en 
Orient, d'où ils viennent, cette poignée de musulmans. » 
Puis il ajouta : « Fidèles ici rassemblés ! que tous ceux 



(1) Il y a ici une lacune que Dozy estime être d'un feuillet. 

(2) Ces mots sont les derniers d'une anecdote qu'on retrouve dans 
Bekri (texte, p. 73 ; trad., p. 173). 

(3) Tehoûda ou Medinat es-sihY est décrite par Bekri, p. 171 ; 
Istibçar, p. 62 du texte, p. 111 de ma traduction, Y Afrique septen- 
trionale au XII e siècle de notre ère, 

. (4) Comparez le récit d'Ibn el-Athir, Annales, p. 23 et s. 



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~ 19 - 

d'entre vous qui désirent retourner en Orient me sui- 
vent. » La population le suivit en effet, et Zoheyr, resté 
seul avec les siens, dut en faire autant. Il s'arrêta dans 
son château de Bark'a, où il resta à combattre les infidè- 
les jusqu'au règne d ,c Abd él-Melik ben Merwân. 

Cependant Koseyla et ses troupes, continuant d'avan- 
cer, arrivèrent près de K'ayrawân, et alors les Arabes 
qui y habitaient, hors d'état de tenir tête à ces forces 
considérables, composées de Berbères et de Roûm, 
commencèrent à fuir. Koseyla accorda quartier aux 
musulmans restés dans la ville, où il se fixa comme chef 
de toute l'Ifrîk'iyya et du Maghreb entier ainsi que des 
musulmans habitant ce pays, jusqu'à l'époque où c Abd 
el-Melik ben Merwàn monta sur le trône des khalifes, 
en 65 (17 août 684). 

Quand le pouvoir de ce prince fut affermi et que tous 
les grands se furent ralliés à lui, on lui demanda de 
soustraire l'Ifrîk'iyya et ses habitants musulmans au 
joug de ce maudit Koseyla: « Pour venger, répondît-il, 
le sang d' c Okba sur les Roûm et les Berbères, on ne 
peut prendre [P. 16] que quelqu'un dont les sentiments 
religieux et l'intelligence vaillent ceux de ce chef. » On 
tomba d'accord pour choisir Zoheyr ben Kays Balawi, 
car on reconnut que, ancien compagnon d' c Okba, il était 
le mieux au courant de ses faits et gestes et de sa poli- 
tique, et le plus qualifié pour venger sa mort. En consé- 
quence, c Abd el-Melik envoya à Zoheyr, qui était à Bar- 
ka, l'ordre de se rendre avec sa cavalerie en Ifrîk'iyya 
pour délivrer les musulmans de K'ayrawân ; puis sur 
l'observation faite par Zoheyr que l'armée de Koseyla, 
formée de Berbères et de Roûm, était des plus nom- 
breuses, il lui envoya des secours en cavaliers, en fan- 



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— 20 — 

tassins et en argent, en outre des chefs arabes qu'il 
convbquapour appuyer son lieutenant. Zoheyr se trouva 
ainsi à la tête de forces .considérables, la population se 
réunit avec empressement sous ses drapeaux et il péné- 
tra en 69 (5 juillet 688) en Ifrik'iyya. Koseyla ben Lem- 
zem, en apprenant l'attaque dont il allait être l'objet, ne 
fit aucune soumission ni ne manifesta aucune crainte, 
car ses troupes de Berbères et de Roûm étaient deux 
fois plus nombreuses que celles de Zoheyr. Cependant il 
réunit les nobles berbères et leur dit: « Je suis d'avis de 
m'éloigner de cette ville, où il y a des musulmans vis-à- 
vis de qui nous sommes engagés par des traités et qui, 
il y a lieu de le craindre, se tourneront contre nous 
quand nous combattrons leurs frères. Nous irons donc 
nous établir vers l'endroit par où arrive l'ennemi [à 
Mems], et comme nous disposons d'une armée considé- 
rable, ou bien nous le battrons et alors le refoulant sur 
Tripoli nous l'anéantirons complètement, de manière à 
rester pour toujours maîtres du Maghreb, ou bien nous 
aurons le dessous, et alors la montagne étant proche 
nous pourrons nous mettre à l'abri dans des lieux 
abrupts. » 

Bataille entre Zoheyr ben K'ays et Koseyla ben Lemzem. 

Après que Koseyla eut quitté K'ayrawâH, Zoheyr ben 
Kays vint camper sous les murs de cette ville pendant 
trois jours, mais sans y pénétrer; il repartit de là le qua- 
trième jour, à la fin duquel il rencontra l'armée de Ko- 
seyla. Il fit alors camper ses troupes, et le lendemain 
après la prière [P. 17] il s'avança contre l'ennemi, qui 
s'était de son côté mis en mouvement. La lutte s'engagea 



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_ 21 - 

avec un très vif acharnement des deux parts, si bien qu'il 
semblait que personne n'en dût réchapper, mais enfin 
Koseyla fut battu et tué. Les musulmans se lancèrent à 
la poursuite des Berbères et des Roûm et en firent un 
grand massacre ; ils y mirent une telle ardeur qu'ils 
poussèrent jusqu'au Wàdi Moloûya dans le Maghreb. 
Les plus vaillants guerriers des Roûm et des polythéistes 
périrent dans cette affaire, où furent tués leurs princes, 
leurs nobles et leurs champions. Zoheyr regagna alors 
K'ayrawân et s'y installa, tandis que les indigènes péné- 
trés de crainte se réfugièrent dans leurs châteaux et leurs 
forts. Mais ensuite ce chef, se rendant compte de l'im- 
portance de l'Ifrîk'iyya, ne voulut pas continuer d'y 
séjourner : « Je ne suis, dit-il, venu ici que pour faire la 
guerre sainte, et je crains que ce pays ne m'entraîne 
dans les plaisirs mondains et que je n'y succombe. » Il 
comptait en effet au premier rang des gens distingués 
par leur piété et leur esprit de mortification, de sorte 
qu'il s'éloigna, laissant d'ailleurs K'ayrawân dans une 
parfaite sécurité. Mais beaucoup de ses compagnons 
restèrent dans cette ville. 

Zoheyr se retire à Barka et y est tué. 

Zoheyr suivi de nombreux compagnons se dirigea 
donc vers l'Orient. En apprenant qu'il se mettait en 
route de l'Ifrîk'iyya vers Barka, les Roûm saisirent cette 
occasion de réaliser leurs désirs et expédièrent contre 
cette place une flotte nombreuse et bien montée, qui y 
fit une razzia importante par le nombre de gens tués et 
la quantité de butin et de prisonniers. L'armée de Zoheyr 
arriva au moment où ces événements venaient de se 



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- 22 - 

produire, et ce général, mis au courant, fit aussitôt 
avancer ses troupes sur le littoral dans l'espoir d'arriver 
jusqu'aux captifs musulmans et de les rendre à la liberté. 
Mais les Roûm étaient excessivement nombreux, et 
quand il se trouva sur eux il n'y eut plus moyen de recu- 
ler, d'autant que les musulmans qu'on était en train 
d'embarquer criaient et invoquaient son aide. Il fit aussi- 
tôt mettre pied à terre à ses compagnons, tous hommes 
remarquables par leur piété, chefs arabes habitués à la 
guerre sainte et dont le plus grand nombre étaient des 
successeurs (iâbiïoûn) ; la nombreuse armée des Roûm 
les assaillit et la mêlée s'engagea. [P. 18] Mais la supé- 
riorité numérique de l'ennemi était trop grande : Zoheyr 
fut tué, de même que les chefs arabes qui l'accompa- 
gnaient. Les musulmans regagnèrent Damas et portèrent 
à c Abd el-Melik ben Merwàn la nouvelle du martyre de 
leur général et des principaux de leurs guerriers. Le 
khalife fut fort affecté, à cause du mérite et de la piété 
de Zoheyr, de cette catastrophe, pendant de celle qui 
avait coûté la vie à c Okba. 

Les chefs arabes vinrent alors en corps demander à 
c Abd el-Melik de s'occuper du choix d'un chef capable de 
défendre rifrik'iyya et d'y rétablir l'ordre, à quoi le 
prince répondit qu'il ne voyait personne de plus qualifié 
que H'assân ben en- No c mân. 

En 74 (12 mai 693), mourut c Abd Allah ben c Omar ben 
el-KhatTâb, empoisonné, dit-on, par El-Haddjàdj ben 
Yoûsof à la suite d'événements trop longs à raconter (*). 

En 76 (20 avril 695), On commença à frapper des mon- 



(1) G>st en Tannée 73 que cette mort est racontée par Ibn cl-Athir 
(texte, t. iv, p. 295). 



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- 23 - 

naies (proprement) musulmanes : ce fut le Prince des 
croyants e Abd el-Melik qui fit frapper des dinars et des 
dirhems au type musulman M. 

En 77 (9 avril 696), eut lieu la révolte d'El-Mot'arrif 
ben El-Moghîra ben Cho c ba contre c Abd el-Melik, qui 
employa la ruse contre lui pour arriver à le tuer ( 2 ). 

En la même année de nombreux chefs hérétiques 
furent décapités ( 3 ). 

Gouvernement de Hassan ben en-No'màn en Ifrlk'iyya. 

En 78 (29 mars 697), Hassan ben en-No c mân, choisi à 
cet effet par c Abd el-Melik ben Merwân, entra en Ifrîk'iyya 
à la tête de 40,000 hommes qui lui furent confiés (*). Le 
khalife l'avait d'abord envoyé avec cette armée en Egypte 
pour parer aux événements, puis il lui adressa l'ordre de 
se rendre en Ifrîk'iyya, en ajoutant : « Je te donne pleins 
pouvoirs de disposer des richesses de l'Egypte; donnes- 
en à ceux qui sont près de toi, donnes en à ceux qui te 
viennent trouver, donnes-en au peuple et rends-toi en 
Ifrik'iyya avec la bénédiction et la protection divines ! » 

Hassan ben en-No c mân ben c Adi ben Bekr ben Moghith 
[P. 19] ben c Amr Mozaykiyâ ben c Amir ben el-Azd péné- 
tra en Ifrlk'iyya avec l'armée la plus considérable que 
les musulmans y eussent jamais envoyée. A son arrivée 



(1) Sur cette queslion, cf. notamment H. Lavoix, Cat. des monnaies 
musulmanes de la B. N., Khalifes orientaux, introd., p. xiv et s. 

(2) Cf. Weil, G. derKhalifen, i, 442; Ibn el-Athir, texte, iv, p. 350. 

(3) J'ai interprété le texte d'après Ibn el-Athir, iv, 353 ; Weil, i, 
428, elc. 

(4) On trouve ailleurs les dates de' 69 et de 74 (H. des Berbères, i, 
339 ; Ibn el-Athir, Annales, p. 28). 



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- 24 — 

àK'ayrawân, il demanda aux habitants du pays quel était 
le prince le plus puissant de la région, à quoi on lui 
répondit que c'était le prince de Carthage, capitale de 
rifriklyya. Hassan alla donc mettre le siège devant cette 
ville, qui renfermait une population grecque (Roûm) 
innombrable. Les habitants dirigés par leur prince firent 
une sortie, mais Hassan les mit en fuite et en massacra 
la plus grande partie ; après quoi il continua le siège et 
finit par prendre cette capitale. Carlhage, actuellement 
dénommée El-Mo c allak'a par les Tunisiens, était une ville 
considérable dont les remparts étaient baignés par la 
mer. Elle était* séparée de Tunis par une étendue de 
douze milles où se trouvaient des bourgades florissantes. 
La mer n'arrivait pas alors jusqu'à Tunis, qui n'y a été 
reliée que plus tard W. Carthage renfermait des monu- 
ments considérables, de grandes constructions et des 
colonnes élevées qui prouvent la haute puissance des 
peuples disparus ; de nos jours encore les Tunisiens 
rencontrent toujours dans ces ruines des choses merveil- 
leuses et des citernes que la suite des temps n'a pas 
ravies aux regards. 

Quand Hassan y arriva et qu'il en eut massacré les 
cavaliers et les fantassins qui la défendaient, les habi- 
tants survivants songèrent unanimement à fuir dans les 
nombreux vaisseaux dont ils disposaient : les uns gagnè- 
rent la Sicile, les autres l'Espagne. Hassan s'étant en- 
suite éloigné, les habitants des campagnes voisines et 
de la région, qui avaient appris la fuite du gouverneur 
[chrétien], s'empressèrent de venir occuper la place 



(1) Cette jonction fut l'œuvre de Hassan lui-même (Journ. As., 1852, 
il, 69). 



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- 25 - 

laissée vide. Mais alors Hassan revint camper sous les 
murs et entama un siège très rigoureux, à la suite 
duquel il entra de vive force dans la place, où il fit 
un épouvantable massacre, réduisit les survivants en 
captivité et se livra au pillage; après quoi les habitants 
de la région se rendant à l'appel de ses messagers, s'em- 
pressèrent d'accourir, tant la violence de ses attaques et 
sa bravoure les avaient terrifiés, et quand il n'en manqua 
pas un, il leur fit détruire et démanteler Carlhage, dont 
toute trace fut effacée. Puis, apprenant que les chrétiens 
soutenus par les Berbères avaient [P. 20] réuni une armée 
considérable dans le district de Çatfoûra, il alla leur 
livrer bataille, les vainquit et lança sur les fuyards sa 
cavalerie, qui en fit un grand carnage, car elle ne laissa 
inexplorée aucune partie du pays. Les Roûm effrayés 
s'enfuirent à Bàdja, où ils se préparèrent à la résistance, 
tandis que les Berbères gagnèrent la province de Bône. 
Quant à Hassan, il rentra à K'ayrawân. 

La Kâhina est mise en faite par Hassan. 

Après avoir pris quelques jours de repos à Kayrawân, 
ce chef demanda aux habitants quel était le prince 
d'Ifrîk'iyya le plus puissant, pour aller ou anéantir son 
autorité ou le forcer à se convertir : « C'est, lui dit-on, 
une femme appelée El-Kâhina, qui habite dans l'Aurès; 
tous les Roûm d'Ifrik'iyya la redoutent et tous les Ber- 
bères lui obéissent; elle tuée, tout le Maghreb se sou- 
mettra à toi et tu ne trouveras plus ni rivalité ni résis- 
tance. » Il se mit donc en marche avec ses troupes, et la 
Kâhina, qui l'apprit, descendit de la montagne avec des 
forces dont le nombre dépassait tout ce qu'on peut dire. 



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- 26 - 

Arrivée la première à Bàghàya, elle la fit évacuer par 
les Grecs, puis la détruisit dans la croyance que son 
ennemi chercherait une place où se fortifier. A la suite 
de celte nouvelle, Hassan alla camper auprès de la 
rivière de la Meskiyâna (*) ; la Kâhina en fit autant, mais 
était en aval. Les cavaliers des deux armées prirent 
contact dès qu'ils se trouvèrent les uns en face des 
autres. Mais comme Hassan ne voulut pas engager le 
combat à la fin du jour, les deux armées passèrent la 
nuit en selle. Le lendemain matin s'engagea la lutte la 
plus acharnée qu'on eût jamais vue et qui fut des deux 
côtés soutenue avec la plus vive opiniâtreté ; mais à la 
fin Hassan ben en-No c mân et ses vaillants compagnons 
durent fuir ; la Kâhina fit un grand massacre des Ara- 
bes et fit quatre-vingts chefs prisonniers. [P. 21] La 
rivière auprès de laquelle eut lieu la bataille fut dénom- 
mée : rivière des instruments de torture (wâdïl- c adhâra). 
Hassan, poursuivi l'épée dans les reins jusqu'à ce qu'il 
fût sorti de 1» province de Gabès, informa le khalife 
c Abd el-Melik de cet événement en ajoutant : a Ces peu- 
ples du Maghreb n'ont pas de commencement et nul ne 
sait où ils finissent : sitôt que l'un est détruit, plusieurs 
autres le remplacent; les moutons qui paissent ne sont 
pas plus nombreux qu'eux. » L'ordre du khalife qui lui 
enjoignait de s'arrêter à l'endroit où il recevrait la 
réponse lui parvint dans la province de Bark'a. Ce fut 
donc là qu'il s'arrêta, et il y construisit des châteaux 
encore appelés aujourd'hui ICoçoûr Hassan. 



(1) Le texte porte Sektàta> que Dozy veut corriger en Mehlâta. J'ai 
lu Meskiyâna avec YH. des Berb., i, 213 ; cf. Bekri, p. 121 et 323 ; 
Fournel, Les Berbers, i, 218. 



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- 27 - 

Pendant les cinq ans qui suivirent cette bataille, la 
Kàhina resta maitresse du Maghreb tout entier ; puis 
voyant Ja longue immobilité des Arabes, elle dit aux Ber- 
bères : « Les Arabes ne recherchent en Ifrik'iyya que les 
villes, l'or et l'argent, alors que nous ne lui demandons 
que de nous fournir des champs de culture et des pâtu- 
rages. Nous ne voyons donc pour vous rien de mieux à 
faire que de ravager toute l'Ifrik'iyya, de façon que les 
Arabes, désespérant d'y plus rien trouver, ne songent 
jamais plus à revenir. » Elle envoya donc dans toutes les 
directions des colonnes chargées de couper les arbres 
et de démanteler les forteresses. L'Ifrik'iyya, dit-on, ne 
présentait autrefois, depuis Tripoli jusqu'à Tanger, 
qu'une suite continue d'ombrages, de bourgades se tou- 
chant, de villes peu distantes les unes des autres, si bien 
que nul pays au monde n'était aussi favorisé, aussi conti- 
nuellement béni, n'avait autant de villes et de forteres- 
ses, et cela sur une longueur et une largeur de deux 
mille milles. Cette maudite Kâhina ruina tout cela, et 
alors de nombreux chrétiens et indigènes, implorant 
vengeance contre elle, durent s'enfuir et se réfugièrent 
tant en Espagne que dans les autres îles. 

Des quatre-vingts compagnons de Hassan que la Kâhina 
avait faits prisonniers, elle eut la générosité de rendre 
la liberté à presque tous, ne gardant auprès d'elle que 
Khâlid ben Yezîd, à qui elle dit un jour : « Tu es l'homme 
le plus beau, le plus brave que j'aie jamais vu ; aussi je 
veux te donner de mon lait pour qu'ainsi tu deviennes 
le frère de mes deux fils; » — en effet, elle en avait deux, 
l'un berbère, l'autre grec ; « [P. 22] chez nous tous Ber- 
bères, la parenté de lait confère un droit réciproque 
d'hérédité. » En conséquence, elle prit de la farine d'orge 



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— 28 - 

qu'elle aggloméra avec de l'huile et qu'elle plaça sur ses 
seins; puis appelant ses deux enfants elle la leur fit 
manger avec Khalid sur sa poitrine et leur dit ; a Vous 
voilà devenus frères. » 

Mort violente de la Kâhina. 

Hassan, ayant reçu du khalife tous les secours désira- 
bles en cavaliers et en fantassins arabes, fit porter par 
un homme sûr une lettre à Khalid ben Yezid. Celui-ci 
après l'avoir lue, écrivi-t au dos : « Les Berbères sont divi- 
sés, Tordre ne règne pas parmi eux et la prévoyance 
leur fait défaut ; arrive donc à marches forcées. » Puis il 
mit ce message dans un pain qu'il donna comme provi- 
sion au messager de Hassan. Mais cet homme venait à 
peine de s'éloigner que la Kâhina sortit les cheveux 
épars et se frappant la poitrine tout en s'écriant: « Mal- 
heureux Berbères, votre puissance s'en va dans un objet 
qui sert d'aliment ! » On organisa aussitôt des recherches 
de tous les côtés, mais la protection divine couvrit le 
messager, qui put porter la lettre à Hassan. Celui-ci rom- 
pit le pain et prit connaissance de ce qu'avait écrit Kha- 
lid; mais comme la cuisson avait détérioré le message, 
il voulut renvoyer à Khalid cet homme, qui s'y refusa, 
disant que celte femme, grâce à son don de divination, 
n'ignorait rien de cette affaire. Hassan se mit donc en 
campagne, et de son côté, la Kâhina sortit des montagnes 
de l'Aurès avec des forces considérables. Quand la nuit 
vint, elle dit à ses deux fils qu'elle se considérait déjà 
comme morte; qu'elle avait vu sa tête coupée et offerte 
au grand prince arabe à qui obéissait Hassan. Ce fut en 
vain que Khalid lui proposa de s'en aller avec eux et 



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- 29 - 

d'abandonner le pays à Fenvahisseur, elle objecta que ce 
serait une honte pour son peuple. Comme alors ils lui 
demandaient tous les trois ce qu'ils deviendraient après 
elle : « Quant à toi, Khâlid, dit-elle, tu arriveras à un grand 
pouvoir auprès du grand roi; vous autres, mes enfants, 
vous exercerez un commandement auprès de celui qui 
me donnera la mort, et par vous, les Berbères [P. 23] 
réacquerront quelque pouvoir. Montez à cheval et allez 
demander quartier à l'ennemi ! » Les trois jeunes gens 
se rendirent la nuit même auprès de Hassan, à qui Khâlid 
conta ce qui venait de se passer, la prédiction par la 
Kâhina de sa propre mort et l'envoi qu'elle lui faisait 
de ses enfants. Le général musulman confia ceux-ci à 
des gardiens et donna à Khâlid le commandement de la 
cavalerie. Alors s'avança la Kâhina les cheveux épars et 
s'écriant: « Veillez aux événements, car autant dire que 
je suis morte ! » La bataille s'engagea furieuse, mais la 
reine dut fuir, et Hassan se mit à sa poursuite et la tua. 
Des Berbères se rendirent auprès de Hassan pour lui 
demander quartier ; mais il n'y consentit que moyen- 
nant l'engagement de leur part de lui fournir un corps 
de douze mille de leurs contribules qui auraient à com- 
battre la guerre sainte à côté des Arabes. Ces Berbères 
se convertirent et lui fournirent les cavaliers demandés, 
qu'il divisa en deux moitiés égales, à chacune desquelles 
il donna pour chef l'un des deux fils de la Kâhina ; il leur 
fit, simultanément avec les Arabes, parcourir le Maghreb 
pour y massacrer les Roûm et les Berbères infidèles.* 
Lui-même rentra en ramad'ân 82 (*) à Kayrawân, à la 



(1) C'est-à-dire en octobre 701. Ibn el-Athir donne les dates de 
ramad'ân 79 {Annales, .pp. 27 et 32 combinées) et de 74 (ib f p. 32 ; 



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- 30 - ' 

Suite de la sincère conversion et de la soumission des 
Berbères. 

Le calme qui alors régna en If rîk'iyya permit à Hassan 
d'organiser cette année-là les bureaux ; la tranquillité fut 
assurée aux vaincus moyennant le paiement du kharàdj, 
auquel furent astreints tous les barbares du pays, aussi 
bien que les chrétiens qui y habitaient avec eux. 

A la suite de la mort de la Kàhina, Hassan n'eut plus 
à faire d'expédition, car toute résistance avait cessé. II 
fut ensuite révoqué et rappelé par c Abd el- f Aziz ben 
Merwân, qui était frère du khalife c Abd el-Melik et qui, 
en sa qualité de gouverneur d'Egypte, disposait à son 
gré du gouvernement de l'Ifrîk'iyya. c Abd el-'Aziz en 
voulait aux pierres précieuses, à l'or et à l'argent, de 
sorte que Hassan, qui le savait, les cacha dans des outres 
à eau et ne laissa voir que les effets, les montures, les 
esclaves et autres richesses. A son arrivée en Egypte, il 
donna en présent à c Abd el- c Azîz deux cents jeunes filles 
de race royale, soit grecque soit berbère ; mais ce chef 
lui enleva, en outre, tous les chevaux, les chameaux, 
les femmes esclaves et les nègres qu'il emmenait. [P. 24 1 
Hassan continua sa route avec ce qui lui restait de baga- 
ges et arriva auprès du khalife El-Welid, dont la colère 
fut excitée par le récit qu'il lui fit des procédés d' c Abd 
el- c Azîz ; puis il se fit apporter les outres et en tira assez 
d'or, d'argent, de pierres précieuses et de rubis pour 
exciter l'étonnement du khalife, qui, tout charmé, lui 
dit : « Veuille Dieu te récompenser, Hassan ! — Prince 
des croyants, répondit-il, si je suis parti, c'est pour aller 



de même dans VH. des Berbères, i, 214). On trouve la date de 84 
dans Kayrawâni (texte, p. 32). Cf. Fournel, i, 224. 



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- 31 - 

combattre la guerre sainte dans le sentier de Dieu, et 
un homme comme moi ne peut tromper ni Dieu ni le 
khalife. — Je veux, reprit le prince, te renvoyer dans 
ton gouvernement en Raccordant des bienfaits et en fai- 
sant proclamer tes louanges ! » Mais Hassan jura qu'il 
n'accepterait plus de gouvernement sous les Omeyyades. 
El-Welîd garda à cause de cela du ressentiment contre 
son oncle e Abd el- c Aziz. 

L'ordre chronologique des campagnes de Hassan, sur- 
nommé « le cheykh intègre », n'est pas bien déterminé, 
non plus que sa conquête des villes de Carthage et de 
Tunis et la mort de la Kâhina. D'après Ibn el-KaTt'ân, 
la révocation de Hassan et la nomination de Moûsa ben 
Noçayr furent faites par f Abd el- c Azîz ben Merwàn sans 
aucun ordre ou avis de son frère c Abd el-Melik. 

Nomination d'Aboû 'Abd er-Rahmân Moûsa ben Noçayr au gouver- 
nement de l'Ifrlk'iyya et du Maghreb ; exposé d'une partie 
de ce qu'il y fit. 

Les uns disent que ce chef descend de Lakhm, et 
d'autres, de Bekr ben Wâ'il ; Ibn Bachkowâl dans la 
Çila le nomme Moùsa ben Noçayr ben c Abd er-Rah'mân 
ben ZeydM. Nommé par c Abd el-Melik à la perception du 
kharâdj à Baçra, il s'en appropria, dit-on, le produit, et 
Tordre donné par le khalife à H'addjâdj de ne pas le lais- 
ser échapper fit que Moûsa, pris de peur, se rendit auprès 
d' c Abd el- c Azîz ben Merwàn gouverneur d'Egypte. Celui- 
ci, qui lui portait de l'affection, l'accompagna [P. 25] en 



(1) Le nom de Moûsa ne figure pas dans l'édition Godera de la Çila, 
mais Dhabbi lui consacre un article, n° 1334 de Téd. Codera. Sur le 
père de Moûsa, voir Ibn el-Athir, texte u, 303; Beladhori, p. 247. 



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- 32 — 

Syrie auprès cT'Abd el-Melik, qui frappa Moûsa d'une 
amende de cent mille dinars. e Abd el- c Aziz fournit à son 
protégé la moitié de cette somme, puis le ramena en 
Egypte, où il le nomma gouverneur deTIfrik'iyya, dépen- 
dance de l'Egypte. 

Moûsa remporta ses premières victoires du côté de 
Zaghwàn, localité éloignée de K'ayrawân d'une pleine 
journée de marche. Dans les environs habitaient des 
tribus Berbères dont vinrent à bout les 500 cavaliers 
qu'il envoya contre elles; 10,000 prisonniers W restèrent 
aux mains des vainqueurs et furent les premiers qu'on 
amena à K'ayrawân depuis qu'il en était gouverneur. 
L'un de ses fils, nommé c Abd Allah, qu'il envoya dans 
une région d'Ifrik'iyya, en ramena 100,000 prisonniers, 
puis son autre fils Merwân en ramena un nombre égal, 
de sorte que le quint fut alors représenté par 60,000 têtes 
{sic). Moûsa envoya à c Abdel- c Aziz une lettre où il l'infor- 
mait de ses succès en ajoutant que le quint montait à 
30,000 têtes, nombre qui avait été écrit au lieu de 60,000, 
par suite d'une erreur du secrétaire. Ce chiffre de 30,000 
parut énorme à c Abd el- c Aziz, qui y vit une erreur en trop 
commise par le secrétaire et qui la signala dans sa 
réponse à Moûsa en lui demandant de la rectifier: « Il y 
a en effet, écrivit Moûsa, une erreur imputable, ainsi 
que l'a conjecturé l'Emir, au secrétaire. Sache, ô Emir, 
que le nombre exact et bien certain est de 60,000 ! » La 
joie d' c Abd eI- c Azîz fut alors à son comble. Il avait, 
d'autre part, reçu une lettre dans laquelle son frère c Abd 
el-Melik lui disait qu'ayant appris la décision qu'il avait 
prise touchant la révocation de H'assàn et le remplace- 



(1) 11 faut, <faprès ce qui suit, lire non pas 10.000, mais 100.000 l 



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- 33 - 

ment de ce dernier par Moùsa, lui, Prince des croyants 
approuvait Tune et l'autre de ces mesures. Il informa 
alors le khalife des succès remportés et lui adressa la 
lettre de Moûsa. En conséquence, f Abd el-Melik envoya 
à ce dernier un messager chargé de prendre possession 
du quint précité, auquel Moûsa ajouta encore un millier 
de têtes par surcroît. 

Quand Moûsa arriva en Ifrik'iyya, [P. 26] il marchait 
en tête de l'armée: un passereau étant venu se poser 
sur sa poitrine, il s'en empara, regorgea et de son sang 
s'oignit la poitrine par dessus les vêtements, puis il le 
pluma et éparpillant les plumes sur sa personne il 
s'écria : « J'en prends à témoin le Dieu de la Ka f ba, voilà 
la victoire ! » 

D'après Ibn K'oteyba, Moûsa ben Noçayr, après avoir 
pris SedjoûmaM et mis à mort les princes de cette ville, 
accorda à c Iyâd', f Othmân et Aboû c Obda, fils d ,f Ok'ba, 
le droit de tirer vengeance du meurtre de leur père et ne 
les arrêta qu'après qu'ils eurent mis à morl six cents des 
principaux de la ville. Cela eut lieu en 83 (3 février 702), 
au dire de ceux qui font commencer son administration 
en cette année. 

Moûsa réduisit ensuite les Hawwàra, les Zenâta et les 
Kotâma, contre qui il fît des expéditions qui lui coûtèrent 
du monde et au cours desquelles on fit 5,000 prisonniers. 
Leur chef, nommé Kâmoûn, fut envoyé par Moûsa à 
f Abd el- c Azîz ben Merwân, qui le fit exécuter près de 
l'étang appelé encore de nos jours Birket Kâmoûn( 2 >, 



(1) On écrit aussi Segouma et Sekiouma; voir H. des Berb, y 
i, 206, et la table géog. ; Bekri, 267. 

(2) Ce nom de lieu n'est que cité d'après notre texte dans les notes 
du Merâcid (îv, 314). 

3 



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- 34 - 

proche du bourg d ,<r Akaba. Quant aux Kotàma (sic), ils 
s'étaient rendus auprès de Moûsa, qui leur donna pour 
chef l'un d'entre eux et se fit livrer des otages de 
marque. 

En djomàda I 85 (mai-juin 704), mourut c Abd el- e Aziz 
ben Merwân, qui gouvernait l'Egypte au nom de son frère 
c Abd el-Melik ben Merwân. Le khalife, qui le remplaça par 
c Abd Allah ben e Abd el-Melik ben Merwân, avait déjà, 
dans cette même année, voulu révoquer son frère tant à 
cause de la disgrâce dont il avait frappé Hassan ben en- 
No c mân qu'à cause de ses rapines. Il en avait été empê- 
ché par K'abîça ben Dho'ayb, qui lui avait représenté 
qu'une mort prochaine pourrait le débarrasser, mais 
cependant il y songeait toujours. C'est dans ces disposi- 
tions qu'il était un jour à causer avec Rawlv ben Zinbâ* 
Djodhâmi, qui lui disait que cette révocation n'aurait pas 
été de nature à provoquer de combat entre deux chèvres, 
quand K'abiça survenant s'écria: « Prince des croyants, 
[P. 27] veuille Dieu te récompenser à raison de ton 
frère! — Il est donc mort? repartit le khalife. — Il 
est bien mort. — Aboû Zor c a, Dieu nous a suffi pour 
décider la question sur laquelle nous étions d'accord ! »(*) 

A la suite de la mort du Prince des croyants *Abd 
el-Melik ben Merwân, survenue en 86 (1 er janvier 705), 
El-Welîd écrivit à son oncle [lisez frère] c Abd Allah 
[ben c Abd el-Melik] ben Merwân, de nommer Moûsa ben 
Noçayr au gouvernement de l'Ifrîk'iyya et du Maghreb, 
pays qu'il enleva ainsi à son oncle [lisez frère] < 2 ). La 



(1) Cette anecdote se retrouve dans Ibn el-Âthîr (iv, 409) et le 
Nodjoûm (i, 192). 

(2) La nomination de Moûsa est ailleurs placée, soit en 89 soit 



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- 35 - 

plupart des villes d'Ifrîk'iyya étaient alors désertes par 
suite des conquêtes successives dont elles étaient l'objet 
de la part des Berbères. 

Moûsa ben Noçayr conquiert le Maghreb el-Ak'ça. 

Moûsa poursuivit sa marche guerrière d'Ifrik'iyya vers 
Tanger, car les Berbères, par peur des Arabes, se reti- 
raient vers l'ouest. La poursuite à laquelle il se livra lui 
permit d'en tuer une grande quantité et de faire de 
nombreux prisonniers. Il arriva ainsi jusqu'au Soûs 
el-Adna, c'est-à-dire au pays de Der'a. Les Berbères 
accablés lui ayant alors demandé quartier et s'étarit 
soumis, il teur donna un chef. Comme gouverneur de 
Tanger et des environs il nomma son client T'ârik', à 
qui il confia un corps de 17,000 Arabes et de 12,000 Ber- 
bères, ceux-là ayant Tordre d'enseigner à ceux-ci le 
Koran et de les mettre bien au courant de la religion. 
Après quoi il se remit en route pour l'Ifrik'iyya. 

D'après Ibn el-K'at't'ân, on raconte que Moûsa ben No- 
çayr, sitôt après avoir, en la dite année, été investi par 
El-Welid, envoya à des tribus berbères Zor c a ben Aboû 
Modrik, qui n'eut pas à subir d'hostilités dé leur part ; 
ces peuples se rendirent à composition, et il envoya 
leurs chefs à Moûsa, qui exigea d'eux dés otages. Le 
gouverneur donna ensuite le commandement de la flotte 
d'Ifrik'iyya à f Ayyâch ben Akhyal, qui se rendit en Sicile, 
où il attaqua et pilla complètement une ville nommée 
Syracuse, puis revint sain et sauf, chargé de butin. 



en 77; voir Ibn Khatlikân, m, 475, où 'Abd Allah est aussi appelé 
oncle d'El-Welid. 



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- 36 - 

Quand AboùModrik Zor c a ben Aboû Modrik amena les 
otages dBs Maçmoûda, Moûsa les réunit aux otages 
[P. 28] berbères qu'il s'était fait livrer en Ifrik'iyya et au 
Maghreb et qui se trouvaient à Tanger : il les mit sous 
les ordres de son client T'ârik', qui [plus tard] envahit 
l'Espagne avec eux. Dix-sept Arabes furent laissés par 
Moûsa à l'effet d'instruire ces Berbères dans le Koran et 
les préceptes de l'Islam. [Autrefois] c Ok'ba ben Nâfi e 
avait déjà laissé dans le même but quelques-uns de ses 
compagnons, parmi lesquels Châkir et d'autres. Dans le 
Maghreb el-Ak'ça n'avait pénétré aucun gouverneur 
Omeyyade autre qu' c Ok'ba ben Nàfi c Fihri ; c'était le seul 
que les Maçmoûda eussent connu, et l'on dit que la plu- 
part de ces derniers opérèrent volontairement leur con- 
version entre ses mains. Ce fut Moûsa ben Noçayr qui 
pénétra après lui dans ce pays. 

En 92 (28 octobre 710), T'àrik envahit l'Espagne et la 
conquit avec une armée formée d'Arabes, de Berbères et 
des otages livrés par ces derniers, tant ceux que lui 
avait laissés Moûsa que ceux qui avaient auparavant été 
remis- à H'assân dans le Maghreb central. C'est en 85 
(13 janvier 704) que T'ârik' devint gouverneur de Tanger 
et du Maghreb el-Ak'ça, et c'est à cette date que la con- 
version des habitants de cette dernière région à l'Islam 
fut complète : on orienta dans la direction de la Mekke 
les temples élevés par les polythéistes et l'on installa 
des chaires dans les mosquées des communautés. Alors 
fut élevée la mosquée d'Aghmât HeylânaW. 

Quant à ce chef, son nom est T'ârik' ben Ziyâd ben 



(1) On écrit aussi Aylàn ou Ilàn, voir Bekri et Edrisi; cf. H. des 
Berb., i, 174. 



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- 37 - 

e Abd Allah ben Oulghoû ben Ourfeddjoûm ben Neber- 
ghâsen ben Oulhàç ben It'oûmet ben Nefzâou ; il était 
Nefzi d'origineM. On dit qu'il figurait parmi les Berbères 
faits prisonniers. Il était affranchi de Moûsa ben Noçayr. 

En 93 (18 octobre 711), ce dernier, irrité contre T'ârik\ 
franchit la mer et se rendit en Espagne; il y suivit une 
autre route que son général et y remporta de nombreux 
succès que nous raconterons en faisant l'histoire de la 
conquête de l'Espagne, dans la seconde partie du pré- 
sent ouvrage. 

En la même année, f Abd Allah ben Moûsa remplaça 
son père comme gouverneur d'Ifrîk'iyya, à raison du 
départ de Moûsa, jusqu'au jour où celui-ci revint d'Es- 
pagne pour se rendre en Orient. Moûsa arriva à 
K'ayrawân à la fin de Tannée 95. 

En 95 (25 septembre 713), Moûsa quitta [P. 29] l'Espa- 
gne pour se rendre en Ifrik'iyya avec le butin dont Dieu 
l'avait gratifié : la flotte transporta à Tanger toutes les 
riches dépouilles que formaient l'or, l'argent et tes pier- 
reries, puis elles furent chargées sur des chariots. 
D'après [ïbn] er-Rak'ik', cent quatorze véhicules furent 
employés à cet usage. La table [de Salomon], qui était 
faite d'or avec un peu d'argent et qui comptait trois 
cercles, l'un de rubis, l'autre d'émeraudes et le troisième 
de perles, fut un jour chargée sur un grand mulet, le 
plus agile el le plus vigoureux qu'on pût trouver, don»t 
les jambes cédèrent sous le poids même avant d'arriver 
à l'étape t-). Au dire d'EULeyth ben Sa c d, on n'avait 



(1) Sur les dires relatifs à l'origine de ce général, v. Fournel, i, 236. 

(2) Sur la table de Salomon, voir notamment Dozy, Recherches^ 
3» éd., i, 52 ; Merràkechi, trad. fr. ; p. 10, 



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- 38 - 

jamais^ depuis la fondation de l'Islam, entendu parler 
d'un nombre de prisonniers aussi considérable: quand 
son fils Merwân revenu du Soûs se porta au-devant de 
son père, avec les principaux chefs, il ordonna à beux-ci 
dé donner à chacun des compagnons de son père un 
esclave nègre ou une négresse, et Moûsa ayant donné le 
même ordre à ceux qu'il commandait, chacun se trouva 
pourvu et d'un nègre et d'une négresse. 

On raconte encore que Moûsa en quittant l'Espagne y 
laissa comme gouverneur son fils c Abd el- c Azîz et que, 
rentré en Ifrîk'iyya, il parvint à K'ayrawân à la fin de 95 
(comm. 25 sept. 713). Il ne pénétra cependant pas dans 
la ville et descendit au K'açr Elmâ, où il tint une audience 
à laquelle assistèrent les guerriers arabes de la ville, 
dont les uns l'avaient accompagné dans son expédition, 
tandis que les autres étaient restés en Ifrîk'iyya avec 
son fils c Abd Allah : « Aujourd'hui, leur dit-il, trois faits 
heureux se sont produits pour moi : j'ai d'abord reçu 
une lettre par laquelle le Prince des croyants me témoi- 
gne sa reconnaissance et m'accorde des louanges » (il 
énuméra ici les succès que Dieu avait réalisés par ses 
mains) ; « ensuite une lettre où mon fils c Abd el- c Azîz me 
décrit les victoires que Dieu lui a. fait remporter en Espa- 
gne » (ici il prononça les formules de louanges à Dieu, et 
les assistants se levèrent pour le féliciter)» ; quant à la 
troisième chose, continua-t-il, je vais vous la faire voir »; 
et, se levant, il fit tirer une tenture derrière laquelle se 
trouvaient diverses jeunes filles semblables à autant de 
pleines lunes montant à l'horizon et couvertes de bijoux 
et de parures. Comme on lui réitérait les félicitations, 
c Ali ben Rebâh' Solami prit la parole : « Général, dit-il, 
c'est moi qui te donnerai le meilleur avis : rien n'arrive 



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- 39 — 

au sommet qui ne soit près de redescendre; modère-toi 
donc [P. 30] avant d'y être forcé! » Cette observation 
décontenança Moûsa, qui renvoya aussitôt ces jeunes 
filles. Il partit ensuite pour l'Orient, après avoir confié 
Plfrlk'iyya, l'Espagne et Tanger aux soins respectifs de 
ses fils c Abd Allah, c Abd el- c Aziz et c Abd el-Melik. 

D'après Ibn el-K'atTân, la plupart s'accordent à dire 
que T'ârik', avant d'aller explorer l'Espagne, s'était 
établi à Tanger. Cependant, selon certains, il était ins- 
tallé sur l'emplacement de SidjilmâssaW, vu que Selà et 
le pays en-deçà, Fez, Tanger et Ceuta appartenaient aux 
chrétiens. Il ajoute qu'on n'est pas d'accord si Moûsa 
entra ou non à K'ayrawân dans ce voyage. 

Moûsa se mit donc en marche avec ses autres enfants, 
c'est-à-dire Merwân, c Abd el-A'la, etc. ; il était en outre 
accompagné des nobles K'oreychites, Ançâr et autres 
Arabes, de cent che # fs berbères, parmi lesquels les fils de 
Koseyla ben Lemzem, les Benoû Isder, MezdânaW, roi de 
Soûç, le prince de Mayorque et de Minorque, des fils de 
la Kâhina, de cent des princes espagnols chrétiens, et de 
vingt princes des villes conquises en Ifrik'iyya ; il emporta 
en outre des spécimens des produits de toutes les villes 
de ce pays. Il arriva ainsi à Miçr, où il n'y eut pas de 
savants ni de nobles à qui il ne fit des présents et des 
dons. D'Egypte, il se dirigea sur la Palestine, où il fut 
reçu par la famille de Rawh' ben Zinbâ c , qui égorgea 
cinquante chameaux pour lui faire fête. Il en repartit en 
laissant une partie de ses femmes et ses plus jeunes 



(1) La fondation de cette ville date de 140, d'après Bekri, p. 328. 
Cf. Fournel, i, 233, n. 5, et 352. 
12) Ailleurs on lit Merzàya. 



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- 40 - 

enfants auprès de ses hôtes, à qui il fit de riches présents. 
Mais alors il reçut une lettre du khalife El-Welid ben 
e Abd el-Melik, qui était malade et lui enjoignait d'arriver 
au plus vite pour le trouver encore en vie, tandis que 
d'autre part Soleymàn ben c Abd el-Melik, frère et héritier 
présomptif d'El-Welîd, lui écrivait de temporiser et 
d'attendre. Sans tenir compte de cette dernière lettre, 
Moûsa fit diligence, [P. 31] si bien qu'il arriva à la cour 
trois jours avant la mort du khalife El-Welîd. Aussi 
Soleymàn disait-il qu'il le ferait crucifier s'il l'avait en 
son pouvoir. Moûsa put donc remettre à El-Welîd les 
richesses qu'il apportait, laTable[deSalomon], les perles, 
les rubis, les diadèmes, ainsi que l'or et l'argent. 

Mas c oûdi, dans son livre intitulé ^Adjâ'ibel-bilâd wez- 
zemân (*), s'exprime ainsi : « A la suite de la conquête de 
Tolède, Târik' pénétra dans le palais royal de cette ville, 
où il trouva les Psaumes de Davic^ transcrits sur des 
feuilles d'or à l'aide d'une solution de rubis et d'un 
travail si merveilleux que l'on n'avait en quelque sorte 
jamais rien vu de pareil. Là encore se trouvaient la Table 
de Salomon, précédemment décrite, vingt-quatre dia- 
dèmes rangés en ordre et correspondant au nombre des 
rois Goths d'Espagne, car il était d'usage que le diadème 
d'un roi mort fût déposé en cet endroit et que son 
successeur s'en fit faire un autre; enfin, une grande pièce 
remplie d'élixir alchimique (Ld~!==aJt j~~£=>\ pierre phi- 
losophai). Tous ces objets furent remis à El-Welîd ben 
c Abd el-Melik. » 



(1) H. Kh., iv, 186, ne cite pas d'ouvrage de ce titre, mais seulement 
un Lô jJ\ ^JjIsl* de Mohammed ben H'oseyn Mas'oûdi. L'auteur 
des u^obJJl - jy s'appelle AboiYl-Hasan 'Ali ben H'oseyn ben 'Ali. 



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- 41 - 

En djomâda II 96 (février 715), le khalife El-Welid 
mourut et eut pour successeur Soleymân. Celui-ci, qu'ani- 
mait une vive colère contre Moûsa, le fit exposer au 
soleil pendant une journée très chaude, jusqu'à ce que le 
patient, homme corpulent et asthmatique, perdit con- 
naissance. Soleymân alors lui dit : « Tu n'as voulu tenir 
aucun compte de la lettre que je t'avais écrite ! Paie 
maintenant cent mille dinars! — Prince des croyants, 
répondit Moûsa, vous m'avez pris tout ce que je possé- 
dais; d'où donc tirerais-je cent mille dinars? — Il t'en 
faudra payer deux cent mille », reprit Soleymân ; et 
comme Moûsa se défendait: « C'est trois cent mille, 
continua le khalife, que tu auras à verser » ; et en même 
temps il le fit mettre à la question, avec l'intention de le 
faire mourir. Moûsa eut alors recours à l'intervention de 
Yezid ben el-Mohalleb, qui avait du crédit auprès de 
Soleymân et qui obtint du prince la grâce du prisonnier, 
moyennant l'abandon par celui-ci de tout ce qu'il possé- 
dait. On dit aussi, c'est la version d'Ibn H'abîb et d'au- 
tres, que Moûsa racheta sa vie moyennant le paiement à 
Soleymân d'un million de dinars. Plus tard, Yezîd ben 
el-Mohalleb étant à causer un soir avec Moûsa lui dit : 
« Aboû c Abd er-Rah'mân, quel groupe formez-vous, [P. 32] 
toi et les tiens, clients et serviteurs ? Arrivez-vous à mille ? 
— Oui certes, répondit Moûsa, et de plus mille et mille 
autres encore. — Et pourquoi donc t'es- tu exposé à la 
mort au lieu de rester au siège de ta puissance, à l'en- 
droit où s'exerce ton pouvoir ? — Je le jure ! repartit 
Moûsa, si je l'avais voulu on n'eût rien pu contre moi; 
mais j'ai préféré le respect de mes devoirs envers Dieu, 
et je n'ai pas cru que je dusse oublier que j'ai à obéir. » 

On raconte qu'après s'être fait payer cette énorme 



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_ 42 - 

rançon, Soleymân ben c Abd el-Melik demanda un jour 
une coupe d'or, et Moûsa, surprenant le regard qu'il lui 
jetait, lui parla en ces termes : « Prince des croyants, il n'y 
a pas là de quoi s'enorgueillir ! Cette coupe, je ne l'estime 
certes pas dix mille dinars: or Dieu m'est témoin que 
j'ai envoyé à ton frère El-Welid un vase à lampe en 
émeraude verte dans lequel le lait qu'on y versait pre- 
nait une teinte verte ; on a estimé qu'il valait cent mille 
dinars. J'ai en outre trouvé telles et telles choses », dont 
il se mit à faire une longue énumération, si bien que 
Soleymân en resta stupéfait. 

Moûsa ben Noçayr était né en 19 (1 er janvier 610) et 
mourut en 98 (24 août 716), à l'âge de 79 ans. Il fut 
nommé en 88 (11 décembre 708) gouverneur d'Ifrîk'iyya 
et administra ce pays, de même que l'Espagne et le 
Maghreb tout entier, jusqu'à sa mort, c'est-à-dire pen*- 
dant environ dix- huit ans M. On raconte entre autres 
choses au sujet de sa mort, qu'il fit avec Soleymân 
le pèlerinage et que, lors de leur arrivée à Médine, 
Moûsa annonça que le surlendemain mourrait un homme 
dont le nom avait rempli l'Orient et l'Occident. 

Gouvernement de Moh'ammed ben Yezld en Ifrîk'iyya 
et au Maghreb. 

Voici ce que dit Wâk'idi: « Soleymân ben c Abd el- 
Melik dit alors à Redjà' ben H'aywa< 2 ) qu'il voulait un 
homme d'un mérite intrinsèque pour en faire le gouver- 



(1) Le texte porte i8 en chiffres; le texte du manuscrit porte sans 
doute, mais en toutes lettres, huit, 

(2) On peut voir sur ce personnage Ibn Koteyba, p. 239; Ibn el- 
Athir, v, 27 et 129 ; Nodjoûm, p. 302. 



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- 43 - 

neur d'Ifrik'iyya. Redjâ' approuva ce projet, et au bout 
de quelques jours lui dit qu'il avait trouvé l'homme 
demandé en la personne de Moh'ammed ben Yezîd, 
client de K'oreych. Soleymân se le fît présenter et lui 
tint ce langage: « Moh'ammed ben Yezîd, crains Dieu 
[P. 33] seul, qui n'a pas d'associé ; cultive la vérité et la 
justice dans le pays que je te confie, car je te nomme 
gouverneur d'Ifrik'iyya et du Maghreb tout entier. » 
Alors, continue le chroniqueur, Moh'ammed ben Yezîd 
fit ses adieux au prince et se mit en route, en disant 
qu'il serait sans excuse aux yeux de Dieu s'il ne prati- 
quait pas la justice. 

En 97 (4 sept. 715), Moh'ammed ben Yezîd se fixa en 
Ifrîk'iyya et l'administra de la façon la plus régulière et 
la plus juste. Il reçut ensuite l'ordre de s'emparer d' c Abd 
Allah ben Moûsa ben Noçayr pour le mettre à la question, 
et de confisquer la fortune des fils de Moûsa. En consé- 
quence il emprisonna e Abd Allah, le tortura et finit par le 
mettre à mort. Or, l'ordre du khalife était de saisir toute la 
famille, les enfants et les partisans de Moûsa, de ruiner 
leur situation et de leur arracher par la torture trois cent 
mille dinars. c Abd Allah ben Moûsa subit donc son supplice 
sous la surveillance de Khâlid ben H'abib K'oreychiM; 
pour c Abd el- c Aziz ben Moûsa, quand il apprit le traite- 
ment infligé à son père, à son frère et à sa famille, il refusa 
de reconnaître plus longtemps les Omeyyades et se pro- 
clama indépendant. Mais alors le khalife Soleymân 
adressa à H'abib ben Aboû f Obda( 2 ) et aux chefs arabes des 



(1) Ce personnage est nommé 'Obeyd Allah ben Khàlid ben Çàbi 
dans le Nodjoûm, p. 261. 

(2) Sur ce nom voir la note de ma traduction de Merrâkechi, p. 9. 



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-.44 - 

lettres leur prescrivant de le mettre à mort, ce qu'ils 
firent : sa tête et celle de son frère e Abd Allah furent 
déposées sous les yeux de leur père Moûsa pendant qu'il 
était lui-même à la torture* 1 ). La conduite de Soleymân à 
l'égard de Moûsa et de ses fils, après les conquêtes 
qu'avait faites ce général, est une chose honteuse qu'on 
n'a jamais cessé de reprocher à ce khalife. 

Moh'ammed ben Yezîd confia l'administration de l'Es- 
pagne à El-H'orr ben c Abd er-Rah'màn K'aysi, car ce 
pays relevait alors du gouverneur de l'Ifrik'iyya, de même 
que celui-ci relevait du gouverneur de l'Egypte. 

Au cours de son administration, qui dura deux ans et 
quelques mois, Moh'ammed ben Yezid envoya [plusieurs 
fois] des partis de cavaliers vers les frontières d'Ifrîk'iyya, 
et le produit de leurs courses était partagé entre eux. 

Soleymân ben c Abd el-Melik étant mort en 99, fut rem- 
placé le jour même par c Omar ben c Abd el- c Azîz, qui 
nomma gouverneur de l'If rîk'iyya Ismà c il ben c Abd Allah 
ben Aboû'l-Mohâdjir, client des Benoû Makhzoûm. Ce 
fut en l'année 100 [P. 34] que s'installa en Ifrik'iyya cet 
excellent général et administrateur. Grâce aux appels 
zélés et sans cesse renouvelés qu'il adressa aux Berbères 
pour amener la conversion de ces peuples, celle-ci 
s'acheva entre ses mains sous le règne d' c Omar ben c Abd 
el- c Aziz. Ce fut lui qui apprit aux habitants de ce pays ce 
qui est permis ou défendu, tâche dans laquelle il fut aidé 
par dix hommes de mérite et de talent choisis parmi les 
successeurs (tâbi'oûn), entre autres c Abd er-Rah'màn ben 
Nâfi c et Sa c id ben Mas c oûd Todjibi, par qui f Omar le fit' 
assister. Ce sont eux qui firent connaître en Ifrik'iyya la 



(1) Cf. Fournel, i, 274. 



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- 45 - 

prohibition dont est frappé le vin, qui avait jusqu'alors 
passé pour permis. 

En 100 (2 août 718), Ismâ c il ben ( c Abd Allah ben) Aboû'l- 
Mohàdjir nomma pour son lieutenant en Espagne Es- 
Samh' ben Mâlik Khawlâni, qui s'y rendit en ramad'ân. 

Le 6 cha c bàn 101 (20 février 720), le khalife «Omar 
mourut à Deyr Sam c ân^), après un règne de deux ans et 
cinq mois. Il eut pour successeur Yezîd ben c Abd el-Melik, 
qui nomma au gouvernement d'Ifrik'iyya Yezid ben Aboû 
Moslim, client et commandant de la garde d'El-H'addjàdj 
ben Yoûsof. Ce nouvel administrateur, qui arriva en 
Ifrîk'iyya en 102 (11 juillet 720), était un homme injuste 
et imprévoyant, dont la garde était formée de Berbères. 
Montant un jour en chaire, il annonça ce qui suit : « J'ai 
décidé que, à l'imitation de ce que font les rois chrétiens 
pour leur garde, chacun des hommes composant la mienne 
portera inscrit dans sa main droite son nom, et dans sa 
gauche, le mot garde; ils seront ainsi distingués du rpste 
de la population, et quand ils seront envoyés à quelqu'un, 
l'exécution de mes ordres se fera plus promptement. »( 2 ) 
En entendant cette annonce, ses gardes se dirent qu'il vou- 
lait les traiter comme des chrétiens et complotèrent sa 
mort, de sorte que quand il sortit de sa demeure pour 
aller dire a la mosquée la prière du coucher du soleil, ils 
le massacrèrent à l'endroit où il priait. 

Après délibération sur le choix d'un gouverneur en 
attendant la décision du khalife, le peuple s'accorda pour 
nommer El-Moghîra ben Aboû Borda, qui était un 



(1) Cette localité est proche de Damas. Sur le lieu et la date de la 
mort de ce khalife, comparez Ibn el-Athîr, v, 42 ; Merâcid, i, 432 ; 
Nocljoûm, 274, etc. 

(2) Comparez le récit du Nodjoûm, p. 272. 



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- 46 - 

homme vaillant et de bonne famille. Mais'Abd Allah, fils 
de ce chef, lui fit observer que Yezîd ayant été tué en sa 
présence, son acceptation le ferait soupçonner d'être 
l'auteur du meurtre et qu'il était préférable de choisir 
Moh'ammed ben Aws Ançâri, qui était alors engagé dans 
une expédition contre la Sicile. Ce guerrier, en effet, ne 
tarda pas à revenir, chargé des dépouilles qu'il avait 
faites, et ce fut lui que l'on investit du pouvoir. Il écrivit 
au khalife Yezid ce qui s'était passé, et le prince nomma 
gouverneur Bichr ben Çafwân. 

Gouvernement de Bichr ben Çafwân. 

Bichr ben Çafwân ben Tawil ben Bichr ben H'anz'ala 
ben c Alk*ama ben Cherâh'il ben c Azîz ben Khâlid devint 
en 103 (30 juin 721) gouverneur d'Ifrik'iyya et acheva de 
détruire ce qui restait de la famille de Moûsa ben Noçayr ; 
après quoi il se rendit auprès du khalife Yezid, mais il ne 
le trouva plus en vie. A ce prince, mort en rebî c I 105 
(août-sept. 723), succéda Hichânvben c Abd el-Melik, qui 
renvoya Bichr en Ifrik'iyya. Après son retour Bichr nom- 
ma comme gouverneur d'Espagne c Anbasa benSoh'aym 
Kelbi; puis il dirigea en personne contre la Sicile une 
expédition où il fit de nombreux captifs et retourna à 
K'ayrawân. Comme il était près de mourir, la jeune 
esclave qui le soignait s'écria : « joie maligne des enne- 
mis! — Mais, dit Bichr, ce que j'ai dit aux ennemis ne 
mourra pas avec moi ! » Il désigna pour le remplacer El- 
c Abbâs ben Bâd'i c a Kelbi. 

En 107 (18 mai 725), Bichr ben Çafwân avait nommé 
en Espagne Yah'ya ben Solama Kelbi, qui arriva dans 
ce pays en chawwâl (février 726). 



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- 47 - - 

En cette année-là, il y eut une grande confusion parmi 
les gouverneurs d'Egypte* 1 ). 

Bichr ben Çafwàn nlourut à K'ayrawân en 109 (27 avril 
727), après avoir administré l'Ifrîk'iyya sept ans. Le 
successeur désigné par lui resta dans cette ville jusqu'à 
l'arrivée du gouverneur nommé par le khalife. 

[P. 36] Gouvernement cT'Obeyda ben 'Abd er-Rah'mân Solami. 

Fils du frère d'Aboû'l-A c war Solami, qui commandait 
la cavalerie de Mo c âwiya à Çiffin, il arriva en Ifrîk'iyya 
en rebî c 1 110 (juin-juillet 728). C'était un vendredi, et le 
lieutenant de Bichr ben Çafwàn venait de s'habiller 
pour se rendre à la prière, quand on lui annonça que 
l'émir c Obeyda était entré inopinément à K'ayrawân : 
« Il n'y a, répliqua-t-il, de force et de puissance qu'en 
Dieu ! La dernière heure arrivera aussi inopinément I » 
Et ses jambes incapables de le supporter le laissèrent 
s'affaisser. Après son arrivée, c Obeyda s'empara des fonc- 
tionnaires et des partisans de Bichr et les emprisonna; 
il leur fit payer des amendes et en mit plusieurs à la 
torture. 

En 110 (15 avril 728), c Obeyda nomma gouverneur 
d'Espagne c Othmàn ben Aboû Nis c a, qui se trouva à son 
poste au mois de cha c bân (novembre). 

Le 1 er moh'arrem 111 (4 avril 729) arriva en Espagne, 
en qualité de gouverneur et envoyé par c Obeyda, H'od- 
heyfa ben el-Ah'waç K'aysi, ou, selon d'autres, Aehdja'K 2 ). 



(1) Ce que dit ici notre auteur se rapporte, d'après le Nodjoûm, à 
l'année 109. 

(2) Cf. Ibn el-Athîr, Annales, p. 93. 



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- 48 - 

En 112. (25 mars 730), c Obeyda nomma à ce poste 
El-Haythem ben c Obeyd KenâniW, qui arriva dans le pays 
en moh'arrem, et qui mourut en 114 après avoir gou- 
verné l'Espagne pendant deux ans et quelques jours. 

Parmi les fonctionnaires et compagnons de Bichr 
qu ,<r Obeyda traita comme on Ta vu, se trouvait Aboû'l- 
KhatTâr el-H'osâm ben D'irâr Kelbi, qui non seulement 
était un des nobles de sa tribu, mais avait de l'éloquence 
et du talent. Bichr ben Çafwân lui avait confié en 
Ifrîk'iyya un gouvernement important, d'où c Obeyda le 
déplaça, en outre d'un châtiment qu'il lui infligea. Il 
composa alors ces vers : 

[P. 37 ; T'awîl] Vous avez, fils de Merwân, livré notre sang 
aux K'aysites ; mais si vous ne vous montrez pas justes, Dieu 
rendra un jugement équitable ! On dirait que vous n'avez 
pas assisté à la bataille.de Merdj Râh'it' et que vous ignorez 
à qui cette victoire est due. Vous affectez clairement de ne 
pas nous voir, et nous savons bien qu'il y a longtemps que 
vous agissez ainsi à notre égard (2). 

Il fit réciter ces vers devant le khalife Hichâm ben 
c Abd el-Melik, et le résultat en fut que ce prince enleva 
le gouvernement de l'Ifrik'iyya et du Maghreb à c Obeyda, 
qui, en se retirant en chawwâl 114 (nov.-déc. 732), y 
laissa en qualité de lieutenant c Ok'ba ben K'odâma. Son 
administration avait duré quatre ans et six mois, et il 
emporta en Syrie des dons considérables (pour le kha- 
life). Quant à son lieutenant, il resta à K'ayrawân pen- 
dant six mois. 



(1) On lit ailleurs Kilâbi, voir ibid, . 

(2) Sur ces vers, leur auteur et les variantes qu'ils présentent, cf. 
Ibn el-Athlr, Annales, pp. 72 et 73. 



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- 49 - 

Pendant Tannée 113 (14 mars 731), les divers fonction- 
naires d'Ifrîk'iyya et d'Espagne restèrent les mêmes que 
Tannée précédente. Le gouvernement de TEspagne fut 
ensuite confié à c Abd er-Rah'mân ben c Abd Allah 
Ghâfik'i, qui fit campagne contre les chrétiens et qui 
trouva, ainsi que nombre des siens, le martyre au lieu 
dit BalâT ech-chohadâ, en 115 (20 février 733) (D. 

En cette année il régna une grande disette. 

[P. 38] Gouvernement d"Obeyd Allah ben el-H'abh'âb en Ifrtk'iyya 
et en Maghreb. 

Ce client des Benoû Seloûl était un chef remarquable, 
un officier distingué, éloquent et bon prédicateur, con- 
naissant bien les journées, les combats et les poèmes 
des anciens Arabes. Il arriva en Ifrîk'iyya en rebî c II 116 
(mai-juin 734). C'est à lui qu'on doit la construction de 
la grande mosquée et de l'arsenal de Tunis. Il avait 
débuté comme scribe, et la fortune le mena au poste de • 
gouverneur d'Egypte, d'Ifrîk'iyya, d'Espagne et du Ma- 
ghreb entier. Il se fit remplacer en Egypte par son fils 
El-K'àsim, confia TEspagne à c Ok'ba ben el-H'addjâdj 
Seloûli et nomma à Tanger et dans la région voisine du 
Maghreb moyen d'abord son fils Ismâ c il, puis c Omar ben 
c Abd Allah Morâdi. Il envoya H'abib ben Aboû f Obda( 2 ) 
ben c Ok'ba ben Nâfi c Fihri en expédition contre le Soûs 
extrême : ce chef parvint jusqu'au Soudan en vainquant 



(1) Cette sèche mention se rapporte à la bataille de Poitiers qui fut 
livrée en octobre 732; cf. Fournel, i, 280. Le Balàt ech-chohâdâ de 
notre texte ne peut donc être le château-fort d'Espagne ainsi dénom- 
mé (Merâcid, i, 168 ; iv, 365 ; Mochtarik, 63). 

(2) On lit ailleurs 'Obeyda. 

4 



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^50- 

tous ceux qui tentèrent de lui réàîster et en pénétrant chez 
toutes les tribus sans exception ; il fit un nombre consi- 
dérable de captifs, entre autres deux jeunes filles qui 
n'avaient chacune qu'un sein (*), puis il rentra sain et sauf 
avec tous les honneurs de la guerre. Il fit ensuite une 
expédition en Sicile, où il remporta des succès sans 
pareils. 

c Omar ben c Abd Allah Morâdi, gouverneur de Tanger 
et des environs, éleva des prétentions injustes et exagé- 
rées au sujet des aumônes légales et de la dime. Il pré- 
tendit traiter les [biens des] Berbères en butin et les 
soumettre au quint, ce qu'aucun gouverneur n'avait 
encore fait, car le quint n'était exigé que des Berbères 
non convertis^). Cette conduite blâmable provoqua le 
soulèvement du pays et amena de nombreux combats où 
périrent beaucoup de serviteurs de Dieu. 

Les Berbères de Tanger et de la région, quand ils 
surent que H'abib ben Aboû c Obda était engagé dans une 
expédition contre les chrétiens, refusèrent d'obéir plus 
longtemps [P. 39] à c Obeyd Allah ben el-H'abh'âb, et à la 
suite des appels qu'ils adressèrent aux autres Berbères, 
l'insurrection s'étendit à tout le Maghreb, y compris le 
Maghreb el-Ak'ça. Ce fut la première révolte qui éclata 
dans ce pays et en Ifrîk'iyya depuis la conquête musul- 
mane ; on était alors en 122 (6 décembre 739). Meysera 
Madghari se mit à la tête de l'insurrection contre c Omar 
ben c Abd Allah Morâdi, qui gouvernait à Tanger, et le 
mit à mort. Tous les Berbères embrassèrent le parti de 



(1) Et qui provenaient d'un peuple nommé Taràdjàn (Bclàdhori, 
232). 

(2) Comparez Ibn el-Athir, Annales, p. 63. 



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- 51 - 

leur chef Meyserael-H'ak'ir, qui, laissant à Tanger e Abd 
el-A c lâ ben H'odeydj, s'avança du côté du Soûs contre 
Ismà'il ben c Obeyd Allah ben el-H'abh'âb et le tua égale- 
ment. Il y eut alors entre les habitants du Maghreb el- 
Ak'ça et ceux de l'Ifrîk'iyya de nombreuses rencontres, 
trop longues à raconter. En effet, il y avait alors dans le 
Maghreb une tribu nombreuse et puissante: celle des 
Berghawâta, qui professait la doctrine khârédjiteW. Cette 
révolte des Berbères et de Meysera eut pour cause les 
abus dont se rendit c'oupable le gouverneur nommé par 
Ibn el-H'abh'àb. En effet, les khalifes d'Orient recher- 
chaient les nouveautés d'origine occidentale et se les 
faisaient envoyer par les fonctionnaires gpuverneurs 
d'IMk'iyya, qui leur adressaient par exemple les captives 
berbères ( 2 ). Or Ibn el-H'abh'âb leur fit de nombreux pré- 
sents et il y mit tous ses efforts, ou peut-être exigea-ton 
davantage de lui, si bien qu'il se trouva amené à com- 
mettre des excès dont le résultat fut te soulèvement géné- 
ral de la population et le meurtre du gouverneur. 

c Obeyd Allah ben el-H'abh'âb avait des enfants qui se 
montraient orgueilleux. Or comme c Ok'ba ben el-H'ad- 
djâdj alla le trouver et que le père d' c Abou c Ok'ba avait 
affranchi El-H'abh'âb, père d' c Obeyd Allah, quand c Ok'ba 
arriva auprès d c Obeyd Allah, celui-ci se leva devant lui, 
lui rendit des marques d'honneur et le fit asseoir sur son 
trône. Après qu' c Ok'ba se fut retire, les enfants d' c Obeyd 
Allah blâmèrent la conduite de leur père, qui leur 
demanda leur avis : « Tu avais, lui dirent-ils, à lui faire 



(1) Sur les Kharedjites, voir la note 5 de 17/. des Berb., i, 203 ; et 
Biunnow, Die Charidschiten. 

(2) Comparez //. des Berb., i, 203. 



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- 52 - 

quelque cadeau et à l'éloigner, de manière à ne pas 
ravaler notre rang. — Oui, dit-il, vous avez raison ». Le 
lendemain il fit entrer la population dans sa demeure : 
dans la foule figurait c Ok'ba, [P. 40] devant qui il se leva 
et qu'il fit asseoir sur son trône, tandis que lui-même 
restait debout: « Mes fils que voilà, fit-il, obéissant aux 
suggestions de Satan et à l'orgueil du pouvoir, ont voulu 
me faire faire une chose contraire au droit et ont blâmé 
le respect que j'ai témoigné à cet homme. Sachez qu'il 
est mon patron, car son père a rendu le mien à la liberté. 
J'en prends Dieu à témoin, toute hypocrisie m'est 
odieuse 1 » Puis il donna à c Ok'ba le droit de choisir le 
gouvernement dont lui, c 0beyd Allah, pouvait disposer, 
et c Ok'ba porta son choix sur l'Espagne (*). Cela se passait 
en 116 (9 février 734), et ce gouverneur resta en Espagne 
jusqu'en 121 (17 décembre 738), où il en fut chassé par la 
révolte d' c Abd el-Melik ben K'at'an Fihri. D'après une 
autre version, ce fut lui qui choisit ce dernier pour le 
remplacer. 

Revenons à Meysera Madghari, chef des Çofrites et du 
Maghreb. A la nouvelle de la mort de Morâdi et de celle 
de son propre fils, c Obeyd Allah rappela de Sicile H'abîb 
ben Aboû c Obda, pour l'envoyer avec les soldats d'Ifri- 
k'iyya contre Meysera. Le commandement de l'armée des 
chefs et des nobles de l'Ifrîk'iyya fut donné par 'Obeyd 
Allah à Khâlid ben Aboû H'abîb ( 2 ) Fihri, qui marcha 
contre Meysera et qui était suivi de près par H'abîb ben 
Aboû c Obda. Khâlid franchit le Chélif, rivière voisine de 



(1) Cette anecdote est racontée avec plus de détails, d'après YAkh- 
bar madjmoû'a, par Dozy, H. des mus. d'Esp., i, 230. 

(2) Ailleurs, on lit Khâlid ben H'abib (Annales, p. 64). 



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- 53 - 

Tâhert, et Habib, qui arriva ensuite, campa près du gué 
de cette rivière, mais sans s'en éloigner. Khâlid poussa 
en avant jusque près de Tanger, où il rencontra Meysera 
et lui livra une bataille où se déploya un acharnement 
inouï. A la suite de cet engagement, Meysera se retira à 
Tanger, mais les Berbères commencèrent à blâmer sa 
mauvaise administration et sa déviation du but pour 
lequel ils l'avaient choisi. 

Meysera, dit [Ibn] er-Rak'ik\ avait pris le titre de 
khalife et s'était fait reconnaître comme tel,* de sorte 
qu'on le mit à mort et qu'on le remplaça par Khâlid ben 
H'amid Zenâti. Khâlid ben Aboû H'abib livra bataille 
aux Berbères, mais il fut attaqué par derrière par une 
armée considérable que menait Khâlid ben H'amid, et 
les Arabes durent fuir devant cette avalanche. Mais Ibn 
Aboû H'abib ne voulut pas reculer : il se jeta avec les 
siens au devant de la mort, [P. 41] si bien qu'ils périrent 
jusqu'au dernier. Tous les héros, les preux et les cheva- 
liers arabes périrent dans cette affaire, qu'on a appelée 
la Bataille des nobles et qui eut pour conséquence une 
insurrection générale. 

Cette nouvelle détermina également la révolte de 
l'Espagne contre son gouverneur, qui fut déposé et rem- 
placé par c Abd el-Melik ben K'at'an. Les affaires d'Ibn 
el-H'abh ab s'étant ainsi gâtées, la population le déposa 
à son tour. Quand le khalife Hichàm ben c Abd el-Melik 
fut informé de ces événements, il s'écria : « Je le jure, je 
vais leur témoigner une colère d'Arabe ! je vais envoyer 
contre eux une armée dont la tête sera chez eux quand 
la queue en sera encore ici ». Ibn el-H'abh'âb, sur Tordre 
qu'il reçut du khalife d'aller le rejoindre, partît en djo- 
màda I 123 (avril 741). 



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54 



Gouvernement de Kolthoûm ben 'Iyâd' en Ifrîk'iyya ; sa rencontre 
avec Khâlid ben H'amld Zenâti, émir de l'Ouest. 

A la nouvelle de Tinsurection du Gharb et de l'Espa- 
gne, Hichâm ben c Abd el-Melik envoya en Ifrîk'iyya 
Kolthoûm ben c Iyâd' à la tête de douze mille Syriens (*), 
et ce général entra dans ce pays en ramad'ân 123 (juil.- 
août 741), de concert avec les gouverneurs d'Egypte, de 
Tripoli et de Bark'a, qui en avaient reçu Tordre du kha- 
life. Sang" passer par K'ayrawân, il s'avança précédé 
d'éclaireurs commandés par son cousin paternel < 2 ) Baldj 
ben Bichr K'ochayri. Celui-ci donna Tordre aux indigè- 
nes de tenir leurs portes ouvertes pour que les Syriens . 
pussent voir leurs demeures, et leur tint beaucoup 
d'autres propos qui les irritèrent et au courant desquels 
ils mirent H'abîb ben Aboû c Obda. Celui-ci écrivit à Kol- 
thoûm : « Ton insensé de cousin a tenu tels et tels pro- 
pos ; tiens ton armée à Técart des (indigènes), sinon 
nous dirigerons nos forces contre loi. » Kolthoûm lui 
adressa des excuses et Tordre [P. 42] d'attendre sur le 
Chelif qu'il Teût rejoint; puis laissant à K'ayrawân c Abd 
er-Rah'mân ben c Okba Ghaffâri, il s'avança avec son 
armée jusqu'au camp de H'abîb. Il traita dédaigneuse- 
ment celui-ci, tandis que de son côté Baldj ben Bichr lui 
disait injurieusement : « C'est donc celui-là qui veut 
tourner ses forces contre nous ! » Cela lui attira cette 
réplique d' c Abd er-Rah'mân ben H'abîb, qui s'avança en 
lui criant : « Sache, Baldj, que celui-là c'est H'abîb ; 



(1) Ailleurs, et même ci-dessous, on lit trente mille (Ibn el-Koû- 
tiyya, p. 231 ; Bayân, n, 30 ; H. des Mus. d'Esp., i, 244, etc.). 

(2) D'autres disent son neveu. 



' 



— 55 - 

et si tu le veux, tiens-lui donc tête !» On se mit à crier 
aux armes, et tous les Africains et les Egyptiens se ran- 
gèrent du même côté, mais on s'entremit pour ramener 
le calme. Cette mésintelligence, jointe aux mauvaises 
dispositions prises par Kolthoûm et Baldj, occasionna le 
désastre qui suivit. 

Kolthoûm continua sa marche jusqu'au Wàdi Seboû 
avec une armée de 30.000 hommes, dont un tiers, dit'Ibn 
el-K'at't'ân, étaient Omeyyades et les deux autres tiers, 
Arabes. Khâlid ben H'amid Zenâti, qui avait remplacé 
Meysera dans son commandement, se mit de son côté en 
marche. Kolthoûm fit faire à Baldj une marche de nuit 
pour attaquer les Berbères, et ce chef tomba sur eux de 
grand matin ; mais ils se battirent sans vêtements, bien 
que porteurs de boucliers en cuir, le mirent en fuite et 
arrivèrent jusqu'à Kolthoûm. Celui-ci, installé sur une 
tour mouvante qu'il avait fait dresser, dominait la bataille 
qui s'engagea. Les deux cavaleries donnèrent d'abord, 
et la cavalerie arabe, au début victorieuse, fut ensuite 
battue ; puis les fantassins en vinrent aux mains et enga- 
gèrent une lutte acharnée ; cavaliers et fantassins berbè- 
res pénétrèrent dans les rangs de l'armée de Kolthoûm, 
et ce chef fut tué, de même que H'abîb ben Aboû c Obda, 
Soleymàn ben Aboû'l-Mohâdjir et les autres chefs arabes. 
Les Syriens s'enfuirent en Espagne, les Egyptiens et les 
Africains en Ifrik'iyya M. 

D'après Ibn el-K'atTân, Hichâm ben c Abd el-Melik, 
lorsqu'il envoya Kolthoûm en qualité de gouverneur de 



(1) Cette bataille, livrée à Nakdoûra (ce nom présente diverses 
variantes) est décrite par Dozy, H- des Mus., i, 246; cf. Ibn el-Athir, 
Annales, 66- 



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- 56 - 

l'Ifrîk'iyya et du Maghreb, lui recommanda de remplir 
ses fonctions avec tout le zèle et l'ardeur désirables, car 
les Omeyyades, avaient trouvé dans les livres de prédic- 
tions^) que le pouvoir des révoltés ne dépasserait pas le 
Zâb, c'est-à-dire, croyaient-ils, le Zàb d'Egypte ( 2 ), tandis 
qu'il s'agissait du Zâb d'Ifrik'iyya, et c'est pourquoi ce 
prince insistait pour que la défense en fût bien assurée. Il 
établit de plus [P. 43] que s'il arrivait malheur à Kolthoûm, 
ce chef serait remplacé par son neveu Baldj. Or dans l'un 
des combats qui furent livrés aux Berbères, Kolthoûm 
périt, et Baldj en conséquence prit sa place en Ifrik'iyya. 
Les fuyards se réfugièrent à Ceuta, où ils furent étroi- 
tement bloqués, de sorle que Baldj s'adressa à c Abd el- 
Melik ben K'at'an, gouverneur d'Espagne, pour lui 
demander de les faire passer, lui et les siens, en Espa - 
gne. Mais c Abd el-Melik, peu confiant, ne se pressa pas 
tout d'abord d'envoyer des vivres ni des vaisseaux ; il se 
trouva ensuite, forcé de les introduire dans ce pays par 
suite de circonstances que j'exposerai dans la seconde 
partie, où elles seront à leur place en parlant de l'Espa- 
gne; il imposa à ces Arabes syriens, qui étaient environ 
dix mille, la condition, à laquelle ils souscrivirent, de 
n'y- faire qu'un séjour d'un an. Mais quand ils y furent 
installés, ils trouvèrent qu'il y faisait bon vivre et ils 
refusèrent d'en sortir lorsqu' c Abd el-Melik leur rappela 
les termes de leur engagement ; ils tuèrent ce chef, et 
Baldj resta onze mois gouverneur d'Espagne, ainsi que 



(1) Le texte porte dirâyàt ; ou trouve riwâyàt dans Ibn el-Koû- 
tiyya. 

(2) Peut-être y a-t-il là une erreur, car ce nom, autant que je 
siche, n'existe pas ; cf. Fournel, î, 313, 



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- 57 — 

nous le disons dans la seconde partie, où il est traité de 
ce pays. 

D après [Ibn] er-Rak'ik', c Abd er-Rah'mân ben H'abib, 
seul Africain qui échappa, passa en Espagne et dit à c Abd 
el-Melik ben K'at'an : « Ces Syriens te demandent des 
vaisseaux pour les amener ici ; mais s'ils viennent, nous 
n'avons nulle confiance dans leurs sentiments à ton 
égard. » Et, en effet, quand c Abd el-Melik leur eut fait 
franchir la mer, ils l'attaquèrent, sous la conduite de 
Baldj, au bout d un an de séjour, et le résultat de douze 
rencontres, toutes défavorables à c Abd el-Melik, fut que 
Baldj resta maître de l'Espagne. 

En 124 (14 novembre 741), Baldj fut tué dans ce pays, 
et ses compagnons le remplacèrent, selon les instruc- 
tions du khalife Hichâm, par Tha c leba ben Selâma f Amili. 
Celui-ci eut à combattre le restant des Berbères, qui se 
soulevèrent à Mérida et dont il fit un grand massacre, 
[P. 44] en outre de ceux, au nombre d'un millier, qu'il fit 
prisonniers. A la suite de cette affaire, il regagna Cor- 
doue. C'est sous son gouvernement, qui dura dix mois, 
que les Berghawât'a commencèrent à lever la tête. 

Des Berghawât'a et de leur apostasie (*). 

Au dire d'Ibn el-K'at't'àn et d'autres encore, Tarif est 
un descendant de Chim'oûn, [petit] fils du prophète 
Ish'âk'. Or les Çofrites, après s'être partagé rifrik'iyya, 
aussi bien que les femmes et les richesses qu'elle renfer- 



(1) Voyez Bekri, p. 301 ; Hist. des Berb,, h, 125 ; Istibçar, tr. fr., 
p. 157 ; ci-dessous, p. 234 du texte arabe ; Ibn Haukal, éd. de Goeje, 
p. 56. 



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- 58 - 

mait, se tournèrent contre K'ayrawàn, sous la direction 
d'un chef berbère que suivaient trois cent mille des 
siens; mais les habitants de cette ville, au nombre de 
douze mille guerriers, soutenus par la protection divine, 
les mirent en déroute. La crainte d'être trop long m'em- 
pêche de raconter ici ces faits en détail. Or Tarif, de qui 
Tarifa (Djezîrat Tarif) tire son nom, était l'un des chefs 
de cette nombreuse armée. A la suite de cette défaite, 
de la dispersion qui en fut la suite et des pertes que ces 
guerriers subirent, Tarif se rendit à Tâmesna, où habi- 
taient des tribus berbères, dont la profonde ignorance 
lui permit de se mettre en avant et de les rallier à sa 
personne, de sorte qu'elles le reconnurent pour leur 
prince. Il avait depuis quelque temps commencé à leur 
donner des lois religieuses quand il mourut, laissant 
quatre enfants. Çâlih', l'un d'eux, fut reconnu par les 
Berbères comme son successeur, et continua de leur 
inculquer les croyances que son père Tarif avait com- 
mencé à propager. Il avait avec son père participé à la 
guerre de Meysera el-H'ak'ir et de Maghroûr ben Tà- 
ioût, les deux chefs çof rites, et se mit à prétendre que le 
Koran propre à ces peuples et dont ils faisaient leur 
lecture, lui avait été révélé, ajoutant qu'il était le Çâlih 
el-mou'minîn dont Dieu a parlé dans son Saint Livre 
(Koran, s. lxvi, 4). Çâlih transmit à son fils Elyâs [P. 45] 
ses pratiques religieuses, lui enseigna ses doctrines et sa 
foi, en lui recommandant de n'en rien manifester jusqu'à 
ce que son pouvoir se montrât au grand jour et que, la 
notoriété de son nom étant établie, il pût mettre à mort 
ses adversaires; il y ajouta la recommandation de se 
ménager l'amitié du Prince des croyants régnant en Espa- 
gne; puis il gagna l'Orient en promettant de reparaître 



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- 59 - 

sous le règne du septième prince de leur race. Il préten- 
dait être le Mahdi qui doit apparaître à la fin des temps 
pour combattre Y Antéchrist et disait que c Isa (Jésus) 
serait alors parmi les siens et prierait à sa suite, en 
rapportant à ce propos des discours qui provenaient, 
disait-il, de Moïse. 

Après qu'il fut parti pour l'Orient, son fils Elyâs,*dont 
le règne dura cinquante ans, cacha ses doctrines jusqu'à 
l'année 173 (30 mai 789). De tout ce que nous venons de 
dire de Çâlih' et de son fils, il résulte que les débuts de 
cette affaire remontent à 124 ou environ (741 ou 742), 
puisque Ton compte cinquante ans de là jusqu'à Tan 173 
(30 mai 789). 

Gouvernement de H'anz'ala ben Çafwân en Ifrlk'iyya et dans tout 
le Maghreb. 

Le massacre de Kolthoûm ben c Iyâd' et de ses compa- 
gnons" fut cause que le khalife Hichâm ben c Abd el-Melik 
envoya en Ifrik'iyya H'anz'ala ben Çafwân Kelbi, qui était 
alors gouverneur d'Egypte, où il avait été nommé en 119 ; 
il arriva en rebi c II (février-mars 742), dans son nouveau 
gouvernement. Sur la demande que lui adressèrent les 
Espagnols, H'anz'ala leur envoya en qualité de gouver- 
neur Aboû'l-KhatTâr H'osâm ben D'irâr Kelbi, qui s'em- 
barqua à Tunis pour rejoindre son poste et y arriva en 
redjeb (mai 742). Je parlerai de lui en traitant de l'Es- 
pagne. 

H'anz'ala n'était que depuis peu installé à K'ayrawân 
quand l'hérétique Çofrite c Okkâcha marcha contre lui à la 
tête de [P. 46] forces berbères considérables, et c Abd el- 
Wâh'id ben Yezid Hawwâri en fit autant avec des troupes 



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- 60 - 

non moins nombreuses. Ces deux chefs s'étaient séparés 
au sortir du Zâb/Okkâcha ayant prisla route de Meddjâna 
vers K'ayrawân, et c Abd el-Wàh'id, dont l'avant-garde 
avait pour chef Aboû K'orrâ Meghili, celle des montagnes. 
H'anz'ala jugea prudent d'attaquer le premier avant qu'il 
eût fait sa jonction avec les deux autres chefs; il marcha 
contre lui avec une troupe formée par les habitants de 
K'ayrawân et lui livra à El-K'arn un combat acharné d'où 
il sortit vainqueur après avoir tué d'innombrables Ber- 
bères. On dit que le chef arabe, lorsqu'il vit qu'il avait 
affaire à une si forte armée, annonça aux siens l'intention 
de demander du secours au khalife, mais qu'un jeune 
homme lui dit qu'il fallait attaquer l'ennemi et prendre 
Dieu pour juge ; qu'alors H'anz'ala se décida à une cam- 
pagne qui aboutit, après bien des incidents, à la défaite 
d v Okkâcha. 

Voici le récit que fait c Abd Allah ben Abou H'assân : 
H'anz'ala tira des dépôts toutes les armes qui sy # trou- 
vaient et réunit de l'argent, puis fit annoncer que le 
registre d'enrôlement était ouvert. Le premier individu 
qui se présenta fut un homme de Yah'çob, qui, répondant 
à la demande qui lui était adressée, déclara se nommer 
Naçr ben Yan c am. H'anz'ala souriant et comme prêt à le 
taxer de mensonge, lui dit : «Au nom de Dieu, dis donc 
la vérité ! — Je le jure, répondit l'homme, tel est bien 
mon nom. » Le général en tira un augure favorable; il y 
vit aide divine (naçr) et victoire. Après avoir payé la 
solde à ses troupes, il marcha à la rencontre desÇofrites, 
autrement dit des Kharédjites. Il serait long de raconter 
les combats acharnés qui furent livrés, les provocations 
que s'adressèrent les braves des deux partis, le nombre 
des guerriers qui mordirent la poussière dans toutes ces 



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^61 - 

circonstances où l'on n'entendait que le choc du fer contre 
le fer, le heurt des mains s'enlaçant. Une charge fut 
d'abord dirigée contre l'aile gauche des Arabes, puis 
l'aile gauche et le centre des Berbères furent enfoncés, 
et alors l'aile gauche des Arabes se précipitant sur l'aile 
droite des ennemis, ceux-ci furent mis en déroute. La 
tête d' c Abd el-Wâh'id fut apportée à H'anz'ala, de même 
qu'on lui amena c Okkàcha, qui avait été fait prisonnier et 
qu'il fit mettre à mort. Puis il se prosterna et offrit ses 
hommages au Créateur. On dit que jamais on ne vit au 
monde un pareil massacre. [P. 47] H'anz'ala voulut faire 
compter les morls, mais on n'y put parvenir ; il fit alors 
jeter un jonc sur chaque cadavre, puis on ramassa ces 
joncs, dont le total s'élevait à 180.000. CesÇofrites regar- 
daient comme licites (l'usage de toutes) les femmes et 
l'effusion du sang. 

L'avis de cette victoire fut transmis par H'anz'ala au 
khalife Hichâm ben c Abd el-Melik, qui en manifesta une 
joie très vive. El-Leythben Sa c d disait : «Après la bataille 
de Bedr, c'est à celles d'El-K'arn et d'El-Açnâm M que 
j'aimerais le mieux d'avoir assisté. » 

En 125 (3 novembre 742), le khalife Hichâm mourut 
d'une angine. Les gouverneurs des provinces étaient les 
mêmes que l'année précédente, entre autres H'afçben el- 
Welid en Egypte, H'anz'ala ben Çafwàn en Ifrik'iyya et 
Aboû'l-Khat't'âr en Espagne. Le jour même de la mort 
de Hichâm, mercredi 6 rebi c II, El-Welid ben Yezid monta 
sur le trône. Celui-ci fut tué le jeudi 27 djomàda II 126 
(16 avril 744) par Yezid ben el-Welid, surnommé le 



(1) Ibn el-Athir ne donne à cette bataille que le nom d'El-Açnâm 
{Annales, 68 et 69 -, cl, H. des Berb., i, 364). 



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- 62 - 

révolté (hâk'icï), qui prit sa place. Il fut reconnu à Damas 
et il ne se passa cette année-là rien en Ifrik'iyya ; il mourut 
en dhoû'l-h'iddja de cette année, après avoir désigné 
comme son successeur son fils Ibrahim ben Yezid. Celui- 
ci, au bout d'un mois et demi environ, abdiqua en faveur 
de Merwàn Dja c di,qui fit, dit-on, exhumer et crucifier le 
cadavre de Yezîd ben el-Welid. 

Tentative d"Abd er-Rah'màn ben H'ablb Fihri en Ifrik'iyya. 

Ce personnage s'était réfugié en Espagne [P. 48] lors- 
qu'il prit la fuite à la suite de la bataille où tombèrent son 
père H'abib ben Aboû c Obda ben c Ok'ba ben Nâfi c et 
Kolthoûm ben c Iyàd', et il ne cessa de tenter de s'en 
emparer. Mais il notait pas arrivé à atteindre son but 
quand l'envoi d'AboiVl-Khat't ar par H'anz'ala lui inspira 
des craintes pour sa vie, de sorte qu'il s'embarqua furti- 
vement et vint débarquer à Tunis en djomâda I 127 
(février 745) (*). Là il adressa à la population un appel 
qui fut entendu, et H'anz'ala eut tout d'abord l'intention 
de marcher contre lui pour le combattre; mais son esprit 
timoré et religieux répugnant à l'idée de faire la guerre 
à des musulmans, il lui envoya quelques personnages 
africains pour l'inviter à rentrer dans l'obéissance. Or le 
rebelle les enchaîna et les emmena avec lui versK'ayra- 



(1) En djomàda I 126, d'après Ibn el-Athir, Annales, p. 74. Noweyrr 
place aussi le débarquement d' 'A bel er-Rahmàn en djomâda I 127 et 
le départ de H'anz'ala, en djomâda 11 127 (H. des Berb., i, 364), ce 
qui est le plus vraisemblable. La date de 129 qu'on trouve quatorze 
lignes plus bas, est probablement une erreur ou de l'auteur ou de 
l'éditeur (voir suprà, p. 42, n. 1 ; Fournel, i, 323, n. 7 et 325, u. 1). 
On sait d'ailleurs combien les chroniqueurs sont peu d'accord pour 
les dates do cette période, 



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- 63 - 

wân, en annonçant que si quelqu'un des partisans de ces 
chefs et notables lui lançait seulement une pierre, il exé- 
cuterait ceux qu'il détenait comme otages. Ce que voyant, 
H'anz'ala, après avoir convoqué le kàdi et ses témoins 
instrumentaires, fît ouvrir le trésor, où il ne prit que mille 
dinars, en disant qu'il n'en voulait tirer que la somme 
suffisante pour son voyage; puis il quitta l'ifrîk'iyya en 
djomàda 1 129 (fév.-mars 747). c Abd er-Rah'màn pénétra 
alors à K'ayrawàn et fit proclamer par son héraut la 
défense de sortir avec H'anz'ala et de raccompagner, de 
sorte que la population, rendue craintive par cette 
menace, abandonna H'anz'ala. Celui-ci, dont les prières 
étaient exaucées du ciel, lança sa» malédiction contre 
l'ifrîk'iyya, qui fut ravagée par la peste et l'épidémie 
pendant sept ans consécutifs, sauf deux interruptions, 
l'une pendant l'hiver et l'autre pendant l'été. 

Au dire d'un chroniqueur, Merwàn ben Moh'ammed 
Dja c di conféra le gouvernement de l'Ifrik'iyya à c Abd er- 
Rah'màn ben H'abib lorsque ce chef fut devenu maitre 
de cette province. 

Quand e Abd er-Rah'mân détint le pouvoir, un groupe 
d'Arabes et de Berbères se révolta contre lui ; puis ce fut 
c Orwa ben el-Welid ÇadafK 1 ) qui s'empara de Tunis ; les 
Arabes du littoral ; Ibn e At't'âf Azdi < 2 ) ; [P. 49] les Berbères 
des montagnes; enfin Thàbit ÇanhâdjU 3 ) s'empara de 
Bâdja. Contre ce dernier s'avança Elyâs ben H'abîb, 
frère d' e Abd er-Rah'mân, à la tète de 600 cavaliers, mais 
en feignant, par suite d'une ruse arrêtée entre les deux 



(1) 'Orwaben ez-Zobcyr, d'après Noweyri. 

(2) Aboû 'Attàf 'lmràn ben 'Attâf (Ibn el-Athîr). 

(3) Thàbit ben Ouzidoûn, d'après Ibn Khaldoun {Berb., i, 218). 



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- 64 - 

frères, de ne pas se diriger contre lui, et il ne se mit en 
marche que quand les rapports des espions lui eurent 
appris qu'il était sans méfiance et ne se tenait pas sur 
ses gardes. Ibn c At't'âf et les siens furent à leur tour 
massacrés. c Abd er-Rah'màn déploya un véritable zèle à 
envoyer les Berbères à la mort» et il mit les populations 
à l'épreuve en les transformant en exécuteurs : les Ber- 
bères qu'on lui amenait prisonniers étaient remis par lui 
à ceux qu'il soupçonnait de croire que verser leur sang 
était interdit, et c'étaient eux qui devaient les mettre à 
mort. L'Ifrik'iyya fut alors le théâtre de combats et 
d'événements trop long à raconter. 

A la suite d'une lettre accompagnée de présents et 
adressée par e Abd er-Rah'màn à Merwân ben Moh'am- 
med, celui-ci envoya à ce guerrier l'ordre de se rendre 
à la Cour. Mais l'affaiblissement du pouvoir omeyyade 
en Orient et la guerre contre les Abbassides qui occu- 
pait Merwân, permirent à c Abd er-Rah'mân de rester 
à K'ayrawân jusqu'en 135. Laissant alors dans cette ville 
son fils H'abib, il fit une expédition contre Tlemcen et 
ne rentra qu'après avoir vaincu plusieurs peuplades ber- 
bères. Il attaqua alors la Sicile, puis envoya contre la 
Sardaigne des troupes qui y firent un terrible massacre 
et concédèrent la paix moyennant paiement du tribut. 
Une expédition envoyée contre la France en ramena 
également des prisonniers. Le Maghreb tout entier fut 
dompté, et les tribus durent humblement courber la 
tête, sans que jamais ses troupes subissent d'échec 
ni que son étendard fût refoulé, de sorte que la terreur 
de son nom pénétra les âmes de tous les Maghrébins. 

A la suite de la mort violente de Merwân ben Moh'am- 
med en Orient et de la chute de la dynastie omeyyade, 



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- 65 - 

c Abd er-Rah'màn continua de rester gouverneur de 
l'Ifrîk'iyya et du Maghreb. Plusieurs Omeyyades, par 
crainte des Abbassides, s'enfuirent dans ce pays en 
emmenant des femmes de leur famille, et il se conclut des 
mariages entre elles et c Abd er-Rah'màn et ses frères. 
Parmi eux figuraient deux fils d'El-Welîd ben Yezid W, 
et leur cousine devint la femme d'Elyâs ben H'abib. Ces 
deux princes avaient été installés dans une demeure par 
e Abd er-Rah'màn, qui, une certaine nuit, vint les obser- 
ver d'un endroit où il n'était pas vu. Ils étaient à boire 
du vin de dattes que leur versait leur affranchi, quand 
l'un d'eux se mit à dire : « c Abd er-Rah'màn pense-t-il 
donc [P. 50] rester émir de ce pays, alors que nous, fils 
du khalife, nous sommes ici ? » Le gouverneur alors se 
retira, puis il les fit venir auprès de lui et leur fit bon 
visage; mais quand on leur apprit que leur conversation 
avait été surprise, ils s'enfuirent montés sur deux cha- 
meaux. Des cavaliers lancés à leur poursuite les attei- 
gnirent, et l'émir leur fît trancher le cou. Leur cousine 
dit alors à son mari Elyâs : .« Il a exécuté mes parents, 
,tes alliés (2), à toi qui commandes ses armées et qui lui 
sers d'épée ; c'est son fils H'abib qu'il a désigné pour lui 
succéder ; voilà comment il te témoigne son mépris ! » 
Ces excitations toujours renouvelées firent qu'Elyâs et 
son frère c Abd el-Wàrith s'entendirent pour tuer c Abd 
er-Rah'màn, de concert avec plusieurs habitants de 
K'ayrawân, ainsi qu'il sera raconté. 
Nous avons dit que c'est en 127 (12 oct. 744), qu' f Abd 



(1) On retrouve leurs noms dans Ibn el-Athir, Annales, p. 77. 

(2) C'est par une erreur de traduction qu'on lit tes frères dans 
Fouruel, Les Berbers, i, 329. 

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~ M - 

er-Rah'mân ben H'abib entra en Ifrik'iyya et y reven- 
diqua l'autorité. C'est aussi en cette année qu'eut lieu la 
tentative et la reconnaissance de Thawâba ben Selàma 
en Espagne : en 125 il avait chassé Aboû'l-Khat't'âr. Son 
autorité fut pleinement reconnue en cette année (127 ?), 
mais elle n'était que le produit d'une usurpation violente 
et ne lui avait été déléguée ni par les Omeyyades ni par 
les Abbassides. Eç-Çomayl, qui était auprès de lui, exer- 
çait le véritable pouvoir, mais Thawâba avait le titre 
d'émir. Ce dernier mourut en cha c bân 128 (mai 745), 
après un règne d'un an environ, comme je le dirai dans 
l'histoire d'Espagne, et ce pays resta quatre mois sans 
émir. La population choisit alors Eç-Çomayl ben H'âtim, 
qui, d'accord avec elle, reconnut l'autorité de Yoûsoi ben 
c Abd er-Rah'mân Fihri. 

Ce fut en 129 (21 septembre 746) que celui-ci fut appelé 
à gouverner l'Espagne, ce qu'il fit pendant une période 
de dix ans. Il est possible que pas une de ces années ne 
se soit passée sans qu'il ait fait campagne, puisqu'on dit 
qu'il fit la guerre sainte sans interruption. Il sera parlé 
de lui dans l'histoire de l'Espagne. 

En cette même année, il se livra en Espagne des com- 
bats; divers événements y eurent lieu et la disette y 
sévit. 

On dit que c'est en çafar 129 (octobre-novembre 746) 
que commença le gouvernement de Yoûsof, et qu' c Abd 
er-Rah'mân ben H'abîb, gouverneur de K'ayrawân, à qui 
on l'écrivit, [P. 51] lui envoya l'investiture. 

En 130 (10 septembre 747) eut lieu la prise de Merv 
par Aboû Moslim, qui sema la division parmi les Ara- 
bes, choisit les Yéménites pour aider à sa victoire et 
ni abandonna les Mod'arites, tout cela non sans combats 



-i 



- 67 - 

luttes (*>. De son côté c Abd er-Rah'mân ben H'abib avait, 
en Ifrik'iyya,à livrer de nombreux combats aux Berbères. 

En 131 (30 août 748) Aboû Moslim se rendit maître du 
Khoràsân. Il n'y eut pas de changement dans les gouver- 
neurs d'Egypte, d'Ifrik'iyya et d'Espagne. Cette année là 
c Abd er-Rah'mân ben H'abîb entoura la ville de Tripoli 
de murailles, et la population s'y rendit de toutes parts. 

En 132 (19 août 749) se place la bataille où les Omey- 
yades et Ibn Hobeyra furent battus ( 2 ), et à la suite de la- 
quelle Koûfa tomba entre les mains des Abbassides ; puis 
le pouvoir de cette dynastie s'étendit graduellement par 
des conquêtes en Orient, suite de sa révolte contre les 
Omeyyades. La mort violente de Mervvân ben Moh'am- 
med Dja c di, qui arriva en cette année, marqua la fin du 
pouvoir de cette famille, après quatre-vingt-onze ans 
neuf mois et cinq jours partagés entre quatorze princes, 
et dans lesquels Ibn Zobeyr figure pour neuf ans et vingt- 
deux jours. Les membres de cette famille s'enfuirent 
alors de côté et d'autre pour échapper à la mort. c Abd 
er-Rah'mân ben Mo'àwiya se réfugia en Espagne où il 
arriva au trône, et sa descendance y recommença à 
régner jusqu'à 424 (6 déc. 1032) après une interruption 
[à partir de 132J d'environ six ans, puisqu' c Abd er-Rah'- 
mân fut reconnu en 137 (26 juin 754). S'il est exact que 
c Abd er-Rah'mân ben H'abîb, gouverneur omeyyade 
de K'ayrawân et d'Ifrik'iyya, ait donné l'investiture à 
Yoûsof ben c Abd er-Rah'mân, qui s'était rendu maître 



(1) Sur ces événements on peut se reporter à Weil, Gesch. cl. Cha- 
lifen, i, 696. 

(2) Cette défaite de Yezîd ben 'Omar ben Hobeyra eut lieu le 10 
monarrem près de Kerbela (ibid., p. 699 ; Ibn el-Athir, texte, v, 309). 



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- 68 - 

de l'Espagne et y gouvernait lors de l'arrivée d' e Abd er- 
Rah'mân l'Omeyyade, le pouvoir de cette dynastie n'au- 
rait pas subi d'interruption en Espagne. C'est là un lait 
à observer et qui, s'il est exact, constitue une chose 
extraordinaire et digne de remarque. 

Ibn H'azni s'exprime ainsi : « Alors finirent les Omey- 
yad.es, qui, malgré [P. 52] les hommes distingués qui 
figurèrent parmi eux, formèrent une dynastie qui ne 
fonda ni grande ville ni forteresse ; chacun d'eux conti- 
nua, après être devenu khalife, d'habiter l'hôtel ou la 
propriété où il résidait auparavant ; ils n'exigèrent pas 
des fidèles l'emploi d'épithètes serviles et destinées à 
faire ressortir leur propre autorité, ni le baisement de 
la terre ou de leurs pieds. Ils s'occupaient seulement de 
nommer ou de déplacer les gouverneurs des pays les 
plus éloignés relevant d eux : Espagne, Chine, Sind, 
Khorâsàn, Arménie, Yémen, Syrie, c Irâk, Egypte, Ma- 
ghreb et autres régions W. 

Ce fut en cette année que le pouvoir passa aux Abbas- 
sides. Ibn H'azrn donne de leur gouvernement cette note 
d'ensemble : « Sous cette dynastie étrangère, les bureaux 
cessèrent d'être arabes : ce furent les étrangers du Kho- 
râsàn qui devinrent le» maîtres, et Ton vit renaître l'in- 
juste administration des Kosroès, avec cette seule 
différence que Tordre ne fut pas donné d'injurier les 
Compagnons. La discorde s'éleva chez les musulmans, 
et dans l'intérieur de l'empire on vit les Kharédjites, les 
Chi c ites et les Mo c tazelites remporter des succès ; Idris 
et Soleymân, tous les deux fils d' c Abd Allah ben el-H'asan 
ben el-Hasan ben c Ali ben Aboû T'âleb, s'insurgèrent 



(1) Comparez Bayân, n, p. 40 du texte. 



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dans le Maghreb el-Ak'ça et s'en rendirent maîtres; des 
Omeyyades s'emparèrent de l'Espagne, et ainsi de suite 
pour beaucoup d'autres, tandis qu'à la faveur de ces 
troubles les infidèles s'emparaient de ta majeure partie 
de l'Espagne et du Sind » (*). 

En 132(19 août 749), quatre chefs différents faisaient des 
nominations de gouverneurs et de fonctionnaires : Mer- 
wàn ben Moh'ammed, Aboû Selama el-KhallâM 2 ), Aboû 
Mostim et. Aboû'l- c Abbâs es-Seffâh'. Merwân enleva à 
El-Welîd ben c Orwa le gouvernement de Médine pour 
en investir son frère c Isa ( 3 ). Aboû Selama nomma gou- 
verneur de Koûfa Moh'ammed ben Khâlid, qui resta en 
fonctions jusqu'au moment où le pouvoir d'Aboû'l- c Abbâs 
es-Seffâh' fut définitivement établi. Aboû Moslim, qui 
était le plus puissant et dont les ordres ne rencontraient 
pas d'opposition, mit Moh'ammed ben el-Ach c ath à la 
tête du Fars et lui donna l'ordre de prendre et de déca- 
piter les chefs nommés par Aboû Selama, ce qui fut fait. 
[P. 53] Après cela, Aboû'I- e Abbâs nomma Ismâ c il ben e Ali 
gouverneur du Fars, et son frère Aboû Dja c far gouver- 
neur d'El-Djezira, d'Arménie et d'Adherbeydjân ; il en- 
voya son frère Yah'ya ben Moh'ammed ben c Ali*à Mossoul 
pour administrer les autres provinces orientales, et en 
Egypte Aboû e Awn e Abd el-Melik (*) ben Yezid, et l'Ifri- 
k'iyya fut confiée à c Abd er-Rah'mân ben H'abib à cause 



(1) Comparez Bayân, n, p. 41. 

(2) lbn Khallikan (i, 467) consacre un article à ce personnage, dont 
le nom est orthographié Aboù Salama H'afç. ben Soleymàn el-Khallàl. 
L'éditeur d'Ibn el-Athir (t. v, pass.) orthographie Salima. LeKanioûs 
ne cite pas ce nom et partant ne nous apprend rien sur la manière 
de l'orthographier. Ibn Koteyba ne le cite pas davantage. 11 porta le 
premier le nom de vizir. 

(3) Appelé Yoùsof ben 'Orwa par Ibn el-Athir (v. 311). 

(4) Ou 'Abd Allah (îXodjoiïm, i, 361). 



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- 70 - 

de l'adhésion adressée par lui à AboûVAbbàs sitôt qu'il, 
avait appris l'intronisation de ce dernier. 

En 133 (8 août 750), Aboû'l - r Abbâs nomma son oncle 
Soleymân ben r Ali gouverneur de Baçra, du territoire de 
cette ville, du Bah'reyn, etc. ; son oncle Ismâ c il, gouver- 
neur de l'Ahwàz ; son oncle Dâwoûd, gouverneur de 
Médine; il laissa dans les autres provinces d'Orient, en 
Ifrik'iyya et en Espagne les mômes gouverneurs que 
précédemment. 

En 134 (29 juillet 751), Aboû'l- c Abbâs fit marcher 
Moûsa ben Ka e b à la tête de 12,000 hommes contre Man- 
çoûr ben Djemhoûr, qui s'était soulevé contre les Abbas- 
sides, Moûsa l'atteignit dans le Hind et dispersa les 
révoltés. Mançoûr dut s'enfuir et périt de soif dans les 
sables W. 

Cette même année vit encore des déplacements et des 
nominations de gouverneurs en Orient ; mais Aboû c Awn 
continua de rester en Egypte, c Abd er-Rah'mân ben 
H'abib en Ifrîk'iyya et Yoûsof Fihri en Espagne. 

En 135 (17 juillet 752), eut lieu l'expédition d' c Abd er- 
Rah'mân ben H'abib contre la Sicile, d'où ce chef ramena 
des captifs et du butin ; il attaqua également la Sardai- 
gne, aux habitants de laquelle il concéda la paix moyen- 
nant paiement du tribut ( 2 ). Il marcha aussi contre les 
Berbères du côté de Tlemcen, capitale du Maghreb 
central et siège du pouvoir des Zenâta. Au dire d'El- 
Bekri, les Benoû Yaghmoràsen sont une tribu Hawwâ- 
ride qui compte soixante mille âmes ; Tlemcen, depuis 



(1) Cf. Weil, Gesch. ci. Chai., n, 14 ; Ibn el-Athir, v, 347, etc. 

(2) Il semble bien qu'il n'y ait là qu'une répétition des faits signalés 
p. 64, ainsi que Ta fait remarquer A mari, Biblioteca, n, 4. Cf. Ibn el- 
Athir, Annales, 77. 



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- 71 - 

longtemps siège de l'empire zénatien, point central des 
tribus de cette race et d'autres encore, est aussi un lieu 
de rendez-vous pour les marchands. Moh'ammed ben 
Soleymân, descendant d ,f Ali ben Aboû Tâleb, s'y fixa, 
et son petit-fils Aboû'l- c Aych Isa ben Idris [P. 54] fonda 
la ville de Djerâwa W. 

Quant aux Zenâta, Aboû'l-Medjd Meghili, c Ali ben 
ïTazm et d'autres encore les disent issus de Djâna ben 
Yah'ya ben Çoûlàt ben Ourtâdj ben D'ari ben Sefkoû ben 
K'aydewâd ben Ka c belà ben Mâdghis ben Hadak ben 
Hersait' ben Kedâd ben Mâzigh* 2 ). On dit aussi que D'ari 
est le fils de Zedjîdj ben Klàdghisben irmoûled ben Ber- 
noûs. Bernoûs fut le père de Kotâma, de Maçmoûda^ 
d'Ouriba, d'Ouzdâdja et d'Oûrik'a. Ce dernier devint père 
de Hawwâra, et parmi les tribus qui portent le nom de 
celui-ci, figurent les Benoû Keslân et les Meliia. Yah'ya 
devint père de Djedâna, de Semdjân et d'Ourset'if. Dje- 
dàna devint père d'Oursîdj, qui eut pour fils Merin, lequel 
engendra Nedja et Nemâla. Ourset'if eut pour fils Er- 
koûna et Miknàsa. D'ari engendra Ternzit, dont les 
enfants furent Mat'mât'a, Madghara, Çadina, Meghîla, 
Melzoûza et Medyoùna. Zedjidj engendra Lâvvi, l'ancien, 
qui devint père de Làwi, le jeune, de Maghrâwa, d'Ifren, 
de Nefza et d'It'awwoufet. Lâwi le jeune engendra 
Ket'oûf et Ounit'at'; celui-ci devint père de Seddârata 
(sic), et les Seddârata étaient frères utérins des Benoû 
Maghrâwa. Ces derniers, ainsi que les Benoû Ifren, 



(1) Voir Bekri, p. 178-180; snr Djerâwa ou Djoràwa, cf. plus loin; 
Edrisi, Descr. de l'Afrique et de l'Espagne, pp. 91 et 205, ainsi que 
le Merâcid et le Moschtarik. 

(2) Ces noms sont reproduits d'après l'orthographe de notre texte ; 
cf. Berbères, m, 180, et Edrisi, p. 101. 



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- 72 - 

comptaient parmi les branches les plus importantes des 
Zenâta. 

Rodjâr dit dans son livre* 1 ) que les Benoû Merin habi- 
taient par delà Tlemcen, qu'ils sont Zenâtiens et descen- 
dent de Djânâ ben Yah'ya ben D'aris ben Lawà ben 
Nefzàou ben Lawâ ben Iter (Itber?) ben K'ays Ghaylân 
ben Elyâs ben Mod'ar < 2 ). Les Benoû Merîn sont, dit-il, 
des Arabes de race pure. 

Ce fut en 136 (6 juillet 753) qu'Aboû*l- c Abbâs Seffâh' 
commença ses manœuvres perfides contre Aboû Môslim, 
qui les déjoua et mit à mort ceux qui servaient d'instru- 
ments au prince, mais cela serait long à raconter W. 
D'autres prétendent que cela commença en 135, année où 
Aboû Moslim se rendit [P. 55] auprès d'Aboû'MAbbâs pour 
lui demander la permission d'accomplir le pèlerinage. 
Le khalife songeait déjà à le tuer, mais il renonça à son 
projet, et Aboû Moslim fit le pèlerinage avec Aboû Dja'far 
(el-Mançoûr). En dhoû'l-h'iddja 136 (juin 754), Aboû'l- 
c Abbàs mourut après avoir désigné pour lui succéder son 
frère Aboû Dja c far el-Mançoûr, dont l'autorité se conso- 
lida et fut universellement reconnue. En 137(26 juin 754), 
El-Mançoûr revint et la reconnaissance de son pouvoir 
fut parachevée ; il entra à Koûfa et y prononça la prière 
du vendredi. A H'ira, il reçut une lettre d'Aboû Moslim, 
qui vint ensuite à Anbâr ( 4 ). 



(1) Il s'agit du traité (TEdrisi, p. 101. 

(2) Sur cette généalogie et ces noms, cf. Berb. i, 178 ; m, 180 ; 
Edrisi, p. 102. 

(3) Voir Weil, Gesch. cl. Chalif., ir, 16. 

(4) Ces mots font une brève allusion à la correspondance échangée 
entre le khalife et son puissant subordonné (Weil, ib., p. 26 ; lbn el- 
Athir, v, 359). 



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- 73 - 

En la même année eut lieu la révolte cP e Abd Allah ben 
c Ali contre son neveu, qu'il refusait de reconnaître comme 
khalife ; ce fut Aboû Moslim qui fut chargé de le combat- 
tre. C'est à là même date que se place l'exécution d'Aboû 
Moslim par El-Mançoûr, fait dont l'exposé appartient à 
l'histoire de l'Orient. 

Suite de l'histoire d"Abd er-Rah'mân ben H'abib en Ifrik'iyya 

El-Mançoûr, à son avènement, écrivit à e Abd er- 
Rah'mân d'avoir à le reconnaître, chose à laquelle con- 
sentit ce gouverneur, qui adressa au khalife des cadeaux 
comprenant entre autres choses des faucons et des 
chiens. [Il y ajouta un message] portant que l'Ifrik'iyya 
étant entièrement devenue musulmane, on avait cessé 
d'y faire des esclaves. Le khalife irrité répondit par une 
lettre de menaces, dont la lecture excita chez c Abd er- 
Rah'mân la plus vive colère ; il fit faire l'appel à la 
prière, et quand tout le peuple fut réuni, il monta en 
chaire vêtu d'une robe de soie et, après avoir célébré la 
gloire de Dieu et l'avoir remercié de ses bienfaits, il 
éclata en injures contre le khalife : « Je croyais, dit-il, 
que ce perfide voulait propager et maintenir la vérité, 
mais je vois clairement qu'il ne veut que ruiner la justice 
au lieu de la maintenir, ainsi que je me l'étais figuré en 
lui prêtant serment. Maintenant donc je me sépare de 
lui comme je me sépare de cette sandale ! » Il joignit le 
fait à la parole, puis se faisant apporter des robes d'hon- 
neur noires (provenant des Abbassides), il les fit mettre 
en pièces (*). D'après Er-Rak'ik', [P. 56] il avait antérieure- 



(1) Cf. Ibn el-Athir, Annales, p. 78; Noweyri, ap. H. des Eterb., i, 367. 



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- 74 - 

ment porté ces robes pour invoquer le ciel en faveur du 
khalife, mais il les fit alors mettre en pièces, puis jeter 
au feu. Mais, d'après Ibn el-K'at't'ân, c Abd er-Rah'màn, 
bien qu'ayant reconnu El-Mançoûr et appelé sur lui du 
haut de la chaire les bénédictions célestes, n'avait pas 
revêtu la livrée noire, parce que, disait-il, c'étaient là des 
vêtements de damnés; puis plus tard il se sépara de 
cette dynastie et cessa de lui obéir. Ce refus d'obéis- 
sance eut lieu, dit c Arib, en cette année. 

Meurtre d' 'Abd er-Rah'mân. 

e Abd er-Rah'mân, qui envoyait son frère en expédition, 
écrivait dans ses lettres circulaires, quand des victoires 
étaient remportées, que c'était son propre fils qui en était 
l'auteur ; c'était d'ailleurs ce dernier qu'il avait désigné 
pour lui succéder. Elyàs complota alors de tuer son frère 
c Abd er-Rah'mân et s'ouvrit de ce projet à leur frère 
c Abd el-Wârith, qui y donna son consentement (*). 

Ils s'entendirent donc avec des Arabes de K'ayrawân 
pour réaliser leur plan, élever au gouvernement Elyàs 
ben H'abib et reconnaître la suzeraineté d'El-Mançoûr. 
c Abd er-Rah'mân venait de nommer Elyâs gouverneur 
de Tunis et avait reçu ses adieux.. Il était alors malade 
et était chez lui, vêtu seulement d'une tunique et d'un 
manteau, et ayant sur ses genoux un de ses jeunes fils. 
Elyâs alla le trouver et resta longtemps auprès de lui, 
tandis qu' e Abd el-Wârith lui faisait divers signes. Il se 
leva enfin et en se penchant pour lui dire adieu, il lui 
planta un poignard entre les épaules avec une telle force 



(1) Cf. Ibn el-Athir, Annales, p. 78; Noweyri, ap. //. des Ber6.,i„ 367. 



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- 75 - 

qu'il le traversa de part en part, puis il saisit son épée et 
l'en frappa encore, après quoi il s'enfuit tout effaré. Ses 
complices lui demandèrent ce qu'il avait fait et, quand il 
leur répondit qu'il l'avait tué : « Retourne donc, lui 
dirent-ils, et coupe-lui la tête ! » C'est ce qu'il fit, puis un 
grand tumulte s'étant produit, Elyâs s'empara des portes 
de l'hôtel du gouvernement. Quant à H'abîb, son attention 
fut d'abord éveillée par le tumulte, puis en apprenant le 
meurtre de son père, il commença par se cacher et par- 
vint ensuite à gagner l'une des portes de K'ayrawàn, 
celle de Tunis, d'où il rejoignit son oncle e Imràn ben 
H'abîb, qui gouvernait Tunis au nom du prince défunt. 
c Abd er-Rah'm£n, qui avait régné en Ifrik'iyya dix ans 
et sept mois, fut le premier qui s'empara de ce gouver- 
nement par la force. . 

[P. 57] Gouvernement d'Elyâs ben H'abîb. 

A ta suite du meurtre de son frère, Elyâs devint gou- 
verneur de l'Ifrik'iyya et de K'ayrawàn. H'abib s'était 
retiré à Tunis auprès de son oncle c Imrân, qu'il informa 
de ce qui s'était passé, et les clients et esclaves de ces 
deux princes vinrent de partout se joindre à eux. Ces 
deux princes s'avancèrent contre Elyâs, qui s'était mis 
en marche pour les attaquer (0; mais on s'entendit avant 
d'en venir aux mains, c Imrân restant dans son gouver- 
nement de Tunis, de Çat'foûra et de la presqu'île [de 
Bâchoû], H'abib gardant Gafça et K'ast'iliya, pendant 
qu'Elyàs resterait maître du reste de l'Ifrik'iyya et du 
Maghreb. Elyâs se rendit à Tunis avec c Imrân, et alors il 



(1) A Semindja, d'après Nowevri, ap. //. des Berb, i, 369 ; Fournel, 
i, 344. 



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- 76 - 

s'empara de sa personne et l'envoya en Espagne ; puis 
nommant Moh'airçmed ben el-Moghira gouverneur de 
Tunis, il rentra à K'ayrawân. On lui donna sur H'abîb des 
renseignements qui lui déplurent, et celui-ci, apprenant 
que son oncle était informé, obéit aux suggestions des 
agents d'Elyâs qui rengageaient à passer en Espagne. 
Elyâs fit aussi embarquer avec lui e Abd el-Wârith et ceux 
de ses clients qui voulurent bien le suivre; mais le vent 
contraire les força à relâcher à T'abark'a, et H'abîb en 
informa Elyâs, qui écrivit à son représentant en cette 
ville d'exercer une surveillance attentive. Mais alors les 
clients d' e Abd er-Rah'mân et ceux qui autrefois lui obéis- 
saient, eurent connaissance de la présence de H'abîb et 
arrivèrent de toutes parts ; ils surprirent de nuit Soley- 
mân ben Ziyàd, le commandant de la place, qui était dans 
son camp à surveiller H'abîb, l'enchaînèrent, puis tirè- 
rent H'abîb de son vaisseau et le firent débarquer. 

Révolte de H'abîb ben 'Abd er-Rahmân ben H'abîb, qui s'empare 
de l'Ifrîk'iyya. 

Après son débarquement, H'abîb se mit à la tète des 
anciens serviteurs de son père; il acquit du pouvoir, sa 
renommée se répandit et il marcha sur Laribus, dont il 
s'empara. A cette nouvelle, [P. 58] Elyâs, laissant à K'ay- 
rawân Moh'ammed ben Khâlid K'orachi, se mit en cam- 
pagne, et bientôt fut livré un combat sans importance. 
Le soir, H'abîb fit allumer les feux pour faire croire qu'il 
bivouaquait, puis se mettant en marche, il arriva au 
matin à Djeloulâ, d'où il poussa jusqu'à K'ayrawân et se 
rendit maître de cette ville. Elyâs alors, rebroussant che- 
min, se mit à sa poursuite, mais ses partisans étaient dans 



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1 1 ii i m mi 
m i 1 1 n i h m i 



- w - 

de mauvaises dispositions à son égard, tandis que le pou- 
voir de H'abîb s'affermissait. Ce dernier s'avança & la tête 
d'une troupe considérable et, quand il se trouva en face 
de sou adversaire, il lui fit crier cette proclamation: 
« Pourquoi envoyer à la mort nos serviteurs et nos 
clients, c'est-à-dire ceux qui nous servent de remparts? 
Viens le mesurer avec moi, celui qui restera vainqueur 
n'aura plus rien à redouter de l'autre I » Les soldats 
d'Elyâs acclamant une proposition qu'ils trouvaient juste, 
ce chef s'avança pour combattre son adversaire sous les 
yeux des deux armées. Ils s'attaquèrent d'abord à coups 
de lance et, quand les hampes furent brisées, ils mirent 
le sabre à la main et déployèrent un courage admiré par 
les spectateurs. Elyâs porta un coup qui, perçant les 
vêtements et la cuirasse de H'abîb, arriva jusqu'à la 
chair, mais le neveu riposta par un coup qui désarçonna 
son oncle, puis il se pencha sur lui et lui trancha la tête. 
Celle-ci fut placée sur une pique et portée devant le vain- 
queur, quand il fit son entrée à K'ayrawân, avec d'autres 
têtes de chefs arabes, notamment celles de son grand - 
oncle paternel Moh'ammed ben Aboû e Obda ben c Ok'ba 
et de Moh'ammed ben El-Moghîra K'orachi. Cet événe- 
ment eut lieu en 138, de sorte que le pouvoir d'Elyâs 
avait eu une durée d'environ un an et demi (*). 

En 138 (15 juin 755), les Berbères d'Ifrik'iyya se révol- 
tèrent contre H'abîb ben c Abd er-Rah'mân. A la suite de 
la mort d'Elyâs, e Abd el-Wârith ben H'abîb s'enfuit avec 
ses partisans de l'armée d'Elyâs, son frère, et alla se 
réfugier dans la sous-tribu berbère des Ourfeddjoûma de 



(1) Les chroniqueurs ne sont pas. d'accord sur le temps que dura 
l'autorité d'Elyâs ; voir Ibn el-Athir, p. 81. 



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- 78 ■- 

Nefza, qui avait alors pour chef c Açim ben Djemîl. H'abîb, 
à la suite du refus opposé à la demande qu'il leur fit de 
lui livrer les réfugiés, marcha contre eux ; mais c Açim, 
soutenu par les Arabes qu'il protégeait, le mit en fuite. 
H'abib avait laissé, en qualité de lieutenant à K'ayrawân, 
le kâdi Aboû Koreyb [Djemîl ben Koreyb]. Or des 
[P. 59] habitants de celte ville écrivirent à *Açim et aux 
cheykhs des Ourfeddjoûma, qu'ils croyaient devoir res- 
pecter leurs engagements (*), pour leur dire qu'ils son- 
geaient uniquement à reconnaître la suzeraineté d'El- 
Mançoûr. Alors c Açim, accompagné de son frère Moker- 
rim, de ses Berbères et des réfugiés Arabes, se porta vers 
Gabès et de là se dirigea sur K'ayrawân. Un corps de 
troupes de l'armée d ,e Açim tenta contre cette ville une 
attaque où il subit quelques pertes; puis les gens de 
K'ayrawân abandonnèrent le kâdi Aboû Koreyb et ren- 
trèrent dans la ville même, ignorants des excès dont les 
Berbères les rendraient victimes. Mais le kâdi tint ferme 
avec environ un millier d'hommes pieux, résolus de 
lutter jusqu'à la mort ; il périt avec la plupart de ces 
braves, et alors les Ourfeddjoûma se précipitèrent dans 
la ville où, violant les lois les plus sacrées, ils commirent 
tous les crimes. c Açim établit son camp dans le Moçaila 
de Roûh', puis se faisant remplacer à K'ayrawân par 
e Abd el-Melik ben Aboû'l-Dja c di If reni ( 2 ), il marcha contre 
H'abib, qui était à Gabès. H'abîb fut de nouveau battu 
et se réfugia dans le mont Aurès, où son ennemi, qui le 
poursuivit, fut cette fois tué avec bon nombre de ses 



(1) Cf. Fournel, i, 348. 

(2) On écrit aussi ce nom Aboû Dja { da et Aboû'l-Dja'cl (Ibn el- 
Athir, p. 80). 



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- 79 - 

guerriers. H'abib s'avança alors sur K'ayrawân, d'où 
c Abd el-Melikben Aboû'l Dja c di sortit pour le combattre 
et le tua en moh'arrem 140(mai-juin 757). c Abd er-Rah'mân 
ben H'abîb avait régné un peu plus de dix ans environ, 
son frère Elyâs dix-huit mois, et H'abîb ne fut qu'un 
insurgé heureux. 

Après la mort de H'abîb et d' e Açim, les tribus çofrites 
entrèrent à K'ayrawân, y attachèrent leurs montures 
dans la grande mosquée, y tuèrent tous les K'oreychites ; 
les Ourfeddjoûma firent subir aux habitants de K'ayra- 
wân les plus terribles épreuves, [P. 60] et ceux qui les 
avaient appelés et aidés eurent cruellement à s'en 
repentir. 

Alors Aboû'l-Khat't'âb <Abd el-A c la ben es-SamhMa c â- 
fîri (*), dont la révolte fut couronnée de succès, quitta 
Tripoli, qu'il avait conquise, et marcha vers K'ayrawân 
pour combattre les Ourfeddjoûma. Ceux-ci s'avancèrent 
contre lui, mais ils durent fuir et furent l'objet d'une 
poursuite meurtrière, puis le vainqueur se rendit à 
K'ayrawân, y installa en qualité de gouverneur c Abd 
er-Rah'mân ben Rostem, prince de TâherU 2 ), et regagna 
ensuite Tripoli. Les troubles et les événements que nous 
venons de résumer se passèrent dans une période de 
trois années environ. 

En 139 (4 juin 756) fut conclue entre El-Mançoûr et les 
Roûm une trêve qui permit au premier de rendre à la 



(1) Ce nom est écrit de la même manière par Noweyri {Berbères, i, 
373). Ibn Khaldoûn nomme ce chef AboCfl-Khat't'àb 'Abd el-A'la Ibn 
ech-Cheykh Ma'àfiri {Berbères, i, 220 et 242) et Ibn es-Samh' Moghâ- 
liri (Aglabides, trad. N. Desvergers, p. 54). 

(2) Sur la généalogie de ce chef, voir la note de Fournel, i, 355 ; 
pour ces événements, cf. Annales, 81 ; Berb., i, 373. 



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liberté les captifs musulmans, et ce prince n'entreprit plus 
d'expédition d'été contre les chrétiens jusqu'en 146 
(20 mars 763). 
i^ En 140 (24 mai 757) furent jetés les fondements de 
Sidjilmâssa (*). 

Ce fut en 141 (13 mai 758) qu'AboCfl-KhatVâb marcha 
contre lesOurfeddjoûmaqui occupaient K'ayrawân; leur 
chef e Abd el -Melik, abandonné par les habitants de cette 
ville, succomba avec ses soldats en çafar de cette année 
(juin 758), quatorze mois après avoir pris possession de 
cette capitale. 

En 142 (3 mai 749), Abovf l-Ah'waç Idjli (*) marcha avec 
une armée abbaside contre Aboû'l-KhatTàb, qui s'avança 
contre lui et le battit à Mighdâch ( 3 ), endroit situé au 
bord de la mer, où il cerna ses ennemis. Aboû'l-Ah'waç 
dut rentrer -en Egypte, et son vainqueur, qui regagna 
Tripoli, resta maître de rifrîk'iyya entière jusqu'à l'envoi 
d'Ibn el-Ach e ath par Ei-Mançoûr. 

En 143 (21 avril 760), AboCfl-Khat't'âb, informé qu'Ibn 
el-Ach c ath -marchait contre K'ayrawân, se porta à sa 
rencontre avec plus de 200,000 hommes, et campa dans le 
territoire de Sort ; cette nouvelle, parvenue aux oreilles 
de Moh'ammed ben el-Ach'ath Khozà'i [le fit reculer] M. 

En 144 (10 avril 761), ce dernier général fut investi du 
gouvernement de l'If rik'iyya. En effet, quand les Çofrites, 



(1) Comparez Istibçâr, trad., p. 162, et la note. 

(2) Aboù'l-AtTwaç 'Amr (ou 'Omar) ben el-Ah'waç (Noweyri, ap. 
Berbères, i, 374 ; Annales, p. 81-82). 

(3) Sur ce nom voir Fournel, r, 147; Bekri, p. 20 et 21, où on lit 
Maghmedas ; Jakubi, Descriptio, p. rv, n. g. ; Edrisi, 143, 159 et 160; 
Istibçâr, trad., p. 4, n. 3. Cf. Ibn el-Athir, Annales du Maghreb, p. 82. 

(4) Cf. Annales, p. 82 et n. 2. 



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- 81 - 

à la suite des massacres commis par les Ourfeddjoûma 
sur les K'oreychites et autres, se furent rendus maîtres 
de Flfrlk'iyya, [P. 61] des Arabes de ce pays se rendirent 
auprès d'El-Mançoûr, à qui ils dépeignirent leurs souf- 
frances, en lui demandant de les protéger contre les 
Berbères. Le khalife alors confia le gouvernement de 
l'Egypte à Ibn el Ach c ath, qui envoya une armée com- 
mandée par Aboû'l-Ah'waç ; mais celui-ci, comme on Ta 
vu, ayant été battu, Ibn el-Ach c ath reçut du khalife Tordre 
de se mettre lui-même à la tête des troupes, et il s'avança 
en Ifrîk'iyya avec quarante mille hommes commandés 
par vingt-huit généraux. Mais quand il se trouva en pré- 
sence d'Aboû'l-Khat'fâb, qui avait recruté partout des 
troupes dont le nombre était considérable, il reconnut 
son impuissance à lui tenir tète. D'autre part, cependant, 
des discordes éclatèrent entre les Zenâta et les Hawwâra, 
car les premiers tenaient en suspicion les préférences 
d'Aboû'l-Khat't'àb pour les seconds. A la suite de la 
défection d'un certain nombre de Zenâta, Ibn el-Ach c alh, 
qui apprit cette bonne nouvelle, se porta en avant et livra 
une bataille qui, après une lutte acharnée, se termina 
par la défaile et le massacre d'Aboû'l-Khat't'âb et de ses 
guerriers. Ibn el-Ach c ath, qui croyait ainsi en avoir fini, 
vit encore se lever contre lui Aboû Horeyra Zenàti avec 
une armée de 16,000 hommes ; mais il le battit également 
et anéantit une partie de ses troupes, en rebi c I de la dite 
année (juin-juillet 761). Il envoya ensuite à Baghdâd la 
tête d'Aboû'l-KhatTâb. 

c Abd er-Rah'mân ben Rostem, en apprenant la mort 
de ce dernier, s'enfuit versTâhertWety fonda une [nou- 

(1) 11 est parlé de l'ancienne et de la nouvelle Tàhert dans Fournel, 
i, 167 et 360 ; cf. ci-dessous, p. 205 du texte arabe. 



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82 - 



velle] ville pour y résider, tandis que les habitants de 
K'ayrawàn, jetant dans les fers le gouverneur qu'il leur 
avait donné, mirent à leur tête c Amr ben c Othmân K'ora- 
chi, en attendant le retour dans cette ville, qui eut lieu 
le l or djomâda I (6 août 761), d'Ibn el-Ach c ath. 

En dhoû'1-kVda de la dite année, ce chef donna l'ordre 
d'élever les fortifications de K'ayrawàn, travail qui fut 
terminé en redjeb 140 (septembre-octobre 763). Il maintint 
(ainsi) les diverses régions d'ifrîk'iyya ; les exécutions 
auxquelles il se livra sur les Berbères qui se révoltaient 
inculquèrent à ces populations un profond respect fondé 
sur la crainte et les amenèrent à se soumettre. La révolte 
de quelques-uns de ses ofiiciers, ayant à leur tète c Isa ben 
Moûsa ben c Idjlân, qui faisait partie du djond, le força 
d'abandonner K'ayrawàn [P. 62] sans combattre, en 
rebf* 1 148 (avril-mai 765); il y avait commandé pendant 
trois ans et dix mois, sous le khalifat d'El-Mançoûr. 

En 145 (nous l'avons dit), Ibn el-Ach c ath s'occupa de 
fortifier K'ayrawàn, et le développement de Tlfrik'iyya 
[en fut la conséquence]. Il avait auparavant envoyé 
(des troupes) à Zawila et à Waddân ; ces villes furent 
conquises et les Ibâd'ites qui s'y trouvaient furent mis à 
mort, entre autres c Abd Allah ben H'ayyàn ribâd'iteW, 
chef de Zawila. Au cours de cette année, Ibn el-Ach c ath 
rétablit Tordre en Ifrik'iyya, où le calme régna sans inter- 
ruption. En 146 (20 mars 763), il acheva les fortifications 
de K'ayrawàn, tandis que de son côté El-Mançoûr, ayant 
poursuivi sans discontinuer, en cette même année, l'édi- 
fication de Baghdâd, put s'y installer au mois de çafar. 
En 147, Yeztd ben H'âtim gouvernait l'Egypte, et Moh'am- 



(1) Cf. Annales, p. 83. 



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- 83 - 

med ben el-Ach c ath Khozà c i, qu'il ne faut pas confondre 
avec Moh'ammed ben el-Ach c ath Kindi, fils de la sœur 
d' e A'icha, gouvernait flfrîk'iyya. Enfin, en 148, nous 
l'avons dit, le djond se révolta contre Ibn el-Ach e ath et 
l'invita à se retirer, ce qu'il fit en rebî* (avril- mai 765) ; 
puis le djond se mit d'accord pour choisir c Isa ben 
Moûsa Khorâsâni. 

Révolte d'Isa ben Moûsa à K'ayrawân et dans une partie 
de l'Ifrîk'iyya. 

Ce chef, soutenu par une partie des Arabes et du djond, 
s'empara du pays en rebî c II 148 (mai-juin 705), sans être 
ni investi ni agréé par El-Mançoûr et sans que la masse 
même de la population fût consentante. Cet état de choses 
dura trois mois. 

Gouvernement d'El-Aghlab ben Sàlim Temlmi. 

Quand El-Mançoûr apprit la révolte des officiers mo- 
d'arites du djond [P. 63] et le congé qu'ils avaient signifié 
à Ibn el-Ach'ath, il envoya le diplôme d'investiture à El- 
Aghlab ben Sâlim ben c Ik'àl Temimi à la fin de djo- 
mâda II 148 (juillet-août 765). L'autorité régulière passa 
ainsi à ce chef, homme intelligent et sage, à qui El- 
Mançoûr écrivit, quelque temps après, de gouverner le 
peuple avec justice, d'appliquer au djond les règles d'une 
sage administration, de fortifier K'ayrawân et de l'entou- 
rer d'un fossé, d'y bien organiser le service de la garde 
et celui de la garnison qu'il aurait. à y laisser en partant 
en campagne, etc. 

L'année 149 (15 février 766) se passa sans troubles ; 
mais l'an 150 (5 février 767) vit la révolte à K'ayrawân 



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d'Èl-tï'asan ben H'arb Kindi W. En eftet, lé soulèvement 
d'Aboû K'orra le çofrite, à la tête de nombreux Berbères, 
força El-Aghlab de se mettre en campagne avec la plu- 
part de ses officiers, et il laissa comme lieutenant à 
K'ayrawàn Sâlim ben Sawâda. A l'approche d'El-Aghlab, 
Aboû K'orra s'enfuit et ses troupes se dispersèrent, de 
sorte qu'El-Aghlab pénétra dans le Zâb avec l'intention 
de se rendre de là à Tlemcen, capitale des Zenâta, puis 
à Tanger. Mais ce projet de campagne déplaisait au 
djond, qui lui représenta que l'objectif de l'expédition 
était atteint par la fuite d'Aboû K'orra, et les troupes se 
dérobant regagnèrent K'ayrawàn, si bien qu'il ne resta 
plus aux côtés du gouverneur qu'un petit nombre de 
chefs. Or El-H'asan ben H'arb, qui était à Tunis, s'était 
adressé à tous les officiers lorsqu'EI-Aghlab s'était mis 
en campagne contre Aboû K'orra. Un certain nombre se 
joignirent à lui, et il marcha sur K'ayrawàn, où il pénétra 
et emprisonna le gouverneur Sâlim ben Sawâda. El- 
Aghlab, à cette nouvelle, arriva à la tête du petit nombre 
de ceux qui ne l'avaient pas abandonné et écrivit au révolté 
une lettre où il exposait le mérite qu'il y a à se montrer 
fidèle et les funestes effets de la désobéissance. Il reçut 
une réponse à la Qn de laquelle on lisait : 

[Wâfir] Dis ouvertement à Aghlab ces mots qui retentiront 
au loin et que lui envoie El-H'asan ben H'arb : [P. 64] La 
violence est un pâturage qui te sera funeste, et malheur 
à toi si tu veux t'en approcher ! Si tu ne demandes paix et 
pardon, viens affronter ma lance et mon épée ! ( 2 ) 



(1) Comparez Annales, p. 108. 

(2) Ces vers figurent aussi dans le récit de Noweyri (ap. Berb., i, 
377), beaucoup plus détaillé que celui d'Ibn el-Athir. 



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- 85 - 

El-Aghlab,qui s'était d'abord porté sur Gabès, s'avança 
alors à marches forcées. A ce moment arriva un mes- 
sager porteur de lettres d'El-Mançoûr, adressées à 
chacun des deux adversaires, mais Ibn H'arb refusa de 
se rendre aux conseils de soumission que lui adressait 
le khalife. Les deux armées se rencontrèrent, et El- 
H'asan, battu, se replia sur Tunis, tandis qu'El-Aghlab 
entrait à K'ayrawân. Mais le vaincu fit de nouvelles 
et nombreuses levées et s'avança derechef contre cette 
dernière ville. El-Aghlab se mit alors à la tète de ses 
parents et de ses courtisans pour marcher au-devant de 
son adversaire, mais il reçut un coup de flèche dont il 
mourut, en cha c bân de la dite année (septembre 767), 
après avoir gouverné le pays pendant vingt mois. 

Gouvernement d"Amr ben H'afç K'abtça. 

En 151 (26 janvier 768), le gouvernement de rifrik'iyya 
passa aux mains d' c Amr ben H'afç K'abiça, [P. 28J héros 
d'une bravoure reconnue. A la nouvelle de la mort 
d'El-Aghlab ben Sâlim, le khalife l'envoya avec environ 
cinq cents cavaliers à K'ayrawân, où, pendant un séjour 
de trois ans et quelques mois, tout marcha bien sous sa 
direction. Il partit alors pour le Zâb, en laissant pour le 
remplacer H'abib ben H'abib ben Yezid ben el-Mohalleb ; 
mais rifrik'iyya se trouvant ainsi dépourvue des troupes 
du djond, les Berbères se soulevèrent, battirent H'abib 
qui voulut leur tenir tête, et batlirent également l'armée 
de Tripoli qui le soutenait, si bien que le désordre régna 
dans tout le pays livré au feu de la sédition. Les chefs 
kabyles y affluèrent de toutes parts et y formèrent douze 
corps d'armée qui s'avancèrent vers le Zâb, où c Amr 



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— 86 - 

ben H'afç se trouvait avec 15,500 hommes seulement. 
Ces émirs ou chefs maghrébins étaient Aboû K'orra, 
le çofrite, à la tête de 40,000 hommes; c Abd er-Rah'màn 
ben Rostem, l'ibàd'ite, avec 15,000 hommes; Aboû 
H'âtim et <Açim Sedrâti, chacun avec des troupes nom- 
breuses, le dernier ayant, dit-on, 6,000 hommes; El- 
Miçwar Zenâti avec 10,000 hommes ; e Abd el-Melik ben 
Sekerdid Çanhâdji, le çofrite, avec 2,000 hommes, et 
bien d'autres qu'Er-Rak'ik' dit n'avoir pas rappelés. Quand 
c Amr ben H'afç se vit entouré, à Tobna, dans le Zâb, de 
ces nombreux ennemis, il tint conseil avec ses officiers et 
leur annonça son intention de livrer bataille; mais ils lui 
déconseillèrent de sortir de la ville: a Envoie contre 
eux, lui dirent-ils, n'importe qui d'entre nous, mais toi 
tu dois rester, car ta mort serait la ruine et la perte du 
Maghreb ». Alors 'Arar fit offrir une somme considérable 
et de nombreux vêtements à Aboû K'orra pour le décider 
à se retirer, mais ce chef déclina les offres qui lui étaient 
faites. L'émissaire d' c Amr fit alors une tentative auprès 
du frère d'Aboû K'orra et lui remit une partie de l'argent 
et des vêtements pour qu'il s'employât à faire rentrer 
Aboû K'orra et les Çofrites chez eux. C'est ce que le 
traître fit la nuit même de concert avec les troupes, dont 
la plus grande partie abandonna Aboû K'orra, qui igno- 
rait ce complot et qui ne put faire autrement que [P. 66] 
les suivre. Après le départ des Çofrites, 'Anir envoya des 
troupes contre Ibn Rostem, qui était à Tehoûdà; ce chef 
fut battu et dut s'enfuir à Tâhert, après avoir perdu 
environ trois mille des siens. 

c Amr ben H'afç regagna alors K'ayrawàn, où il intro- 
duisit tous les vivres, objets nécessaires et approvision- 
nements qui pouvaient lui servir pour soutenir un siège. 



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- 87 - 

Aboû H'àtim à la tète de tous les siens vint camper sous 
les murs de la ville, et rifrik'iyya fut livrée à tous les 
désordres. Les assiégeants étaient, dit-on, au nombre de 
130,000; chaque jour c Amr faisait des sorties et livrait 
des combats, mais les assiégés étroitement bloqués en 
vinrent à manger leurs chevaux, les chiens et les chats, 
et l'once de sel finit par coûter un dirhem. La posi- 
tion d ,c Arnr était critique et ses gens étaient peu favora r 
blement disposés, quand il apprit que le khalife envoyait 
à son secours 60,000 hommes commandés par Yezid 
ben H'àtim : « La vie, s'écria-t-il, me serait insup- 
portable s'il me fallait entendre dire que Yezid est venu 
me dégager ! Cette vie n'est qu'une brève période à pas- 
ser en attendant que j'aille rendre mes comptes (à Dieu) ! •; 
Et se précipitant au combat, il joua de la lance et de 
l'épée jusqu'à ce qu'il fût tué à la mi-dhoû'l-h'iddja 154 
(fin novembre 771). La suite des faits ne permettant pas 
de 151 à 153 (768-770) de les distinguer année par année, 
je les ai ici brièvement résumés de façon à n'avoir pas à 
les reprendre chacun à leur date (*). 

A la suite de la mort d' c Amr, le peuple h K'ayrawân 
reconnut son frère Djemil ben H'afç ( 2 ), que la prolonga- 
tion du siège décida à traiter avec Aboû H'âtim sous la 
condition que ni lui ni ses troupes ne cesseraient de re- 
connaître le khalife et qu'ils continueraient de porter la 
livrée noire. Aboû H'àtim, qu'animait la colère, fit brûler 
les portes et ruiner les murailles, puis il entra dans la 
ville, dont il déporta la plupart des habitants dans le Zàb. 



(1) On trouve un récit plus détaillé dans Noweyri {Berl). y i, 380 ; 
cf. Annales, p. 112). 

(2) Désigné ailleurs sous le nom de H'omeyd \ou Djemil) ben (jakhr 
(ibid.). 



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-SS- 
II se dirigea ensuite vers Tripoli pour tenir tête à Yezid 
ben H'àtim, dont l'arrivée était signalée, et confia K'ay- 
rawàn à c Abd el- c Aziz [ben Samh'] Ma'âfiri. Mais <Omar 
ben c Othmân s'insurgea et massacra les partisans d ,<r Aboû 
H'âtim, [P. 67], de sorte que ce dernier revint à K'ayrawân 
combattre les révoltés. Ibn c Othmân se retira alors à Tunis, 
et Aboû H'ûtim reprenait la direction de Tripoli quand il 
apprit l'arrivée de Yezîd ben H'âtim. On dit qu'il y eut 
trois cent soixante-quinze combats livrés entre les Berbè- 
res et les Arabes depuis la première attaque d' c Amr ben 
H'afç contre ceux-là jusqu'à leur soumission définitive. 
En çafar 151 (février-mars 768), c Amr ben H'afç, nom- 
mé au gouvernement de l'If rik'iyya par El-Mançoûr, était 
arrivé dans ce pays à la tête de cinq cents cavaliers. En 
150 (6 février 767), après la mort d'El-Agblab, l'autorité 
avait été exercée par El-Mokhârik' ben Ghifàr T'à'i, 
qu'El-Aghlab avait préposé à K'ayrawân et à qui le peu- 
ple fit adhésion au mois de ramad an. Les cavaliers lan- 
cés par Mokhârik' forcèrent EI-H'asan ben H'arb à quit- 
ter Tunis et à se réfugier chez les Kotâma pendant deux 
mois; ce rebelle revint alors à Tunis, mais il fut tué 
dans une sortie dirigée contre lui par la cavalerie qui 
occupait cette ville. 

En 152 (13 janv. 769) arriva ce qui a été relaté plus 
haut sommairement. En la même année, El-Mançoûr 
enleva le gouvernement de l'Egypte à Yezîd ben H'àtim, 
qu'il remplaça par Moh'ammed ben Sa c id W ; les gou- 
verneurs des autres provinces restèrent les mêmes que 
l'année précédente. 



(1) Yezid, d'après ce que dit le Nodjoûm, fut remplacé en 151 par 
'Abd Allah ben 'Abd er-Rahmàn ben Mo'àwiya. Mais Ibn el-Athir est 
d'accord avec le Bayàn {Annales, p. 119). 



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- 89 - 

En 153 (3 janvier 770), dit Tabari, f Amr ben H'afç fut 
tué par Aboû H'àtim ribâd'ite et Aboû Ghàdi, à la tête, 
dit-on, de 350,000 Berbères, dont 35,000 cavaliers. Dans 
cette armée figurait, avec 40,000 hommes, Aboû K'orra 
Tlfrenide, émir de Tlemcen, que Ton saluait du titre de 
khalife. Tel est le récit d'Ibn el-K'at't'ân dans le Nez m 
el-djomân ; mais on a vu qu' e Amr ben H'afç fut tué en 
154 (23 décembre 770), ce qui est la version d'Er-Rak'ik', 
d'Ibn H'ammâda et d'autres encore. 

En 153 (3 janvier 770), disent Er-Rak'ik' et e Arib, Aboû 
K'orra, suivi de nombreux Berbères, s'avança de Tlem- 
cen sur K'ayrawân. c Amr ben H'afç [lacune] et 

il se retira. En la même année, les Berbères se révoltèrent 
à Tripoli et mirent à leur tête Aboû H'àtim [P. 68] l'ibà- 
d'ite, dont le nom est Ya c k'oûb ben Lebib. 

En 154 (24 décembre 770), dit c Arîb, f Amr ben H'afç, 
laissant à T'obna El-Mohennâben el-Mokhàrik', s'avança 
contre K'ayrawân, mais fut tué, comme on l'a vu, dans 
l'attaque que dirigea contre lui Aboû H'àtim l'ibâd'ite. El- 
Mançoûr, informé de cette mort, envoya en Ifrîk'iyya, 
ainsi qu'on le verra, Yezîd ben H'àtim. 

En 155 (13 décembre 771), dit T'abari, Yezîd ben H'àtim 
reconquit Pïfrik'iyya et tua Aboû Ghàdi et Aboû H'àtim, 
de sorte que Tordre fut rétabli dans le Maghreb, et Yezîd 
ben H'àtim put faire son entrée à K'ayrawân. 

Dans la même année, Aboû H atim l'ibâd'ite s'avança 
de Tripoli sur K'ayrawân, mais alors eut lieu l'arrivée 
de Yezîd. 

Gouvernement de Yezld ben H'àtim en Ifrîk'iyya et au Maghreb. 

Aboû Khâlid Yezîd ben H'àtim ben K'abîça ben el- 



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- 90 - 

MohallebW, nommé par le khalife abbaside El-Mançoûr, 
devait à sa magnanimité, à sa générosité, à sa bravoure, 
à sa renommée, à son jugement pénétrant et à ses 
succès, une situation bien connue et incontestée. Par son 
noble caractère et ses exploits guerriers, il présentait 
beaucoup de ressemblance avec son aïeul El-Mohalleb 
ben Aboû Çofra < 2 ); ses enfants aussi se firent une répu- 
tation de bravoure et de succès. Quant à El-Mohalleb, on 
prétend qu'il fut père de trois cents enfants, tant filles 
que garçons et morts ou vivants. Le khalife, qui connais- 
sait bien la situation de rifrik'iyya, n'y envoyait que ses 
intimes, et ce Yezid, (notamment), avait de véritables 
qualités d'administrateur. A son arrivée en Ifrik'iyya, il 
remit les choses en ordre, installa [ou réinstalla] les 
marchés (soûk'J de K'ayrawân et assigna un emplace- 
ment particulier à chaque corps de métier. La paix 
régna jusqu'au soulèvement des Berbères, contre qui il 
marcha et à qui il infligea des défaites meurtrières et 
devenues célèbres. C'est à propos de lui qu'il a été dit : 
« Quelle différence entre les deux Yezid! etc. » c'est-à- 
dire Yezid ben [Oseyd ben] Soleym et Yezîd ben H'âtim. 
Rebî'a [ben Thâbit Rak'k'i] a dit de lui W: 

[P. 69; t'awil] Je le jure sans arrière-pensée, ainsi que le 
fait un homme qui prête un serment sincère, quelle diffé- 
rence de générosité entre les deux Yezîd, l'un descendant de 
Soleym, et l'autre l'illustre fils de H'âtim ! 

Yezid était, à son arrivée à Tripoli, accompagné de 



(1) Ibn Khallikan donne sa biographie (iv, 213). 

(2) Voyez Annales, p. 112. 

(3) Voyez Ibn Khallikan, i, 530 ; iv, 214 ; Aqhâni> éd. de Boulak, 
xv, 38-44. 



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- 91 - 

troupes des djond de Syrie, d'Irak et de Khorâsàn. Il 
s'avança au-devant d'Aboû H'àtim, qui marchait contre 
lui, et ce dernier périt avec ses compagnons dans la 
bataille qui eut lieu ; le reste de ses troupes s'enfuit, et 
tous ceux qui furent atteints dans la poursuite dont ils 
furent l'objet furent mis à mort. Yezid confia Tripoli à 
Sa c id ben Cheddàd et se dirigea- sur K'ayrawàn, où il fit 
son entrée le lundi 19 djomâda II de cette année 
(26 mai 772). 

En cette même année, les Çofrites qui. étaient réunis 
à Sidjilmàssa, mécontents de plusieurs actes de leur émir 
e Isa ben Yezid (*), s'emparèrent de sa personne et le trans- 
portèrent au sommet d'une montagne, où ils le laissèrent 
jusqu'à sa mort. Ils le remplacèrent par Semk'où ben 
Wàsoûi ben Médian Miknâsi, a'feul de Midrâr. 

En 156 (r r décembre 772), Yezid ben H'àtim envoya 
El- c Alà ben Sa c id Mohallebi en qualité d'auxiliaire à 
El-Mokhârik, à T'obna, dans le Zàb. Ces nouvelles trou- 
pes entrèrent dans le fort de H'abh ab, dans les mon- 
tagnes des Kotàma, et c Abd er-Rah'màn ben H'abib 
dut s'enfuir de là, où El- c Alà massacra un certain nom- 
bre de ceux sur qui il mit la main, puis il regagna K'ay- 
rawân. 

Yezid ben H atim eut encore à combattre Aboû Yah'ya 
ben K'aryâs( 2 )Hawwàri,qui se révolta du côté de Tripoli 
et sous les drapeaux de qui se rangèrent de nombreux 
Berbères. c Abd Allah ben es-Simt' Kindi, qui était dans 



(1) Ailleurs on litMezyed ; de même on trouve les variantes Semkoù 
Semghoùn et Semdjoù, ainsi que Mezlàn ou Maslàn, au lieu des noms 
Semk'oû et Médian qui suivent (ci-dessous, p. 154 du texte arabe ; 
Berb. y i, 261 ; Bekri, 330; Annales, p. 120; Fourni, i, 353). 

(2) Ce nom présente diverses variantes; cf. Annales, pp. 117 et 123. 



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- 92 - 

cette province en qualité de général de Yezid, lui livra 
au bord de la mer une bataille acharnée, qui se termina 
par la déroute d'Aboû Yah'ya et le massacre général de 
ses partisans. L'Ifrik'iyya se trouva ainsi pacifiée et 
l'administration de Yezîd ben H'àtim put s'exercer sans 
obstacle. 

En 157 (20 novembre 773), Yezid, dont la générosité 
était extrême, fit rebâtir la grande mosquée de K'ayra- 
wàn. En dhoû'l-h'iddja de la dite année survint la mort 
du khalife El-Mançoûr. 

[P. 70J En 158 (10 novembre 774), le trône du khaiifat 
fut occupé par El-Mehdi, qui fut intronisé le jour même 
de la mort de son père à la Mekke et conformément à la 
désignation faite par celui-ci, le samedi 6 dhoû'l-hiddja 
[157J, de sorte qu'il se trouva libre maître du pouvoir en 
l'année 158. C'était un prince lettré et libéral, ami des 
littérateurs et des poètes; nous avons cité des vers de 
lui et rapporté divers traits le concernant dans l'histoire 
de l'Orient [et qui ne seraient pas à leur place ici] où 
il est traité de l'histoire du Maghreb extrême et du Ma- 
ghreb central. 

En 162 (27 septembre 778) mourut Aboû Khàlid c Abd 
er-Rah'mân ben Ziyâd ben An c am, kadi de K'ayrawàn; 
les dernières prières furent dites par l'émir Yezid ben 
H'àtim, à qui la grande alïluence du monde lit réciter ce 
vers : 

[Basif] O Ka'b, jamais, ni soir ni matin, une troupe ne 
s'avance sans avoir derrière elle un guide qui la pousse à la 
mort. 

Ce juge, qui avait plus de quatre-vingt-dix ans, se 
trouva indisposé pour avoir, étant à la table de Yezîd, 



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- 93 - 

bu du lait après avoir mangé du poisson, et il mourut la 
nuit même (*). 

En 163 (16 septembre 779), El-Mehdi ordonna à Yah'ya 
ben Khâlid ben Barmek de prendre le poste de secrétaire 
auprès de son fils Hàroûn, en lui disant qu'il l'avait spé- 
cialement choisi pour ces fonctions; il lui attribua, en 
outre, cent mille dirhems pour voyager avec Hàroûn. 

En 165 (25 août 781), El-Mehdi envoya Hàroûn en 
expédition dans le pays chrétien à la tète de 95,000 hom- 
mes, et muni de cent millions en or et vingt millions en 
argent. Le fils du khalife arriva jusqu'au détroit, vis-à-vis 
de Constantinopie ; il se relira avec 5,000 prisonniers et 
du butin après avoir forcé les chrétiens au versement 
annuel d'un tribut de quatre-vingt-dix. mille dinars ( 2 ). 
En 166 (14 août 782), Hàroûn revint de cette expédition, et 
les chrétiens firent parvenir des cadeaux et le montant 
du tribut. En la môme année, El-Mehdi accabla de sa 
colère son vizir Ya c koûb ben Dàwoûd, à qui il avait confié 
la direction du gouvernement. 

En 169 (13 juillet 785), mourut El-Mehdi, empoisonné 
par erreur, dit-on, mais il y a aussi d'autres versions. 
Son fils Moûsa el-Hâdi lui succéda. 

En rebî c 1 170 (septembre 786), mourut Moûsa el-Hâdi, 
à l'âge de vingt-six ans et demi, après un règne d'un an 
[P. 71] et deux mois ; il eut pour successeur Hàroûn 
er-Rechîd ben Moh'ammed. 

En 171 (21 juin 787), mourut Yezid ben H'âtim, émir 
dlfrik'iyya. Il avait été spécialement distingué par Aboû 
Dja c far el-Mançoûr et, avant d'arriver en Ifrik'iyya, il 



(1) Voir sur ce personnage Ibn el-Athir, Annales, p. 123. 

(2) Cf. Ibn el-Athir, texte, vi, 44; Weil, n, 100. 



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- 94 -. 

avait exercé le gouvernement dans diverses pf-ovinces, 
en Arménie, dans le Sind, en Egypte, de 144 à 152 M, en 
Adherbeydjân et ailleurs. Sa bonne administration en 
Ifrik'iyya a été l'objet des louanges de poètes du premier 
ordre, à qui il témoigna largement sa libéralité. Voici ce 
que rapporte Ez-Zobeyr ben Bekkâr ( 2 ), d'après un poète 
qui lui avait parlé en ces termes : « Je faisais l'éloge de 
Yezîd ben H'âtim sans le connaître ni l'avoir rencontré. 
A sa nomination en Egypte par El-Mançoùr, il prit la 
route de Médine, et l'ayant rencontré, je me mis à lui 
réciter des vers, depuis sa sortie de la mosquée de 
l'Envoyé de Dieu jusqu'à la mosquée de l'Arbre, et il me 
fit donner deux paquets de vêtements et dix mille dinars. » 
Tel est le récit d'Er-Rak'ik'. On a, entre autres choses, dit 
de lui : 

[Basif] Personnage unique parmi les Arabes, toi devant 
qui s'incline tout K'aht'ân et qui commandes à Nizâr ! j'es- 
père, si j'arrive sain et sauf jusqu'à toi, n'avoir plus ensuite 
à affronter les périls des voyages. 

C'est de lui encore qu'on a dit : 

[T'awll] Quelle différence de générosité entre les deux 
Yezîd, quand on tient compte des nobles actions et de la 
gloire des hommes (3). 

L'expression « quelle différence, etc. » est devenue 
proverbiale et est répétée en tous pays et par tout le 



(1) De dhoù'l-ka'da 145 à 151, d'après le Nocljoûm. 

(2) Historien et traditionniste maintes fois cité par Ibn el-Athîr, 
Mas'oûdi, etc. Il mourut en 256. Ibn Khallikan lui a consacré un 
article (i, 531). 

(3) Le vers sous* cette forme figure dans VAghâni, xv, 42; cf. 
suprà p. 90. 



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! : : i 



- 95 - 

monde. — Le poète Rebi c a devait une diya (indemnité pour 
meurtre) dont Yezid lui donna dix fois le montant, en 
outre de cadeaux et de bienfaits qui attestaient sa géné- 
rosité. 
On cite ces vers de Yezid : 

[Basit'J La pièce de monnaie s'habitue à peine à ma bourse, 
puis reprend sa liberté ; elle ne fait qu'y passer, et la bourse 
même la rejette. Je suis un homme de qui la bourse et l'ar- 
gent ne peuvent s'accordera). 

[P. 72] Entre autres anecdotes relatives à son séjour 
en Ifrîk'iyya, on dit qu'il interpella rudement un de ses 
intendants qui avait semé un vaste champ de fèves dans 
un de ses jardins de plaisance: « Fils de prostituée! 
Veux- tu donc me déshonorer à Baçra et m'y faire appeler 
marchand de fèves ? » Et, par son ordre, le peuple eut 
toute liberté de disposer de la récolte. — Une autre fois, 
il vit, en se promenant dans les environs de K'ayrawân, un 
nombreux troupeau appartenant à son fils [qui en tirait 
profit] ; après avoir vivement réprimandé celui-ci, il fit 
égorger et livrer tous ces animaux au peuple, qui s'em- 
pressa de profiter de l'aubaine. On en jeta les peaux sur 
un tertre qui a conservé depuis lors le nom de t Colline 
des peaux » (Kodyat el-djoloûd). 

Il m ourut en ramad'ân 171 (février-mars 788), après 
avoir gouverné pendant quinze ans et trois mois, compre- 
nant une partie du règne d'El-Mançoûr, tout le règne 
d'El-Mehdi et une partie du règne de Hâroûn er-Rechîd. 



(1) Ces vers, de même que les deux anecdotes qui suivent, figurent 
aussi dans Noweyri (ap. Berb., i, 385). 



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- 96 - 

Gouvernement de Dâwoûd ben Yezld ben B'âtim. 

Désigné par son père, au cours de sa dernière maladie, 
pour lui succéder, il gouverna ensuite Hfrîk'iyya pendant 
neuf mois et demi, où il eut maintes fois à combattre les 
chefs berbères; de nombreuses rencontres eurent lieu, 
entre autres dans la région montagneuse de Bàdja. Contre 
Noçayr ben Çàlih' l'ibâdite, qui s'était révolté, s'avança 
El-Mohalleb ben Yezid, qui fut battu et perdit nombre 
de ses soldats. Dâwoûd fit alors marcher contre eux une 
armée de 10,000 hommes, commandée par Soleymân ben 
Yezid, devant qui les Berbères s'enfuirent, mais ils 
furent poursuivis et plus de 10,000 des leurs furent mas- 
sacrés. Dâwoûd exerça le pouvoir jusqu'à l'arrivée de 
son oncle paternel, Rawh' ben H'àtim, qui avait été 
nommé émir du Maghreb. 

Commencement de la dynastie Hâchemite ou Idrisite dans 
les pays du Maghreb (i). 

Tous les chroniqueurs s'accordent à reconnaître que 
ce fut en 170 (2 juillet 786), que pénétra dans le Maghreb 
Idrîs ben c Abd Allah ben H'asan [P. 73] ben el-H'asan ben 
r AU ben Aboû T'âleb, sous le gouvernement de Yezîd 
ben H'àtim en Ifrik'iyya, sous celui de Hichâm ben c Abd 
er-Rah'mân ed-Dâkhel â Gordoue, et au début de l'auto- 
rité exercée à Sidjilmàssa par les Benoû Midrâr. Il était 
accompagné de son affranchi Râchid et s'installa dans le 
Wâdi 'z-Zeytoûn, au lieu dit Medînat el-Beled. D'après 



(1) Voyez Annales, p. 133, et les auteurs cités; Istibçâr, trad., p. 149. 



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- 97 - 

El-Bekri, dans le El-Medjmoû* el-moftarik'M y il s'ins- 
talla à Oulilit*); nom berbère de Tanger. Cette localité, 
au dire de Moh'ammed ben Yoûsof, est à une journée de 
marche de remplacement actuel de Fez, et constituait 
une ville très ancienne. C'est là que mourut Idris [en 175]. 
Voici comment ce prince passa au Maghreb d'après les 
récits d'Er-Rak'ik', d'En-Nawfeli dans le El-Medjmoû* 
el-moftarifc et d'autres chroniqueurs. 

H'oseyn ben c Ali ben H'asan ben H'asan ben H'asan 
ben Ali ben Aboû T'âleb prit les armes à Médine sous 
Moûsa el-Hâdi et passa à la Mekke en dhoû'l-h'iddja 169 
(juin 786) en compagnie d'un certain nombre de ses frères 
et de ses cousins, entre autres d'Idris et de Yah'ya, tous 
les deux fils d' c Abd Allah ben H'asan. A cette nouvelle, le 
khalife El-Hàdi fit marcher contre lui Moh'ammed ben 
Soleymân ben c Ali, qui, à la bataille de Fakhkh, défit et 
tua H'oseyn ben c Ali ainsi que la plupart de ses partisans. 
Mais Idrîs, celui qui plus tard gagna le Maghreb, put 
s'échapper et arriver en Egypte. La poste de ce derhier 
pays avait à sa tête Wâd'ih', client de Çàlih ben el-Mançoûr, 
qui transporta le réfugié en poste jusqu'au Maghreb. Idris 
arriva jusqu'à la ville d'Oulila (sic), sur le territoire de 
Tanger, dont les tribus berbères répondirent à l'appel 
qu'il leur adressa. Quand Er-Rechid, devenu khalife, con- 
nut ce qui s'était passé, il erjvoya un messager décapiter 
W'àd'ih', et à Idris il députa un émissaiie secret, client 
d'El-Hâdi et nommé Ech-Chemmâkh. Celui-ci, arrivé à 



(1) Il n'existe pas, à ma connaissance, d'ouvrage de Bekri portant 
ce titre. Dozy conjecture, avec quelque apparence de raison, qu'il 
s'agit d'un livre de Nawfeli, dont le nom aurait été omis; cf. quel- 
ques lignes plus bas. 

(2) Bekri écrit Oulili et Oulileni (pp. 248 et 268). 

7 



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Oulila, se donna comme un médecin professant les opi- 
nions de la secte Allde, et se présenta à Idris, qui le 
reçut dans son intimité [P. 74] et lui accorda sa confiance. 
Le prince s'étant un jour plaint d'un mal de dents, le 
favori lui remit un dentifrice renfermant un poison 
mortel et qui, d'après ses instructions, ne devait être 
employé que le lendemain à l'aurore. Chemmâkh s'enfuit 
la nuit même, et quand au lever du jour Idris se servit 
du dentifrice, dont il se remplit la bouche, ses dents 
tombèrent et il mourut aussitôt. On poursuivit, mais 
inutilement, Chemmâkh, qui gagna l'Egypte et rejoignit 
son patron Er-Rechid. Tel est le récit extrait de l'ouvrage 
d'Er-Rak'ik. 

En 172 (10 juin 788), les tribus berbères vinrent de 
toutes parts se rallier autour d'Idrîs ben c Abd Allah, 
qu'elles reconnurent et proclamèrent pour leur chef. 
Aussi longtemps qu'il vécut, elles restèrent de son parti, 
heureuses de lui obéir et honorées de le servir. Ce 
prince d'ailleurs était maître de ses passions, avait une 
nature distinguée, pratiquait la justice et les œuvres de 
piété. 

En 173 (30 mai 789), il s'avança à la tête des tribus 
maghrébines jusque dans le Soûs el-Ak'ça et pénétra 
dans la ville de Mâsina, d'où il repartit sain et sauf en 
ramenant du butin et des prisonniers. 

En 174 (19 mai 790), après être revenu du Soûs, il se 
rendit avec son armée à Ribât' TâzâW et découvrit la mine 
d'or qui se trouve dans les montagnes qui portent ce 



(1) Sur ce lieu, cf. Istihçâr, trad., p. 134. La mine d'or se trouve de 
ce côté, d'après Bekri, et ne fut pas découverte par Idris, voir 
Jakubi, p. 137, et les Corrections de Dozy, p. 13. 



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- 99 - 

nom. C'est en cette même année que toutes les tribus 
[berbères] du Maghreb reconnurent son autorité et le 
proclamèrent, de sorte que son pouvoir sur elles fut 
complet. 

Gouvernement de Rawh* ben H'âtim ben K'abîça ben el-Mohalleb. 

Nommé par le khalife Hàroùn er-Rechid ben Moh'am- 
med, ce gouverneur arriva en Ifrik'iyya en 171 (21 juin 
787). Il avait plusieurs fois exercé ces fonctions, car, 
après avoir été chambellan d'El-Mançoûr, il fut ensuite 
nommé par ce prince gouverneur de Baçra; sous El- 
Mehdi, il gouverna Koûfa, puis le Sind, le Tabaristan, 
la Palestine, etc. Un jour qu'il était au soleil à attendre 
près de la porte d'El-Mançoûr, un homme qui le vit lui 
dit : « Voilà longtemps que tu restes en plein soleil 1 — 
Qui, répondit Rawh', mais c'est pour pouvoir rester long- 
temps à- l'ombre ! » < l > — Il venait de perdre un fils quand 
ses amis, venant le trouver et le voyant rire, s'abstinrent 
de lui présenter leurs condoléances. Comprenant leurs 
sentiments, il leur récita ce vers : 

[P. 75 ; t'awll] Nous sommes d'une famille dont les larmes ne 
coulent pas pour la mort, même violente, d'un des siens. 

On dit qu'il envoya à son secrétaire 30,000 dirhems 
accompagnés du billet que voici : « Je t'envoie telle 
somme, que je ne puis dédaigneusement regarder comme 
trop faible pour toi, dont l'importance n'est pas telle que 
je puisse te la reprocher, et qui ne t'empêche pas d'espé- 
rer de moi des dons ultérieurs. Je te salue ! » 



(1) Ce commencement du paragraphe est traduit dans les Berbères y 
i, 388, n. 



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^p -^ 



Aboû Khâlid Rawh' était l'aîné de son frère Yezîd et avait 
plus fréquemment que lui rempli les fonctions de gouver- 
neur; plus d'une fois, pendant son séjour à K'ayrawàn, 
il lui arriva de tomber sous le poids du sommeil provo- 
qué par la débilité sénile. Il mourut la nuit du samedi au 
dimanche 23 ramad'ân 174 (2 février 791), après avoir 
occupé ces dernières fonctions pendant trois ans et trois 
mois. 

Gouvernement de Naçr ben H'abîb Mohallebi. 

Le directeur de la poste et le général AboiVl-*Anber 
avaient, ainsi que d'autres officiers, écrit à Er-Rechid 
pour lui signaler l'état de faiblesse auquel l'Age avait 
réduit Rawh' ben H'âtim et l'imminence de sa mort, en 
faisant ressortir que l'importance d'une province fron- 
tière telle que l'Ifrîk'iyya exigeait un chef énergique, 
[Naçr par exemple]. Ce Naçr avait commandé la garde 
(chorVa) de Yezid ben H'âtifn en Egypte et en Ifrîk'iyya, 
et sa conduite était l'objet d'éloges. Er-Rechîd fit donc 
dresser à son nom un diplôme d'investiture qu'il fit 
secrètement parvenir à destination. A la mort de Rawh', 
son fils K'abîça fut reconnu dans la grande mosquée et 
la population lui prêta serment de fidélité ; El-Fad'l ben 
Rawh' était à cette époque gouverneur du Zâb. Mais alors 
Aboû'l- c Anber et le directeur de la poste sautèrent achevai 
pour porter à Naçr ben H'abîb l'investiture précédem- 
ment envoyée par le khalife Haroûn, le saluèrent du 
titre d'émir et se rendirent avec lui et un certain nombre 
de partisans {P. 76] à la mosquée. Ils y trouvèrent 
K'abîça assis sur le tapis ; ils le firent lever et y assirent 
Naçr ben H'abîb, en informant les assistants de la situa- 



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- 101 - 

tion : lecture fut donnée du rescrit adressé par le khalife 
Hàroûn à Naçr, et l'assistance se soumit. Cela arriva 
dans la dernière décade de ramad'àn 174 (1 10 février 791), 
et pendant deux ans et trois mois Naçr rendit des juge- 
ments marqués au coin de la justice et administra de 
façon à mériter des louanges. 

En 175 (9 mai 791) Er-Rechîd fît reconnaître à Baghdàd 
son fils Moh'ammed, alors âgé de cinq ans et à qui il 
donna le surnom d'Emin, en qualité d'héritier présomp- 
tif, et lui fit prêter serment par les officiers et le djondM. 

En 176 (27 avril 792) eut lieu dans le Deylem la révolte 
de Yah'ya ben c Abd Allah ben H'asan ben H'asan ben 
c Ali ben Aboû Tâleb ; le développement de son autorité 
et la solidité qu'elle acquit rendirent soucieux le khalife, 
qui s'abstint, pendant cette période, de boire du vin de 
dattes. El-Fàd'l ben Yah'ya fut expédié avec 50,000 hom- 
mes contre le révolté, qui fut mis en déroute W. 

En 177 (17 avril 793) El-Fadï ben Rawh' ben H'âtlm 
fut nommé au gouvernement de l'Ifrik'iyya par le khalife 
Er-Rechid, qui, en annonçant sa révocation à Naçr ben 
Habib, lui ordonna de remettre le pouvoir à El Mohalleb 
ben Yezid en attendant l'arrivée d'El-Fact'l. Celui-ci, dès 
qu'il fut, en moh'arrem 177 (avril-mai 793), parvenu à 
destination, nomma au gouvernement de Tunis son 
neveu El-Moghîra, qui, inexpérimenté et ignorant de la 
manière de traiter le peuple, agit inconsidérément à 
l'égard du djond. Mécontents de ses procédés blâmables, 
ses soldais se réunirent et adressèrent à El-Fad'l une lettra 
où ils lui exposaient la singulière conduite de son neveu 



(1 ) On trouve un peu plus de détails là-dessus dans Ibn el-Athir,vi, 83. 
(2) Voir le même, ibid., p. 83 et 85; Chr. de Sacy, i, 3, etc. 



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- 102 - 

à leur égard. N'ayant pas obtenu de réponse, ils se dirent 
qu'une troupe sans tête ne pouvait réussir dans ses efforts 
pour atteindre un but, et, sur le conseil de l'un d'entre 
eux, ils allèrent trouver c Abd Allah ben c Abd Rabbihi^ 
ben el-Djàroûd et lui tinrent ce langage: «Tu as été 
témoin de la conduite d'El-Moghîra à notre égard, et, 
d'autre part, la lettre que nous avons adressée à son 
oncle est restée sans réponse. C'est toi qui es en vue, 
[P. 77] c'est en toi que nous mettons notre confiance ; 
nous te remettons le soin de nous diriger, assurés que 
nous sommes de bien placer notre espoir. — Ma réponse, 
leur dit-il, ne peut être qu'un sage avis pour vous comme 
pour moi : je redoute d'exposer ma vie et je me contente 
de vivre en paix. Mais en cas d'événement, je serai 
comme le premier-venu d'entre vous. » Enfin, sur leurs 
instances, il consentit, moyennant qu'ils lui prêtassent 
des serments de nature à le rassurer ; ils le firent et 
jurèrent de lui obéir. 

En 178 (6 avril 794), le djond se révolta à Tunis contre 
Témir El-Fad'l ben Ravvh', après avoir pris Ibn el-Djà- 
roûd comme chef. La troupe marcha contre l'hôtel du 
gouvernement, occupé par El-Moghîra, que l'on invita, 
lui et ses partisans, à aller rejoindre leur maître. En 
même temps, Ibn el -Djâroûd écrivit en ces termes à El- 
Fad'l : «Ce n'est point par esprit de révolte que nous 
avons chassé El-Mogbira, mais à cause de certains de 
§es actes à notre égard, qui sont de nature à mettre l'état 
en péril. Envoie-nous donc promptement quelqu'un de 



(1) On l'appelle aussi 'Abdaweyh Anbàri (Annales, p. 145; corrigez, 
aux 1. 5 et 14 de cette page, Habib ben Naçr en « Naçrben Habib », et 
par suite, biffez la n. 2). 



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— 103 — 

ton choix pour nous administrer, faute de quoi nous 
aurons à le faire nous-mêmes. » A quoi El-Fad'l répon- 
dit : a L'arrêt divin s'accomplit, que les hommes le 
veuillent ou ne le veuillent pas. Je ne choisis aucun gou- 
verneur, prenez celui que vous voulez ; je me bornerai à 
vous envoyer un administrateur (J^b). » Et, en effet, il fit 
partir pour Tunis c Abd Allah ben Mo'hammed (*). A son 
approche, Ibn el-Djàroûd dit aux siens : « Comment allez- 
vous faire ? Si vous avez chassé ignominieusement le 
neveu d'El-Fad'l, il est certain qu'il ne vous envoie un 
autre que pour vous amener, par des persécutions, à 
renoncer à votre projet; puis, une fois le calme rétabli, 
il s'emparera de chacun de vous isolément. — Et que 
nous conseilles-tu de faire? reprirent ses compagnons. 
— Ce que je vous ai dit déjà. » En conséquence, on se 
porta àu-devant de la troupe en compagnie de laquelle 
arrivait le fonctionnaire envoyé par Ternir El-Fad'l, jus- 
qu'à l'endroit appelé Ez Zeytoùn, et cet officier fut repous- 
sé ; puis le djond se livra à des discussions trop longues à 
raconter et qui aboutirent à une bataille qu'Ibn el-Djà- 
roûd livra à l'armée d'El-Fad'l. Ibn el-Djàroûd resta 
vainqueur [P. 78] et poursuivit les ennemis jusqu'à K'ayra 
wùn, dont il entreprit le siège. El-Fad'l convoqua un con- 
seil formé de ses cousins et de ses intimes, mais à partir 
de là ses affaires tournèrent mal et rien ne lui réussit. Il 
était avec ses partisans dans l'hôtel du gouvernement, 
dont les portes étaient gardées par quelques officiers, 
quand, au matin, s'approcha l'armée d'Ibn el-Djàroûd ; 
les portes furent ouvertes sans résistance, et alors Ibn 



(1) Appelé aussi 'Abd Allah ben Yezid ben Hàtim Mohallebi, cousin 
d'El-Fad'l (Noweyri ap. Berb., i, 390; Ibn Athir, Annales, p. 146). 



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- 104' — 

el-Djàroûd, qui campait sous les murs de la ville, pénétra 
dans l'hôtel et fit grâce à El-Fad'I et aux siens, qu'il fit 
ensuite partir pour Gabès, en lui disant: « Je ne suis pas 
sûr des sentiments de mes soldats à votre égard ; je vous 
enverrai cependant en compagnie de quelqu'un qui vous 
mènera à Gabès. » Il leur donna en effet une escorte 
commandée par Aboû'l-Haythem, à qui il fit jurer de ne 
pas livrer celui qu'il mettait sous sa garde. El-Fad'l, avec 
trois de ses cousins. et quelques partisans, sortit par une 
porte située de l'autre côté (*) de la ville, et le portier les 
interpella grossièrement : « Partez, chiens de damnés ! 
Veuille Dieu ne pas vous accorder sa miséricorde ! — Il 
n'y a de Dieu qu'Allah ! repartit El-Fad'l ; tous se tour- 
nent contre nous, jusqu'à ceux qui nous doivent la 
liberté ! » Il poursuivit sa marche toute la nuit et le len- 
demain jusqu'au coucher du soleil, où, le bruit du tam- 
bour ayant provoqué ses questions, on lui répondit qu'il 
s'agissait de l'arrivée d'un officier commandant cent 
cavaliers envoyés par Ibn el-Djâroûd, qui craignait, lui 
dit-on, un attentat du djond contre lui. Puis un autre 
tambour se fit entendre : c'était Mançoûr ben Hâchim, 
qui, interrogé sur le motif de sa venue, donna Tune ou 
l'autre raison. Une troisième fois le son du tambour re- 
tentit : c'était le chef de la garde (chort'a) d'Ibn el-Djâroûd 
qui arrivait : « Celui-là, dit-on à El-Fad'l, te ramènera à 
K'ayrawân. » 

En effet, quelques-uns des compagnons d'Ibn el-Djâ- 
roûd lui avaient fait observer que s'il laissait entrer de 



(1) Dozy a corrigé le dernier mot de *à*\ , >b ^ en »£&.\ (?) ; 

peut-être faut-il lire f»<ol açrem, nom d'une porte que cite Bekri, 
p. 62 et 63 . 



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- 105 - 

nuit Tex-gouverneur à Tripoli, la population de cette 
ville se soulèverait et le ramènerait à K'ayrawân [d'où 
l'envoi de ees troupes]. Alors le héraut proclama que 
quiconque obéissait à Ibn el-Djàroûd eût à se retirer. La 
retraite fut générale, et El-Fad'l resté seul fut reconduit 
à K'ayrawân avec Moh'ammed ben Hichàm et El- Fad'l 
ben Yezid, après qu'on eut enlevé les chaînes cTEl-Mo- 
halleb et des autres compagnons d'El-Fad'l. Ces trois 
personnages furent internés [P. 79] dans le même local, 
et El-Fad'l ben Rawh' fut livré à la mort en cha c bàn 178 
(novembre 794), après avoir gouverné un an et cinq mois ; 
il acheva la période de vingt-trois ans' pendant laquelle 
les Mohallebides avaient commandé en Ifrik'iyyaW. 

Ibn el-Djâroûd, à la suite de sa révolte survenue en 
djomàda II 178 (septembre 794), eut à soutenir des luttes 
violentes avec les Berbères. Il reconnut l'autorité du 
khalife Er-Rechid après le pardon que lui accorda ce 
prince. 

En 179 (26 mars 795), Ibn el-Djâroûd écrivit à Yah'ya ben 
Moûsa( £ ), qui se trouvait à Tripoli, de venir à K'ayrawân 
recevoir de ses mains le commandement de cette der- 
nière ville. Yah'ya ben Moûsa se mit donc en marche au 
mois de moh'arrem, et quand il fut arrivé à Gabès avec 
ses troupes, il rencontra tout le djond de K'ayrawân 
accompagné d'En-Nad'r ben H'afç et d' c Amr ben Mo e â- 



(1) Sur Ja révolte dlbn el-Djaroùd, cf. notamment Annales, p. 145 ; 
Noweyri, ap. Berb., r, 389 ; Fournel, i, 402. — Le premier des gou- 
verneurs Mohallebides ayant été *Àmr (ou iOmar) ben Kabiça, sur- 
nommé Hezârmerd, en 151 (suprà, p. 85), cette famille détint le pou- 
voir pendant 27 ans, ainsi que Fournel Ta fait remarquer. 

(2) Homme de confiance de Harthema, qui tâcha d'employer la 
douceur pour séduire Ibn el-Djàroùd [Berb., i, 392 ; Nodjoûm, i, 488 ; 
Annales, p. 147). 



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— 106 — 

wiya. Alors Ibn el-Djàroûd quitta K'ayrawân, dont il 
était resté maître pendant sept mois, en y laissant 
comme lieutenant El-Moferridj ben c Abd el-Meliki 1 *. En- 
suite Yah'ya ben Moûsa et El- c Alâ ben Sa c id se précipi- 
tèrent vers K'ayrawân en tâchant de se gagner de vitesse, 
et le second, qui remporta, massacra à son arrivée un 
certain rtombre de partisans d'Ibn el-Djâroûd. Cepen- 
dant il obéit à Tordre que lui envoya Yah'ya ben Moûsa 
d'avoir, s'il ne voulait se conduire en rebelle, à licencier 
ses troupes. El- c Alà obéit et retourna alors à Tripoli, où 
Ibn el-Djàroûd l'avait précédé. Celui-ci s'y rencontra 
avec YakTin ben Moûsa, et tous deux se mirent en route 
pour l'Orient. Ils rencontrèrent alors Harthema ben 
A c yan, qui venait prendre possession du gouvernement 
de l'Ifrîk'iyya, et à qui El- c Alâ avait déjà écrit pour s'at- 
tribuer l'honneur d'avoir expulsé Ibn el-Djàroûd de 
l'Ifrik'iyya. Harthema, bien qu'il se fût fait précéder par 
Yah'ya ben Moûsa, accorda une magnifique gratification 
à El- c Alâ; il fit poursuivre à Ibn el-Djâroûd son voyage 
vers Baghdâd . 

[P. 80] Gouvernement de Harthema ben A'yan. 

Nommé à ce poste par Hâroûn er-Rechîd, il arriva à 
K'ayrawân le 1 er rebi c II (23 juin 795); il traita le peuple 
avec douceur, ramena le calme et se montra bienfaisant. 
D'après Ibn H'ammâda, Harthema s'avança avec une 
armée considérable jusqu'à Tâhert, et Ibn el-Djàroûd, 
qui marcha contre lui, subit une défaite ( 2 ). Les Berbères 



(1) Noweyri donne à cet officier le nom de 'Abd el-Melik ben 'Abbàs. 

(2) Ces derniers mots ne peuvent être, semble-t-il, qu'une allusion 
aux événements qui viennent d'être racontés. 



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~ 107 - 

se soumirent à Harthema, qui regagna alors K'ayrawàn. 
C'est lui, au dire d'Er-Rak'ik', qui a édifié le grand châ- 
teau bien connu à Monastir. 

En 180 (15 mars 796), dans le grand tremblement de 
terre qui se fit sentir en Egypte, la partie supérieure du 
phare d'Alexandrie s'écroula W. 

D'après Er-Rak'ik', Harthema, en présence des discus- 
sions qui régnaient en Ifrik'iyya et de l'esprit d'insubor- 
dination des habitants, demanda son remplacement au 
khalife Hâroûn, qui lui écrivit de rentrer en Orient. C'est 
à ce gouverneur qu'on doit les fortifications de Tripoli. 

Gouvernement de Moh'ammed ben Mok'âtil 'Akki. 

Le khalife remplaça Harthema par Moh'ammed ben 
Mok'âtil ben H'akim de la tribu d' c Akk, qui rejoignit son 
poste en ramad'àn 181 (octobre-novembre 797). Frère de 
lait d'Er-Rechid et fils d'un des grands de la cour, ce gou- 
verneur, par sa conduite peu louable, se créa une situation 
difficile et s'attira l'hostilité du djond. L'un des moindres 
faits honteux qu'on raconte de ce méchant homme, c'est 
qu'il osa s'en prendre au saint renommé, à l'homme 
pieux par excellence El Behlewân ben Ràchid et le fit 
fouetter sans raison, puis emprisonner, ce dont mourut 
ce personnage. On raconte encore qu'il s'appropria la 
solde du djond, vis à vis de qui il se livra, de même que 
vis à vis du peuple, à des actes tyranniques. Alors le 
kàïd Felâh, à la tête des troupes khoràsàniennes et 
syriennes, fit si bien, qu'on s'accorda à reconnaître 



(1) Le même fait est rappelé par Ibn cl-Athir, vi, p. 104. Ce phare 
est J'objet de légendes dont il est parlé, entre autres auteurs, par 
Mas'oûdi, Prairies d'or, h, 431. 



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- 108 - 

Makhled ben Morra ( ! > Azdi, et Temmâm ben Temîm 
Temimi, gouverneur de Tunis, se mit en campagne con- 
tre Ibn tyok'âtii. 

[P. 81] Révolte de Temmâm ben Temlm Temimi. 

A la mi-ramad'àn 183 (mi-octobre 799), Temmâm, à la 
tête de plusieurs officiers et de soldats des djond de 
Syrie et du Khorâsân, s'étant avancé de Tunis contre 
K'ayrawân, Ibn Mok'âtil marcha contre lui, mais fut 
défait et dut se replier sur K'ayrawân, où, abandonnant 
l'hôtel du gouvernement, il se fortifia dans un autre 
hôtel qu'il avait fait construire. Temmâm, qui avait con- 
tinué d'avancer, vint camper derrière la porte d'Aboû'r- 
Rebi c , et le. lendemain, mercredi 25 ramad'ân 183 (29 oc- 
tobre 799), pénétra dans la ville, dont on lui ouvrit les 
portes. Il garantit à Ibn Mok'âtil que sa vie et celle des 
membres de sa famille seraient respectées, de même 
que ses biens. Ce chef avait, jusqu'à son expulsion de 
K'ayrawân, gouverné pendant deux ans et dix mois. 

Par suite de sa révolte, Aboû'l-Djahm Temmâm ben 
Temîm, aïeul d'Aboû'l- c Arab ben Temîm, lequel est 
auteur de plusieurs ouvrages, exerça l'autorité en Ifrî- 
k'iyya, mais sans avoir reçu l'investiture du khalife. A la 
suite de son entrée à K'ayrawân, Ibn Mok'âtil, à qui il 
avait fait quartier, quitta la ville et se retira vers Tripoli. 
Il fut rejoint en route par une troupe deKhorâsâniens où 
figurait T'arh'oùn, chef de ses gardes, et il put ensuite, 
grâce au consentement unanime des habitants, pénétrer 
dans cette ville. Mais alors Ibrahim ben el-Aghlab, qui 



(1) Ou, d'après Noweyri, Morra ben Makhled. 



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- 109 - 

était émir du Zàb, s'avança de ce pays contre Temmâm, 
qui exerçait l'autorité à K'ayrawân, et que cette nouvelle 
fit retirer à Tunis. Ibn el-Aghlab étant entré à K'ayra- 
wân, se rendit aussitôt à la grande mosquée ; il avait la 
parole facile et éloquente, et, montant en chaire, il 
déclara à la population n'être venu que pour secourir 
Ibn Mok'âtil, qui était le chef mis à leur tête par le Prince 
des croyants. De plus, il écrivit au gouverneur expulsé 
ce qu'il venait de faire pour lui, en insistant pour qu'il 
opérât son retour. Ibn Mok'âtil revint en effet s'installer 
avec ses partisans à K'ayrawân. Mais comme il passait 
un jour dans la rue, une femme lui cria de sa fenêtre: 
« Rends grâces à Ibrahim [P. 82] ben el-Aghlab, qui t'a 
rendu le pouvoir en Ifrik'iyya !» et ce reproche lui fut très 
sensible. 

De son côté, Temmâm ben Temim, qui était à Tunis, 
dit à ses compagnons: «Sans doute l'Aghlabide a res- 
tauré Ibn Mok'âtil ; mais les partisans de celui-ci ont eu 
grand' peur lors de notre attaque, et quand ils appren- 
dront que je pars de Tunis (pour les attaquer de nouveau), 
ils me livreront leur chef et viendront à moi. Lui-même 
est trop envieux pour appliquer les conseils que lui 
donne Ibrahim ben el-Aghlab. » Or, d'autre part, la 
population se disait qu'après avoir été débarrassée d'Ibn 
Mok'âtil, elle se trouvait, par le fait d'Ibrâhîm, de nou- 
veau livrée à l'injustice, et qu'il valait mieux mourir que 
continuer de vivre sous un gouvernemeut pareil. Le 
résultat de ces réflexions fut qu'on se porta auprès de 
Temmâm pour lui demander aide. Ce dernier se trouva 
alors, par suite du grand nombre de ses partisans, tout 
disposé à réentamer la lutte, et il écrivit à son adver- 
saire en ces termes: « Si Ibrahim ben el-Aghlab a 



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^1 



- 110 - 



restauré ton auterité, ce n'est ni à cause de ta générosité 
à son égard, ni à cause de la fidélité au khalife dont il 
fait parade ; c'est simplement qu'il craignait qu'en 
apprenant sa conquête tu ne fisses entendre des récla- 
mations, qui, repoussées, le mettaient en état de rébellion 
contre le khalife, et qui, écoutées, donnaient à autrui le 
résultat de ses efforts. Aussi t'a-t-il invité à revenir pour 
t'envoyer à la mort. Mais demain tu sauras positivement 
ce dont notre attaque d'hier t'a donné seulement un 
avant-goût. » La lettre finissait par ces deux vers : 

[T'awll] Ibrahim en restaurant ton pouvoir n'a pas agi 
par esprit de fidélité, mais dans le but de te faire périr. Si 
tu avais, ô fils d"Akk ! l'intelligence de te rendre compte de 
sa perfidie, tu n'accepterais pas. 

Ibn Mokâtil, après avoir lu cette lettre, la remit à Ibn 
el-Aghlab, qui s'écria en riant: « Est-il assez faible 
d'intelligenoe, cet ennemi de Dieu ! » La réponse suivante 
fut rédigée : « De la part de Moh'ammed ben Mok'âtil 
au traître Ibn Temim. J'ai reçu ta lettre, qui m'a prouvé 
ton peu de jugement, et j'ai compris ce que tu dis d'Ibn 
el-Aghlab. Ton avertissement fût-il vrai, ce n'est pas 
auprès d'un homme traître à Dieu et au khalife qu'on va 
chercher conseil ; si c'est une ruse que tu as voulu 
employer, sache que la pire est celle dont on s'aperçoit !» 
A la fin de la lettre se trouvaient ces deux vers : 

{P. 83 ; t'awll] J'espère que si demain tu rencontres Ibn 
el-Aghlab, ta destinée sera d'être défait et tué ; car tu affron- 
teras un héros qui s'élance dans la mêlée escorté par la 
mort et qui soutient de sa lance une gloire héréditaire. 

Temmâm alors ayant quitté Tunis à la tête d'une armée 



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- ni - 

considérable, Ibn Mok'âtil ordonna à tous ceux qui lui 
obéissaient de marcher sous lesdrapeauxd'Ibn el-Aghlab. 
A la suite d'une rencontre acharnée où il eut le dessous, 
Temmâm retourna à Tunis, et Ibn Mok'âtil rentra â 
K'ayrawân pendant que, d'après ses ordres, Ibn el-Aghlab 
poursuivait sa marche sur Tunis W. 

En moh'arrem 184 (février 800), l'armée partit de 
K'ayrawân pour aller mettre le siège devant Tunis. A 
cette nouvelle, Temmâm, qui était dans cette ville, 
demanda et obtint quartier d'Ibrahim, qui fit avec lui 
son entrée à K'ayrawân le vendredi 8 moh'arrem. 

Gouvernement <f Ibrahim ben el-Aghlab ben Sâlim ben 'Ik'âl 
Temtmi. 

L'acte d'investiture envoyé par Er-Rechid parvint à 
Ibrahim dans la seconde décade de djomâda II 18l (mi- 
juillet 800). Cette pièce faisait allusion à des fonctions 
remplies antérieurement par eux en Ifrlk'iyya, car, en 
effet, Er-Rechid avait mis Ibrahim à la tête du Zâb, 
c'est-à-dire du Djerîd( 2 ), tandis qu'Ibn Mok'âtil gouver- 
nait l'Ifrik'iyya. Ibrahim était versé dans le droit et la 
littérature ; il pratiquait la poésie, avait la parole facile, 
était un homme sage, brave, énergique, décidé, versé 
dans l'art et les stratagèmes de la guerre, au cœur hardi 
et à la langue libre. Nul ne gouverna lTfrik'iyya mieux 
ni plus sagement, ne ménagea autant la population, ne 
respecta davantage sa parole ou les règles de l'honneur. 
Aussi les tribus berbères se soumirent-elles, de sorte 



(1) Cf. Je récit des Annales (p. 156 et les ouvrages cités). . 

(2) Sur cette nomination, cf. Annales y 149; Ibn Wâdhih historiée, 
ii,497;Fouruel, i, 407. 



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- 112 - 

que le pays jouit complètement des bienfaits de l'a paix 
et de Tordre quand El- c Akki en eut été éloigné. 

Ibrahim avait reçu des leçons de Leyth ben Sa e d (*), 
qui avait pour lui beaucoup d'estime et de qui il reçut 
Djelàdjil, esclave qui fut la mère de son fils [Ziyàdet 
Allah]. Leyth d'ailleurs [P. 84] avait un jour prédit que 
son élève irait loin. Ce prince avait de grands mérites 
et laissa après lui des traces louables. Il fit la guerre à 
Râchid, émir du Gharb et affranchi d'Idrîs le Hasanide ; 
diverses rencontres eurent lieu entre lui et ce chef, dont 
le pouvoir avait pris de l'extension. 

Voici, entre autres vers d'Ibrahim, ceux qu'il fit à pro- 
pos de sa famille qui était restée en Egypte : 

[Baslt] Je n'avais pas fait un mille, je n'avais pas franchi 
une étape que déjà ton souvenir me tenait toujours la tête 
baissée; puis quand, la nuit venue, je contemplais les étoiles, 
il m'étreignait presque aussi douloureusement que la mort. 

Devenu gouverneur de l'Ifrik'iyya, il se débarrassa de 
tous les fauteurs de désordres et fit sentir la fermeté de 
sa main ; il livra aux Berbères des combats trop longs 
à raconter, et les Arabes k'oreychites furent l'objet de 
ses bienfaits. 

En 185 (19 janv. 801), il commença à bâtir la ville de 
l'Ancien Château (el-k'açr el-k'adîm), qui devint ensuite 
le séjour des Benoû'l-Aghlab* 2 ). Dans ce lieu, qui était 
situé à trois milles de K'ayrawân et qui fut acheté aux 



(1) Sur ce célèbre traditionniste, mort en 175, voir Bckri, p. 12 ; 
Ibn Khallikàn, u, 543, etc. 

(2) Sur cette ville, d'abord nommée 'Abbâsiyya, cf. Annales, 157. 
Bekri en fait remonter la fondation à Tannée 184 (p. 70). 



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- 113 - 

Benoù T'àloût, il fit secrètement transporter les appro- 
visionnements d'armes et autres, puis il installa à proxi- 
mité ses esclaves noirs et à l'intérieur tous ses serviteurs 
de confiance. Il savait le Koran par cœur et le connais- 
sait bien. Il eut à livrer plusieurs combats à [Hamdis ben 
e Abd er-Rahmàn] El-Kindi, qui se révolta à Tunis, en 
même temps que la guerre sévissait entre El-Ma'moûn 
etEl-Emîn après la mort d'Er-Rechid. 

C'est en la même année, rapporte Tabari, que la fou- 
dre tomba en la Sainte mosquée (Mesdjid harâm, à la 
Mekke) et tua deux hommes. 

En 186 (9 janvier 802), Hâroûn er-Rechid se mit à la 
tête du pèlerinage, emmenant avec lui ses deux fils Mo- 
h'ammed Emln et e Abd Allah el-Ma'moûn, ses généraux, 
ses vizirs et ses kadis. Il désigna e Abd Allah en qualité 
d'héritier présomptif, « Er-Rechid, dit Tabari, avait, 
en cha'bân 173, attribué ce titre à Moh'ammed et lui 
avait donné le surnom d'Emin; en outre, en 175, il lui 
avait donné la Syrie et l'Irak. Puis en 183, à Er-Rak'k'a, 
il fit prêter serment en cette qualité à c Abd Allah el- 
Ma'moûn, qu'il investit du gouvernement des régions 
qui s'étendent de Hamadàn jusqu'à l'Extrême-Orient. En 
186, après avoir accompli les diverses cérémonies du 
pèlerinage, il adressa .à El-Ma'moûn deux rescrits, l'un 
lui énumérant les devoirs qui lui incombaient dans 
l'administration des provinces qui lui étaient confiées, 
[P. 85] ainsi que les propriétés et les richesses qu'il lui 
attribuait; l'autre reproduisant le serment de fidélité 
prêté à Ma'moûn par Emin, par les grands et par le 
peuple, et dont attestation avait été dressée dans le 
Saint temple. Il en fit. donner lecture à Ma'moûn et à 
Emin et en fit prendre acte par les assistants, Hâchemi- 

8 



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- 114 - 

tes et autres, après quoi il fit suspendre cette pièce dans 
la Ka e ba. Mais elle se détacha et tomba par terre, ce qui 
fit dire que ces dispositions seraient promptement vio- 
lées avant môme d'être mises à exécution W .» 

En 1B7 (29 décembre 802;, Ibrahim ben el-Aghlab étant 
gouverneur d'Ifrîk'iyya, comme [nous l'avons dit ?], Er- 
Rechid fit exécuter Dja'far ben Yah'ya et anéantit la 
famille des Barmékides. 

En 188 (19 décembre 803), Ibrahim ben Djebrll entre- 
prit, par ordre de Hâroùn, une incursion sur le terri 
toire des Roùm, où il pénétra par le derb (défilé) de 
Çafçàf. Le patrice Nicéphore, qni s'était mis en marche 
pour le repousser, reçut ensuite contre-ordre et battit 
en retraite : mais il passa à proximité d'un corps d'ar- 
mée musulman qui l'attaqua, le battit et lui tua 40,700 
hommes, et lui enleva quatre mille botes de sommet 2 ). 

En 189 (7 décembre 801), Er-Rechid se transporta à Rey 
et envoya l'eunuque (r^) H'oseyn en Tabaristân, porter à 
MerzebânW, chef du Deylem, la promesse qu'il lui serait 
fait grâce. Cette promesse fut réalisée pour lui ainsi que 
pour d'autres. C'est à propos de ce déplacement de 
Hâroûn qu'Aboû'l- c Atâhiya(*> a dit : 

[Sari 4 ] L'homme sûr à qui Dieu a confié ses créatures est 
venu, poussé par la piété filiale, au lieu qui le vit naître, 



(1) Cet incident est aussi rapporté dans les Prairies cVor, vi, 326. 
Cf. Ibn Wàdhih, n, 501. 

(2) Cf. Weil, il, 159; Ibn cl-Athir, vi, 230. 

(3) C'est-à-dire Merzebàn ben Djostàn (Ibn el-Athir, vi, 131). 

(4) Sur ce poète, mort en 211, voir Chrest. de Sacy, i, 34 ; Ibn Khal- 
likân, i, 202; Aghâni, m, 126, etc. Les deux vers qui suivent sont aussi 
cités par Ibn cl-Athir (vi, 132), mais ne figurent pas dans le divan 
d'Abou'l-'Atàhiya publié à Beyrout en 1887. 



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- 115 - 

pour rétablir Tordre à Rey et dans ses dépendances et y 
verser de sa main le bien sans compter. 

En la môme année intervint avec les chrétiens un traité 
relatif au rachat des prisonniers, de sorte que tous les 
captifs musulmans recouvrèrent la liberté. 

En 190 (26 novembre 805), Rechid opéra la conquête 
de la ville chrétienne d'Héraclée. « La ville était prise, 
raconte l'interprète Chebil, quand je vis que la porte était 
ornée d'une plaque de marbre où figurait une inscription 
dans la langue des vaincus et que je me mis à lire, tandis 
qu'à mon insu le khalife me regardait. [P. 86] En voici le 
sens : homme, saisis l'occasion avant même qu'elle soit 
possible ; ne confie tes affaires qu'aux gens compétents ; 
ne verse pas dans le péché par suite d'un excès de joie ; 
ne te préoccupe pas du jour à venir, car s'il est dans ta 
destinée de vivre, Dieu pourvoira alors à ta nourriture ; 
ne sois pas de ceux que séduit le plaisir de thésauriser, 
car combien n'en a-t- on pas vu qui ne l'ont fait que pour 
le mari qui leur succède, combien n'y en a-t il pas qui 
ne s'imposent des privations que pour grossir le trésor 
d'autrui ! M » 

En 191 (16 novembre 806), Er-Rechid mit à la tête de 
l'expédition d'été (contre les chrétiens) Harthema ben 
A c yan, à qui il adjoignit 30,000 hommes du djond du 
Khorâsân. En la même année, il fit démolir les églises 
des pays frontières. Depuis cette date jusqu'à 215 (27 fé- 
vrier'830), l'expédition faite chaque été par les musul- 
mans fut suspendue. 



(1) Sur cette campagne, voir Weil, n, 160 ; Ibn el-Athir, vi, p. 133 ; 
Mas'oùdi, Prairies d'or, n, 340, etc. Ce dernier auteur rappelle éga- 
lement Je texte de cette inscription et orthographie Chibl le nom de 
J'interprète. 



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- 116 - 

La nuit du vendredi au samedi 3 djomâda II 193 (20 
mars 809), Hâroûn er-Rechîd mourut à Tous en Khorâ- 
sân ; il eut pour successeur son fils Moh'ammed Emîn. 
Ibrahim ben el-Aghlab, confirmé par le nouveau khalife 
dans son gouvernement d'Ifrik'iyya, mourut dans l'exer- 
cice de ses fonctions à K'ayrawân dans la dernière déca- 
de du mois de chawwâl 196 (3-13 juillet 812), à l'âge de 
56 ans et après avoir gouverné lTfrîk'iyya pendant douze 
ans et quelques moisW. 

En 196 (22 septembre 811), le gouvernement de cette 
province passa entre les mains d' c Abd Allah ben Ibra- 
him ben el-Aghlab, qui était à Tripoli à la mort de son 
père Ibrahim. Mais son frère Ziyâdet Allah prit le pou- 
voir au nom de l'absent, lui prêta serment de fidélité et 
en fit faire autant par les membres de leur famille, par 
les guerriers et les serviteurs, et en informa c Abd Allah. 

En 197 (11 septembre 812), Aboû'l-'Abbàs c Abd Allah 
ben Ibrahim ben el-Aghlab arrivant de Tripoli fut 
accueilli par son frère Ziyàdet Allah, qui lui remit le 
pouvoir. <Abd Allah néanmoins traita toujours Ziyâdet 
Allah fort mal; il dépréciait ses actes et poussait ses 
propres commensaux à ne pas lui épargner les injures, 
et pourtant Ziyàdet Allah lui témoigna toujours beau- 
coup de considération et d'honneur, agissant de la ma- 
nière la plus correcte et ne laissant paraître aucun 
changement dans ses sentiments ni nulle trace de res- 
sentiment. c Abd Allah voulait [P. 87] commettre un acte 
de cruelle tyrannie sur ses sujets, mais Dieu ne lui en 
laissa pas le temps. Il était aussi bel homme que ses 



(1) Il mourut le 21 chawwâl, après 12 ans, 4 mois et 10 jours de 
gouvernement (Noweyri, l, L 403). 



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- 117 - 

actes étaient méchants et tyranniques. Entre autres faits 

dont l'Ifrik'iyya eut à subir l'arbitraire scandaleux, il 

cessa de prélever la dime en nature et la fixa, sans égard 

au produit de la récolte, à huit dinars ; il imposa de même 

d'autres contributions tyranniques qui éprouvèrent fort 

la population. 

Le 25 moharrem 198 (24 septembre 813), Emin ben er- 
Rechid fut mis à mort par Ibn Tïihir, qui était au service 
de son frère Ma c moûn. Celui-ci devenu khalife confirma 
c Abd Allah ben el-Aghlab dans son gouvernement. Le 
vertueux H'afç ben H'omeyd passa alors avec d'autres 
hommes de bien d'El-Djezira (ou Cherik) en Ifrik'iyya ; ils 
se rendirent auprès d' e Abd Allah et lui adressèrent de 
sages avertissements, tant au point de vue de la religion 
qu'à celui de la conduite à tenir à l'égard des fidèles. 
Mais il repoussa dédaigneusement leur avis, et ces 
hommes le laissant à l'Ancien Château (k'açr k'ccdîm) se 
dirigèrent le cœur ulcéré vers K'ayrawàn. Ils étaient 
arrivés au Wàdi'l-k'aççârin quand H'afç ben H'oineyd 
parla ainsi à ses compagnons : « Si nous avons perdu tout 
espoir du côté de la créature, il n'en est pas de même 
du côté du Créateur : invoquez le Seigneur avec ferveur 
et demandez-lui la fin de la tyrannie dont souffrent les 
fidèles ; s'il nous permet de lui adresser des prières, c'est 
qu'il est disposé à les exaucer. » Tous alors firent leurs 
ablutions, puis l'on arriva au Kodyat Roûh'. H'afç fit 
alors une prière de deux rek c a, et des invocations furent 
adressées à Dieu pour qu'il mit un terme aux violences 
d'Aboû'l-Abbâs et délivrât les musulmans de lui. On dit 
qu'alors un abcès se déclara sous l'oreille de ce prince, 
qui mourut le sixième jour après cette prière. Au témoi- 
gnage de gens qui assistèrent au lavage de son cadavre, 



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- 118 - 

ce corps qui avait été si beau ressemblait, quand il fut 
déshabillé, à celui d'un esclave noir ; telle fut la consé- 
quence de sa honteuse conduite W. Il mourut dans la nuit 
du jeudi au vendredi 6 dhoû'l-hiddja 201 (25 juin 817), 
après un règne de cinq ans et quelques mois. 

En 201 (29 juillet 816;, les habitants de Baghdâd mirent 
à leur tête Mançoûr ben el Mahdi, en qualité de lieute- 
nant de Ma'moûn et en attendant que celui-ci arrivât 
en personne ou leur envoyât quelqu'un de son choix. 
Divers combats précédèrent et suivirent cette élection. 

[P. 88] On a vu que c'est en cette même année que 
mourut Ibn el-Aghlab, à qui son frère Ziyâdet Allah 
succéda sur le champ. 

Gouvernement de Ziyâdet Allah ben el-Aghlab en Ifrlk'iyya. 

Ce prince, qui avait pour prénom Aboû Moh'ammed et 
qui est le premier gouverneur Aghlabide du nom de 
Ziyâdet Allah, fut intronisé le vendredi 23 dhoû'l-hid- 
dja (*). Il traita le djond sans aucun ménagement, et les 
exécutions auxquelles il fit procéder de plusieurs des 
membres de ce corps, ainsi que les mauvais procédés 
auxquels il le soumit, provoquèrent le soulèvement, à 
Fahç AboûÇâlih'P), de Ziyàd ben [Sahl, surnommé Ibn] 
eç-Çak'labiyya. Celui-ci fut, il est vrai, mis en fuite par 
Sàlim ben Sawâda, qui fut envoyé contre lui, mais il y 



(1) Ce récit est conforme à celui deNoweyri; Ibn el-Athir rapporte, 
deux versions contradictoires (Annales, 160 et 181). 

(1) Il faut probablement lire le 7, ainsi que l'a fait remarquer 
Fournel (i, 479, n. 5). 

(2) Ce lieu est encore cité ailleurs (Annales, p. 32 ; Wustenfeld, 
G. d. Fatim. Chai, 77). 



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- 119 - 

eut ensuite une insurrection générale provoquée par la 

dureté de Ziyàdet Allah à l'égard du djond, par les 

nombreuses exécutions dont furent l'objet ceux qui le 

composaient et par le peu d'égards qu'il leur témoignait. 

Ces manières de faire étaient causées par la méfiance en 

laquelle il les tenait à cause des attaques qu'ils avaient 

dirigées contre ses prédécesseurs et de leur opposition à 

son père. Il se montrait surtout sanguinaire et méchant 

quand il était en état d'ivresse. Ces soulèvements du 

djond et d'autres amenèrent plusieurs rencontres, si 

bien que, craignant pour sa vie, il mit en état de défense 

l'Ancien Château et n'en bougea plus, ainsi qu'il sera 

dit plus loin. 

En 202 (19 juillet 817), El-Aghlab ben Ibrahim ben el- 
Aghlab se rendit, par peur de son frère Ziyâdet Allah, 
en Orient. Ce prince, en effet, était le frère germain 
d'Aboù'l- c Abbâs c Abd Allah ben Ibrahim, qui avait, tout 
le temps de son règne, traité sans égards Ziyàdet Allah 
et excité ses intimes à médire de lui. Ziyâdet Allah étant 
arrivé au pouvoir, reçut la visite d'El-Aghlab, qui lui 
demanda l'autorisation de faire le pèlerinage. Elle lui fut 
accordée et il partit en emmenant les deux fils de son 
frère, AboûFehr Moh'ammed et Aboû'l-Aghlab Ibrahim, 
[P. 89] qui étaient alors tout jeunes l'un et l'autre. Après 
s'être rendu à la Mekke, il se fixa en Orient. 

Ziyâdet Allah avait pour vizir et ministre dirigeant 
El-Aghlab ben c Abd Allah, connu sous le nom de 
Ghalboûn. 

En 203 (8 juillet 818), Aboû c Abd Allah Asad ben 
el-Forât ben SinânM, client des Benoû Soleym et l'un 



(1) Sur ce personnage, voir lbn Khallikàn (n, 132, n., où cette 
nomination de kàdi est placée à l'année 202); Annales, p. 187. 



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- 120 - 

des auditeurs de Màlek ben Anas, fut nommé kadi à 
K'ayrawàn. Cette nomination fut un coup sensible pour 
le kadi Aboû Moh'riz, dont l'autorité se trouva ainsi 
partagée, alors que jamais on n'avait vu deux kadis 
exercer simultanément. 

Aucun événement saillant n'eut lieu ni en 204 ni en 205. 

En 206 (5 juin 821), les musulmans commandés par 
Moh'ammed ben e Abd Allah Temîmi, opérèrent une 
descente dans l'île de Sardaigne, puis ils se retirèrent 
après avoir causé aussi bien que subi diverses pertes (*>. 

En 207 (26 mai 822), Ziyàd ben Sahl se révolta contre 
Ziyàdet Allah, marcha contre Bàdja et la tint assiégée 
pendant quelques jours. Des troupes envoyées par 
Ziyàdet Allah le mirent en fuite, tuèrent ses compagnons 
de révolte et pillèrent ce qu'ils avaient (*). 

En la même année, mourut El-Yasa e ben Aboû'l-K'âsim, 
prince de Sidjilmâssa, après quoi les habitants mirent à 
leur tête Elyâs el-Montaçir ben Aboû'l-K'àsim, frère du 
défunt, et précédemment, déposé par eux ( 3 ). 

En 208 (15 mai 823), f Amr ben Mo'âwiya K'aysi, gou- 
verneur au service de Ziyàdet Allah, leva l'étendard de 
la révolte à El-K'açreyn et se rendit maître de cette 
région (*>. I! avait deux fils, H'obâb et Sim'ànW, dont le 
premier lui dit: « Tu t'es lancé dans une grosse affaire 



(1) Ce. paragraphe est traduit dans la Biblioteca (n, 4) ; cf. Annales, 
182 et 196. 
<2) Voir ci- dessus, p. 118; Annales, p. 182. 

(3) Cf. Annales» p. 198 et la note. 

(4) Ihn el-Atliir passe sous silence cette révolte, dont, au dire de 
Noweyri, celle de Mançoùr Tonbodhi ne fut que la suite. El-K'açreyn 
est à une trentaine de lieues O. S. O. de Kayrawàn (table géog. de 
YH. ci. Berb. ; Fournel, i, 482, n. 2). 

(5) HabbAb et SoknAn, d'après Noweyri et Ibn Khaldoun. 



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- 121 - 

où ta tète est en jeu, et tu n'es pas de ceux qui en peu- 
vent venir à bout; ni troupes ni approvisionnements ne 
te serviront de rien. Reprends tes anciennes occupations 
et prie Dieu de te conserver la vie ». Mais son père lui 
fit donner deux cents coups de fouet et persista dans ses 
projets. Une nombreuse armée que Ziyàdet Allah [P. 90] 
fit marcher contre lui le serra de près pendant quelques 
jours, puis il fut reçu à composition avec ses fils, et on 
les amena à Ziyâdet Allah, qui était à boire avec quel- 
ques-uns de ses principaux parents et qui les fit empri- 
sonner en attendant qu'il prît une décision à leur égard. 
Aussitôt après entra Aboû e Ammâr, bouffon qui était 
attaché à son service et à qui il demanda ce qu'on disait : 
a On dit, répondit le bouffon, que le seul motif qui 
t'empêche de faire exécuter e Amr ben Mo'âwiya, c'est la 
crainte de voir les Kaysites assaillir ton oncle à Miçr ». 
Ces paroles restèrent dans la tète du prince, qui continua 
encore de boire quelque temps, puis, se tournant vers 
son vizir Ghalboûn, il lui dit de faire transférer les trois 
captifs de sa prison à lui dans la prison gouvernemen- 
tale. Au milieu de la nuit il se rendit le sabre à la main 
dans ce dernier lieu et massacra c Amr ben Mo c âwiya, 
puis regagna le palais. Il fit ensuite venir les deux fils 
de la victime et ordonna de mettre H'obâb à mort : 
« Prince, dit celui-ci, je ne mérite pas ce sort, car tu 
sais que les avis que j'ai adressés à mon père à propos 
de sa rébellion m'ont valu des coups de fouet. — Sans 
doute, répondit Ziyâdet Allah, mais je sais que tes sen- 
timents à mon égard ne sont pas amicaux » ; et il le 
fit décapiter, mais laissa en vie Sim c àn, le fils cadet. Le 
lendemain matin il fit placer les têtes des deux victimes 
sur un bouclier, et les présentant à Sim c ân, il lui demanda 



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- 122 - 

s'il* les reconnaissait : « Oui, dit le malheureux, je 
reconnais bien ceux sans lesquels la vie n'aura plus 
d agrément pour moi ». Les trois têtes furent réunies 
sur un bouclier, et ce jour-là il but par-dessus, pendant 
qu'il était réuni avec ses commensaux. 

En 209 (3 mai 824), Mançoûr [ben Naçr] T'onbodhi 
s'étant révolté à Tunis 0), Ziyâdet Allah envoya contre 
lui trois cents cavaliers bien armés et commandés par 
Moh'ammedben H'amza, qui reçut Tordre de cacher son 
mouvement, de manière à surprendre Mançoûr à Tunis 
pour pouvoir s'emparer de lui et le ramener enchaîné. 
En conséquence, Ibn H'amza se rendit à Tunis, mais n'y 
trouva pas Mançoûr, qui était alors dans son château de 
Tonbodha. Il s'installa donc dans l'arsenal et lui envoya 
le kâdi Chedjra ben c Isa et quarante [P. 91] cheykhs de 
Tunis, chargés de l'adjurer, au nom de Dieu, de rentrer 
dans la voie de l'obéissance et de lui montrer les consé- 
quences de sa conduite, tant en ce monde que dans Tau- 
tre. Mançoûr, en recevant ces députés, se défendit d'avoir 
commis aucun acte de désobéissance ou tenté quelque 
révolte ; il se déclara prêt à se rendre avec eux auprès 
de Ziyâdet Allah, les invitant seulement à s'arrêter ce 
jour-là auprès de lui pour qu'il pût les traiter selon 
leurs mérites. Son offre ayant été acceptée, il envoya à 
Ibn H'amza et à ses soldats des bœufs, des moutons, du 
fourrage et quelques charges de vin, en même temps qu'il 
lui écrivit qu'il le rejoindrait le lendemain en compagnie 
du kâdi Chedjra. Ibn H'amza, confiant dans cette pro- 
messe, fit égorger les animaux qu'on lui envoyait, et sa 
troupe se mit à manger aussi bien qu'à boire. Mais quand 



(1) D'autres donnent la date de 208 (cf. Annales, 182 et la n. 3). 



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— 123 — 

la nuit lut venue, Mançoûr emprisonna dans son château 
le kàdi et les autres envoyés, puis, faisant monter ses 
soldats sur les montures des prisonniers, il marcha avec 
eux et avec ses cavaliers sur Tunis, en leur recommandant 
de ne se trahir par aucun geste ou mouvement jusqu'à 
leur arrivée à l'arsenal. Quand ils furent à proximité, il 
fit battre le tambour, et aux cris de Allah akbar, sa troupe 
fondit sur celle d'Ibn H'amza. La mêlée dura toute la nuit, 
car les assaillants avaient devant eux de nombreux enne- 
mis, mais ils en vinrent à bout, et ceux-là seuls échap- 
pèrent qui se jetèrent à la nage. Cet événement eut lieu 
le lundi 24 çafar (26 juin 824). Le lendemain matin le 
djond se rallia à Mançoûr, mais sous certaines réserves : 
« Nous n'aurons confiance en toi, lui dit-on, et ne croi- 
rons que le sultan ne te ramènera pas à lui par des avan- 
tages mondains et de l'argent que si, pour t'assurer notre 
concours, tu teins tes mains du sang de ses partisans et 
de ses parents. » En conséquence, Mançoûr lit saisir et 
exécuter le gouverneur de Ziyâdet Allah à Tunis, Ismâ e îl 
ben Sâlim ben Sofyàn (*), ainsi que Moh'ammed, fils 
dTsmâ c îl. 

A la nouvelle du massacre de ses soldats et de son 
gouverneur, Ziyâdet Allah mit son vizir Ghalboûn à la 
tête d'un corps d'armée important, en jurant que si un 
seul des soldats qui efi faisaient partie venait à fuir, il 
subirait sans rémission le dernier supplice. [P. 92] Ghal- 
boûn se mit en marche le 10 rebi c I (10 juillet 824) et 
arriva jusqu'à la sebkha de Tunis, où il se heurta contre 



(1) Ibn Khaldoùn {Ag/dabites, pp. rv et 99) l'appelle Ismâ'il ben 
Sofyàn; et Noweyri (ap. H. des Berbères, i, 408) lsmà'i ben Sofyàn 
ben Sâlim, 



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- 124 - 

les troupes que Mançoûr Tonbodhi avait organisées et à 
la tête desquelles il s'était mis en campagne. Après un 
long combat, une charge de Mançoûr provoqua la déroute- 
de ses adversaires, le 20 rebi e I (20 juillet). Ghalboûn, 
vaincu, rejoignit Ziyàdet Allah et se disculpa en jurant 
qu'ils s'étaient conduits loyalement et avaient fait tous 
leurs efforts, mais qu'on ne peut rien contre les décrets 
divins. Les divers généraux se jetèrent chacun sur une 
région, dont ils s'emparèrent pour s'y mettre à l'abri du 
supplice dont Ziyàdet Allah les avait menacés, de sorte 
que toute l'Ifrik'iyya se trouva en feu. Quant au djond, il 
remit la direction de ses affaires à Mançoûr et le reconnut 
pour chef. Ghalboûn alors se rendit auprès de Ziyàdet 
Allah pour lui exposer la situation, ainsi que les dispo- 
sitions hostiles du djond. Ce fut en vain que Ziyàdet Allah 
adressa à celui-ci des lettres de pardon, elles ne trou- 
vèrent pas créance et n'amenèrent pas la soumission de 
ceux à qui elles furent envoyées. 

Mançoûr, après sa victoire, se vit rejoindre à Tunis par 
tout le djond, ainsi que par des groupes divers et des 
troupes recrutées de tous les côtés, et, se mettant à leur 
tête, il marcha sur K'ayrawân, où il arriva le 5 djoinâda I 
(6 septembre 824). Les deux kâdis Aboû Moh'rizet Asad 
se portèrent au-devant de lui et entamèrent des pourpar- 
lers qui restèrent sans résultat. Mançoûr entoura son 
camp d'un fossé, puis, après avoir livré à Ziyàdet Allah 
maints et maints combats, il abandonna cet emplacement 
pour s'installer ailleurs. Il se mit alors à restaurer les 
fortifications deK'ayrawàn, dont les habitants lui prêtè- 
rent leur aide aussi bien pour cela que pour combattre. 
Les hostilités sous les murs de la ville duraient depuis 
quarante jours quand Ziyàdet Allah s'avança à la, tête des 



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- 125 - 

troupes qu'il avait formées lui-même et comprenant un 
centre Met une aile droite. Mançoûr, malgré la crainte qui 
l'envahit, dut faire face à l'ennemi, et il fut mis en fuite à 
la suite d'un combat acharné, où il fut fait des siens un 
horrible massacre, le 15 djomâda II W (13 octobre 824). 
Ziyâdet Allah arriva jusqu'à K'ayrawàn et fît cesser la 
lutte, pendant que Mançoûr, fuyant à toute bride, péné- 
trait dans [P. 93] srin palais de Tunis k Tinsu de tous. 
Ziyâdet Allah accorda un pardon complet à tous les 
K'ayrawâniens, et se borna, pour les punir, à démolir les 
fortifications de la ville jusqu'au ras du sol. 

En 210( 3 ) (23 avril 825) eut lieu l'affaire de la ville de 
Sebiba. Les soldats du djond dont nous avons dit la 
révolte provoquée par la défaite qu'ils avaient subie, 
avaient à leur tête c Amir ben Nàfi c . Ce général resta 
vainqueur dans la bataille que lui livra en cet endroit, 
le 20 moh'arrem (11 mai), Moh'ammed ben e Abd Allah ben 
el- Aghlab, à qui Ziyâdet Allah avait confié le commande- 
ment de ses troupes. Moh'ammed périt, et les fuyards 
furent l'objet d'une poursuite qui s'étendit jusqu'à K'ay- 
rawàn et qui dura depuis le matin jusqu'après la prière 
de la nuit close. Quant à Ziyâdet Allah, il fut vivement 
affecté de ce nouvel échec, et il se mit à dépenser sans 
compter pour faire de nouvelles levées. Les révoltés 
avaient à K'ayrawàn leurs familles, que Ziyâdet Allah 



(1) Le copiste a probablement omis « une aile gauche ». 

(2) Cette date semble bien être indiquée par la suite des événements, 
et ce doit être àtortqueBekri(trad.p.63) parle du 15 djomâda premier 
(cf. Fourncl, Berbères, i, 487; Annales, 185). 

(3) En 209, selon Ibn el-Athir, p. 186; cf. p. 201. On lit 218 dans 
Noweyri (l. I., p. 410), mais ce doit être une faute typographique, au 
lieu de V0& 



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- 126 - 

avait respectées. Ils demandèrent alors à Mançoûr de 
trouver quelque moyen de les faire sortir de la ville, et ce 
chef s'avançant à leur tête vint camper pendant seize 
jours sous le château; on put ainsi, sans qu'il y eût com- 
bat, faire sortir les familles en question. Mançoûr se 
dirigea alors sur Tunis, et de toute Tlfrik'iyya il ne resta 
plus à Ziyâdet Allah que Gabès, le Sàh'el, Nefzâwa et 
Tripoli, qui lui restèrent fidèles et ne cessèrent pas de 
lui payer régulièrement l'impôt ; Mançoûr était maître 
du reste du territoire et faisait frapper la monnaie en 
son nom. 

Ziyâdet Allah reçut alors du djond l'invitation de 
quitter* lTfrik'iyya contre la promesse que sa vie et ses 
biens seraient respectés. Ce prince, dans la situation 
précaire où il se trouvait, consulta à ce sujet ses parents 
et ses serviteurs, et Sofyân ben Sawâda lui demanda le 
pouvoir de disposer, pour gagner Nefzâwa, d'une troupe 
formée d'hommes qui auraient sa confiance, ce qu'il 
obtint. Cent cavaliers furent ainsi choisis et payés, et 
Sofyân se rendit à leur tête à Nefzâwa où il demanda 
aux Berbères leur concours, qu'ils lui promirent. c Amir 
ben Nâfi c marcha alors avec ses partisans [P. 94] sur 
Nefzâwa et recruta, à son arrivée à Kast'iliya, mille 
noirs armés de haches et de pelles, puis continuant sa 
marche sur Nefzâwa, il campa à Tok'yoûs. A cette nou- 
velle Sofyân marcha contre lui et livra une bataille où 
le djond fut battu et subit des pertes considérables. 
'AmirW alors regagna Kast'iliya, où il passa trois fois 
vingt-quatre heures à y ramasser jour et nuit toutes les 



(1) Le texte parle expressément de ce chef et non du « lieutenant 
de Ziyâdet Allah » comme le dit Fournel {Berbers, i, 491). 



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- 127 - 

richesses qu'il put trouver, et se dirigea ensuite sur 
K'ayrawân. 

En 211 (12 mars 826), c Amir ben Nâfi c se souleva à 
son tour contre Mançoûr Tonbodhi, qui lui avait 
adressé des menaces parce qu'il se livrait à la boisson. 
c Amir travailla donc le djond par dessous main, et 
Mançoûr, installé dans son château de Tonbodha, ignora 
tout jusqu'au jour où c Amir, partant de Tunis, vint l'y 
assiéger. Mançoûr ayant demandé à se rendre sous la 
condition qu'il pourrait s'embarquer pour l'Orient, e Amir 
y consentit. Mais Mançoûr au commencement de la nuit 
s'enfuit secrètement vers Laribus. Le lendemain matin, 
f Amir fila sur les traces de ceux qui tentaient de lui 
échapper, les rejoignit et les battit. Mançoûr put gagner 
Laribus et s'y fortifier ; mais le siège qu'en fit c Amir 
finit par fatiguer les habitants, qui mirent en demeure 
Mançoûr ou de se retirer ou d'être livré par eux à son 
ennemi. Il put cependant obtenir d'eux un délai pour 
qu'il pût tenter de s'échapper ; il députa en consé- 
quence à e Abd es-Selâm ben el-Moferridj, l'un des prin- 
cipaux du djond, et le pria de venir le trouver. Man- 
çoûr, du haut des murailles, lui parla en ces termes: 
« Telle est donc, hommes du djond, la récompense que 
j'obtiens de vous ! Vous n'ignorez pas cependant que, si 
je me suis révolté, c'était pour vous. Puisque maintenant 
les choses en sont là, je te prie, c Abd es-Selâm, de tâcher 
d'obtenir quartier pour moi, de manière que je puisse 
me retirer en Orient. » c Abd es-Selâm le lui promit, et 
son intervention auprès d' e Amir ben Nâfi* décida le con- 
sentement de celui-ci. c Amir fit alors partir Mançoûr 
en compagnie de cavaliers au chef desquels il donna 
secrètement l'ordre de se détourner vers la ville de 



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— 128 — 

Djerba Wet d'y emprisonner celui qu'il conduisait, et cet 
ordre fut exécuté. Mais quand c Abd es-Selâm [P. 95] con- 
nut cet acte de trahison, il en conçut du ressentiment, et 
comme il se trouvait à Bâdja,où commandait Hàchem, 
frère d' e Amir, lui et ses compagnons s'assurèrent de la 
personne du gouverneur et écrivirent à c Amir de rendre 
Mançoûr à la liberté s'il voulait sauver la tête de son 
propre frère Hàchem. c Amir leur répondit : « Je ne déli- 
vrerai pas Mançoûr et vous ferez ce qu'il vous plaira de 
mon frère, mais vous saurez ce qu'il vous en coûtera. » 
Au reçu de cette réponse, ils mirent Hàchem en liberté, 
et f Amir fit alors décapiter Mançoûr et son frère H'am- 
doûn, de sorte qu'il resta seul maitre. 

En 212 (1 er avril 827) Ziyâdet Allah envoya en Sicile 
un corps expéditionnaire de sept cents cavaliers, qui y 
furent transportés sur soixante-dix bâtiments. Le kàdi 
Asad ben Forât s'étant offert à faire partie de l'expédi- 
tion, en fut nommé chef par Ziyâdet Allah, de sorte qu'il 
reçut de lui à la fois les fonctions de général et celles de 
kàdi. Il fut suivi par des nobles d'Ifrik'iyya provenant du 
djond, Arabes, Berbères et Espagnols, par des savants et 
des gens prévoyants, le tout formant une masse considé- 
rable. Partis en rebî c I (juin 827), ils attaquèrent les forts 
et les villes des chrétiens et y enlevèrent un nombre 
considérable de captifs, de bestiaux et de chevaux, de 
manière à former un butin considérable. Le kàdi Asad 
mit le siège devant Syracuse ; il la bloqua par terre et 
par mer, livra sa flotte aux flammes et tua un certain 
nombre des habitants. Les. approvisionnements et les 



(1) Ce nom présente des variantes (Noweyri, l, J., p. 410; Annales, 
p. 202). 



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- 129 — 

secours nécessaires étaient envoyés d'Ifrik'iyya, d'Espa- 
gne et d'ailleurs M. 

En 2ia (21 mars 828) ( 2 ), e Amir ben Nâfi c mourut dans 
son lit, et Ziyâdet Allah, à cette nouvelle, déclara que 
l'ère de la guerre était close. Les fils du défunt obtinrent 
de Ziyâdet Allah l'amnistie qu'ils lui demandèrent. 

En la même année M mourut Idrîs ben Idris H'asani, 
dont l'autorité à Fez et sur les Berbères passa à son fils 
Moh'ammed. Le nouveau prince nomma son frère gou- 
verneur de Baçra, de Tanger et de leurs territoires, et 
les régions berbères furent confiées à ses autres frères. 

Baçra était une ville grande et ancienne, nommée 
Baçra du lin (Baçrai el-keitân) parce qu'au début on y 
trafiquait presque exclusivement à l'aide de ce produit, 
et aussi H'amrâ', parce que le sol en est rouge. Les murs, 
bâtis en pierres et briques cruesW, étaient percés de dix 
portes. La grande mosquée avait sept nefs. On y remar- 
quait deux grands bains ; le cimetière principal était 
situé [P. 96] à Test, et l'autre, à l'ouest, s'appelait cime- 
tière de K'od'à c a. L'eau étant saumâtre, on n'employait 
pour la boisson que celle provenant d'un grand puits 
situé près de la porte [principale] de la ville et appelé 
puits d'Aboû Delfâ( r >). Les femmes l'emportaient sur tou- 
tes celles du Maghreb par leur perfection de formes et 



(1) Ce paragraphe figure dans la Biblioteca (n, 5 ; comparez le 
récit du Mo'djam, ib., i, 201, et les Annales, p. 187). 

(2) Sur cette date, cf. Annales, 203. 

(3) Ailleurs on lit 214 {Annales, 205, et la note). — Sur le partage 
opéré par Mohammed ben Idris, voir ib. 

(4) Le mot Kmm ^i> du texte, signifie, dans certaines régions, brigue 
cuite, et ailleurs brique crue (de Sacy, Abdollatif, p. 302). 

(5) Dans Bekri (p. 251, texte p. 110), Bir Ibn Dhelfâ. 

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— 130 — 

leur beauté éclatante. C'est d'elles qu'Ah'med ben Fath* 
Tâherti a dit dans un poème consacré à louer AboiVl- 
c Aych H'asanK 1 ) : 

[Kâmil] La beauté parfaite, agrémentée d'un teint blanc 
et rosé, n'existe que chez la musicienne de Baçra : ses 
œjilladès versent un vin (capiteux), ses joues sont rosées et 
sa taille est fine. 

La fondation de Baçra remonte à la même époque, ou 
à peu près, que celle d'Azîlà( 2 ). De cette ville au Château 
des Kotâma, autrement dit Château d' c Abd el-Kerîm, il 
y a une étape. Elle est aussi à une étape de la ville de 
Djenyâra( 3 ), qui était, dit-on, située sur le Wàdi Seboû, à 
une étape de Fez ; mais il y a aussi une autre route qui 
va de Baçra à Fez. Jusqu'au Wâdi VVargha on compte une 
étape, et de là jusqu'à Mâsina il en faut encore une. Cette 
dernière ville est celle d v Isa ben FTasan H'asani, connu 
sous le nom d'El-H'addjâm. On arrive ensuite à la ville 
de Sedâk, résidence de Khalloûf ben Moh'ammed( 4 )Me- 
ghiJi, puis à Fez, ce qui fait sept étapes. 



(1) Bekri appelle le poète, Ah'med ben Fath Tàherti, connu sous 
le nom d'Ibn el-Kharràz, et le prince à qui il adressa ses vers, 
AboûVAych ben Ibrahim ben el-K ? àsim. De cette pièce il reproduit 
six vers, dont nous avons ici les deux premiers, avec variantes ; 
dans le dernier, le nom du prince est écrit 'Isa, ce qui prouve xju'iL 
est question d' AboûVAych 'Isa ben Idris, Lien que Bekri l'appelle 
Aboîri-'Aych ben Ibrahim ben el-K'àsim (p. 251). 

(2) Ces détails relatifs à Baçra paraissent être extraits de Bekri 
(trad., p. 250 et s. ; cf. Istibçar, trad., p. 139). Quant à Edrisi, il ne 
consacre à cette ville qu'une très courte notice (trad. Dozy-de Goeje, 
p. 202). ■ » 

(3) Autrement nommée H'annàwa (Bekri, p. 252). 

(4) Ahmed, dans la trad. de Bekri, p. 253, et vX»s£ dans le texte, 
p. 111. ; - . 



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— 131 - 

En redjeb (septembre-octobre) de la même année, 
mourut Asad ben el-Forât, alors occupé à assiéger Syra- 
cuse. Après sa mort, les otages chrétiens qu'il détenait 
s'enfuirent, et la mort causa des ravages dans les trou* 
pes musulmanes, ce dont elles furent fort affectées. Elles 
mirent alors à leur tète Ibn AboiVl-Djawàri <i). 

En 214 (10 mars 829) mourut le kâdi Aboû Moh'riz 
Kilâbi. En la même année arrivèrent d'Espagne en Sicile 
trois cents bâtiments sur lesquels se trouvait Açbagh 
ben Wekîl surnommé Ferghaloûch (*). Quand les musul- 
mans assiégés dans celte île connurent l'arrivée de leurs 
frères, ils leur demandèrent du secours, qui leur fut 
promis. 

En 215 (27 février 830) eut lieu la campagne [P. 97] 
entreprise par Ferghaloûch et les autres officiers arrivés 
avec lui sur la flotte. Après avoir pris diverses forteres- 
ses et avoir fait du butin et des prisonniers, ils reçurent 
une demande de secours de la part des musulmans ins- 
tallés dans Tile et ils y répondirent affirmativement, 
mais en stipulant que l'autorité serait exercée par Fer- 
ghaloûch. Cela convenu, on se mit en campagne et, tout 
en prenant divers forts, on arriva jusqu'à Mineo, à la 
grande joie des musulmans qui y étaient enfermés, 
après quoi on brûla et ruina cette ville. De là les musul- 
mans se portèrent sur Ghalwâliya* 3 ), qui fut assiégée et 



(1) Amari (Biblioteca y n, p. 5 de la trad.), reproduisant ce paragra- 
phe, a définitivement adopté la lecture « Ibn el-Djawàri ». 

(2) Ferghaloûch Hawwàri, dont le nom se retrouve aussi chez 
Noweyri (ap. Bibl. y trad., n, 119), était probablement un soldat de 
fortune. 

(3) Amari rapproche ce nom soit de la Ghalyâna (Gagliano) de 
Belàdhori soit de la Calloniànis de l'Itinéraire d'Antonin (Bi6Z.ii, p. 6). 



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— 132 - 

conquise ; mais la peste s'y déclara et emporta un certain 
nombre de fidèles, parmi lesquels Ferghaloûch et plu- 
sieurs officiers. On battit alors en retraite, mais l'ennemi 
entama la poursuite et il y eut beaucoup de monde tué, 
ce dont le récit serait long; puis les navires furent remis 
en état pour cingler vers l'Espagne. 

En la même année, Sa r îd ben Idrîs exerça son autorité 
sur la ville de Nokoûr (*>. 

En 216 (17 février 83l), il y eut une collision sanglante 
en Ifrik'iyya entre MolV Sehmi et IsimVil ben eç-Çam- 
çàma ; celui-ci resta vainqueur et mit en déroute les 
partisans de Mott% lequel fut tué. Aboû Fehr devint 
gouverneur de la Sicile. 

En 217 (6 février 832), Aboû Fehr Moh'ammed ben c Abd 
Allah Temîmi se rendit d'Ifrik'iyya en Sicile, d'où s'enfuit 
c Othmân ben K'orhob. 

En 218 (26 janvier 833), Fad'l ben Aboû'l- c Anber se 
révolta à Tunis, d'où il chassa la cavalerie de Ziyâdet 
Allah et dont il se rendit maître. Cette ville fut reprise 
par Aboû Fehr Moh'ammed ben e Abd Allah ben el-Agh- 
lab à la tête d'un fort corps d'armée. Le vertueux juriste 
'Abbâs ben el-Welid y fut tué( 2 ). 

En 219 (15 janvier 834), Ziyâdet Allah accorda une 
amnistie générale à tous ceux qui, étant sortis de Tunis 
lorsqu'était entré Aboû Fehr, la réclamèrent, et cette 
mesure ramena le calme. On comptait [parmi eux] les 
deux fils d'Aboû Selama, c Abd er-Rah'mân et c Ali, ainsi 



(1) Bekri(pp. 212 et 213) et Vlstibçàr (p. 45) attribuent la fondation 
de Nokoûr, a une d«*te antérieure à la conquête de Moûsa ben Noçayr, 
à Sa'id ben Idris ben Çàlih\ Edrisi (p. 199 et 205) rappelle Nokoûr ou 
Boùzkoùr. Le Meràgid n'en parle pas. 

(2) Cf. Annales, p. 207; H. des Berbères, I, 411. 



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- 133 - 

qu'Abofl'l-Ghorâb (*>, qui étaient des poètes de talent, et 
c Abd er-Rah'màn lui récita une pièce de vers où il le 
louait de cet acte. Dès qu'il eut fini, [P. 98] le poète Ya'k'oûb 
ben Yah'ya se leva à son tour, et, pour exciter Ziyàdet 
Allah contre ces trois hommes, déclama ce que voici : 

[Wàfir] Ecoute, ô prince secouru [de Dieu], ces rimes dont 
les figures ont leur éloquence. On amnistie celui dont les 
lances ont montré leur vigueur, on n'amnistie jamais un 
poète, car la durée des vers est celle du temps lui-même ; l'on 
peut espérer la guérison de la blessure faite par le sabre, la 
blessure qui a la langue pour auteur est incurable. 

Mais Ziyâdet Allah, sans se laisser influencer par ces. 
paroles, confirma son amnistie et demanda à Aboû'l- 
Ghoràb pourquoi il ne l'avait pas demandée plus tôt : 
« Prince, répondit le poète, je me trouvais avec une 
bande d'insensés qui, chaque jour, choisissaient un nou- 
veau chef et déposaient celui de la veille; j'espérais que 
j'aurais mon tour de royauté ! » Le prince se prit à rire 
et lui pardonna. 

En 220 (4 janvier 835), la place de kâdi d'Ifrik'iyya fut 
donnée à Ah'med ben Aboû Moh'riz. 

En la même année, Moh'ammed ben c Abd Allah ben 
el-Aghlab, gouverneur de Sicile ( 2 >, partit en expédition 
contre les chrétiens, qui furent mis en déroute, et il ren- 
tra à Palerme chargé du butin conquis. Les musulmans 



(1) Le manuscrit lit tantôt Aboû'l-Ghoràb, tantôt Aboû'l-Ghoràfa 
ou Aboû'l-Ghorâf. 

(2) Cet Aghlabide est le même personnage qui a été cité, sous un 
nom un peu différent, aux années 216 et 217. Amari (Bibl., trad., p. 7) 
ne fait à ce propos aucune remarque, mais admet aussi cette identité 
dans son index (n, 762). 



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— 134 — 

entreprirent aussi, au cours de cette année, de nombreu- 
ses incursions en Sicile aussi bien qu'en Espagne, tant' 
par terre que par mer. 

Au mois de ramadan de cette même année, Ibn el- 
Aghlab (*) arriva en qualité de gouverneur à Palerme,. 
capitale de la Sicile, après une traversée pénible, au 
cours de laquelle plusieurs de ses bâtiments périrent, 
tandis que d'autres furent pris. Les chrétiens lui ayant 
enlevé un brûlot, Moh'ammed ben es-Sindi les combattit 
à la tête des autres brûlots et les poursuivit jusqu'à ce 
que l'obscurité les séparât. 

En 221 (25 décembre 835) mourut le kâdi de Sicile < 2 >. 
Il avait recommandé à son frère e Imrân de tenir sa mort 
secrète jusqu'à l'accomplissement de l'ensevelissement 
et. des dernières prières, de crainte queZiyâdet Allah ne 
procédât à ces devoirs funèbres. c Imrân suivit ces ins- 
tructions, et le cadavre hissé sur le brancard sortait de 
la maison du défunt quand arriva le page Khalaf, por- 
teur de musc et de linceuls envoyés par le prince. e Imrân 
lui ayant dit que l'ensevelissement était fait, le page se 
borna à asperger le cadavre avec les parfums dont il 
était porteur. On se rendit au moçalla, et Ziyâdet Allah, 
[P. 99] qui assista à l'inhumation, présenta ses condo- 
léances à r Imrân, puis s'adressant au peuple, prononça 
ces mots : « Habitants de K'ayrawân, si -Dieu vous vou- 
lait du bien, il ne vous aurait pas enlevé Ibn Aboû Moh'- 



(1) C'est-à-dire, d'après A mari (Bihl., n, 722), Ibrahim ben ?Abd 
Allah. 

(2) Je crois avec Fournel (i, 506) qu'il iaut lire le kàdi cTIfrîk'iyya, 
ainsi d'ailleurs que semble le montrer la suite du récit. Ce lait n'a pas 
attiré l'attention d'Amari (n, 8). 



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— 135 — 

riz ! »(*) Ce prince disait : « Je n'ai pas à m'inquiéter de 
ce que je retrouverai au jour de la résurrection, car sur 
ma feuille seront inscrites quatre bonnes œuvres : la cons- 
truction de la grande mosquée de K'ayrawàn (*), celle du 
pont d\Aboû'r-Rebi c ( 3 >, celle du fort de la ville de Sousse, 
et ma nomination d'Ahmed ben Aboû Moh'riz au poste 
de kâdi d'Ifrik'iyya. » Ces fonctions de kâdi furent en- 
suite* remplies par Ibn Aboû'l-Djawàd. 

En cette même année éclata à Sidjilmàssa la guerre 
intestine entre Meymoûn et son frère, l'un et l'autre fils u^ 
d'El-Mançoûr ben El-Yasa. 

En 222 (13 décembre 836), les musulmans firent en 
Sicile une expédition dans la direction de l'Etna; ils en 
revinrent sains et saufs, ayant tué des ennemis et fait 
du butin. 

En la même année, les musulmans conquirent le fort 
Mednâr [Tindaro ?] et de nombreuses forteresses au 
cours d'une expédition, à la tête de laquelle Aboû'l- 
Aghlab [Ibrahim ben c Abd Allah] avait mis El-Fad'l ben 
Ya c k'oûb. Mais une autre colonne, aussi organisée par 
lui et commandée par c Abd es-Selàm ben c Abd el-Wah- 
hâb, fut attaquée par l'ennemi et mise en fuite, non sans 
subir des pertes. c Abd es-Selâm fut fait prisonnier; il 
fut racheté plus tard( 4 >. 



(1) Ce commencement de paragraphe, ainsi que les deux paragra- 
phes précédents, figurent dans la Biblioteca, n, pp. 7-8. — Sur ce 
kàdi, voir aussi les Fragm. hist. «r., p. 385. 

(2) Une longue description de cette mosquée figure dans Bekri 
(p. 57). Cette reconstruction date de 221 {Berb., i, 412). 

(3) Nom d'une porte de K'ayrawân (Bekri, p. 63 ; ci-dessus, p. 108, 
etc.). 

(4) Ce paragraphe et le précédent se retrouvent dans la Bibl., n, 9. 
Je crois qu'il faut lire Ibn el-Aghlab au lieu d'A&ou'J-Aghlab, cf. p. 134. 



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— 136 - 

Le mardi 14 redjeb 223 (10 juin 838) mourut Ziyâdet 
Allah ben Ibrahim ben el-Aghlab, prince d'Ifrik'iyya, 
âgé de 51 ans, après un règne de v:ngt-et un ans sept 
mois et huit jours. 

Règne d'Aboû 'Ik'âl el-Aghlab ben Ibrahim ben el-Aghlab. 

Ce prince, qui était surnommé DjezerW, étant monté 
sur le trône, montra de la bienveillance à la population, 
qui retrouva le calme, et il répandit ses bienfaits sur 
elle et sur le djond; il réforma de nombreuses innova- 
tions introduites avant lui, attribua aux fonctionnaires 
de gros traitements et de fortes gratifications, mais 
en supprimant leurs exactions, interdit le vin de dattes 
[P. 100] à K'ayrawân et châtia ceux qui en vendaient ou 
en buvaient. Il mourut dans la dernière décade de 
rebi c II 226 (15-25 février 841) W, à 1 âge de 53 ans, après 
un règne de deux ans neuf mois et quelques jours. 

En 2? 1(22 novembre 838), d'après ce que raconte Ibn 
el-K'at't'ân, eut lieu une sanglante rencontre en If rîk'iyya 
entre c Isa ben Rey c ân Azdi, envoyé par le sultan, et les 
Lawâta, les Zawâgha et les Miknàsa, qui furent anéantis 
jusqu'au dernier, entre Gafça et Kast'iliya ( 3 >. 

En la même année, Sidjilmâssa reconnut comme son 

/x chef Meymoûn ben Midrâr et chassa le frère de Meymoûn. 

Le nouveau prince, sitôt son pouvoir établi, relégua son 



(1) On lit ailleurs Khazer {Berb., i, 414 ; Fragm. hist. ar. t p. 398, 
et Ibn el-Abbàr). 

(2) Le jeudi 22 rebi* II (18 février 841), d'après Noweyri {Berbères» 
i, 415); voir un peu plus bas. 

(3) Cette guerre, que Noweyri passe sous silence, est aussi mention- 
née par Ibn Khaldoun (Aghlàbides, p. 1 1 \) et Ibn el-Athir (Ann., p. 212). 



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r- 137 - 

père Midrâr et sa mère dans une bourgade dépendant 
de cette ville (*). 

En 225 (11 novembre 839) mourut Aboû Djalar Moûsa 
ben Mo e âwiya Çomàdih'i, affranchi d'Aboû Dja e far, et 
l'un de ceux d'après qui Soh'noûn parle ( 2 ). 

En 226, dans la nuit du mercredi au jeudi 22 rebi e II 
(18 février 841), mourut Aboû c Ik'àl el-Aghlab ben Ibra- 
him, à qui son fils AboûVAbbâs succéda le jour même. 

Règne d'Aboû'l-'Abbâs Moh'ammed ben el-Aghlab. 

Les débuts de son règne furent tranquilles et tout 
marcha bien d'abord. Ce prince, qui confia à Ah'med ben 
el-Aghlab la libre disposition d'une grande partie de ses 
affaires, était peu instruit. On raconte qu'un jour, pendant 
que le secrétaire Redjâ' était auprès de lui, il écrivit les 
mots IaKm d'abyin avec un d'âd, de sorte que quand les 
assistants se furent retirés, ce fonctionnaire lui dit : 
a Veuille Dieu secourir l'émir! ce mot s'écrit, avec un 
zâ. » Mais le prince lui répondit : << Nous savons qu'on 
n'est pas d'accord à ce sujet: si Aboû H'anifa emploie le 
zâ, d'autre part Màlek emploie le d'âd. » Cette réponse 
surprit tous ceux qui l'entendirent. — Il ne laissa pas 
d'enfants, mais la guerre lui réserva maints succès ( 3 ). 

En 227(20 octobre 811) mourut en Ifrik'iyya le juriste 
Aboû Moh'ammed c Abd Allah ben Aboû H'assân Yah'çobi, 



(1) Cf. Annales, p. 212. 

(2) Les Fr, hist. ar. mentionnent aussi la mort de Moùsa (p. 407).— 
Ibn Khallikàn (ir, 131 de la trad.) a consacré un article à Sohnoùn ou 
Sahnoùn, auteur de la Modawwana ; cf. Berbères, i, 419; mss d'Al- 
ger, n* 491, f. 1 v, et n» 884, f. 23 v°; ms de Paris 2103, f. 30. 

(3) Sur le règne de ce prince, cf. Berb., i, 415; Annales, p. 213. 



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- 138 - 

qui avait fréquenté Mâlik et reçu son enseignement M. 
Comme un jour Ziyâdet Allah lui demandait son avis sur 
le vin, il répondit par cette question : « Quel est le prix du 
rachat (diya) de la raison [ou du sang versé < 2 )] ? — Mille 
dinars. — Veuille Dieu amender l'émir ! Ainsi donc 
Thomme recherche [P. 101] ce qui vaut mille dinars et le 
vend pour un demi-dirheml — Mais, lui dit-on, [si la 
raison est éclipsée par le vin,] chaque fois elle revient. — 
Veuille Dieu amender l'émir I [si elle revient, c'est] après 
que Ton a étalé ce que l'on doit cacher, exposé aux siens 
sa nudité, battu les uns et injurié les autres. » 

En 228 (9 octobre 842), aucun trouble n'agita l'If rik'iyya. 
c Arib et d'autres disent que ni celte année-là ni les deux 
qui suivirent, il n'y eut aucun événement digne d'être 
noté ( 3 ). 

En 230 (17 septembre 841) mourut Behloûl ben c Amr 
ben Çâlih', juriste qui reçut les leçons de Mâlik et de ses 
disciples ixub. 

En 231 (6 septembre 845), Ahmed ben el-Aghlab mar- 
cha contre son frère Mohammed et acquit la suprémalie 
de la manière que voici (*). Il s'entendit avec un groupe 
d'affranchis, et se retrouva avec eux au rendez-vous 
convenu à l'heure de midi ; puis cette troupe se rendit à 
l'Ancien château (Kaçr kadîm) et trouva la [première] 
porte sans gardes. On la franchit donc sans résistance, 
puis on la ferma, et on fit de même pour les autres. On 
se jeta alors sur Aboû c Abd Allah ben c Ali ben H'omeyd, 



(1) Voyez Annales, p. 215. 

(2) L'intraduisible jeu de mots du texte roule sur le mot 'a/*'/, raison, 
ou paiment du prix du sang. 

(3) Comparez, Annales, p. 216. 

(4) Voirie, p. 222, 



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- 139 - 

le vizir, à qui Ah'med fit trancher la tête. Le combat 
s'ètant alors engagé avec les gardes de Moh'ammed ben 
el-Aghlab, ceux-ci furent interpellés par les partisans 
d'Ahmed.: « Pourquoi voulez-vous nous combattre, alors 
que nous sommes toujours fidèles à Moh'ammed ben el- 
Aghlab ? Nous n'en voulions qu'aux fils d' e Ali ben 
H'omeyd, qui vous ont appauvris et ont pris pour eux, 
sans vous, en faire part, les biens de votre maître, mais 
nous ne sommes pas des rebelles. » Ces paroles arrêtèrent 
toute résistance, et Moh'ammed, en présence d'événe- 
ments qui le surprenaient sans qu'il fût préparé à y faire 
face, prit séance dans le salon réservé aux audiences 
publiques et reçut son frère Ahmed et les assaillants, qui 
ne déposèrent même pas leurs armes. A. la suite d'une 
scène de reproches réciproques, les deux frères se récon- 
cilièrent et jurèrent de ne commettre aucune trahison 
l'un contre l'autre. Tout le pouvoir, moins le titre, passa 
à Ahmed, qui emprisonna, confisqua et châtia à sa guise, 
récompensa ses soldats et préleva les impôts. Il prit 
comme vizir Naçr ben H'amza (*). 

•En 232 (27 août 846), Moh'ammed ben [P. 102] el- 
Aghlab reprit le dessus sur son frère Ah'med et l'em- 
prisonna, de sorte qu'il reconquit le pouvoir ( 2 >. Aidé 
dans son entreprise par plusieurs de ses cousins pater- 
nels et de ses clients, il enivra les portiers et ftt si bien 
qu'il pénétra dans la ville, où il se battit contre son 
frère toute la nuit. Il rendit à la liberté ceux qu'Ahmed 



(1) Noweyri donne à ce ministre le nom de Naçr ben fiamza Dje- 
ràwi (Berbères, i, 415 et 417). 

(2) Noweyri (ibid.) raconte plus au long les préparatifs de 
Moh'ammed, mais sans donner de date ; Ibn Khaldoûn [Aghlabides, 
p. 113) les recule à Tannée 233. Gf. Annales, p. 222. 



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— 140 — 

avait fait emprisonner et dont il obtint le concours; il 
vida ses trésors et ses provisions de vêtements au profit 
des K'ayrawâniens (pour les faire marcher avec lui). 
Ahmed, exilé en Orient, alla mourir dans l'Irak. 

En la môme année, le kàdi c Abd Allah ben e Aboû'l- 
Djawâd fut révoqué, ce qui amena Soh'noûn à dire à 
Moh'ammed ben el-Aghlab : « émir, veuille Dieu te 
récompenser! tu viens de révoquer le Pharaon, l'oppres- 
seur, le tyran de ce peuple ». Ibn Aboû'l-Djawâd était 
présent à ce moment, et sa barbe, qu'il portait tout 
entière, tremblait sur sa poitrine (lorsqu'il entendit, 
parler ainsi). 

En 233 (16 août 847), Soh'noûn ben Sa c id ben H'abib 
Tenoûkhi, dont le nom était c Abd es-Selàm, mais que 
son acuité d'intelligence fit surnommer Soh'noûn, fut 
investi des fonctions de kâdi d'Ifrîk'iyya. Pendant toute 
une année il résista aux offres que lui fit l'émir, et ne 
finit par revenir sur ses refus réitérés qu'à la suite des 
serments* les plus formels et des engagement les plus 
positifs du prince, de lui laisser toute liberté de juger, 
qu'ils le voulussent ou non, les membres de la famille 
royale de même que les proches, les serviteurs et les 
gens de son entourage. 

En la même année eut lieu l'insurrection et l'exécution 
de Sâlim ben Ghalboûn. Ce personnage était gouverneur 
du Zâb, et à la suite de sa révocation par Moh'ammed 
ben el-Aghlab, il commença par se diriger du côté de 
K'ayrawân, mais au cours de la route il infléchit vers 
Laribus, affirmant ainsi sa désobéissance. Mais comme 
les habitants de cette ville refusèrent de l'accueillir, il 
marcha sur Bâdja, où il pénétra et exerça le pouvoir. Le 
prince fit marcher contre lui Khafàdja ben Sofyân qui, à 



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-141 - 

ta tête d'un fort corps de troupes, lui livra pendant 
plusieurs jours des combats dont lé résultai lut que 
Sâlim prit la fuite pendant la nuit; mais Khafàdja se mit 
à sa poursuite, l'atteignit le lendemain matin, le tua et 
porta sa tête à Moh'ammed ben el-Aghlab. Azhar, fils 
du rebelle, était déjà prisonnier du prince, qui le fit 
décapiter (*). 

En 234 (4 août 848), c Amr ben Selim Todjibi s'étant 
révolté à Tunis, l'émir fit marcher contre lui Khafàdja 
ben Sofyân; mais ce général, après être resté jusqu'à la 
fin de Tannée dans le voisinage d' c Amr, [P. 103] se retira 
sans être venu à bout de lui. 

En la même année mourut c Abd Allah ben Aboû'l- 
Djawâd dans la prison où l'avait fait jeter Soh'noûn. Les 
héritiers d'Ibn el-K'alfât' ayant réclamé à cet ancien kâdi 
un dépôt de cinq cents dinars qui était prouvé par une 
reconnaissance signée de sa main, il nia le dépôt aussi 
bien que sa signature. Tous les vendredis Soh'noûn se le 
faisait amener, et comme le prisonnier persistait dans 
ses dénégations, il lui faisait administrer dix coups de 
fouet. La femme d'Ibn Aboû'l-Djawâd s'offrit à le libérer 
en versant de ses propres deniers la somme réclamée; 
mais Soh'noûn refusa d'accepter à moins qu'il ne recon- 
nût que c'était là l'argent des orphelins ou son équi- 
valent. Le prisonnier s'y refusant, le même traitement 
continu^ de lui être appliqué; il finit par tomber malade 
et par mourir. Le peuple imputa à Soh'noûn la mort de 
l'ancien kâdi, qui affirmait la création du Koran. 

En 235 ^25 juillet 849) eut lieu dans le voisinage de 
Tunis une rencontre entre c Amr ben Selim surnommé 



(1) Cf. Annales, p. 223. 



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— 142 — 

él-K'awî% qui s'était révolté Tannée précédente, et 
Moh'ammed ben Moûsa surnommé c Oryân, général en- 
voyé contre lui par Ibn el-Aghlab. Nombre de clients de 
celui-ci se joignirent à El-K'awî c , et Moh'ammed ben 
Moûsa fut mis en déroute, laissant entre les mains des 
rebelles un de ses officiers qui avait le pied cassé et qui 
reçut ensuite du fils d'El-K'awi c un coup de lance mortel ; 
il perdit aussi beaucoup de ses soldats, et le reste s'en- 
iuît en désordre auprès d'Ibn el-Aghlab. Cette affaire 
eut pour résultat de consolider l'autorité d'El-K'awî c . 

En 236(14 juillet 850), une bataille acharnée fut livrée à 
ce rebelle par Khafâdja ben Sofyân, général au service de 
Moh'ammed ben el-Aghlab. Khafâdja le mit en déroute, 
fit de ses soldats un massacre épouvantable et, ayant pu 
le prendre lui-même, il le fit décapiter et envoya sa tête 
à l'émir. Celui-ci récompensa richement lé vainqueur et 
lui envoya des vêtements d'honneur. Le samedi 10 rebî c I 
(20 septembre), Khafâdja entra dans Tunis l'épée à la 
main et y fit de nombreux prisonniers (*), après quoi il 
reconduisit ses troupes à ICayrawân, où le prince lui 
octroya [de nouveau] des vêtements d'honneur. 

[P. 1Q.4] Gouvernement d'Ei-'Abbâs ben el-Fadl en Sicile. 

A la suite de la mort d'Aboû'l-Aghlab Ibrahim ben 
c Abd Allah ben el-Aghlab, gouverneur de Sicile, les 
habitants de cette île mirent à leur tête El- c Abî)âs ben 
el-Fad'l et en informèrent Moh'ammed ben el-Aghlab. 
Le prince confirma ce choix et envoya à El- c Abbâs des 
lettres d'investiture. Ce dernier fit de fréquentes et Ion- 



(1) La prise de Tunis eut lieu en djomàda I, d'après le récit qûô 
fait lbn el-Athir de cette insurrection {Annales, p. 223-224). 



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^ 14» -. 

gués expéditions contre les chrétiens, dont il htimllia 
l'orgueil et les prétentions^). 

En 237 (4 juillet 851), H'abib ben Naçr Temîmi fut 
nommé par le kâdi Soh'noûn au poste de receveur des 
réclamations à K'ayrawân. 

En la même année, El- c Abbâs entreprit contre le ter- 
ritoire chrétien une expédition d'où il rapporta un butin 
considérable et de nombreux captifs, après avoir fait 
sur l'ennemi des conquêtes territoriales W. 

En 238 (22 juin 852), il entreprit une nouvelle expédi- 
tion- où Dieu lui permit de tuer de nombreux infidèles, 
dont les têtes furent envoyées à Païenne. Après être 
resté à dévaster leurs moissons, à fouler leur territoire, 
à s'emparer de captifs, il retourna en Sicile. 

En 239 (11 juin 853), il fit de nouveau la guerre sainte 
et se mettant à la tête de l'expédition d'été, il ravagea les 
moissons des chrétiens, envoya des colonnes dans toutes 
les directions, fit du butin sur les villes de Kaçryâna 
(Castrogiovanni), de Catane, de Syracuse, etc., et bloqua 
Butera pendant six mois, si bien que cette ville dut, pour 
obtenir la paix, livrer six mille (prisonniers), après quoi 
il retourna à Païenne. Il conquit également la ville de 
£j^w Camerina (?). 

En 240 (1 juin 854), année de la mort du juriste Soh'- 
noûn, il fit de nouveau la guerre sainte, envahit le terri- 
toire chrétien, où il porta le ravage et la ruine; les 
diverses colonnes qu'il forma rapportèrent un butin 
considérable. 



(i) Cet alinéa se retrouve dans la Biblioteca, n, 9. 
(2) Cet alinéa, de même que les quatre suivants, se retrouvent ib. % 
p. 10-11. 



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^144 — 

En 241 (21 mai 855), il recommença de nouveau ses 
expéditions, se livrant aux mêmes ravages et faisant un 
grand butin. Pendant trois mois il occupa une montagne 
presque inaccessible, [P. 105] d'où chaque jour il diri- 
geait ses coups contre les environs de Castrogiovanni, y 
semant la mort et y pratiquant le pillage à l'aide de ses 
colonnes. Il envoya aussi en expédition maritime son 
frère *Ali ben el-Fad'l, qui ramena du butin et de nom- 
breuses têtes de ses victimes. 

Le 2 moharrem 242 (10 mai 856) mourut AboûVAbbâs 
Moh'ammed ben el-Aghlab, prince d'Ifrîk'iyya* après un 
règne de quinze ans huit mois et douze jours, à l'âge de 
trente six ans. Il eut pour successeur le fils de son frère. 

Gouvernement d'Aboû Ibrahim Ah'med ben. Moh'ammed 
ben el-Aghlab. 

Ce prince, qui monta sur le trône à l'âge de vingt ans, 
exerça sagement l'administration et ses actes furent à la 
hauteur de ses nobles qualités; il était des plus généreux 
et des plus humains, et malgré son jeune âge observait 
les règles de la religion et était hostile à tout acte arbi- 
traire. Pendant les nuits des mois de cha c bân et de rama- 
d'àn, il montait à cheval et, précédé de porteurs de tor- 
•ches, sortait de l'Ancien château pour entrer [à Kayrawân] 
par la porte d'Aboû'r-Rebi c , distribuant aux pauvres et 
aux malades l'argent dont étaient chargées des bêtes de 
somme. Il gagnait ainsi la grande mosquée de K'ayra- 
wân, accueilli par le peuple qui faisait des vœux pour 
lui m. 

En cette même année, la charge de kâdi d'Ifrîk'iyya fut 



(1) Cf. Noweyri, ap. Berb., i, 420. 



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- 145 - 

donnée à Aboû'r-Rebi e Soleymân ben e Imrân ben Aboû 
Hâchim surnommé H'arwiya. 

En cette année aussi, la guerre sainte lut faite en 
Sicile par le gouverneur de cette île, El- e Abbâs ben el- 
Fad'l, qui commanda l'expédition d'été et fit du butin et 

des prisonniers. Il marcha contre la forteresse [de ]; 

il conquit la majeure partie du pays et une portion de la 
population lui demanda la paix. 

En 243 (29 avril 857), la campagne d'été contre les 
chrétiens en Sicile [P. 106] fut menée par El- f Abbàs ben 
el-Fad'l, qui fit du butin et des prisonniers. La popula- 
tion de K'açr el-H'adîdM, après un siège de deux mois, 
obtint la paix au prix de quinze mille dinars. Les habi- 
tants du château de Chalfoûda (Cefalù) durent sortir de 
cette forteresse, que le vainqueur démantela. 

En 244 (18 avril 858), El- C Abbàs s'avança de nouveau 
sur le territoire chrétien et y fit un butin abondant. Son 
frère entreprit une expédition maritime contre l'île de 
Crète et commença par y faire des prisonniers et du 
butin, puis les choses tournèrent contre les musulmans, 
qui perdirent du monde et auxquels vingt bâtiments 
furent enlevés < 2 ). 

En 245 (7 avril 859), le prince d'Ifrik'iyya Aboû Ibrahim 
ben el-Aghlab dépensa des sommes considérables à 
faire creuser des réservoirs, à bâtir des mosquées et à 
édifier des ponts, à cause d'un mot qui lui était échappé 
dans un moment d'ivresse. 



(1) Gagliano (? Storia dei Mus., i, 327). Dans Ibn el-Athîr (Annales, 
p. 226), on lit El-Kaçr el-djedîd. 

(2) Ces trois alinéas figurent dans la Biblioteca, pp. 11-12. — L'ex- 
pédition de 244 contre la Crète n'est pas mentionnée dans les An- 
nales, 

10 



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- I4tf — 

En 246 (27 mars 860), fut creusé le grand réservoir 
près la porte de Tunis, et eut lieu la mort de l'ascète et 
pieux serviteur de Dieu, Aboû Khalaf, dont le nom était 
Mat'roûh' ben K'ays. 

En 247 (16 mars 861), une grande inondation rompit le 
pont de K'ayrawân, et le prince en ordonna la restaura- 
tion. En cette année moururent c Abd er-Rah'mân ben 
c Abd Rabbihi, dont les prières étaient exaucées du ciel, 
ainsi qu'El- c Abbâs ben el-Fad'l, gouverneur de Sicile, le 
3 djomâda I (14 juillet 861) (*>. Les habitants de cette île 
choisirent Ah'med, oncle paternel du défunt, pour leur 
chef, et ce choix, qu'ils firent connaître à Aboû Ibrahim 
Ah'med ben Moh'ammed ben el-Aghlab, fut ratifié par le 
prince d'Ifrik'iyya. 

L'année 248 (6 mars 862) vit l'achèvement de la cons- 
truction du grand réservoir de la porte de Tunis ( 2 ), des 
agrandissements de la grande mosquée- de K'ayrawân, 
et de la restauration du pont de la porte d'Aboû'r-Rebî c . 

En cette année eut lieu l'expédition de Rebâti' [ben 
Ya c k'oûb ben Fezâra], lequel, après avoir heureusement 
débuté, subit une défaite où ses tambours et ses éten- 
dards tombèrent aux mains de l'ennemi; une partie de 
ses soldats fut aussi faite prisonnière. Mais ensuite il 
reprit le dessus et s'empara de la ville de Djebel Aboû 
Mâlik (Erice), où tout tomba entre ses mains et qu'il 
livra aux flammes. Il organisa en outre diverses colon- 
nes, qui obtinrent des succès* 3 ). 



- (t) Ou le 3 djomâda II, d'après les Annales, p. 229. 
(2) Ce grand bassin est décrit dans Bekri (p. 65) et dans Ylstibçâr 
(-p.il). 

- (3) Cet alinéa figure dans Amari (t. n, p. 13) ; j'ai complété le nom 
de Rebâh d'après Noweyri. 



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- 147 - 

Le mardi 13 dhoû'l-k'a'da 249 (27 décembre 863) mourut 
Aboû Ibrahim Ah'med ben Moh'ammed ben el-Aghlab, 
prince [P. 107] d'Ifrîk'iyya, après un règne de sept ans et 
dix mois et demi, à l'âge de 28 ans. 

Gouvernement de Ziyâdet Allah ben Moh'ammed ben el-Aghlab 
ben Ibrahim ben el-Aghlab. 

Il monta sur le trône le jour même de dhoû'l-kVda où 
mourut Aboû Ibrahim (*). Il écrivit ensuite à Khafâdja, en 
lui envoyant des vêtements d'honneur, pour le confirmer 
dans sa situation de gouverneur (de la Sicile). Ziyâdet 
Allah, second prince aghlabide de ce nom, fut un homme 
actif, doux, administrateur très juste, aux actes irrépro- 
chables, sage, énergique, libéral et brave. La brièveté de 
son règne ne lui permit pas d'accomplir des actes destinés 
à passer à la postérité. Il mourut dans la nuit du vendredi 
au samedi 20 dhoû'l-kVda 250 (24 décembre 864), après 
avoir régné un an et sept jours. 

Gouvernement d'Aboû'l-Gharânlk' Moh'ammed ben Ahmed 
ben Moh'ammed ben el-Agfilab. 

Ce prince, fils du frère de son prédécesseur, monta sur 
le trône le samedi 20 dhoû'l-kVda 250 (24 décembre 864); 
il tire son surnom d'Aboû'l-Gharânîk' (l'homme aux 
grues) de la passion qu'il mettait à chasser ces oiseaux, 
passion telle qu'il consacra 30,000 mithkâl d'or à cons- 
truire un pavillon où il se rendait pour se livrer à ce 



(1) Ibn Khaldoûn est seul à le dire fils de son prédécesseur (Aghla- 
bides p. 116; Berb., i, 422). 



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~ 148 - 

genre de chasse. Sa générosité touchait à la prodigalité, 
mais ses sujets n'avaient qu'à se louer de son adminis- 
tration ; puis l'amour des voluptés le domina entièrement 
et jusqu'à la fin de sa vie. Il ne songea nullement à thé- 
sauriser, à ce point qu'après sa mort, son frère ne trouva 
dans le trésor rien qui vaille-la peine d'être mentionné. 
Son règne fut rempli de guerres, de la plupart desquelles 
il va être parlé. 

En 251 (1 er février 865) eut lieu l'expédition dite des 
mille cavaliers. Khafâdja, gouverneur de Sicile, marcha 
contre Castrogiovanni, dont il ravagea les cultures, puis 
s'avança [P. 108] vers Syracuse et dirigea des attaques 
contre cette ville ; ensuite il s'éloigna, mais en faisant 
marcher contre elle son fils Molf ammed, qui, à l'aide 
d'un stratagème, tua mille cavaliers sortis de Syracuse, 
d'où le nom de a expédition des mille cavaliers. » (*) 

En 252 (21 janvier 866), Moh'ammed ben H'amdoûn 
Andalosi Ma c âfiri éleva à K'ayrawân le saint djâ?nî c qui 
porte son nom, et dont les matériaux sont des briques 
cuites, du plâtre et du marbre; il y fit aussi installer des 
réservoirs. — Khafâdja, gouverneur de Sicile, fit une 
expédition en territoire chrétien; après avoir conquis 
plusieurs forteresses, il fut atteint d'une maladie grave 
et transporté en litière à Palerme. 

L'année 253 (10 janvier 867), dit Ibn el-K'at't'ân, ne vit 
en Ifrîk'iyya aucun événement qui mérite d'être rapporté. 

En 254 (31 décembre 867), Khafâdja, gouverneur de 
Sicile, marcha contre un patrice venu de Constantinople 
avec des forces considérables de terre et de mer, le 
battit à la suite d'un combat acharné, lui tua plusieurs 



(1) Cet alinéa figure dans la Biblioteca, n, 13. 



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- 149 - 

milliers d'hommes et lui enleva ses armes et ses che- 
vaux. Khafâdja pénétra ensuite dans Syracuse et dans 
plusieurs autres villes, et après y avoir fait un butin 
considérable rentra le 1 er redjeb (25 juin 868) dans sa 
capitale Palerme. 

En 255 (19 décembre 868), Khafâdja, s'étant mis en 
campagne, se heurta à des forces ennemies considéra- 
bles; à la suite d'une lutte acharnée, un brave d'entre 
les braves musulmans vint à périr, et sa mort jeta le 
désordre chez les nôtres. Khafâdja se dirigea alors sur 
Syracuse, qui se défendit, et il campa sous les murs en 
ravageant les campagnes environnantes. Ce fut en cette 
même année que mourut ce chef; son expédition terminée, 
il s'éloigna de Syracuse pour regagner Palerme quand, 
à la nuit tombante, un de ses soldats le frappa d'un coup 
de lance dont les suites furent mortelles, le 1 er redjeb 
(14 juin 869) ; l'assassin put s'enfuir à Syracuse, et le 
cadavre de Khafâdja fut rapporté et inhumé à Palerme. 
Le choix des Siciliens se porta alors sur Moh'ammed, 
fils du défunt, et l'émir Aboû'l-Gharânîk' Moh'ammed, 
que l'on informa de cette élection, la ratifia et envoya des 
vêtements d'honneur au nouveau gouverneur (*). 

En 256 (8 décembre 869) mourut le très pieux juriste 
Moh'ammed ben Soh'noûn Tenoûkhi ( 2) . 

En 257 (28 novembre 870), les fonctions de kâdi d'Ifrî- 
k'iyya furent confiées [P. 109] à c Abd Allah ben Ah'med 
ben T'âleb, en remplacement de Soleymân ben c Imrân. 



(1) Les renseignements concernant Khafâdja pendant les années 
252, 254 et 255, se retrouvent dans la Biblioteca, II, 13-14. Cf. 
Annales, p. 244. 

(2) On trouve des articles consacrés à ce personnage dans les mss 
d'Alger, n° 851, f. 4, et 884, f. 31 ; 2103 de Paris, f. 34, et 5032, f. 104 v°. 



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— 150 — 

Le 3 redjeb de cette année (26 mai 871), Moh'ammed 
ben Khafàdja, gouverneur de Sicile, fut assassiné en 
plein jour, par ses serviteurs, qui purent cacher leur 
méfait jusqu'au lendemain de leur fuite ; mais ils furent 
pris, et plusieurs furent mis à mort. Ibn el-Aghlab nomma 
au gouvernement de la Sicile Ah'med ben Ya e k'oûb, et la 
Grande Terre eut pour gouverneur c Abd Allah ben 
Ya c k'oûb. L'un et l'autre firent, Tannée même, des expé- 
ditions qui causèrent des pertes aux infidèles, mais il 
n'y eut en 257 aucun événement en lfrik'iyya qui mérite 
d'être noté. 

En 258 (17 novembre 871), mourut Ah'med ben 
Ya c k'oûb, gouverneur de Sicile; son ûls El-H'oseyn le 
remplaça et fut confirmé dans ses fonctions par le prince 
d'Ifrîk'iyya. 

En 259 (6 novembre 872), Soleymân ben c Imrân prit la 
place d ,<r Abd Allah ben Ah'med ben Tâleb Temimi 
comme kâdi d'Ifrîk'iyya. Le gouverneur de Sicile fit 
une campagne contre Syracuse, dont les habitants ache- 
tèrent la paix moyennant livraison de trois cent soixante 
des captifs musulmans qu'ils détenaient (*). 

En 260 (26 octobre 873), une famine générale régna en 
Orient et en Occident, et fut accompagnée de la peste et 
de maladies épidémiques. Cette année vit mourir le 
savant juriste, dont les prières étaient exaucées du ciel, 
Moh'ammed ben Ibrahim ben c Abdoûs, qui colligea la 
Medjmoû*a ( 2 ). 

Aboû'l-Gharànik' Moh'ammed ben Ah'med ben él- 



it) Ces trois alinéas figurent dans la Biblioteca, n, 15. Cf. Annales, 
p. 244. 

(2) Des articles lui sont consacrés dans les mss d'Alger n # 851, f. 4, 
et n» 884, f. 24 v. 



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— 151 — 

Aghlab mourut la nuit du mardi au mercredi 6 djo-> 
mâda I 261 (16 février 875) après un règne de dix ans et 
cinq mois et demi, sous le khalifat total ou partiel d'El- 

Mosta'in billàh, d'EI-Mo c tazz, d'El-Mohtadi et d'El- 

MoHamid. 

Gouvernement d'Ibrahim ben Ah'med ben Moh'ammed 
ben el-Aghlab. 

Aboû'l-Gharânik' avait désigné son fils Aboû c Ik'âl 
comme héritier présomptif et avait fait jurer cinquante 
fois W à son propre frère, Ibrahim ben Ah'med, qu'il 
respecterait cette décision. [P. 110] Mais après la mort 
d'Aboû'l-Gharânik', les habitants de K'ayrawân allèrent 
trouver Ibrahim ben Ah'med, qui était alors leur gou- 
verneur, et dont ils étaient très satisfaits, rengageant à 
se révolter et à pénétrer dans le palais, et lui disant qu'il 
était le (véritable) émir : « Mais, leur répondit-il, vous 
n'ignorez pas que mon frère a choisi son fils pour lui suc- 
céder et a exigé de moi le serment cinquantenaire que je 
ne susciterais aucun obstacle à son héritier et que je n'en- 
trerais pas dans son palais. — Tu seras, lui dit-on, émir 
dans ta propre demeure, dans l'Ancien château, et tu ne 
feras pas d'opposition à son fils ; mais nous ne tenons pas 
à ce qu'il règne et c'est toi que nous reconnaissons, car 
nos têtes ne sont soumises à aucun serment de fidélité. » 
Il sortit alors à cheval de K'ayrawân et fut suivi de la 
plupart des habitants, qui livrèrent combat aux habitants 
du Château, si bien qu'il pénétra dans sa demeure, où les 



(1) Sur les cinquante serments, voir Khalil, tràd. Perron, v, 460 ; 
le Minhadj de Van den Berg, m, 191 ; Querry, Recueil de lois, n, 583. 



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- 152 - 

cheykhs et les principaux d'Ifrîk'iyya, ainsi que l'ensôm- 
ble des Benoûl-Aghlab, lui jurèrent fidélité (*>. 

En 262 (5 octobre 875) mourut Aboû Zeyd Chedjra ben 
e Isa, kâdi de Tunis, qui était âgé de 99 ans ; il était rem- 
pli de qualités et compte parmi les meilleurs kâdis( 2 >. — 
Alors aussi fut fondée, par des marins espagnols, la 
forteresse de la ville de Ténès. 

En 263 (23 septembre 876) Ibrahim ben Ah'med ben 
el-Aghlab commença à bâtir la ville de Rak'k'âda ( 3 ). 

En 264 (12 septembre 877) fut achevée la construction 
du château connu sous le nom d'El-FathW, où Ibrahim 
ben Ah'med se transporta. C'est dans l'Ancien château 
qu'il fut tué plus tard par ses clients révoltés. 

Le mercredi 14 ramad'ân de cette année (19 mai 878), 
Syracuse fut conquise : on y massacra plus de quatre mille 
renégats, on y fit un butin plus considérable que jamais 
dans aucune ville chrétienne, et pas un dés guerriers qui 
la défendaient n'échappa. Les musulmans l'emportèrent 
après neuf mois de siège, et après y avoir séjourné pen- 
dant deux mois, ils la ruinèrent. 

En cette année, le gouverneur de Sicile, Dja'far ben 
Moh'ammed, fut tué par ses pages joints à El-Aghlab ben 
Moh'ammed ben El-Aghlab, surnommé Khordj er-Ro c - 
oûna, et à Aboû c Ik'âl el-Aghlab ben Ah'med, qui étaient 
l'un et l'autre retenus en prison par lui. Khordj er-Ro c - 
oûna devint alors maître [P. 111] de Païenne ; mais les 



(1) Voirie récit de Noweyri (ap. Berbères, i, 424) et Annales^ p. 247; 
cf. Fournel, i, 523. 

(2) Le ms 5032 de Paris lui consacre un article, f. 63. 

(3) Bekri (p. 68) parle longuement de cette ville de Rakkàda ; cf. 
Istibçàr, p. 12, et Fournel, i, 526. 

(4) On lit « Aboû'l-Fath » dans Noweyri (l. J., p. 425, et Des Vergers, 
Hist, de l'Afrique, p. 127 n.). 



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- 153 - 

habitants de cette ville attaquèrent ces deux chefs et leurs 
partisans, les chassèrent en Ifrîk'iyya, et ce fut El-H'oseyn 
[ou H'asan ?] ben Rebâti' qui devint gouverneur de Sicile. 

En 265 (2 septembre 878), ce dernier entreprit l'expé- 
dition d'été dans la direction de Taormine. Les musul- 
mans, qui eurent d'abord le dessous dans cette campagne, 
revinrent ensuite à la charge, mirent les chrétiens en 
fuite et en tuèrent un certain nombre, parmi lesquels 
leur patrice. 

En 266 (22 août 879), une grande disette, suite d'une 
sécheresse intense, régna en Ifrîk'iyya. — Le gouverneur 
de Sicile entreprit une expédition maritime contre les 
chrétiens, qui armèrent une flotte d'environ cent quarante 
bâtiments. A la suite d'une bataille acharnée, les musul- 
mans durent livrer leur flotte, et ceux qui la montaient 
se retirèrent à Palerme, d'où, pendant plusieurs mois, ils 
envoyèrent des colonnes piller, les terres chrétiennes 
avoisinant cette ville W. 

En 267 (11 août 880), c Abd Allah ben Ahmed ben T'âleb 
Temîmi prit la place de kàdi aux lieu et place de Soley- 
mân ben e Imrân. — El-H'asan ben el- c Abbâs devint 
gouverneur de Sicile. — Le fils d'Ibn T'oûloûn fit, pour 
s'emparer de l'Ifrîk'iyya, une tentative que je vais 
raconter ( 2 ). 

El- c Abbâs ben Ah'îned ben T'oûloûn, fils du gouverneur 
d'Egypte, s'avança en rebi c II (novembre-décembre 880), à 



(1) Ces quatre alinéas se retrouvent dans la Biklioteca n, pp. 15-17. 

(2) Cf. Annales, pp. 253 et 255. Noweyri (ap. H. cl. Berbères, I, 426) 
fait de cette tentative du fils d'Ibn Toûloûn, en l'année 265, un récit 
beaucoup moins circonstancié ; et la concision d'Ibn Khaldoûn (d'a- 
près qui les divers incidents de cette aftaire se déroulèrent de 265 
à 267) est plus grande encore (des Vergers, Hist. de l'Afrique, 128). 



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— 154 - 

la tête de huit cents cavaliers et de dix mille nègres de son 
père, fantassins portés par cinq mille chameaux, contre 
la ville de Bark'a, dans l'intention de se rendre ensuite en 
Ifrîk'iyya pour la conquérir sur les Aghlabides. Il était 
accompagné de huit cents charges de dinars en or prove- 
nant du trésor égyptien et destinés à subvenir au paîment 
de la solde de ses troupes; on dit que cela faisait douze 
cent mille dinars. Le secrétaire Aboû c Abd Allah Ah'med 
ben Moh'ammed figurait dans sa suite, mais enchaîné, 
car il avait refusé de faire partie de l'expédition. [P. 112] 
En effet, son avis avait été qu'El- c Abbâs ne se rendit à 
Tripoli qu'après avoir gagné les Berbères à sa cause. 
Mais le prince, qui était en état de rébellion contre son 
père, lui répondit: «En procédant ainsi, il y a lieu de 
craindre que les troupes gouvernementales n'arrivent 
de Syrie avant que j'aie réussi de ce côté, et, d'autre part, 
que ce délai ne permette à Ibrahim ben Ah'med de pré- 
parer sa défense. En partant sur le champ, j'arriverai à 
l'improviste à Lebda (*) et à Tripoli, où je commencerai 
aussitôt à gagner les Berbères par l'argent et les bien- 
faits, et mon éloignement de l'Egypte ne laissera à mon 
père Ah'med ben T'oûloûn aucun espoir de me poursui- 
vre sérieusement. » Mettant ce plan à exécution, il se mit 
en marche pour Lebda; mais, à cette nouvelle, Ibrahim 
ben Ah'med fit partir Ah'med ben K'orhob* 2 ) avec seize 
cents hommes armés à la légère, tous cavaliers, qui, 
brûlant les étapes et marchant même la nuit, étaient à 
Tripoli avant qu'El- c Abbàs fut arrivé à Lebda; leur chef 
se mit aussitôt à faire toutes les levées qu'il put dans le 



(1) Sur Lebda (Leptis mar/na), voirBekri, 26, 199 ; Edrisi, trad., p. 154. 
(?) Ou, d'après Noweyri, Mohammed ben Korhob (l. l.> p. 426). 



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- 155 - 

djond et les Berbères de Tripoli, et arriva en toute hâte 
à Lebda, où il pénétra. Alors s'avança El- c Abbâs ben 
Toûloûn, qui avait fait faire à Bark'a cinq-mille bend ou 
ceintures (*), avait lait monter chacun de ses fantassins 
avec son bend à chameau, et se trouvait ainsi à la tête de 
huit cents chevaux et de cinq mille fantassins. Ah'med 
ben K'orhob se heurta contre lui à quinze milles de 
Lebda ( 2 ); mais bien que les chameaux sur lesquels 
étaient montés les fantassins d'El- c Abbâs fussent restés 
en arrière, il n'y eut qu'un court engagement : Ibn 
K'orhob, qui croyait n'avoir affaire qu'à une avant-garde, 
fut battu et se retira à Tripoli. El- c Abbâs se mit à sa 
poursuite et arriva sous les murs de cette ville, devant 
laquelle il dressa ses mangonneaux; il en commença le 
siège, et pendant quarante-trois jours dirigea contre elle 
ses attaques. Mais quelques-uns de ses nègres s'étant 
montrés trop entreprenants vis-à-vis de Bédouines dont 
ils soulevèrent les voiles, les Tripolitains demandèrent 
du secours à Aboû Mançoûr, chef de Nefoûsa, qui, obéis- 
sant à sa foi et prenant fait et cause pour ses voisins 
musulmans, marcha à la tête de douze mille guerriers 
de Nefoûsa contre El- c Abbâs, [P. 113] à qui il déclara la 
guerre. Celui-ci ayant alors demandé conseil au secré- 
taire Aboû c Abd Allah, reçut cette réponse : « [lacune] à 
Bark'a son lieutenant. Les Nefoûsiens, redoublant d'ar- 
deur au combat, le fils d'Ibn Toûloûn, vaincu < 3 ), dut fuir à 
Bark'a après avoir vu ses troupes entièrement dépouil- 



(1) Ce mot n'a pas été relevé par Dozy dans son lexique ; on voit 
qu'il doit désigner une sorte de lien ou de ceinture ayant pour but 
de maintenir en selle un cavalier inexpérimenté. 

(2) A Wàdi Ourdasa, selon Noweyri (ap. Berbères, i, 426). 

(3) A Kaçr H'àtim, selon lbn Khaldoûn (des Vergers, p. 128). 



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- 156 - 

lées par lés Tripolitains, tandis que les Nef oûsieris s'abs- 
tinrent complètement de piller* Ibrahim ben Ahmed 
avait (dans l'entretemps) procédé à des levées dans le 
djond et avait, puisqu'Aboû'l-Gharânik avait laissé le 
trésor vide, fait frapper des dinars et des dirhelns avec 
le métal provenant des bijoux de ses femmes. Il s'avan- 
çait en personne vers Tripoli, quand il apprit la fuite 
du fils d'Ibn Toûloûn, et alors il fit rechercher, pour les 
reprendre à ceux qui les détenaient, les valeurs enle- 
vées aux fuyards : aussi les soldats vendaient-ils secrè- 
tement, et comme ils pouvaient, tous les milkhàl d'Ibn 
Toûloûn, de crainte de se les voir enlever. 

En 268 (31 juillet 881), Ibrahim ben el-Aghlab dirigea 
une attaque inopinée contre les habitants du Zâb, qu'il 
massacra eux et leurs enfants ; des charriots emportè- 
rent les cadavres amoncelés. jusqu'aux fosses où on les 
jeta. 

En la même année, El-Hasan ben el- c Abbâs, gouver- 
neur de Sicile, fut révoqué et remplacé par Moh'ammed 
ben el-Fad'l. 

En £69 (20 juillet 882) mourut Soleymân ben H'afç el- 
Ferrâ', qui était djahmideW et affirmait la création du 
Koran. Le peuple, à qui il prêchait ses doctrines, son- 
geait à le tuer. 

En 270 (10 juillet 883) moururent le kâdi Soleymân ben 
e Imrân, qui était paralytique, H'oseyn ben Zeyd ben e Ali, 
et le juriste Aboû H'âtim Hichàm ben H'âtim, dont le ciel 
exauçait les prières. 

En 271 (28 juin 884) mourut El-H'oseyn ben Ah'med, 



(1) C'est-à-dire partisan de Djahm ben Çafwàn, hérésiarque dont 
parlent Chahristani (trad. ail., I, 89 ; texte, p. 60; Djordjani, Tarifât, 
p. 84 ; Khitat, de Makrizi, t. n, p. 351). 



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- 157 - 

gouverneur de Sicile, qui fut remplacé par Sawàda ben 
Moh'ammed ben Khafâdja Temîmi. 

En 272 (17 juin 885) le dit Sawàda organisa diverses 
colonnes qui rentrèrent en rapportant les dépouilles 
enlevées aux chrétieps. Il y eut aussi diverses rencon- 
tres entre les musulmans et Nicéphore, patrice arrivé de 
Constantinople à la tête d'une armée considérable. Ce 
chef put entrer dans la ville de Santa Severina, d'où les 
musulmans furent autorisés à sortir pour se retirer en 
Sicile. 

En 273 (7 juin 886), la population de Palerme attaqua 
le gouverneur de nie, Sawàda ben Moh'ammed, ainsi 
que son frère et quelques-uns des principaux conseillers, 
et on les renvoya [P. 114] enchaînés en Ifrik'iyya; après 
quoi on tomba d'accord pour élever au pouvoir Aboû'l- 
c Abbâs ben e Ali W. 

En 274 (27 mai 887) eut lieu l'arrivée d'Ahmed ben 
'Omar ben f Abd Allah ben Ibrahim ben el-Aghlab, sur- 
nommé H'abechi( 2 >. Cette année-là aussi mourut en Ifri- 
k'iyya Ah'med ben H'odeyr, qui avait reçu les leçons de 
Soh'noûn. 

En 275 (15 mai 888), une attaque soudaine des musul- 
mans de Sicile eut pour résultat le massacre de plus de 
sept, mille infidèles et la noyade d'environ cinq mille. 
Aussi les chrétiens évacuèrent-ils de nombreuses villes 
et forteresses avoisinant le territoire musulman. Des 



(1) Ces trois alinéas figurent dans la Biblioteca, n, 17-18. Cf. 
Annales, 261 et 262. 

(2) Il doit s'agir de l'arrivée de ce prince en Sicile, mais ce passage 
n'a pas été relevé dans la Biblioteca; voir cependant ce qui y est dit, 
1. 1, p. 400, et il, 718 et 724. 



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- 158 — 

colonnes poussèrent jusque dahs la Grande terre et en 
ramenèrent des captifs (*). 

En la même année eut lieu en Ifrîk'iyya l'affaire connue 
sous le nom d'insurrection des dirkemsW. A la suite de 
la frappe de dirhems justes de poids^que fit faire Ibrahim 
ben Ah'med, ce prince abrogea l'usage des fragments de. 
métal; mais la populace mécontente ferma les boutiques 
et se réunit pour se rendre à Rak'k'âda en poussant des 
cris contre Ibrahim, qui fit enfermer ces braillards dans 
la mosquée principale. A cette nouvelle, les K'ayrawâ- 
uiens se portèrent vers la porte de la ville en manifes- 
tant l'intention d'en repousser le prince. Ce dernier leur 
envoya son vizir Aboû c Abd Allah ben Aboû Ish'âk', qui, 
assailli par des injures et des coups de pierre, se retira 
auprès de son maître et l'informa de la situation. Alors 
Ibrahim se dirigea à cheval vers K'ayrawân, accompagné 
de son chambellan Naçr ben eç-Çamçâma et d'un cer- 
tain nombre de soldats du djond. Le prince commença 
l'attaque et il s'ensuivit une mêlée qui dura quelque 
temps ( 3 ), puis le prince.se retira vers le moçalla, où il 
mit pied à terre et s'assit, défendant aux siens de conti- 
nuer la lutte. Quand il. eut recouvré son calme et que la 
population elle-même se fut apaisée, le juriste et ascète 
Abou Dja c far Ahmed ben Moghîth vint le trouver, (et à 
la suite de leur conversation) le vizir Aboû c Abd Allah 
ben Aboû Ish'âk' entra à K'ayrawân avec Ahmed ben 
Moghîth, parcourut le bazar et ramena le calme chez les 



(1) Biblioteca, n, 18. 

(2) Il n'est parlé de cette insurrection ni par Ibn Khaldoûn, ni par 
Ibn el-Athir, ni par Noweyri. 

(3) J'ai déplacé ces mots, qui dans le texte viennent plus bas, con* 
lormément à la correction proposée par Dozy. 



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-. 159 ^ 

habitants. Ibrahim retourna alors à Rak'k'àda, où il fit 
rendre à la liberté ceux qui étaient détenus dans la 
grande mosquée. A partir de ce moment et jusqu'à 
aujourd'hui, les dirhems de mauvais aloi (*) et les frag- 
ments de métal cessèrent d'avoir cours, [P. 115] et. 
Ibràhîm ben Ahmed fit frapper des dinars et des dirhems 
qu'il appela *àchiri parce que chaque dinar valait dix 
dirhems. 

En la même année il enleva ses fonctions de kûdi 
d'Ifrik'iyya à c Abd Allah ben Ahmed ben T'âleb ben 
Sofyân et l'emprisonna ; puis il lui envoya un plat 
empoisonné que Tex-kâdi mangea dans sa prison et dont 
il mourut foudroyé, au mois de redjeb (novembre 888). 
Cette place fut donnée à Ibrahim ben Ahmed ben Mo- 
h'ammed ben c Abdoûn ben Aboû Thawr, dont le grand- 
père était meunier et écrivait son nom Moh'ammed ben 
c Abd Allah Ro c ayni. 

En 276 (5 mai 889), la guerre sainte fut faite en Sicile 
par Sawâda ben Moh'ammed, qui fit une expédition dans 
laquelle il assiégea Taormine ( 2 >. 

En la même année Ibràhîm jeta en prison son secré- 
taire Moh'ammed ben H'ayoûn, surnommé Ibn el-Beridi, 
qui lui adressa alors ces vers : 

[Basît'j Suppose que j'ai mal agi : où y aura-t-il faveur et 
magnanimité, puisque l'obéissance et le repentir me ramè- 
nent à toi? O toi, le plus généreux de ceux vers qui les 



(1) Texte en-nok'oûd, que Sauvaire, traduisant ce passage, rend 
par « les monnaies », de même qu'il rend par « les derhams entiers » 
r ls^\ *jbL jJ\ ce que j'ai traduit plus haut justes de poids {Journal 
as., 1880,1, pp. 243 et 478). 

(2) Biblioteca, n, 18. 



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- 160 - 

mains se tendent, seras-tu sans pitié pour celui dont la 
plume du Destin t'a déjà annoncé la mort? Ta colère est 
bien grande, mais pardonne en souverain puissant; les 
princes qu'on implore se montrent miséricordieux. 

Ibrahim, en lisant ces vers, dit: « Il m'écrit « suppose 
que j'ai mal agi », comme si la chose n'était pas certaine I 
Si encore il avait écrit : 

[Wâfir] Nous sommes des secrétaires et nous avons failli ; 
mais suppose que nous sommes des secrétaires d'hommes 
magnanimes ! 

je lui aurais pardonné » ; et alors ce prince, que Dieu 
confonde 1 fit enfermer le malheureux dans un cercueil 
où il mourut. 

En 277 (24 avril 890), Ibrahim fit périr son chambellan 
Naçr ben eç-Çamçâma sous le fouet : cinq cents coups 
lui en furent appliqués, de sorte qu'il ne proféra plus 
une parole ni ne fit le moindre mouvement, après quoi on 
lui trancha la tète. (Pendant qu'on le frappait), il dit aux 
assistants : « Ne croyez pas que je m'afflige de mourir ; je 
vous promets d'ouvrir et de fermer la main à trois 
reprises quand j'aurai été décapité >/. Il le fit comme il 
avait dit, et Ibrahim, surpris de ce qu'on lui raconta, lui 
fit légèrement inciser la poitrine pour en retirer le cœur ; 
il examina cet organe qui présentait la curiosité d'être 
placé (?) dans le foie et d'être muni de poils presque par- 
tout m. 

[P. 116] En 278 (14 avril 891), Aboû'l- c Abbâs Ah'med 
ben Ibrahim ben Ah'med ben el-Aghlab fut chargé de 
recevoir les réclamations contre les actes arbitraires ; 



(1) Cf. Amari Storia, n, 59. 



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- 161 - 

Moh'ammed ben el-FacTl fut nommé gouverneur de 
Sicile. Le bureau de l'impôt foncier (kharâdj) fut offert 
au chrétien Sawâda à condition qu'il embrassât l'isla- 
misme ; mais comme il répondit n'être pas homme 
à abandonner sa religion pour obtenir une place, il fut 
coupé en deux, puis crucifié. 

En 279 (2 avril 892), Moh'ammed ben el-Fad'l, gouver- 
neur de Sicile, fit son entrée dans Palerme, la capitale, 
Ie2çafar(3mai892)( 1 ). 

En cette année, Ibrahim ben Ah'med fît exécuter des 
habitants d'Ifrik'iyya [lacune] et de volupté. Au nom- 
bre des victimes figurait Ish'âk' ben c Imrân, qui prati- 
quait la médecine et était connu sous le nom de Poison 
foudroyant; il fut exécuté et crucifié (*). Le chambellan 
Fath' périt également paf le bâton. En outre, tous les pages 
furent mis à mort. En effet, les astrologues et les devins, 
auxquels le prince prêtait une oreille attentive, lui 
avaient prédit qu'il mourrait de la main d'un assassin 
au caractère mal fait qui serait peut-être un page ; aussi 
Ibrahim croyait-il voir son homme dans chacun des 
pages qui, agile, ardent, prompt et susceptible, s'exer- 
çait au maniement du sabre, et il le faisait exécuter. Il en 
avait déjà fait périr plusieurs quand il se dit qu'il était 
devenu odieux à leurs yeux, et pour se mettre en garde 
contre eux il les fit tous égorger en la dite année. Il les 
remplaça par des nègres, puis hanté "par les soupçons 
qui l'avaient fait se débarrasser des pages slaves, il fit 
aussi massacrer tous les nègres. 



(1) Biblioteca, n, 19. 

(2) Wustenfeld (Arab. Aerzte, p. 32, n° 77) a consacré une notice à: 
ce médecin. 

il 



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^TT"* 



- 462 - 

En 280 (22 mars 893) eut lieu l'affaire des guerriers de 
Belezma. Après avoir fait la guerre â Belezma, Ibrahim fit 
venir à Rak'k'âda environ sept cents des plus braves de 
cette ville, leur donna l'hospitalité et les traita généreu- 
sement. Il fit construire pour eux un vaste édifice renfer- 
mant des demeures particulières n'ayant toutes qu'une 
même porte de sortie, et il les y installa. Lorsqu'il les vit 
complètement rassurés, il convoqua §es guerriers de 
confiance pour leur payer leur solde et leur ordonna 
d'aller le lendemain matin trouver son fils c Abd Allah et 
d'exécuter les ordres qu'il avait donnés à ce dernier. 
Quand c Abd Allah eut autour de lui les hommes du 
djond, il marcha à leur tête contre les Belezmïens, qui 
défendirent leur vie jusque dans l'après-midi, mais 
qui lurent massacrés jusqu'au dernier. [P. 117] Ce fut là 
une des causes qui contribuèrent à la chute de la dynas- 
tie aghlabide, car les Belezmiens, la plupart d'origine 
K'aysite, formaient un millier d'Arabes et de guerriers 
du djond arrivés en Ifrîk'iyya lors de la conquête et pos- 
térieurement, et maintenaient en respect les Kotâma. 
Le massacre qu'en fit Ibrahim permit à ceux-ci de rele- 
ver la tête, et ils purent, de concert avec le Chi c ite, se 
révolter contre les AghlabidesW. 

La même année vit divers territoires se soulever et se 
détacher d'Ibrâhîm. Les habitants de Tunis, de la pres- 
qu'île [de Bâchoû]; de Laribus, de Bâdja et de K'amoûda 
se révoltèrent et mirent à leur tête soit des guerriers du 
djond, soit d'autres, par suite des actes tyranniques 
d'Ibrâhîm, qui leur enleva leurs esclaves et leurs che- 
vaux. Toute l'Ifrîk'iyya fut en feu contre lui, et il ne resta 



(1) Cf. Noweyri, ap. Berb., i, 427. 



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— 163 — 

plus entre ses mains que le Sâhel et la partie orientale 
jusqu'à Tripoli. Il fit creuser autour de Rak'k'âda un 
fossé qu'il munit de portes de fer, appela à lui ses guer- 
riers de confiance et installa à proximité du palais les 
cinq mille (^ nègres qu'il avait enrôlés. Mais à la suite de 
divers événements Tunis fut, cette année même* empor- 
tée de vive force. En effet, comme les habitants de 
K'amoûda révoltés se mettaient en campagne, Ibrahim 
envoya contre eux Meymoûn H'abechi,. qui leur livra 
bataille, les mit en fuite et leur fit subir des pertes. Les 
Tunisiens, qui s'étaient aussi mis en campagne, furent 
ensuite dispersés par Meymoûn ; ceux de la presqu'île 
[de Bâchoû] et de Ça'lfoûra subirent le même sort et 
perdirent tant de monde qu'on emporta les cadavres sur 
des charriots à K'ayrawân. Le 20 dhoû'l-hiddja (2 mars 
894J, Tunis fut prise d'assaut et livrée au pillage pendant 
que les enfants étaient faits prisonniers et les femmes 
abandonnées à la soldatesque &h 

C'est en cette année ( 3 ) qu'entra en Ifrîk'iyya Aboû 
c Abd Allah, missionnaire des Chi c ites, dont nous allona 
raconter brièvement les débuts jusqu'au jour où il arriva 
au pouvoir. 

Débats de la dynastie Obeydite chi'ite (*). 
Depuis la mort d' c Ali ben Aboû Tâleb, dit El-Warrâk, 



(1) Noweyri dit cent mille (ib., p. 428). 

(2) Comparez Noweyri, l. L, p. 428. 

(3) D'autres auteurs donnent la date de 288, qui a été adoptée par 
Fournel (n, 56). 

(4) Sur les origines de cette dynastie, on peut consulter de Sacy, 
Exposé de la religion des Druzes, t. i, introd. ; Quatremère, dans le 
Journal asiatique, 1836, n, 97 ; Ibn Khaldoûn, Histoire des Berbères, 



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— 164 - 

les Chi c ites ont toujours [P. 118] prêché la croyance en 
un imâm impeccable qui doit, prétendent-ils, établir la 
vérité, et n'ont pas cessé d'envoyer partout leurs mis- 
sionnaires, mais sans succès jusqu'alors. A la suite de 
consultations et de correspondances, il fut décidé d'en- 
voyer au Maghreb un missionnaire chargé d'y développer 
l'amour de la famille [d' c Ali]. Le résultat des correspon- 
dances échangées à ce sujet entre tous les centres, fut 
qu'on choisit un adepte intelligent, éloquent, instruit et 
bon controversiste nommé Aboû c Abd Allah Çan c âni, à 
qui l'on fournit les fonds nécessaires pour sa mission, et 
qui se rendit (à la Mekke) à l'époque du pèlerinage pour 
y rencontrer les pèlerins venus du Maghreb, tâter leurs 
habitudes, apprendre à connaître leurs croyances et s'in- 
génier à arriver au pouvoir par les procédés les plus 
simples. Gloire à Celui dont les arrêts fixent les événe- 
ments et qui détermine les choses à son gré ! Il n'y a 
d'autre divinité que Lui ! 

Son voyage à la saison du pèlerinage n'avait pas celui- 
ci pour but, car cette secte odieuse ne le pratique pas, ce 
n'était qu'un moyen pour arriver à ses fins. Il trouva une 
dizaine de Maghrébins originaires des Kotâma, parmi les- 
quels un de leurs cheykhsW, et entra en relations étroites 



il, 506; Makrizi, ap. Chrestomathie de Sacy, n, 88; Nicholson, The 
establishment of the fatemite dynasty in Africa, Tubingen, 1840 ; 
Wustenfeld, Geschichte der Fatimiden Chalifen, Gottingen, 1881 ; 
Ibn el-Athir, Annales, p. 272; lbn Khallikàn, r, 465, et n, 77 ; Four- 
nel, Les Berbers, n, 40; Ibn llammàd, dans ]e Journal Asiat., 1855, 
i t 529 ; de Goeje, Mém. sur les Carmathes du Bahraïn, Leide 1886 ; 
ci-dessous, pp. 157 et 292 du texte ; Nodjoûm, ms 1780 de Paris, fol. 
32 v°, etc. 

(1) D'après le récit d'Ibn Khaldoûn {Berbères, n, 510), ce cheykh était 
Moùsa ben H'oreyth, chef des Sekyan ; cf. Ibn el-Athir, Annales, p. 281. 
Cela se passait en 280. 



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- 165 - 

avec eux. Il leur demanda et obtint d'eux la description 
de leur pays, ainsi que des renseignements sur leur rite. 
Il se mit alors à leur parler des divers rites, et trouva 
que le cheykh penchait pour le rite ibâd'ite nakkârite^ 
ce qui lui fournit une entrée en matière. Peu à peu il les 
attira et les séduisit grâce à ses dons de talent oratoire 
et à sa science dans la controverse, si bien que son élo- 
quence lui livra entièrement leurs intelligences. Etant près 
de rentrer chez eux, ils l'interrogèrent sur ses affaires et 
sa situation : a Originaire de l'Irak, répondit-il, j'étais 
au service du sultan, mais j'y ai renoncé quand j'eus 
reconnu que ce n'était pas là une bonne œuvre. Je me 
suis alors mis à chercher quelque moyen licite de gagner 
ma vie, et le seul que j'aie trouvé, c'est d'enseigner le 
Koran aux enfants. D'après les renseignements que j'ai 
recueillis, c'est en Egypte que cela peut se faire le mieux. 
— Eh bien ! lui dirent-ils, nous passons par l'Egypte, 
qui [P. 119] est sur notre route ; fais le voyage avec nous. » 
Se rendant à leurs instances, il partit avec eux. Au 
cours de la route, il les amena, par ses conversations, 
à incliner vers sa croyance, et, peu à peu, leurs cœurs se 
remplirent d'amour pour sa personne, de sorte qu'ils le 
prièrent de venir enseigner le Koran à leurs enfants ; 
mais il s'en défendit en alléguant leur trop grand éloigne- 
ment : « Si je trouve en Egypte ce qu'il me faut, je m'y 
fixerai ; sinon, je vous accompagnerai peut-être jusqu'à 
K'ayrawân ». Quand on fut arrivé en Egypte, il les quitta 
quelque temps, feignant de chercher ce qu'il voulait; puis 



(1) Sur les Ibàdites, voir entre autres une note de Y Histoire des 
Berbères, h 203; Ghahristâni, texte, p. 100, et trad. Haarbrucker, i, 
151 ; cf. Bekri, Description de l'Afrique, p. 322; Istibçâr, tr. h\, p. 59. 



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- 166 - 

quand les Maghrébins l'eurent rejoint et l'interrogèrent, 
il dit que ses recherches étaient restées vaines, mais, en 
présence de leurs nouvelles instances, il condescendit à 
les accompagner. Enfin, ils renouvelèrent à K'ayrawàn 
leur demande pour qu'il se rendît chez eux, s'engageant 
à lui confier l'enseignement du Koran à leurs enfants, 
ainsi qu'il le demandait : « Je ne puis, dit-il, ne pas rester 
à K'ayrawàn pour y chercher mon affaire; mais si je ne 
réussis pas,7*>irai vous trouver. » Le cheykh, qui était le 
plus pressant et qui lui rendait le plus d'honneurs, lui 
décrivit sa demeure et la localité des Kotâma où il habi- 
tait. 

Resté à K'ayrawàn, le missionnaire s'entoura de ren- 
seignements sur les diverses tribus et ne douta plus 
que de toutes les tribus d'Ifrîk'iyya les Kotâma ne cons- 
tituassent la plus nombreuse, la plus puissante et la 
moins soumise au sultan. Sa conviction faite, il se mit 
en route pour retrouver son ami le cheykh, et, monté sur 
une mule blanchâtre dont il fit l'acquisition, il partit 
avec une caravane jusqu'à ce qu'il fût arrivé non loin du 
lieu où habitait son ancien compagnon. Il se détourna 
alors, et trouva bientôt une aire où l'on dépiquait le blé 
à l'aide de bœufs et où se tenaient un vieillard Kotâmien 
et son fils. Il s'approcha, et à son salut les deux hommes 
répondirent en se levant et en lui adressant les souhaits 
de bienvenue et des offres d'hospitalité, qu'il accepta. Le 
missionnaire fut honorablement reçu, et sur sa demande, 
il apprit que Temmâm était le nom du fils et Mo c ârik 
celui du vieillard, ce qui lui fit penser en lui-même qu'il 
réussirait, mais non sans combats (*). Il manifesta alors le 



(1) Ce présage est tiré du sens qu'on peut donner à ces deux noms 
propres. 



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— 167 — 

désir de se retirer, et on lui donna une femme chargée 
de lui indiquer la route, car les hostilités régnaient entre 
eux et leurs cousins. Poursuivant son chemin, il arriva 
[P. 120] dans un endroit occupé par les Kotâma et passa, 
monté sur sa mule blanchâtre, près de la mosquée où se 
trouvait, en train d'enseigner, un instituteur qui se leva, 
le salua et le considéra longuement. Cela intrigua Aboû 
c Abd Allah, qui, mettant pied à terre, entra dans la 
mosquée et appela l'instituteur en lui disant : « J'ai re- 
marqué que tu nous regardais longuement, moi et ma 
mule ? — C'est pour une raison que je vais te dire : il y 
avait autrefois chez les Kotâma un devin nommé Feylak', 
qui, voyant leurs guerres civiles, leur disait : « Vous ne 
verrez la[vraie] guerre qu'à l'arrivée chez vous de l'Oriental 
à la mule blanchâtre ». Aussi cette prédiction m'est-elle, 
en te voyant, revenue à la mémoire ». L'importance de 
ces paroles frappa Aboû c Abd Allah, qui s'en réjouit, et 
comme elles s'ajoutaient au présage favorable qu'il avait 
déjà recueilli, elles le confirmèrent dans son projet et 
augmentèrent son audace, car sans cela il n'aurait rien 
osé entreprendre; louange à Celui qui est cause de tout ! 
Il arriva enfin jusqu'au lieu habité par son ami le 
cheykh et mit pied à terre dans la mosquée, où se 
trouvait un instituteur qu'entouraient les enfants, parmi 
lesquels les fils du cheykh. A l'heure du zohr, l'insti- 
tuteur fit l'appel à la prière, et le cheykh, ainsi appelé à 
la mosquée, aperçut Aboû c Abd Allah, qu'il salua et 
embrassa. Quand l'instituteur voulut ensuite se diriger 
vers le mih'râb, le cheykh l'en empêcha et y envoya le 
nouveau-venu ; puis, la prière terminée, il l'emmena chez 
lui, le combla d'honneurs et s'entretint avec lui jusqu'à 
la prière de Yaçr. A ce moment, il se rendit à la mosquée 



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- 168 - 

avec lui, et l'instituteur, soupçonnant alors quelque 
chose, quitta la mosquée, et renonçant à y enseigner plus 
longtemps, se retira. Aboû c Abd Allah commença alors 
à dire la prière dans cette mosquée et à y enseigner les 
enfants avec tant de zèle, que ceux-ci réunirent une 
somme de 40 dinars à laquelle le cheykh ajouta quelque 
chose et qu'il offrit à son ami, en s'excusant de cette 
démarche. Mais le missionnaire, sans y toucher, plongea 
sa main dans une sacoche qui était à son côté et en tira 
500 dinars qu'il étala devant le cheykh, en disant : « Je ne 
suis pas un instituteur, et mon but est celui que je vais 
te dire : nous ne sommes pas autre chose [P. 121] que les 
partisans de la famille (d' c Ali), et il existe une tradition 
vous concernant, vous autres les Kotâma, et portant que 
vous serez nos aides, que vous établirez notre gouverne- 
ment, que, par vous, Dieu, manifestera sa foi, élèvera par 
vous la famille (d ,f Ali), d'où sortira un imâm que vous 
soutiendrez et pour lequel vous verserez votre sang, 
fera par vous la conquête du monde entier, et que vous 
serez de cela récompensés au double, par l'obtention des 
biens de ce monde et de l'autre. — J'aspire, dit le 
cheykh, à ce dont tu m'as inspiré le désir, et nous 
verserons pour cela, moi et ceux qui me suivent, notre 
sang et notre or; je te serai plus soumis que tes propres 
membres, ordonne ce que tu veux et j'obéirai ! — Appelle 
(à mes doctrines) les plus intimes de tes cousins par 
ordre de proximité ! — Je vais les y appeler », dit le 
cheykh, qui se mit aussitôt à répandre ces doctrines chez 
ses proches et ses intimes. 

Le mois de ramad'àn étant arrivé, Aboû c Abd Allah dit 
au cheykh : « Nous voilà en ramad'àn, mois où notre rite 
ne nous permet pas de dire les prières terâwîh\ car elles 



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- 169 - 

ne reposent pas sur la tradition d u Prophète, mais sur celle 
d ,f Omar seulement ( j ). Je me bornerai, à la prière de la 
nuit close, à prolonger la lecture du Koran, à lire les lon- 
gues sourates ( 2 ), aux lieux et place des dites prières. — 
Mon obéissance t'est acquise, fais ce que tu voudras », dit 
le cheykh. Mais l'histoire de cette prière transpira, de 
même que s'ébruitèrent des renseignements relatifs aux 
prédications faites par le missionnaire à certains de 
ceux qui s'étaient rendus dans la demeure du cheykh et 
auprès de son fr&re. Celui-ci même demanda au cheykh 
ce qu'il avait à faire avec cet Oriental qui corrompait, sa 
foi et dénaturait son rite: « Je t'ai appelé, dit le cheykh, 
pour l'affaire où je me suis mis moi-même; ou bien 
suis-moi, ou bien cesse de m'adresser des reproches qui 
vont à l'adresse de quelqu'un dont j'ai mis à l'épreuve la 
vertu, le mérite et la religion ! » Son frère s'éloigna 
irrité, et le cheykh, prenant alors à part tous les autres, 
leur dépeignit sous de si brillantes couleurs le mérite 
d'Aboû v Abd Allah, que tous leurs cœurs se remplirent 
pour lui d'un amour qui vint s'ajouter à la haute estime 
dont il jouissait déjà auprès d'eux. A son invitation, 
l'étranger prit la parole et leur adressa dans sa langue 
un discours où il leur dit qu'ils étaient les soutiens et les 
partisans de la famille d' c Ali, et la douceur de son lan- 



(1) Ainsi qu'on le voit par notre texte, ces prières surérogatoires 
qu'on dit dans la nuit pendant le mois sacré, et qui ne reposent que 
sur la Sonna, ne son! pas admises par les Fatimides. On peut con- 
sulter à ce sujet la Chrestomathie de Sacy, i, 167 ; Sidi-Khalil, texte, 
p. 28, 1. 1, et trad. Perron, i, 191 et 536. 

(2) C'est-à-dire celles qui sont les plus longues, ou les sourates n 
à vu et xviii ; mais il y a néanmoins divergence sur le point de 
savoir celles qui méritent le plus cette épithète (voir les commen- 
taires de Khalil ad l. I, et le Olctionary of the tçchnical ternis, 
p. 658 et 659), 



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- 170 - 

gage les séduisit si bien qu'ils répondirent sur le champ 
à son appel. Alors [P. 122] arriva le frère du cheykh qui, 
prônant le maître de ses enfants et le prétendant plus 
instruit qu'Aboû c Abd Allah, demanda qu'il y eût entre 
eux une discussion contradictoire, pour laquelle rendez- 
vous fut pris. Au jour dit, le frère du cheykh arriva avec 
ses fils et leur maître ; mais le cheykh, qui savait son 
arrivée, réunit quelques-uns de ses cousins qui étaient 
devenus ses coreligionnaires et leur dit d'attaquer, quand 
la conférence serait commencée, la tente de son frère, 
tandis qu'il en plaçait d'autres en embuscade sur le 
chemin menant à la tente. Le frère du cheykh était avec 
ses enfants et leur maître quand des cris provenant de sa 
tente le firent revenir au galop de ce côté ; mais il tomba 
dans le groupe placé en embuscade, qui l'assaillit à coups 
de sabre et le laissa mortellement blessé sur le terrain. 
A cette nouvelle, le cheykh, jouant l'ignorance, s'empressa 
d'accourir et reçut les doléances de ses cousins. On égor- 
gea alors du bétail pour préparer un repas qui leur était 
destiné et où il leur annonça la mort de son frère. Il 
employa la ruse auprès d'autres de ses cousins et prit 
d'eux des engagements écrits par lesquels ils déclaraient 
se soumettre aux ordres du missionnaire, si bien que 
beaucoup d'entre eux se joignirent à lui. 

Pendant sept ans, c'est-à-dire jusqu'à sa mort, le 
cheykh fit la guerre avec ses gens et ses cousins. Près de 
mourir, il rassembla ces derniers ainsi que ses proches 
pour leur recommander de ne pas faire d'opposition au 
missionnaire, et mourut après l'avoir spécialement confié 
à ses enfants. Les Kotâma obéirent fidèlement à Aboû 
c Abd Allah, et quantité d'autres tribus se rendirent à 
son appel; il institua un bureau (d'enregistrement) et 



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- 171 - 

les soumit au service militaire. « Ce n'est pas, leur 
disait-il, dans mon intérêt personnel que je vous appelle, 
mais pour l'imâm impeccable issu de la famille d' c Ali, 
dont les signes sont tels et tels »; et il leur dépeignait 
les miracles qu'il devait faire et que l'intelligence se 
refuse à admettre, mais qui furent regardés par eux 
comme une chose certaine. «C'est lui, disait-il encore, qui 
sera le chef, je ne serai que l'exécuteur de ses ordres 
lorsqu'il — c'est-à-dire c Obeyd Allah — paraîtra ». Il ne 
l'avait jamais vu, mais il savait par les cheykhs de la secte 
ce qui le concernait, et il y ajoutait une foi absolue et 
sans réserve. Arrivé enfin à être entièrement maître des 
Berbères, il assiégea [P. 123] les villes les prlus impor- 
tantes, battit le prince d'Ifrik'iyya et lui enleva le pays. 

En 281 (12 mars 894), Ibrahim ben el-Aghlab envoya 
Meymoûn H'abechi (*) à Tunis pour y exécuter des Temî- 
mites et autres, dont les cadavres furent crucifiés à la 
porte de la ville. Les principaux de Tunis se rendirent 
avec Meymoûn H'abechi auprès du prince, qui donna à ce 
général des vêtements de soie brodée et de brocard, lui 
passa au cou un collier d'or, le fit promener à cheval et 
le renvoya le lendemain à Tunis. Lui-même se rendit 
dans Cette ville le huit redjeb^et s'y installa. 

En 282 (1 er mars 895), une trêve de quarante mois fut 
conclue en Sicile avec les chrétiens, moyennant la mise 
en liberté de mille captifs musulmans et la livraison 
d'otages musulmans qui devaient alternativement et par 



(1) Je lis Habechi, aiusi que ce mot est écrit plus haut (p. 163) 
et conformément à la correction de Dozy. Fournel a accepté la 
leçon Hàchemi (i, p. 572). 

(2) Correspondant au 12 septembre 894 ; Noweyri donne la date du 
31 juillet. 



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- i7â — 

périodes de trois mois être tantôt arabes tantôt berbè- 
res ( l ). En la même année, Ibrahim donna à ses fils des 
commandements dans les diverse^ provinces d'Ifrik'iyya. 

En 283 (18 février 896), Ibrahim quitta Tunis et re- 
tourna à Rak'k ada ; Aboû Mançoûr Ah'med ben Ibrahim 
se rendit à Tripoli, et Aboû Bah'r ben Adhem se rendit 
en Egypte. 

En cette année eut lieu l'affaire de Nefoûsa. Une 
vingtaine de mille hommes à pied de ce pays, sans cava- 
lerie, s'opposèrent, entre Gabès et Tripoli, au passage 
d'Ibrahim ben Ah'med ( 2 ), qui alors les attaqua, les battit 
et en massacra la plus grande partie. Puis il s'en alla 
tout doucement vers Tripoli, où il fit exécuter Aboû'l- 
e Abbâs Moh'ammed ben Ziyâdet Allah ben el-Aghlab, 
homme instruit, policé et auteur de divers ouvrages ( 3 ). 
Le motif de sa mort fut la lettre adressée par le khalife 
abbaside El-Mo c tad'id billâh à Ibrahim ben Ahmed pour 
lui reprocher sa cruauté envers les Tunisiens et lui dire 
qu'il devait renoncer à de pareils procédés ou trans- 
mettre l'autorité à son cousin Moh'ammed ben Ziyâdet 
Allah. De Tripoli, Ibrahim se rendit à Tâourghâ, où il 
fit exécuter quinze individus dont il fit cuire les têtes, 
comme s'il voulait les manger en compagnie de ses 
conseillers W. Alors ses soldats prirent peur, car ils le 
crurent fou, et un certain nombre l'abandonnèrent. En pré- 



(1) Ces cinq lignes figurent dans la Biblioteca (n, 19). 

(2) Ibrahim marchait dans la direction de l'Egypte pour y attaquer 
Ibn Touloun (Noweyri et Ibn Khaldoun, ap. Des Vergers, p. 131, et 
Hist. des Berbères, i, 430). 

(3) (îf.Fournel, i, 576, n. 1. 

(4j On sait combien cet acte de barbarie est souvent raconté au 
moyen-âge (Dozy, Recherches, 3 a éd., i, 37). 



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— 473 — 

sence de ces défections [P. 126] et craignant de rester 
seul, Ibrahim regagna Tunis, et à son arrivée, il frappa 
ceux qui l'avaient abandonné d'une amende de trente 
dinars, qui fut appelée « l'amende des fuyards. » 

En 284 (7 février 897) un mouvement qui se produisit 
à Nefoûsa fut cause qu'AboûVAbbâs [ c Abd Allah] ben 
Ibrahim massacra un grand nombre d'habitants ; ce 
prince fit en outre environ trois cents prisonniers qu'il 
mena à son père. Celui-ci les ayant fait venir, un cheykh 
s'avança: « Connais -tu, lui dit Ibrahim, 'Ali ben Aboû 
T'âleb? — Veuille Dieu, ô Ibrahim, répondit-il, te mau- 
dire à cause de ta tyrannie et te faire périr I » M Ibrahim 
le fit égorger, lui arracha le cœur de sa propre main et 
fit subir le même supplice à tous les prisonniers sans 
exception ; puis leurs cœurs furent enfilés dans une corde 
et exposés à la porte de Tunis. 

Anecdote relative à Ibrahim ben el-Aghlab et an vertueux cheykh 
Aboû'l-Ah'waç. 

Aboû'l-Ah'waç Ah'med ben c Abd Allah Mekfoûfi, pieux 
ascète voué aux exercices religieux, était originaire de 
Sousse( 2 ). Les actes de tyrannie et de cruauté d'Ibrâhîm 
devenant tous les jours plus nombreux, il fit venir un 
homme de Sousse, à qui il dicta un message adressé à 
Ibrahim et où on lisait quelque part : « Homme impie, 
tyran et fourbe, tu t'es détourné des lois religieuses de 
l'Islam., mais bientôt tu verras ta place marquée dans la 



(1) Cette campagne parait n'être que la suite de celle de Tannée 
précédente ; Noweyri n'en parle pas (Berbères, i, 430). La réponse du 
cheykh, qui était khàredjile, est donnée plus au long et, par suite, 
d'une manière plus intelligible, par cet auteur. 

(2) Il est parlé de lui dans les mss d'Alger n° 851, f* 9, et 884, f. 29. 



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- 174 - 

géhenne ; tu y descendras et alors tu sauras. » A la 
réception de cette lettre, Ibrahim furieux fit porter à 
Aboû'i-'Ah'waç ce message : « Nous te pardonnons à 
raison de ton mérite et de ta piété, mais tu vas nous 
envoyer celui qui Ta écrite; faute de quoi, je jure que je 
ferai exécuter tels et tels Soussiens, ce dont tu porteras 
la responsabilité. — Tues-en mille, répondit le saint 
homme, toi seul en seras responsable. Tu réaliserais ta 
menace que je ne nommerais pas celui que tu cherches. 
Porte ton repentir à ton Créateur et mets un terme à ta 
conduite tyrannique ! » Le prince n'osa rien faire, et 
Aboû'l-Ah'waç mourut dans Tannée. 

WEn 285 (17 janvier 898), éclata en Sicile, entre les 
Arabes et les Berbères de cette île, une guerre civile, au 
cours de laquelle arriva une lettre d'Ibrâhîm les exhor- 
tant à se soumettre et amnistiant tout le monde, sauf 
Aboû'l-H'asan [P. 125] ben Yezîd et ses deux fils, ainsi 
qu'El-H'ad'rami. On arrêta donc ces quatre personnages 
et on les envoya à Ibn el- Aghlab : mais le premier absorba 
un poison qui le foudroya, et son cadavre fut crucifié, 
puis ses deux fils furent exécutés. Quant à El-H'ad'rami, 
le prince mit d'abord des gens pour rire et plaisanter avec 
lui, puis il lui dit que ce n'était pas le moment de plaisan- 
ter, et il le fit périr sous les verges en sa présence. 

En 286 (16 janvier 899), la colère d'Ibrâhîm s'abattit 
sur plusieurs de ses pages ( 2 ). Il y eut, la même année, 
des difficultés à Biskra entre Aboû'l- c Abbàs ben Ibra- 
him ben Ahmed et les Benoû Belt'ît' ; il dispersa les ban- 



(1) Le paragraphe qui suit figure dans la Biblioteca (n, 19). 

(2) Peut-être est-il fait là allusion à ce que raconte Noweyri (Ber- 
bère8, i, 437 ; voir plus bas). 



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- 175 - 

des de ces derniers, non sans en tuer un bon nombre, et 
Y démêla la situation embrouillée. 

<*) En 287 (6 janvier 900), un événement important se 
produisit en Sicile. Aboû'l-Abbàs c Abd Allah ben ibràhîm 
ben Ah'med, envoyé par son père à la tête de la flotte 
pour y remettre les choses en ordre, gagna promptement 
Palerme en promettant l'amnistie aux habitants. Mais le 
kâdi de cette ville étant venu le trouver avec plusieurs 
de ses concitoyens, tous furent emprisonnés ; cependant, 
le kadi fut renvoyé. Huit cheykhs d'Ifrik'iyya, qu'il 
envoya ensuite aux Palermitains, furent à leur tour, et 
par représailles, emprisonnés. Ils attaquèrent ensuite 
Aboû'l- c Abbâs, mais furent défaits et subirent des pertes 
considérables, en outre de plusieurs bâtiments qui furent 
anéantis, si bien que leur fuite ne finit qu'à Palerme même. 
Aboû'l-'Abbâs s'étant alors avancé, leur livra bataille à 
la porte de la ville, et par suite des nouvelles et sensibles 
pertes qu'il leur infligea, les força à demander quartier, 
ce qui leur fut accordé. Il entra à Palerme le 20 ramad'àn 
287 (17 septembre 900). 

En 288 (25 décembre 900), Ibrahim envoya son fils Aboû 
c Abd Allah avec un fort corps d'armée dans le Zâb. 

En la même année, le gouverneur de Sicile, Aboû- 
c Abbâs, au cours d'une expédition qu'il entreprit, enleva 
d'assaut la ville de Reggio, où il fit un butin considérable; 
diverses forteresses offrirent de se rendre et payèrent la 
capitation W. 

En 289 (15 décembre 901), Ibrahim, à la suite des pro- 



(1) Ce paragraphe figure dans la Biblioteca (h, 20). 

(2) Ces cinq lignes se retrouvent ibid., p. 21 ; j : ai suivi la correction 
du nom Reggio, proposée par A mari. 



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— 176 - 

grès accomplis chez les Kotâma par Aboû c Abd Allah, le 
missionnaire (chiite), revint à de meilleurs sentiments et 
tâcha, par sa conduite, de satisfaire le peuple et de se con- 
cilier les grands: il renonça aux actes arbitraires, abolit 
les impôts non canoniques (k'abâlât) et le prélèvement de 
la dîme en nature, fit aux propriétaires fonciers [P. 126] 
la remise de l'impôt foncier pour cette année, qui prit le 
nom A' année équitable, rendit ses mamlouks à la liberté 
et remit aux juristes et aux principaux de K'ayrawân des 
sommes considérables, destinées à être réparties par eux 
entre les malades et les indigents; mais elles furent gas- 
pillées, distribuées à des gens qui n'y avaient pas droit, 
et servirent à payer des voluptés et des plaisirs. Il rappela 
de Sicile son fils Aboû'l- c Abbâs, et à son arrivée lui confia 
l'exercice du pouvoir, de sorte qu'Aboûl- c Abbâs fit à son 
gré les nominations de gouverneurs. 

Renseignements généraux sur Ibrahim ben Ah'med ; sa mort. 

Né le jour des Victimes de 230(17 août 845), il mourut le 
lundi 17 dhoû'l-ka c da de la dite année (22 octobre 902) en 
pays chrétien ; son cadavre, ramené en Sicile, y fut inhumé 
quarante-trois jours plus tard ; il était âgé de quarante- 
deux ans et en avait régné vingt-huit, plus six mois et 
douze jours W. Pendant les six premières années de son 



(1) Les dix lignes qui précèdent figurent ilrid. A mari n'a pas, en cet 
endroit, relevé la contradiction que renferme notre texte, d'après 
lequel Ibrahim, né en 230, serait mort à l'âge de quarante-deux ans, 
en 289 (cf. Fournel, i, 582). Ibrahim mourut devant Cosenza, en Cala- 
bre (voir le récit d'Ibn el-Athîr, Annales, p. 249, et Berbères, i, 433). 
On peut voir sur ce prince et son caractère des appréciations beau- 
coup moins pessimistes dans Noweyri (Berbères, i, 435) et dans Ibn 
el-Athir [Annales, p. 247). 



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-177 - 

règne, son administration fut aussi bonne et ses actes 
aussi louables que ceux de ses ancêtres; mais ensuite, 
ses procédés changèrent, il se mit à rechercher l'argent, 
et d'année en année, le changement alla en s'aggravant. 
Sa méchanceté devint terrible, il se mit à faire périr 
ses compagnons et ses chambellans, et jusqu'à son fils 
Aboû'l-Aghlab et à ses filles, en un mot à commettre des 
actes inconnus jusqu'alors. Il était rongé par l'ennui et 
dévoré par l'envie. Après avoir dans ses débuts été l'au- 
teur de beaux traits et d'actes louables, il fut attaqué 
d'une maladie noire qui dérangea ses facultés et lui fit 
commettre les méfaits que nous avons dits. On raconte 
que, ne retrouvant pas un petit mouchoir avec lequel 
il s'essuyait la bouche et qui, tombé de la main d'une 
jeune esclave, avait été ramassé par un domestique, il 
fit pour cela exécuter trois cents serviteurs ! L'exécution 
de son fils, qu'il fit décapiter sous ses yeux, eut pour 
cause les soupçons qu'il avait conçus contre lui. Il fit 
aussi "trancher sous ses yeux la tête de ses frères au 
nombre de huit. Sa mère, [P. 127] chaque fois qu'il nais- 
sait une fille à ce prince, la tenait cachée et la faisait 
élever secrètement, afin de la sauver de la mort, et elle 
arriva ainsi à réunir seize jeunes filles semblables à 
autant de pleines lunes. Elle dit alors à Ibrahim, un jour 
qu'elle le vit dans des sentiments de clémence : « J'ai, 
seigneur, élevé à ton intention de belles esclaves musi- 
ciennes que je veux te faire voir. » Il y consentit, et quand 
elles furent en sa présence, elle lui dit : « Celle-ci est la fille 
que tu as eue dételle femme, celle-là de telle autre », et 
ainsi de suite. Sorti de chez sa mère, Ibrahim appela un 
de ses esclaves noirs et lui dit d'aller couper la tête de ces 
jeunes filles et de les lui apporter. Gomme l'esclave 

12 



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- 178 - 

frappé d'horreur restait immobile : «Va, te dis-je, reprit 
Ibrahim, sans quoi tu subiras le premier leur sort. » La 
mère du prince, en recevant le messager, fut à son tour 
glacée d'horreur par Ténormité du crime, et voulut ren- 
voyer l'esclave auprès de son maitre. Mais le nègre lui 
répondit que c'était impossible ; il accomplit sa funèbre 
besogne et rapporta, les tenant par les cheveux, les seize 
têtes qu'il jeta aux pieds de son maitre, que puisse Dieu 
punir ! Il fit aussi entrer bon nombre de ses pages dans 
le bain, ferma sur eux les portes de l'éluve et les fit ainsi 
tous périr. Il commit de nombreux méfaits analogues, 
rapportés par Er-Rak'ik' et par d'autres (*). 

En 289 (15 décembre 901), Aboû'l- c Abbàs ben Ibrâhîm 
ben Ah'med exigea la restitution des sommes versées 
par son père aux juristes et aux principaux habitants 
pour être distribuées aux pauvres, « car, dit-il aux 
cheykhs dlfrîk'iyya, vous avez profité de la maladie de 
mon père et de mon absence pour vous procurer de l'ar- 
gent ». Il en fît ainsi rentrer la majeure partie. 

En la même année, Aboû c Abd Allah el-Ah'waK 2 ) ben 
Aboû'l- c Abbâs se rendit dans la ville de T'obna pour 
faire la guerre au Chi c ite. Le 22 dhoû'l-k'a'da (29 octobre 
902), il y eut une chute considérable d'étoiles filantes ( 3 ), 
de sorte que le peuple appela aussi année des étoiles celle 
qui portait déjà les deux noms d'année équitable et d'an- 
née de tyrannie. 

En 290 (4 décembre 902), une circulaire d'Aboû'MAbbâs 



(1) Ces traits de barbarie et d'autres analogues sont racontés par 
Noweyri {Berbères, i, 436). 

(2) On trouve aussi ce surnom écrit différemment, voir Ibn el- 
Athir, Annales y 266, n. 2. 

(3) Voir Fournel (i, 582). 



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- 179 - 

ben Ibrahim invita les différents gouverneurs à faire 
prêter le serment de fidélité à son autorité, vu que son 
père, la lui ayant transmise et le laissant seul maitre, se 
consacrait à la dévotion. Cela se fit avant qu'il connût la 
mort d'Ibrâhîm. 

[P. 128] Gouvernement d'Aboû'l-'Abb&s ben Ibrahim ben An'med. 

Ce prince fit montre de mortification, se tenant 
accroupi sur le sol, rendant justice aux opprimés, faisant 
sa société des savants aux avis desquels il recourait, et 
ne montant à cheval que pour se rendre à la grande mos- 
quée. Certains disaient qu'il agissait ainsi d'après l'avis 
des astrologues, et d'autres qu'il était sous le coup d'une 
hallucination (*). Il écrivit à son fils Ziyâdet Allah, qu'on 
lui avait dénoncé comme ayant des idées de révolte, de 
quitter la Sicile et de se rendre auprès de lui. Ziyâdet 
Allah, arrivé le 19 djomàda II (19 mai 903), fut dépouillé 
par son père des richesses et des approvisionnements 
qu'il apportait avec lui, et habita un appartement faisant 
partie de la demeure de son père ; en même temps plu- 
sieurs de ses compagnons furent emprisonnés. 

Aboû'l- e Abbâs ben Ibrahim fut tué le mercredi avant- 
dernier jour de cha'bàn (26 juillet 903), ayant régné 
depuis la mort de son père neuf mois et onze jours, ou, 
depuis que lui avait été remis le pouvoir, treize mois et 
vingt -deux jours (*). A la sortie du bain, il se retira dans 



(1) Je ne crois pas, malgré l'avis de Dozy, qu'il soit nécessaire de 
supposer qu'il y a ici une lacune; le texte porte dL*^-**^ &* f_** <J^> 
mots qui, il est vrai, pourraient aussi être rattachés à ce qui suit. — 
La portion restante de cet alinéa figure dans la BibL, h, 22. 

(2) Sur la date de ce meurtre, voir Fournel (i, 584). 



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— 180 — 

une demeure (jta) inoccupée et se coucha sur un lit de 
jonc après avoir placé son sabre sous sa tête et après 
avoir renvoyé tout le monde, sauf deux pages de con- 
fiance. Ceux-ci, en le voyant livré au sommeil, se dirent 
que l'occasion était bonne pour avancer leurs affaires 
auprès de Ziyâdet Allah et rendre ce prince à la liberté 
sans qu'il eût plus rien à redouter de son père ; qu'il 
prendrait sa place et qu'eux-mêmes auraient de l'in- 
fluence auprès du nouveau prince (*). L'un d'eux dégaina 
alors le sabre placé sous la tête d'Aboû'l-'Abbâs et lui en 
appliqua un coup si vigoureux qu'il trancha la barbe et 
le cou, pénétrant même dans le lit. Son complice franchit 
alors un mur de la maison et, arrivant jusqu'à Ziyâdet 
Allah, l'informa de la mort de son père. Mais ce prince < 2 >, 
craignant quelque embûche, lui dit [P. 129] de prouver 
ce qu'il disait en montrant la tête du mort, et le page, en 
la lui rapportant presque aussitôt, dissipa tous ses 
doutes. 

Règne de Ziyâdet AUâh ben Aboû'l-'Abb&s r Abd Allah ben Ibrahim 
ben Ah'med ben el-Aghlab. 

- Dès que Ziyâdet Allah fut certain de la mort de son 
père, il se débarrassa de ses liens et fit toute diligence 
dans la crainte qu'un de ses oncles ne fût mis au cou- 



(1) Ce meurtre, selon d'autres, eut Ziyâdet Allah pour instigateur 
{Berbères, i, 439; Fourncl, i, 584). 

(2) C'est ici que commence la portion du ms d'Arib conservée à 
Gotha. Comme Ibn Adhari a le plus souvent reproduit ce texte sans 
y rien changer, nous indiquerons par la lettre a ceux des passages 
importants qui ne figurent pas dans le ms de Gotha, par b ceux qu'on 
trouve dans ce ms et qui manquent dans Ibn Adhari, ces deux lettres 
correspondant respectivement aux ( ) et aux [] du texte arabe imprimé. 



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- 181 - 

rant et ne le devançât dans la prise de possession du 
pouvoir. Sitôt arrivé au palais, il fît venir auprès de lui 
c Abd Allah ben eç-Çâ'igh et Aboû Moslim Mançoûr ben 
Ismâ'il, a l'un et l'autre emprisonnés à raison des 
soupçons qu'ils avaient excités a, ainsi qu ,e Abd Allah 
ben Aboû Tàleb, et leur dit de faire le nécessaire pour 
lui aussi bien que pour eux-mêmes. Ils lui conseillèrent 
de faire venir au nom de son père ses oncles et les prin- 
cipaux guerriers et officiers. Il le fit, donna des cadeaux 
à ces personnages et reçut leur serment de fidélité ; il fit 
ensuite proclamer à Tunis que les hommes du djond pré- 
sents dans cette ville eussent à se présenter à la porte du 
palais. Ces soldats arrivèrent en armes, chacun fut intro- 
duit séparément, prêta serment de fidélité et reçut cin- 
quante mithkâl; il fut fait de même pour les principaux 
habitants, b et le même jour fut rédigé et lu dans la chaire 
de la grande mosquée de Tunis l'acte d'investiture 6, 
puis on fit prêter serment à la population de la ville, et 
les gouverneurs [P. 130] des provinces reçurent Tordre 
de faire de même pour leurs administrés ; enfin, à l'appro- 
che de la soirée, une proclamation annonça au djond que 
les gratifications lui seraient payées le lendemain matin. 
Mais les oncles de Ziyâdet Allah disposés à faire défection 
attendirent jusqu'à l'arrivée de la nuit. Il les fit enchaîner, 
embarquer sur un bâtiment et remettre à des hommes 
de confiance, qui reçurent l'ordre de les emmener dans 
file d'El-Korrâth <*), à douze milles de Tunis, où ils 
furent décapités la nuit du vendredi au samedi 3 rama- 
d'ân. Le djond et les clients se présentèrent le lende- 



(1) L'île Plane ou Kamela de nos cartes, que cite Bekri (p. 195) ; 
Tai suivi la transcription de M. de Slane. Voir aussi Fournel, i, 585. 



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- 182 - 

main matin pour toucher les gratifications promises; 
mais quand le commencement du jour fut passé, on leur 
dit de se retirer, ce jour-là étant consacré aux affaires. 
Ils se représentèrent le lendemain, ils furent encore 
renvoyés; cela recommença plusieurs fois, si bien que 
leur enthousiasme se refroidit et qu'ils trouvèrent ces 
contradictions rebutantes. 

Après avoir procédé à son intronisation, Ziyâdet Allah 
fit venir les deux meurtriers de son père, leur fit couper 
les pieds et les mains et les fit crucifier à la porte de 
K'ayrawân et à celle d'El-Djezîra, deux des portes de 
Tunis. Il fit également mourir son oncle Pascète Aboû'l- 
Aghlab, qui habitait Sousse, ainsi que son frère (*) Aboû 
e Abd Allah el-Ah'wal, qu'il rappela de Tobna, b et fit 
ramener par Fotoûh le chrétien à la tête de cinquante 
cavaliers b. Il nomma au vizirat b et à la direction des 
postes b c Abd Allah ben eç-Çà'igh, b à la direction du 
kharâdj Aboû Moslim Mançoûr ben Ismâ c îl 6, aux fonc- 
tions de kâdi de K'ayrawân Djemmâs ben Merwân ( 2 ) ben 
Semmâk Hamadâni, homme dévot et versé dans la con- 
naissance du rite de Màlek et de ses disciples, qui se 
montra équitable dans ses jugements et qui, dans l'exer- 
cice de sa charge b et l'examen des affaires, ne tint aucun 
compte de la qualité des personnes. 



(1) Ou son oncle, comme il est dit quelquefois (v. H. des Berb., i, 
440 ; Fournel, i, 587 ; Ibn el-Athir. Annales, p. 268). 

(2) Hammàd ben Merwân dans Noweyri {Berb., i, 440). Il est parlé 
de ce savant dans les ms 851 d'Alger, f. 9 v., et 884, f. 30 v. ; son nom 
y est écrit H'ammàs ben Merwân ben Semmàk Hamadâni, et sa 
mort fixée à 303. L'orthographe H'ammâs est deux fois répétée dans 
le ms 884 d'Alger, ff. 31 v. et 32, dans les articles consacrés à ses deux 
fils Sàlim et Harnmoûd, morts Pun en 307 et l'autre en 367. Ni sous 
Tune ni sous l'autre forme, ce nom ne figure dans le Moschtabih de 
Dhehebi. 



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- 183 - 

En la même année moururent Moh'ammed ben Mo- 
h'ammed ben el-Faradj Baghdâdi, client des Benoû 
Hâchim, qui était un homme soigneux et attentif, ainsi 
que Moh'ammed ben Aboû'l-Minhâl, [P. 131] qui avait 
une grande situation en Ifrik'iyya. Ziyàdet Allah, pris de 
soupçon à Tégard d'Ibn el-K'ayyàd, dont les conseils 
avaient poussé son père Ibrahim à le punir et à l'empri- 
sonner, le fit exécuter. Alors aussi mourut H'oseyn ben 
Moh'ammed ben Soleymân, dont le père avait reçu les 
leçons de Sofyân ben 'OyeynaW, et qui était un tradi- 
tionniste et un narrateur sûr b. 

En cette année fut fondée la ville d'Oran par Moh'am- 
med ben Aboû c Awn et b Moh'ammed b ben c Abdoûs( 2 ) et 
par des Espagnols, b Alors aussi moururent le tradition- 
niste c Ali ben el-Haythem et Ibrahim ben c Othmàn 
K'orachi Toûnisi, qui étaient l'un et l'autre savants et 
versés dans les traditions (riwâya). 

En 291 (23 novembre 903), Moh'ammed ben Ziyâdet 
Allah fut désigné comme héritier présomptif et reconnu 
comme tel. b Hodheyl Neft'i, directeur du kharâdj, et 
Ibn el Manbet, surnommé El- c Idjl, furent exécutés. Le 
juriste persan Moh'ammed ben Zorzoûr mourut; adepte 
d'Aboû H'anîfa, il était un habile h'âfiz* et s'occupa 
d'astronomie et de calcul; son esprit se dérangea, et 
quand pour l'appeler on lui disait : « Eh corbeau ! » il se 
mettait à courir et à s'agiter 1 3 ) b. 

Le gouvernement de K'ayrawân fut donné à c Ali ben 



(1) Célèbre docteur, mort en 107 hég. (Ibn Khallikàn, 1, 578). 

(2) Qu'on trouve ordinairement écrit « 'Abdoùn » (Bekri, 165, etc). 

(3) Je crois qu'il y a là un jeu de mots entre Zorzoûr, étourneau, et 
Zawàghi, que je suis tenté de regarder ici comme un adjectif formé 
du persan l\j corbeau. 



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— 184 — 

Aboû'l-Fawàris Temîmi, puis lui fut enlevé et donné à 
Ah'med ben Mesroûr. Ibrahim ben H'abechi Temîmi fut 
chargé des opérations militaires contre Aboû e Abd Allah 
Chi c iW. b En cette année mourut Aboû Dja'far Ah'med 
ben Dâwoûd Çawwâf, client de Rebî c a, homme de talent 
remarqué parmi les meilleurs disciples de Soh'noûn; il 
s'adonna, dans sa jeunesse, à la poésie, puis y renonça. 
El-H asan ben H'àtim fut envoyé par Ziyâdet Allah en 
Irak avec des cadeaux et des curiosités b. 

El -H'asan ben AboûVAych ben Idrîs ben Moh'ammed 
[P. 132] ben Soleymân ben c Abd Allah ben el-H'asan ben 
el-H'asan ben c Ali ben Aboû Tâleb succéda à son père, 
Aboû'l-'Aych c Isa, dans le gouvernement de DjerâwaŒ. 

Ziyâdet Allah convoqua à Tunis les juristes d'Ifrîk'iyya 
pour leur demander de lui venir en aide dans sa lutte 
contre Aboû c Abd Allah, b Dans la réunion qui fut tenue 
chez c Abd Allah ben eç-Çâ'igh, directeur des postes b f 
on étudia cette affaire, et Ibn eç-Çâ'igh leur dit : « L'émir 
vous fait dire que cet étranger originaire de Çan e à qui, 
de concert avec les Kotâma, se. révolte contre nous, 
maudit Aboû Bekr et c Omar, prétendant que les Compa- 
gnons du Prophète ont après lui apostasie. Il appelle 



(1) Le nom H'abechi présente diverses variantes qui sont indiquées 
dans Ibn el-Athir, Annales, p. 291 (Hobeycb, Hawcheb, Khoneych, 
etc.). Voici la variante b de ce passage : « Ibrahim ben H'abechi 
quitta Lajlbus pour se mettre en campagne contre Aboû *Abd Allah 
le chi'ite; il commandait à des troupes nombreuses composées des 
djonds dlfrik'iyya et s'élevant, dit-on, à 40,000 combattants. 'Ali 
ben Aboù'l-Fawàris fut ensuite destitué du gouvernement de K'ay- 
rawàn et remplacé par Ah'med ben Mesroûr el-Khàl. » 

(2) Ville fondée par Aboû'1-Aych 'Isa, sur la rive droite du Kis, à 
six milles de la mer et à dix milles S.-E. de l'embouchure de la 
Molouya (Bekri, 180, 207 et 317 ; Edrisi, trad., p. 91 ; ci-dessus, 
p. 71, et ci-dessous, p. 203 du texte arabe). 



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- 185 - 

croyants ses adeptes et infidèles ceux qui ne partagent 
pas ses croyances, b il permet de verser le sang de ceux 
qui s'opposent à sa manière de voir. » Les juristes pro- 
noncèrent Fanathème contre lui, le déclarèrent hors la 
loi, engagèrent le peuple à le combattre et rendirent des 
consultations proclamant la guerre sainte b. a Ziyàdet 
AUâh envoya au khalife Abbaside des présents, compre- 
nant entre autres choses dix mille mithkâl, dont chacun 
en valait dix (ordinaires), et portait une inscription for- 
mée par ces deux vers : 

[Kâmil] Toi qui vas trouver le khalife, dis-lui : En toutes 
choses, Dieu t'a donné pour aide suffisante Ziyâdet Allah 
ben 'Abd Allah, l'épée de Dieu, qu'il suffit de dégainer pour 
la protection du khalife a. 

En 292 (12 novembre 904), b Aboû Moslim Mançoûr ben 
Ismâ c îl ben Yoûnos se rendit à Rak'k'âda pour restaurer 
cette ville et remettre tout en ordre ; il fit construire sur 
le bassin de K'ayrawàn un bateau nommé le glisseur (*). 
Ziyâdet Allah arriva de Tunis en rebî c II (février-mars 
905} et descendit à K'ayrawàn auprès du grand bassin. 
El-Khâl subit le supplice de la bastonnade et fut promené 
dans les rues de K'ayrawàn les menottes de bois aux 
mains et monté sur un mulet bâté. 

En redjeb (8 mai-7 juin 905), une comète apparut 
[P. 133] dans la constellation du Capricorne, du côté du 
Nord, non loin de la Grande Ourse b. 

L'armée du sultan subit une grande défaite dans les 
circonstances que voici. Quand Aboû c Abd Allah, le 
missionnaire, sut que des troupes marchaient contre 



(1) Bekri parle également de ce bateau (texte p. 26 ; trad. p. 65-66). 



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- 186 - 

lui b et qu'il connut combien grand était le nombre des 
chefs de marque, des héros arabes et des clients qui s'y 
trouvaient, et quelle était l'importance de leurs appro- 
visionnements et de leurs engins de guerre, il fut pris 
de peur, b et convoqua les Kotâma, mais sans employer 
de liste d'enrôlement ; il se borna à écrire aux chefs des 
tribus de réunir ceux de leurs hommes qui consenti- 
raient à lui obéir et désireraient le servir, n'ajoutant 
rien autre chose sinon que le rendez-vous était tixé à 
tel jour et en tel endroit, mais en se faisant précéder 
d'un héraut qui déclarait anathème quiconque n'obéirait 
pas. Pas un des Kotâma ne manqua à l'appel, et il se 
constitua ainsi une armée innombrable, b avec laquelle 
il prit ses dispositions pour livrer bataille à Ibrahim 
ben H'abechi 6. La rencontre, qui eut lieu à KoboûnaW b 
et qui dura toute la journée b, fut épouvantable :,elle 
commença à coups de lance, et quand ces armes furent 
rompues, les sabres entrèrent en jeu et ne s'arrêtèrent 
que quand ils furent brisés. Ibrahim fut battu et perdit 
un grand nombre de ses soldats ; le reste put s'enfuir b 
à la faveur des ténèbres de la nuit b, car les Kotâma 
cessèrent la poursuite pour faire main-basse sur les 
richesses, les armes, les selles, les mors et autres objets. 
Ces dépouilles, les premières dont s'emparèrent le^ 
partisans du Chi e ite, leur permirent de se vêtir de soie, 
de se ceindre de sabres ornés de pierreries, d'employer 
des selles garnies d'argent et des mors dorés, b et de se 
constituer une grande réserve [P. 134] d'armes b. La réa- 
lisation de leurs espoirs exalta leurs esprits; ils se con- 



(1) Ou trouve ce nom écrit sous diverses formes; je crois qu'il 
faut lire Belezma (Ibn el-Athir, Annales, p. 291 ; Fournel, n, 63). 



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- 187 - 

vainquirent que les promesses de victoire faites par le 
Chiite n'étaient pas vaines, b que les assurances dé la 
protection divine qu'il leur avait données étaient bien 
réelles b, tandis que d'autre part la tristesse et le décou- 
ragement envahirent les habitants d'Ifrîk'iyya. Aboû 
e Abd Allah envoya la nouvelle de cette victoire à c Obeyd 
Allah, qui se trouvait alors à Sidjilmâssa (*), en l'accom- 
pagnant de fortes sommes W b qu'il lui fit parvenir secrè- 
tement par quelques Kotâmiens. 

Voici ce qu'a raconté un homme des Benoû Hâchim ben 
c Abd el-Mot't'alib appelé Ahmed ben Moh'ammed ben 
e Abd Allah berf Dja c far ben c Abd Allah ben c Ali ben Zeyd 
ben Rekàna ben c Abdoûn ben Hàchim, qui se trouvait 
alors à Sidjilmâssa avec c Obeyd Allah : « c Obeyd Allah mé 
fit un don considérable en dinars qu'on ne trouvait pas 
dans ce pays. Voyant le vif étonnement que suscitait en 
moi la vue de ces pièces et sachant d'ailleurs que, par mes 
actes antérieurs, je méritais sa pleine confiance, il me lut 
le message par lequel Aboû c Abd Allah annonçait sa vic- 
toire, en me recommandant de n'en rien dire, de ne pas 
changer ma manière de vivre ni de modifier mes orne- 
ments ou mes vêtements, ajoutant qu'il y avait autour de . 
nous des espions et des indicateurs à qui il ne fallait pas 
que notre enrichissement se trahit par des modifications 
extérieures. » 



(1) Le Mahdi, après s'être tenu caché quelque temps en Egypte, 
était parvenu à Tripoli, et c'est ainsi qu'il avait pu rejoindre Sidjil- 
mâssa (voir entre autres Fournel, n, 68) ; comparez aussi ses obser- 
vations de la p. 70 sur les conditions où le novateur habitait cette 
ville. 

(2) A ajoute : Obeyd Allah tint cette nouvelle secrète et ne la 
révéla sous le sceau du secret qu'à quelques hommes de confiance. 



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- 188 - 

En cette année mourut le juriste Aboû Sahl Forât ben 
Moh'ammed e Abdi, qui, après avoir reçu en If rîk'iyya les 
leçons de Soh'noûn, d' € Abd Allah ben Aboû H'assân, de 
Moûsa ben Mo e âwiya et d'autres, se rendit en Orient, où 
il suivit les cours des principaux disciples de Mâlek. Il 
était bavard et versé dans les généalogies, connaissait 
les gens mieux que personne, mais en médisait plus 
que personne, si bien qu'on le traita de menteur. 

En cette année aussi, naquit à K'ayrawân Moh'ammed 
ben Yoûsof el-Warrâk'd) b. 

En 293 (1 er novembre 905), b Ziyâdet Allah [P. 135] en- 
voya à Laribus pour combattre Aboû e Abd Allah une 
armée commandée par Modlidj ben Zakariyyà et Ah'med 
ben Mesroûr el-Khàl ; mais le lundi 10 djomâda II 
(8 avril 906), ces deux officiers se révoltèrent, et ils arri- 
vèrent le jeudi 13 djomâda II (11 avril) avec leurs 
troupes devant K/ayrawàn. La populace ameutée se 
porta contre eux et les repoussa; Modlidj, étant tombé 
par suite d'une bronchade de son cheval, fut aussitôt 
massacré, de même qu'Ibn Berber ( 2 ), et l'un et l'autre 
furent crucifiés à la porte de Rak'k'âda. Ziyâdet Allah, 
.qui s'avançait pour combattre Modlidj, apprit que le 
peuple l'avait massacré, et la lettre où il annonçait la 
chose comme une victoire fut lue à K'ayrawân et dans la 
circonscription. La cause du mécontentement de Modlidj 
fut le jugement rendu contre lui à propos d'une métairie 
appelée El-Djelidiyya, dont la propriété lui fut déniée 



(1) Il s'agit du célèbre auteur dont parle Makkari (n, 112; éd. Bou- 
lak, n, 129). et que Bekri cite si fréquemment; cf. Fournel, n, 85; 
Bekri, texte arabe, in ti\, p. 15 ; Tecmilah y éd. Codera, p, 367; 

(2) Ce nom, que je ne retrouve pas ailleurs, est formé de quatre 
caractères, dont le premier et le troisième peuvent se lire fe, t 3 n et y. 



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— 48d — 

par une sentence du kàdi Djemmàs bén Merwân. La 
chose lui fut si sensible qu'elle causa sa révolte. 

En la même année arriva une lettre, dont il fut fait 
publiquement lecture, d'El-Moktafi billâh, appelant les 
habitants de l'Ifrik'iyya à aider Ziyâdet Allah dans sa 
latte contre le Chi c ite. — Le soleil subit une éclipse 
totale, à l'occasion de laquelle le kâdi Djemmàs ben 
Merwân dit, devant la population, la prière de l'éclipsé 
dans la grande mosquée b. 

Ziyâdet Allah se porta vers Laribus, b à l'ouest de 
laquelle il établit son camp et où de nombreuses troupes 
le rejoignirent 6. Il fit de grandes distributions d'argent, 
qu'on ne pesa même pas ; on se borna à le mesurer en en 
versant un grand plat dans le pan du vêtement de cfhaque 
homme, b cérémonie à laquelle présida le prince, à 
cheval b ; mais ensuite chacun s'en alla et ne reparut 
plus. De grosses sommes furent ainsi dépensées par le 
prince, qui fit des prodiges de libéralité, mais le Chiite 
n'en continuait pas moins ses efforts pour l'emporter. 
Ziyâdet Allah envoya des troupes à Bâghàya; il garnit 
T'obna d'une forte garnison, à laquelle il donna pour 
chefs son chambellan Aboû , l-Mok'âri e H'asan ben Ah'med 
ben Nàfidh, Chebib ben Aboû Cheddâd K'amoûdi et Kha- 
fâdja e Absi, braves guerriers tous les trois, qui reçurent 
Tordre de harceler [P. 136] les Kotàma. Ils s'y confor- 
mèrent, et de fréquentes rencontres laissèrent sur le 
terrain bien des morts des deux côtés (*). 

En cette année fut nommé kâdi de Rak'k'àda Moh'am- 
med ben f Abd Allah, surnommé Ibn Djemâl [var. H'aymâl], 



(1) Ces détails, plus complets que ceux d'Ibn el-Athîr (Annales, 
p. 292), ont été reproduits par Fournel, u, 71. 



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— 490 — 

client des Omeyyades, qui n'avait ni science ni crainte de 
Dieu, et dont le seul titre était la»faveur d' c Abd Allah ben 
eç-Çâ'igh. Il était d'une extrême niaiserie et faible d'es- 
prit. On dit qu'étant jeune, il se vendit, dans une période 
de détresse, contre des figues, puis qu'il établit sa qualité 
d'homme libre et fut rendu à la liberté. Des témoins 
attestant un jour par devant lui qu'une femme avait 
confié à son fils l'exercice de ses droits, il leur dit : a Est- 
elle pubère, cette femme qui se fait représenter par son 
fils ? — Dieu te garde ! lui dirent-ils, puisque c'est son 
fils, comment donc ne serait-elle pas pubère ? » Et leurs 
rires le couvrirent de honte. 

En cette môme année, le médecin Aboû Ya e k'oûb 
Ish'âk 7 ben Soleymân Isrâ'ili (*) arriva d'Orient en compa- 
gnie d'Aboû'l-H'asan ben H'âtim et se rendit auprès de 
Ziyâdet Allah, qui se trouvait alors à Laribus. «Dès mon 
arrivée, raconte Ish'âk, je me rendis chez le prince, et je 
vis qu'à sa cour il régnait peu de sérieux et qu'on y 
recherchait surtout la plaisanterie. Ibn Khanbech (*), sur- 
nommé El-Yoûnani, m'interpella le premier en ces termes : 
« Tu prétends que la salure est agréable ? — Sans doute. — 
Et tu prétends aussi que ce qui est doux est agréable? — 
Certes. — Alors ce qui est sucré est salé et ce qui est salé 
est sucré? — Une chose douce, répondis-je, plaît par sa 
nature bénigne et agréable, et la chose salée, par son 



(1) Ce médecin, qui est cité par Wûstenfeld {Gesch. d. arab. Aerzte % 
p. 51), est l'objet d'une biographie d'ibn Aboû Oçcybiyya, traduite par 
de Sacy (Abdollatif, p. 42). Sa mort y est fixée aux environs de 320, 
mais il figure encore dans un événement qui eut lieu en 341, à en 
croire Ibn el-Athir {Annales, p. 357), cf. Fournel, u, 72. 

(2) Ce nom est écrit Ibn JTobeych L l. } où cette anecdote est aussi 
rapportée. 



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- 194 - 

piquant et sa force. » Comme il persistait à me chicaner 
à ce propos, je finis par lui dire : « Tu dis que tu vis et 
qu'un chien aussi vit ? — Certes. — Eh bien ! tu es un 
chien et un chien, c'est toi. » L'explosion de rire par 
laquelle Ziyâdet Allah accueillit cette réplique me 
montra qu'il aimait mieux plaisanter que s'appliquer 
aux choses sérieuses b ». 

WEn cette année, Aboû c Abd Allah s'empara de Belezma, 
ainsi que de T'obna, qui se rendit à composition et où il 
trouva, à son entrée, qui eut lieu le dernier du mois de 
dhoû'l-hiddja (20 octobre 906), Aboû'l-Mok'âri* H'asan 
ben Ah'med, qui y commandait et y prélevait les impôts 
au nom de Ziyâdet Allah, b et les deux autres chefs pré- 
cités. Les collecteurs des diverses sortes d'impôts qui se 
trouvaient dans cette ville b lui apportèrent leurs recettes. 
[P. 137] L'un d'eux ayant répondu, à sa demande d'où 
provenait cet argent, qu'il était le produit de la dîme, b 
Aboû e Abd Allah s'écria : « Mais le produit de la dîme ne 
peut être qu'en nature, et tu me présentes de l'argent 
monnayé ! Emportez, dit-il à quelques hommes sûrs de 
T'obna, cet argent et restituez-le à chacun de ceux qui 
l'ont versé, et dites aux habitants qu'ils doivent la contri- 
bution dont Dieu a frappé le sol qu'ils cultivent; le mode 
de prélèvement de l'impôt traditionnel de la dîme est 
connu, et la répartition en doit être faite d'après les 
règles portées dans le Livre de Dieu. » Puis, s'adressant 
à un autre, il lui demanda d'où provenait l'argent qu'il 
lui présentait, et il lui fut répondu que c'était le produit 



(1) Les débuts des Chi'ites en Afrique sont exposés par Ibn el-Athir 
d'une manière un peu différente. Wtistenfeld (Geschichte der Fati- 
miden Chalifen) a rapporté successivement les deux versions au 
commencement de son livre. 



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^^Bj^^ 



-192- 



de la capitation payée par les juifs et les chrétiens pour 
Tannée écoulée : « Et comment donc, dit le conquérant, 
me présentes-tu de l'or ? L'Envoyé de Dieu prélevait sur 
le riche quarante-huit dirhems, sur l'homme de condition 
moyenne, vingt-quatre, et sur le pauvre, douze. — J'ai, 
répondit le percepteur, échangé les dirhems contre de 
l'or, comme faisait c Omar. — Cet argent, dit alors Aboû 
e Abd Allah, a une origine légale, » et il le fit répartir par 
un de ses missionnaires entre les soldats. Au percepteur 
du kharâdj, il dit que cet argent était impur, car ni impôts 
anticanoniques (k'abâla) ni kharâdj ne doivent frapper 
les biens des musulmans, et il le fit restituer à ceux qui 
l'avaient versé par des gens sûrs de T'obna. Il consentit 
à recevoir l'argent de la çadak'a, prélevée sur les espèces 
cameline, bovine et ovine, quand on lui eut dit qu'on 
n'avait taxé que les animaux soumis par leur âge au paî- 
ment de cet impôt et que l'argent provenait de la vente 
faite en bloc des animaux prélevés ; il approuva et auto- 
risa ce mode de procéder. La population de T'obna le 
voyant ainsi agir se réjouit, espérant qu'il lui appliquerait 
les règles du Koran et de la tradition, et la chose s'étant 
ébruitée dans toute l'Ifrik'iyya, les populations, attirées 
vers lui, lui adressèrent des lettres d'adhésion et de sou- 
mission b (*). Ces faits, qui parvinrent à la connaissance 
de Ziyâdet Allah, [P. 138] lui causèrent un grand souci : 
il fit b procéder à de considérables levées d'homfnes et b 
maudire le Chi e ite du haut des chaires des mosquées. 

b En cette année, Ibn et-T'obni, de retour de Baghdâd, 
rejoignit Ziyâdet c Abd Allah. — Alors mourut en Sicile 



(1) A résume en trois lignes tous ces détails relatifs au prélève- 
ment des impôts. 



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- 193 - 

le juriste Aboù Djalar Moh'ammed ben el-Hoseyn 
Merwezi, qui fut accusé de mensonge W. Cette année vit 
aussi mourir le juriste Moh'ammed ben el-Monib Azdi, 
qui suivait le rite des gens de l'Irak (ou hanéfites), et 
était un homme de bien : on lui offrit le poste de kàdi, 
qu'il refusa. Citons aussi le décès du dévot Moh'ammed 
ben Naçr, qui avait une certaine connaissance des tradi- 
tions, de Moh'ammed ben Aboû H'omeyd Soiïsi et de 
Zeydân ben Ismâ*il Azdi, deux hommes d'une science 
sûre b. 

En 294(21 octobre 906), b à la mi-moh'arrem, Ibrahim 
ben H'abechi ben c Omar sortit de Laribus à la tête de 
ses troupes pour attaquer Aboû c Abd Allah à T'obna. 

c Abd Allah ben Moh'ammed ben Mofarridj, surnommé 
Ibn ech-Châ c ir, fut destitué de ses fonctions de kâdi de 
Kast'iliya ; on l'entrava et on l'amena à Laribus par 
devant Ziyâdet Allah, qui lui fit donner la bastonnade et 
le jeta enchaîné dans la prison de Laribus. Voici les 
causes de ce traitement. Les grands de Kast'iliya ayant 
fait entendre au prince leurs plaintes contre les actes 
injustes de ce magistrat, Ziyâdet Allah écrivit au gouver- 
neur de cette province de le destituer, de le charger de 
chaînes et de l'envoyer ainsi à la cour. Cette lettre étant 
arrivée en l'absence du gouverneur, plusieurs des plai- 
gnants se portèrent à l'audience tenue par le kàdi, l'in- 
jurièrent et voulurent même lui faire violence. Il les fit 
saisir par ses gardes, battre et emprisonner, de sorte que 
le gouverneur à son retour constata qu' c Abd Allah les 



(1) C'est-à-dire, probablement, de rapporter de fausses traditions, 
comme le conjecture A mari (Bibl. ar. sic, trad. u, 22). J'ai d'ailleurs 
vainement cherché le nom de ce personnage dans Ibn Khallikan 
Nawawi, Ibn el-Athir, Ibn Farhoùn et Karàfi. 

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- 194 - 

avait maltraités à son gré ; il le lit enchaîner et entraver, 
puis l'adressa à Ziyâdet Allah, qui le fit à son tour 
flageller et emprisonner 0). Cela arriva à la mi-moh'ar- 
rem (4 novembre 906). 

Ziyâdet Allah se retira à Rak'k'àda, laissant à Laribus 
à la tête des troupes Ibrahim ben Ah'med ben Aboû 
c Ik'àl. Il fit reconstruire les murs de Rak'k'àda en briques 
et en torchis. Il s'adonna entièrement aux plaisirs et 
s'amusa tant à se promener sur le lac qu'autrement, fai- 
sant [P. 139] des vagabonds, des bateleurs, des joueurs de 
flûte et des vauriens ses compagnons de table. Quand la 
pensée de l'effondrement de son royaume et de la con- 
quête par son ennemi de la plupart des territoires qu'il 
gouvernait revenait troubler son esprit : « Emplis ma 
coupe, disait-il à l'un de ses compagnons de plaisir, 
boire me suffit (*) ». Il conçut une vive passion pour 
KhatYàb, l'un de ses pages, au nom de qui il fit même 
frapper des dirhems et des dinars; puis il se fâcha contre 
son favori et le fit jeter en prison enchaîné. Une jeune 
esclave lui chanta ces vers, pour provoquer sa pitié 
envers le prisonnier : 

[Baslt] O prince dont (le nom) est un heureux présage de 
clémence ! puisque celui que tu aimes est à ta discrétion^ 
songe combien de cœurs palpitants doivent faire preuve de 
patience! Daigne Dieu te faire faire violence à tes sentiments ! 

Le prince pardonna à KhatTâb et lui rendit sa situa- 
tion. — On s'efforçait de le consoler quand le souci que 



(1) Cf. le résumé qu'a fait Fournel de ce passage, t. n, p. 73. 

(2) Annales, d'Ibn el-Athir, p. 294 ; Wùstenfeld, G. der Fatim., 
p. 22. 



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- 195 - 

lui causait le Chiite l'assombrissait, et comme un jour 
une esclave lui chantait : 

[Kâmil] Réponds par la constance à la fortune qui t'é- 
prouve, car tels sont ses procédés : tantôt la joie et tantôt le 
chagrin, sans que ni l'une ni l'autre durent toujours ; 

« Tu as raison », s'écria-t-il, et il lui accorda une gra- 
tification. 

Djemmâs ben Merwàn obtint, sur sa demande, d'être 
déchargé des fonctions de kâdi à K'ayrawân, et fut rem- 
placé par Moh'ammed ben Djemàl (*), qui resta en charge 
jusqu'à la fuite de Ziyâdet Allah. 

Au mois de cha'bân (mai juin 907), Aboû c Abd Allah 
entra à Bâghâya, qui se rendit à composition. Ziyâdet 
Allah, fort affligé de cette nouvelle, consulta Ibn eç- 
Çâ'igh, qui lui conseilla de s'enfuir secrètement en Egypte 
en confiant le commandement de l'armée d'Ifrik'iyya à un 
général à qui il laisserait l'argent (nécessaire). Il fit, après 
réflexion, acheter cinq cents chameaux pour préparer sa 
fuite; mais ensuite, reconnaissant les mauvais côtés de 
ce projet et redoutant que la population ne se soulevât 
contre lui, il y renonça. Ibrahim ben H'abechi ben 'Omar, 
qui eut connaissance des intentions de fuite de Ziyâdet 
Allah, les combattit et le fit entrer dans le Château du 
lac ( 2 ); il lui fit examiner tous les préparatifs qu'il y avait 
faits et lui tint ce langage : « Quelle comparaison, sei- 
gneur, y a-t-il à faire entre la construction actuelle et la 



(1) Ce nom est écrit ici H'ayrnâl, de même que plus bas, mais dans 
le second passage les deux points du yâ manquent. 

(2) En arabe, Kaçr el-hahr, ce qui semble bien indiquer que cette 
scène se passe à Rakkàda, ainsi que l'a conjecturé Foùrnel (n, 74) ; 
cf. Bekri, p. 66. 



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- 196 - 

forteresse où ton aïeul (*) soutint un siège de plusieurs 
années, alors qu'il avait à lutter contre l'hostilité de la 
plus grande partie de ses sujets et la révolte des chefs 
du djondf Pourtant il ne bougea pas et sut s'y maintenir 
[P. 140] jusqu'à ce que le secours de Dieu lui permit de 
vaincre ses ennemis. Toi, au contraire, tu disposes de 
grandes richesses, les troupes te sont affectionnées, le 
peuple est avec toi, et tu n'as à lutter que contre un cheykh 
ignoré et qui n'a d'influence que sur les Berbères, alors 
que tu es abrité dans une forteresse inexpugnable; Dieu 
te donnera la victoire ! N'écoute pas les conseils qu'on 
t'adresse et, secouru par la force et la puissance de Dieu, 
tu resteras le plus fort. » Ziyâdet Allah, rasséréné par ce 
discours, et conformément au conseil d'Ibrâhîm, fit des 
envois de troupes et d'argent à Laribus, point frontière 
extrême, et la cavalerie de cette place répondit par ses 
incursions contre Bâghàya à celles qu'Àboû c Abd Allah 
dirigeait de Bâghâya contre Laribus ( 2 ). 

H'abechi, Ibn Aboû H'adjar et Ibn e Abbâs revinrent 
des pays chrétiens en compagnie d'un ambassadeur de 
Constantinople. Ils reçurent des vêtements d'honneur de 
Ziyâdet Allah, qui installa l'ambassadeur dans le jeu de 
mail proche de Rak'k'âda ; pour lui faire honneur, il 
convoqua le peuple à une grande réunion, où il y eut 
une afïïuence considérable. 

On dressa de grandes tentes et des huttes autour de 
Rak'k'âda, et les K'ayrawaniens, qui s'y installèrent, 
organisèrent des patrouilles dans les environs ; Ziyâdet 
Allah continua de procéder aux enrôlements et excita le 
zèle des soldats par des distributions d'argent. 



(1) C'est-à-dire Ibrahim ben Ahmed, en Tannée 280. 

(2) Tous ces détails sont résumés par A en trois lignes. 



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- 197 - 

Le juriste Moh'ammed ben Aboû'l-Haythem Loulouwi 
mourut cette année-là, et au mois de cha'bân (mai-juin 
907) K'orhob fut nommé chambellan b. 

En moh'arrem 295 (octobre-novembre 907), Ziyâdet 
Allah se transporta à Tunis pour tâcher d'y améliorer 
ses affaires. 

b Le 6 rebi c II (13 janvier 908), le kàdi Abou l-'Abbàs 
ben Djemài M fit devant le peuple la prière pour demander 
de la pluie. Le 15 du même mois, la charge d'imàm fut 
enlevée à Ibn Aboû't-Welid et confiée à Ibn Yezid. 
Aboû'l-H'asan ben H'âtim, qui avait été envoyé comme 
ambassadeur à Baghdàd, mourut en chawwâl (juillet 
908). [P. 141] Le kâdi Aboû Moûsa c Isa ben Meskin ( 2 ) 
mourut, et les dernières prières furent dites sur lui dans 
sa bourgade du Sâh'el par Aboû Dja c far Atfmed ben 
Khâled Sehmi. Le juriste Aboù c Ayyâch Ah'med ben 
Moûsa ben Makhled, b descendant de Ghâfîk', mourut ( 3 ) : 
disciple de Soh'noûn ben Sa c îd b, c'était un homme de 
mérite, rempli de la crainte de Dieu, et qui se livrait aux 
pratiques religieuses, b connaissant bien les livres de son 
maître, très versé dans les récits, qui eut pour élèves de 
nombreux habitants de K'ayrawàn ; il lut enterré à la 
porte de Sâlim ( 4 ). Le juriste Sa c id ben Ish'àk', client des 
[Benoû] Kelb et l'un des bons élèves de Solfnoûn ben 
Sa c id, mourut également; il avait aussi reçu les leçons 



(1) Sur l'orthographe de ce nom voir la note (1) de la p. 195. 

(2) Il est parlé de lui par Ibn Farhoùn (ms 5032 de Paris, f. 87 v.) et 
dans les mss d'Alger n° 851, f. 5, et n» 884, f. 26 v. 

(3) Ibn Farhoùn parle de lui (l. L, i. 21). 

(4) Bekri (pp. 63 et 64) énumère les portes de K'ayrawàn. M. de 
Slane a transcrit Selm le mot que j'ai cru pouvoir écrire Sâlim; 
cf. infra, p. 162 du texte arabe. 



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- 198 - 

de plusieurs cheykhs d'Ifrîk'iyya ; né en 212 (1 er avril 827), 
il avait souvent fait la guerre sainte (?) et il était versé 
dans les récits et dans les traditions b. 

En 296 (29 septembre 908), les cavaliers d'Aboû e Abd 
Allah pénétrèrent dans (la province de) K'ast'iliya, et 
Aboû Moslim Mançoûr ben Ismâll, b ainsi que Chebib 
ben Aboû'ç-Çârim b> furent battus, et se retirèrent vers 
Tawzer, où la cavalerie d'Aboû c Abd Allah se déployait, 
brûlant les centres habités et détruisant le bétail qu'elle 
rencontrait de ce côté, b Les troupes du Chi c ite avaient 
reçu de leur chef Tordre de cesser toute expédition et de 
ne pas bouger, de sorte que pendant environ deux mois 
elles ne firent aucun mouvement, si bien que les uns le 
disaient malade et les autres mort. Mais la nouvelle 
qu'elles marchaient contre Ziyâdet Allah terrifia ce 
prince, jeta l'agitation dans la capitale et bouleversa 
les soldats du djond, qui se prirent à désespérer du 
pays et à redouter l'esclavage pour leurs femmes et leurs 
enfants. 

c Abd Allah ben eç-Çâ'igh se mit alors à dire à Ziyâdet 
Allah que c'était là le résultat des méchantes manœuvres 
et des intentions perverses de ce coquin d'Aboû Moslim. 
En effet, Ibn eç-Çâ'igh, d'abord secrétaire d'Aboû Moslim, 
sous le règne d'Ibrâhîm ben Ah'med, se brouilla avec lui, 
et ses réclamations incessantes aboutirent à la disgrâce 
de son ancien patron. Quand se produisirent ces mal- 
heureux événements de Kast'iliya et qu'Aboû Moslim fut 
chassé de cette province, [P. 142] Ibn eç-Çâ'igh lui en 
attribua la responsabilité et attisa la colère de Ziyâdet 
contre lui, si bien que ce prince envoya à Chebib ben 
Aboû'ç-Çàrim l'ordre de décapiter Aboû Moslim et de 
n'inhumer son cadavre qu'après l'avoir crucifié et exposé 



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— 199 — 

pendant tout un jour et toute une nuit, message qu'il fit 
transmettre par des hommes sûrs chargés de s'assurer 
de sa mise à exécution. Ghebib, très affligé de cet ordre, 
mais ne voyant pas le moyen de s'y soustraire, remit la 
lettre à Aboû Mpslim, qui se trouvait alors avec lui à 
Tawzer, en lui disant combien cela lui était pénible. 
Aboû Moslim, l'ayant lue, seborna à dire : « Nous som- 
mes à Dieu et c'est à lui que nous devons retourner 
(Korart, h, 151). On a circonvenu ce sot enfant, dont 
l'empire est perdu » ; puis, saisissant sa barbe de la main 
gauche et se donnant de la droite plusieurs coups sur la 
nuque, il ajouta : « Voilà la rétribution qui attend ceux 
qui, infidèles aux ordres de Dieu, obéissent aux hommes 
et versent un sang sacré. J'en prends Dieu à témoin, si 
j'avais laissé ce prince à lui-même et qu'au lieu de lui 
conseiller le meurtre de ses oncles et de ses frères 
j'eusse suscité ceux-ci contre lui, j'aurais évité ce qu'il 
m'inflige maintenant! » Puis, s'adressant à Chebib, il lui 
demanda le délai nécessaire pour procéder aux ablutions 
légales et faire une prière de deux rek c a destinée à clore 
sa vie. Il put dire sa prière, adressa une invocation au 
ciel, puis se livra en pleurant au bourreau, qui lui 
trancha la tête. Il fut crucifié, puis enterré le lendemain, 
15 çafar (22 novembre 908). 

En cette année moururent Aboû'l- c Abbâs ben Aboû 
Khidâch, préposé aux réclamations contre les actes 
arbitraires du temps d'Ibn c Abdoûn, et le juriste Aboû 
c Ik'àl ben Kheyr, qui suivait le rite des Irakiens (hanè- 
fites), et qui fut secrétaire dlbn c Abdoùn pendant que 
celui-ci exerçait les fonctions de kâdi. 



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- 200 - 

Les Aghlabides quittent l'Ifrlk'iyya et Ziyâdet Allah s'enfuit 
de Rak'k'âda. 

Aboû c Abd Allah se porta cette année-là en avant et 
mit le siège devant Laribus, où se trouvait Ibrahim ben 
Aboù'l-Aghlab à la tête des troupes d'Ifrîk'iyya et de 
toutes les troupes du djond de cette province. [P. 143] A 
la suite de diverses attaques 6, il emporta cette ville 
d'assaut et y entra l'épée à la main le samedi 23 djomâ- 
da II (19 mars 909). Le gouverneur Ibrahim put s'enfuir 
avec un certain nombre d'officiers et d'hommes du djond ; 
quant aux habitants et aux soldats survivants, ils s'en- 
tassèrent dans la grande mosquée, où ils se montaient 
les uns sur les autres. Le vainqueur les fit tous massa- 
crer, b si bien que le sang coulait à flots par les portes 
du temple, comme l'eau d'une rivière gonflée par une 
pluie abondante b. Trente mille hommes, dit-on, furent 
égorgés dans l'intérieur du temple, et le massacre com- 
mencé dans l'après-midi ne finit qu'à la lin de la nuit. 
Le lendemain matin, quand tout eut été égorgé ou pillé, 
Aboû c Abd Allah, b craignant un retour offensif des habi- 
tants de l'Ifrlk'iyya b, donna le signal du départ et battit 
en retraite vers BâghâyaO). 

b La nouvelle de cet événement parvint le lendemain 
dimanche 24 djornâda II, à Ziyàdet Allah, qui, perdant 
ainsi ce qui [lui restait de] possessions b } comprit qu'il 
n'avait plus qu'à s'en aller. Mais Ibn eç-Çâ'igh s'attacha 
à atténuer les choses et à les représenter sous un faux 
jour, b annonçant que le Ghi c ite avait été battu, tout en 



(1) Cf. le récit d'Ibn el-Athir, trad. p. 296; Wûstenfeld, p. 26 et 29, 
qui n'a pas connu Fournel, n, 77 et 84 ; infrà, p. 204 ; Religion des 
Dwzes, i, cclxix. 



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- 201 - 

faisant crier aux portes de la ville de Rak'k'âda que 
ceux qui voulaient rester et recevoir la forte somme de 
vingt dinars par cavalier et dix par fantassin n'avaient 
qu'à se rendre au palais du prince. Le peuple, en appre- 
nant ces distributions, fut pris de sinistres appréhen- 
sions, et ne douta plus que Ziyâdet Allah n'eût le 
dessous b, [P. 144] mais resta incertain sur ce qu'il devait 
faire, tandis que les courtisans et les serviteurs du palais 
commençaient à sortir de Rak'k'âda. Alors Ziyâdet Allah 
se mit à empaqueter les pierreries les moins lourdes et 
l'argent, b et les intimes firent leurs préparatifs pour rac- 
compagner b. A l'heure de la prière nocturne du dimanche 
au lundi 25 djomâda II (20 mars 909), il ceignit son épée, 
monta à cheval et prit la fuite du côté de l'Egypte, pré- 
cédé de ses bagages, b des principales de ses femmes, de 
ses proches parentes et de ses enfants. Alors une de ses 
esclaves, saisissant un luth qu'elle appuya contre sa 
poitrine, lui chanta ces vers pour tâcher de se faire 
aussi emmener : 

[Monsarih'J Je n'ai pas oublié le lieu où, le jour de notre 
séparation, elle se tenait les paupières noyées de larmes, ni 
ce qu'elle me dit lorsque les chevaux se mirent en marche : 
« Tu nous abandonnes, seigneur, et tu pars. » Je confie à Dieu 
une gazelle dont le cœur est brisé par la séparation ; mais la 
séparation ne me consume-t-elle pas aussi le cœur *? 

Les yeux de Ziyâdet Allah se remplirent de larmes en 
l'entendant, mais les difficultés de sa situation ne lui 
permirent pas de l'emmener (*>, et dans le premier tiers 



(1) D'autres disent au contraire qu'il remmena ; cf. infra, p. 168 
du texte; Berbères, i, 442 ; Wtistenfeld, 27; Fournel, u, 78. 



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- 202 - 

de la nuit, il quitta Rak'k'àda, se dirigeant vers l'Egypte b, 
et accompagné de ses principaux guerriers, de ses pages 
et de ses esclaves noirs; 6 il suivit la grande route b jus- 
qu'à Tripoli. e Abd Allah ben eç-Çâ'igh, qui était chargé 
de tous les soins et qui veillait sur les serviteurs, se 
mit d'accord avec ceux qui devaient transporter les colis 
de métaux précieux pour s'en faire adresser trente char- 
ges, chacune de seize mille mithkâl, à un rendez- vous fixé. 
Mais les conducteurs s'étant trompés dans les ténèbres 
de la nuit, ne le rencontrèrent pas et arrivèrent à Sousse, 
où Ibn ei-Hamadâni, qui y gouvernait, mit la main sur le 
précieux chargement et l'entreposa dans cette ville, dans 
le Kaçr er-Ribât' ; puis cet argent tomba entre les mains 
du Chi c ite. D'autre part, le lendemain matin de la fuite 
du prince, la population se précipita à Rak'k'àda[P. 145] 
et mit au pillage toutes les choses de valeur, vases d'or 
et d'argent et autres objets abandonnés par les fuyards, 
dont la valeur dépasse toute description, b le plus fort 
enlevant au plus faible le butin de celui-ci. Le prince en 
fuite s'appelait Aboû Mod'ar Ziyâdet Allah ben c Abd 
Allah ben Ibrahim ben Ah'med ben Moh'ammed ben el- 
Aghlab, connu sous le nom de Khazer, ben Ibrahim ben 
el-Aghlab ben Sâlim ben c Ik'âl Temimi b. Son règne en 
Ifrik'iyya avait duré cinq ans onze mois et quatre jours, 
et celui de la dynastie dont il fut le dernier représentant, 
cent onze ans et trois mois (*). 

b Alors Ibrahim ben Aboû'l-Aghlab, qui avait dû s'enfuir 
de Laribus, arriva à K'ayrawân avec les quelques offi- 
ciers qui l'avaient suivi, descendit à l'hôtel du gouverne- 
ment et fit venir les notables de la ville, à qui il tint un 



(1) Sur ces deux périodes, voir les remarques de Fournel, h, 78 n. 



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• 203 — 

discours où il jeta le blâme sur Ziyàdet Allah, apprécia 
sévèrement ses actes et l'accusa d'avoir remis le soin 
des affaires à des gens qui ne cherchaient que sa chute : 
« Les Kotâma, continua-t-il, commettant des ravages, 
c'est à vous à soutenir Dieu et notre sainte foi ; [pour les 
combattre], il faut que vous me fournissiez des hommes 
et de l'argent. » L'heure de la prière du zohr étant ensuite 
arrivée, il se fit saluer en qualité d'émir. Mais alors la 
population se réunit autour de lui et lui dit : a Notre pays 
ne connait pas la guerre civile et nous ne [pourrons] 
soutenir les hostilités. Tu n'as pu, malgré armée, arme- 
ment et argent, repousser les Kotâma ; comment pour- 
rions-nous, avec le seul argent du peuple, en venir à 
bout ? » Puis on se mit à crier : « Nous ne voulons pas 
t'obéir, ni te reconnaître pour souverain ; éloigne-toi ! » 
Il dut sauter à cheval, Pépée à la main, pour repousser 
ses agresseurs, et sortit par la porte d'Aboû'r-Rebî c , 
d'où il rejoignit Ziyâdet Allah (*). 

Quant à c Abd Allah ben eç-Çâ'igh, qui s'était embarqué 
pour se rendre en Orient, l'état de la mer le rejeta à 
Tripoli. Il fut mené à Ziyâdet Allah, qui se trouvait en 
cette ville et qui, le faisant comparaître devant lui, lui 
reprocha de l'avoir quitté. Le ministre s'excusa en invo- 
quant le trouble et la crainte dont il avait été saisi. Ziyâdet 
Allah ne voulait que lui faire honte ; mais en présence de 
l'avis unanime de sa famille et de ses officiers, qui était 
de le faire exécuter, il donna au nègre Râchid l'ordre 
[P. 146] de le décapiter. Le médecin c Ali ben Ish'âk' ben 
c Imràn racontait que jamais c Abd Allah ben eç-Çâ'igh 
n'avait vu le nègre Râchid sans pâlir et que, quand le 



(1) Cf. Ibn el-Athir, Annales, p. 297, et les autres auteurs cités. 



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- 204 - 

nom de ce dernier venait à être prononcé, son humeur 
subissait un changement visible à tous les yeux. « Un 
jour, continue ce médecin^ que je lui en demandai le 
motif, il me répondit : a Quelque chose me dit que l'ange 
de la mort viendra sous les traits de ce noir couper le fil 
de ma vie, de sorte que quand je le vois je ne puis plus 
me contenir. » 

Règne des Chi'ites. 

A la nouvelle que Ziyâdet Allah 's'était enfui, Aboû 
c Abd Allah s'avança de Laribus sur K'ayrawânW. Les 
habitants furent effrayés de ses progrès et craignirent 
pour leur vie, de sorte que les juristes et les principaux 
se portèrent à sa rencontre ; mais Mah'boûb ben c Abd 
Rabbihi Hawwâri leur coupa la route le mercredi 
27 djomâda II (22 mars), au lieu dit Fah'ç Bàroûk'as, 
entre Djeloûla et H'ammâm es-Serâdik', de sorte qu'ils 
durent piteusement se retirer. Ils exposèrent alors par 
écrit à Aboù c Abd Allah ce qui leur était arrivé, en lui 
présentant leurs excuses et le priant de fixer un lieu où 
ils pussent le rencontrer. Il fixa le rendez-vous à la date 
du samedi, et au lieu nommé Sâk'iyat Mems< 2 ). Il envoya 
Gharaweyh M ben Yoûsof Meloûsi à la tète d'un escadron 
de cavalerie occuper la ville de Rak'k'âda et mettre en 
lieu sûr les richesses qu'il y trouverait. Cet officier, arrivé 
le vendredi, dernier jour de djomàda 11(24 mars), trouva 



(1) Cf. supra, p. 200. 

(2) Mems est « à TO. de Cairouan. vers la source de la branche 
orientale du Medjerda C'est le Mampsaron oros de Ptolémée ». 
{Table gêoyr. de TH. des Berbères). Fournel (u, 86), estime à une 
faible journée la distance qui séparait Mems de K'ayrawàn. 

$) Ibn el-Athir orthogiaphie ' Aroûba {Annales, p. 298). 



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- 205 - 

les gens sortant ou entrant librement; il défendit aux 
premiers de revenir et expulsa les seconds, mais ne 
prit d'ailleurs que des mesures bienveillantes b (*). 

Aboû c Abd Allah s'avança à la tête de sept corps 
d'armée sur Rak'k'âda, où se trouvaient, [P. 147] à ce 
qu'on dit, trois cent mille hommes, tant cavaliers que 
fantassins, et y arriva le samedi l or redjeb (25 mars). Les 
juristes, les principaux habitants et les chefs des mar- 
chands de K'ayrawân se présentèrent devant lui, à 
Sâk'iyat Mems, où ils lui adressèrent les salutations 
d'usage, lui manifestèrent le désir qu'ils avaient de se 
soumettre et demandèrent quartier. Il accueillit leur 
demande et, approuvant leur démarche, promit de les 
traiter avec générosité et justice, b Or il avait promis aux 
officiers et aux guerriers Kotâma de leur remettre K'ay- 
rawân pour qu'ils y agissent à leur guise et répartissent 
entre eux^tous les biens des habitants. Ils lui exprimèrent 
leur mécontentement de la sauvegarde qu'il venait de leur 
accorder et lui rappelèrent ce à quoi il s'était engagé. Il 
leur répéta alors les paroles du Koran (xlviii, 21): « Et 
d'autre butin dont vous ne vous êtes pas emparés encore, 
mais dont Dieu s'est rendu maître », ajoutant qu'il s'y 
agissait de K'ayrawân. Ils acceptèrent son dire et ne 
firent aucune résistance b. 

Après avoir veillé au campement de ses troupes dans 
les environs de Rak'k'âda, il fit son entrée en cette 
ville, précédé d'un homme qui lisait les passages du 
Koran (lix, 2) : « C'est lui qui, au début de l'émigration, 
a fait sortir de leurs demeures ceux des adeptes des 
religions révélées qui étaient incrédules, etc. », et encore 



(1) Voyez le récit d'Ibn el-Athir, l. I. 



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- 206 — 

(Xliv, 24) ; « Combien de jardins et de sources n'ont-ils 
pas abandonnés, etc. ». Il descendit dans le palais dit 
Kaçr eç-Çah'n. Il envoya à Sousse Gharaweyh ben 
Yoûsof, qui accorda l'amnistie aux habitants et lui 
ramena les trente charges d'argent que nous avons dit 
être entreposées au K'açr er-Ribàt'. Il fit grâce aux Aghla- 
bides qu'il trouva à K'ayrawàn, ainsi qu'aux officiers de 
Ziyâdet Allah qui n'avaient pas suivi leur maitre, mais 
il fit exécuter les nègres clients des Aghlabides, b de 
même qu'il lit étrangler Ibrahim ben Berber (*) ben 
Ya c k'oûb Temimi, surnommé El-K'oûs, [P. 147] lesquels 
songeaient à se soulever; Aboû c Abd Allah disait 
d'ailleurs qu'il ne se croirait pas en sûreté en Ifrik'iyya 
tant que vivrait El-K'oûs b. Le vainqueur envoya alors 
chercher à Tripoli son frère, Aboû'l- c Abbâs el-Mâkh- 
t'oûm, qui y était emprisonné, ainsi qu'Aboû Dja'far 
Khazeri et la mère d ,c Obeyd Allah Chi c i, laquelle était 
en compagnie du précédent. Aboû'l- c Abbâs, qui était un 
homme vif et verbeux, mais peu réfléchi, voulait expul- 
ser de K'ayrawân tous les juristes qui ne professaient 
pas le rite des Médinois [les non-malêkites], mais son 
frère s'y refusa. Aboù c Abd Allah nomma gouverneur 
de cette ville El-H'asan ben Ah'med ben c Ali ben Koleyb, 
connu sous le nom d'Ibn Aboû Khinzir, avec ordre de 
tuer quiconque sortirait la nuit, boirait des liqueurs 
enivrantes, en transporterait ou en détiendrait^). A El- 
K'açr el-k'adim (l'ancien Château), il préposa Khalaf ben 
Ah'med ben c Ali ben Koleyb, frère d'Ibn Aboû Khinzir, à 



(1) Ce mot est formé de caractères dépourvus de points diacriti- 
ques ; peut-être faut-il lire Yezîd. 

(2) Sur les mesures prises alors à K'ayrawân, cf. Ibn el-Athir 
trad. p. 299. 



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- 207 - 

qui il donna les mêmes ordres, et par qui il fît ajouter, 
dans la formule d'appel à la prière, les mots accourez à 
V œuvre excellente, à la suite de accourez à la prière. De la 
formule d'appel à la prière de l'aurore il fit supprimer les 
mots la prière vaut mieux que le sommeil. Il fit [rechercher 
et] réunir tout ce qui avait été pillé à Rak'k'âda, rassem- 
bler les esclaves de Ziyâdet Allah et mettre en lieu sûr 
les jeunes filles de son harem, opérations dont fut chargé 
Ah'med ben Ferroûkh T'obni, le bossu. La direction de la 
fabrication des monnaies fut confiée à Aboû Bekr, le phi 
losophe, connu sous le nom d'ibn el-K'amoûdi, qui y fit 
frapper les mots Louanges à Dieu maître des mondes) ces 
pièces furent appelées Seyyidiyya. On lisait sur le sceau 
d'Aboû c Abd Allah, Mets ta confiance en Dieu, tu seras 
dans la voie du droit évident, et sur celui qu'il employait 
à sceller les rescrits, «Les paroles de ton maître sont 
d une vérité et d'une justice parfaites; nul ne peut chan- 
ger ses paroles ; il est l'entendant et le connaissant 
(Koran, vi, 115) ». La cuisse des chevaux fut marquée des 
mots [P. 149] La royauté esta Dieu. Sur les étendards on 
lisait : « La troupe sera mise en fuite et ils tourneront le 
dos (Koran, liv, 45). Dis, la vérité est venue et le men- 
songe s'est évanoui ; certes le mensonge a disparu 
(Id. xvn, 83) », ainsi que bien d'autres versets de sens 
analogue. Dans la khotba il fit faire la prière en l'honneur 
d' c Ali ben Aboû T'âleb immédiatement après celle en 
l'honneur du Prophète, b et on y ajouta les noms de 
Fâtime, d'El-H'asan et d'El-Hoseyn ; il manifesta ouver- 
tement les opinions chiites en faveur d' c Ali et hostiles à 
ceux des compagnons du Prophète qui avaient régné 
avant lui. 
Comme kâdi de K'ayrawân, Aboû e Abd Allah nomma, 



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- 208 - 

le jeudi 18 cha'bân (11 mai 909), Moh'ammed ben c Omar 
ben Yah'ya ben c Abd el-A c la Merwezi, qui appartenait 
au djond de Khorasân, et qui siégea dans la grande mos- 
quée. Il fit supprimer la prière nocturne de deux rek'a 
(chaf c ) pendant le mois de ramad'ân, b en argumentant 
sur ce point contre les juristes : il leur dénia le droit de 
suivre l'exemple donné par c Omar ben el-KhatTâb en ce 
qui a trait aux prières perpétuelles pendant ce mois, 
mais les laissa libres d'ajouter dans l'appel à la prière, à 
l'exemple d v Ali ben Aboù Tàleb, les mots accourez à 
l'œuvre excellente: « Suivez, leur disait-il, la même voie 
que la famille du Prophète, et négligez les additions 
surabondantes b. » Le premier jour de ramad'ân, Mer- 
wezi, en arrivant dans la grande mosquée, trouva ces 
mots écrits sur la paroi de la kibla, à l'endroit même où 
il devait prendre place : « Y a-t-ii personne de plus 
injuste que celui qui empêche de mentionner le nom de 
Dieu dans les mosquées et qui s'efforce de détruire ces 
édifices, etc. (Koran, II, 108). » Il demanda aux préposés 
de la rçiosquée qui s'était assis en cet endroit, mais ils 
l'ignoraient. Il fit alors raturer cette inscription et s'ins- 
talla ailleurs. Un mauvais drôle, quelque peu sot, se 
campa un jour au milieu de la foule devant Merwezi et lui 
dit : « Veuille Dieu te garder I Tu as déjà eu la gracieu- 
seté de supprimer les prières perpétuelles pendant le 
mois de ramad'ân ; si tu trouvais le moyen de nous 
supprimer le jeûne de cette même période, nous n'au- 
rions plus rien à te demander. — [P. 150] Arrière, mau- 
dit 1 » cria Merwezi, qui le fit éloigner. 

Conformément à l'ordre d'Aboù c Abd Allah, les chefs 
des Kotâma invitèrent les populations à adhérer à leur 
propre croyance relativement à la supériorité de la 



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- 209 - 

descendance d' c Ali et à la mise à l'index de ce qui n'était 
pas elle. Beaucoup répondirent à cet appel, et cette 
croyance, parce qu'elle répondait aux enseignements 
d'un Oriental, fut appelée orientalisation {techrlW). 

Aboû ■ Abd Allah va rejoindre 'Obeyd Allah à Sidjilmâssa. 

b Après avoir organisé et approvisionné ses troupes 
pour faire une expédition sur Sidjilmâssa, où étaient 
emprisonnés c Obeyd Allah Chi c i et son fils Aboû'1-Kâ- 
sim, b car Aboû c Abd Allah travaillait pour le compte 
d' c Obeyd Allah qu'il disait être l'Imâm c alide, il se mit 
en marche, bien approvisionné, armé et muni de tout le 
nécessaire, laissant en If rik'iyya son frère Aboû'l c Abbâs 
et Aboû Zâki Temmâm ben Mo c ârik' AdjàbiM. Il quitta 
Rak'k'âda le jeudi 15 ramad'ân (7 juin), à la tête de 
troupes si nombreuses qu'elles ressemblaient à une four- 
milière et où figuraient les principaux de ses guerriers 
et de ses sectateurs, b entre autres le secrétaire Ibrahim 
ben Mohammed Cheybâni connu sous le nom d'Aboû'l- 
Yeser, et le médecin Ziyâd ben Khalfoùn, client des 
Aghlabides; l'expédition fut suivie aussi par Ah'med ben 
Moh'ammed ben Sirin, juriste du rite des Irakiens (ou 
hanéfites), qui marchait à pied, comptant que sa parti- 
cipation à la recherche de l'imâm lui serait comptée 
$ùur une récompense ultérieure; c'est là ce qui le fit 
plus tard nommer kàdi de Bark'a b. 

Aboû c Abd Allah arriva d'abord à Tâhert, qui se ren- 
dit à composition et où, après son entrée, il fit exécuter 
plusieurs Rostemides, entre autres [P. 151] Yok'z'àn ben 



(fy Sur ce nom voir Ibn el-Athir, trad. p. 300 ; il faut lire Addjàni. 

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- 210 - 

Aboû'l-Yok'z'àn, dont les têtes, qu'il envoya à son frère 
Aboû'l- c Abbàs et à Aboû Zâki à Rak'k'âda, furent pro- 
menées dans les rues de K'ayrawân et exposées à la 
porte de Rak'k'âda. a Ainsi finit la dynastie des Benoû 
Rostem à Tâhert, après cent trente ans d'existence (*) a. 
Il laissa pour gouverner cette ville Aboû H'amid 
Dawwâs ben Çoûlât Lahîd'K 2 ) et lbrâhîm ben Moh'am- 
med Yemâni, dit El-Hawwâri et surnommé Es-Seyyid 
eç-çaghir (le petit seigneur), et, continuant sa marche en 
avant, campa sous les murs de Sidjilmâssa le samedi 6 
dhoû'l-h'iddja (26 août): il disposa toutes ses troupes à 
l'entour, et à la suite des attaques qu'il livra le diman- 
che 7, il l'emporta le jour môme. Il fit sortir de cette 
ville c Obeyd Allah Chi c i et son fils Aboû'l-K'âsim, qui 
étaient emprisonnés dans une chambre haute chez 
Meryem bent Midrâr. Sitôt qu'il l'aperçut, Aboû c Abd 
Allah Chi c i mit pied à terre en lui rendant des marques 
de profond respect et en pleurant de joie ; marchant à 
pied devant lui, il le mena dans la grande tente où il 
l'installa et lui remit ses pouvoirs : « Voilà, dit- il à ses 
compagnons, mon maître et le vôtre, en faveur de qui 
Dieu a réalisé ses promesses, à qui il a donné son droit 
et dont il met le pouvoir au jour ! » Sidjilmâssa fut pillée 
et incendiée par les vainqueurs ; El-Yasa% prince de 
cette ville, s'enfuit de nuit avec quelques-uns de ses 
cousins, et Aboû e Abd Allah se jeta vainement à sa 
poursuite. 



(1) On dit aussi cent soixante ; voir les textes cités dans la note de 
Fournel (n, 90), qui se prononce pour une durée de cent cinquante- 
deux ans. 

(2) 11 faut sans doute lire Lahici, selon l'orthographe adoptée par 
Ibn Khaldovui. 



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b En cette même année moururent Ibrahim ben c Isà 
ben Moh'ammed ben Soleymân ben c Abd Allah ben HV 
san ben el-H'asan ben c Ali ben Aboû Tâleb, qui fut 
enterré dans sa demeure à Archgoûl, et Aboû c Abd er- 
Rah'màn Bekr ben H'ammàd ben Sihr ben Aboû Ismâ'il 
ZenâtiW. La mort de ce dernier, qui avait 96 ans, arriva 
en chawwâl (juin-juillet 909) au fort d'Ibn H'amraa^ au 
nord de Tàhert, où il était né [P. 152] et avait été élevé, 
et le juriste Moûsa ben El-Fàrisi dit sur lui les dernières 
prières. En 217 (6 février 832), Bekr étant encore tout 
jeune, se rendit en Orient et suivit les cours des juristes 
et des principaux savants (en vogue). Il connaissait bien 
les traditions, savait apprécier les hommes ; poète 
habile, il loua El-Mo c taçim, qui lui fit des dons impor- 
tants; il fréquenta H'abib, Çarî', Di c bil, c Ali ben el-Djehm, 
et autres poètes de l'Irak. Il adressa au khalife, pour 
l'exciter contre Di'bil, les vers que voici < 3 > : 

[T'awîl] Di'bil peut-il donc lancer ses satires contre le 
Prince des croyants et sa famille et continuer de fouler ce 
vaste territoire ? J'en prends à témoin Celui qui a fixé en son 



(1) Bekr ben Hammàd est cité à plusieurs reprises par Bekri 
(p. 28, 158, 292 et 318), qui vante ses connaissances de tradition niste et 
ses qualités de poète ; il mourut à Tàhert ou Tihert, probablement 
dans le premier tiers du IV" siècle de l'hégire. 

(2) Ibn H'amma est le nom du personnage qui occupait celte forte- 
resse, ainsi qu'on le voit par ce qui est dit un peu plus loin. Je ne 
crois pas qu'elle soit citée ailleurs. Elle ne doit pas être confondue, 
comme l'a fait Fournel (n, 96), avec Tàhert l'ancienne, puisque celle- 
ci est à cinq milles Est de Tàhert la neuve (Bekri, 159). Cf. Wiïsten- 
feld, p. 37. 

(3) Di'bil ben 'Ali Khozà'i, né en 148 et mort en 246, est l'objet 
d'un article du dictionnaire biographique d'Ibn Khallikàn (i, 507) ; le 
Kitâb el-Aghâni (xvm, p. 29) parle très longuement de ce poète. 



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lieu la montagne de Thabîr(i), peu s'en faut que pareille 
indignité ne fasse trembler la terre ! Mais le prince généreuse- 
ment s'occupe de ses affaires et pardonne, ou peut-être laisse - 
t-il dire le poète, tandis que lui-même agit. 

FTabîb lui ayant reproché de vouloir causer la mort 
de Di c bîl, Bekr se défendit dans la/pièce que voici : 

[T'awîl] H'âbîb m'a reproché ces attaques, me disant que 
ma langue est dangereuse et distille un poison mortel. Mais 
bien que je m'exprime en vers, je suis pourtant juste et équi- 
table dans ce que j'ai dit de cet homme. 

En cette même année moururent Moh'ammed ben el- 
H'asan, connu sous le nom d'Ibn Warcid (?), originaire 
de Kast'iliya, auteur d'un récit de voyage et élève de 
plusieurs juristes, — ainsi que Moh'ammed ben Yezîd 
Fârisi, originaire de K'ayrawàn, élève de Soh'noûn et de 
Moh'ammed, fils de ce dernier. 

En 297 (19 septembre 909), au commencement de rao- 
h'arrem, les Be.noû KMled, tribu berbère, livrèrent 
El-Yasa c ben Midràr, ce qui leur permit de solliciter et 
d'obtenir leur grâce d'Aboù c Abd Allah. c Obeyd Allah, 
après avoir confié la ville de Sidjilmâssa à Ibrahim ben 
Ghâleb Mezâti, assisté de cinq cents cavaliers kotâmiens, 
b partit pour l'ifrik'iyya à la tête de ses troupes. 

Au mois de çafar (octobre-novembre 909) furent exé- 
cutés à K'ayrawân [P. 153] Ibrahim ben Moh'ammed 
D'obbi, surnommé Ibn el-Bardhoûn, et Abou Bekr ben 
Hodheyl, deux juristes qui avaient quelque connaissance 
des traditions et des belles-lettres et qui s'occupaient 
principalement de diverses branches de la science (reli- 



(t) Montagne entre la Mekke et 'Arafa. 



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- 213 - 

gieuse). Moh'ammed Kelà e i et ses disciples professaient 
le rite [hanéfite] des Irakiens, qui, plus élastique dans son 
mode d'interprétation, était toléré par les Chi c ites; ils 
dénoncèrent ces deux savants à Makht'oûm AboûVAb- 
bâs comme ayant déblatéré contre la dynastie et mis 
Aboû Bekr, c Omar et c Othmàn sur la même ligne qu' c Ali 
ben Aboû Tâleb, et ce chef les jeta en prison. Ibn Aboû 
Khinzir reçut ensuite l'ordre de les exécuter après avoir 
préalablement infligé cinq cents coups de fouet à Ibrahim 
ben el-Bardhoûn, contre qui avaient été faites les dénon- 
ciations les plus acharnées. Ibn Aboû Khinzir, par suite 
d'une erreur, prit l'un pour l'autre et fit flageller Ibn 
Hodheyl avant de le mettre à mort, mais cette aggrava- 
tion de peine fut épargnée à Ibn el-Bardhoûn. Les deux 
cadavres, entièrement nus, furent traînes dans la grande 
rue de K'ayrawân,puis crucifiés. Aboû c Abd Allah, quand 
il fut informé de ces faits par son frère, lui adressa de 
très vifs reproches : « Cet acte, lui écrivait-il, n'a pu que 
nous faire tort dans le pays et auprès des habitants, et 
cela à propos de faits pour lesquels nous avons besoin 
d'une indulgente bonté M 1 ). » 

Tentant un mouvement contre Aboû c Abd Allah, Mo- 
h'ammed ben Khazer ben Çilât Zenâti marcha contre 
Tâhert b dans l'intention de s'en emparer, d'en chasser 
Dawwâs ben Çoùlât et de couper la roule à Aboû c Abd 
Allah, qui avait, à la tête de ses troupes, quitté Sidjil- 
mâssa b. Il s'était pour cela secrètement entendu avec 
les Benoû Delloûs( 2 ) habitants de Tâhert, b qui s'étaient 



(1) A résume ces détails en quatre lignes. 

(2) Ce nom, qui m'est d'ailleurs inconnu, est écrit peu nettement 
dans le ras et peut aussi se lire Dâoûs. 



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- 214 - 

adressés à lui ; mais ceux-ci furent dénoncés [P. 154] au 
gouverneur Dawwâs, qui les emprisonna dans la forte- 
resse de Berk'adjâna, autrement nommée Tâhert l'an- 
cienne b (*). L'attaque de Moh'ammed ben Khazer le rendit 
maitre d'une partie des faubourgs de la ville, et Dawwâs 
s'enfuit auprès d'Ibn H'amma, maître du fort (de ce nom). 
Alors les habitants de Berk'adjâna se jetèrent sur les 
Benou Delloûs internés chez eux et les massacrèrent, 
tandis que d'autre part les habitants de Tâhert repous- 
saient les attaques de Moh'ammed ben Khazer, qui périt 
dans le combat, et alors Dawwâs, qu'ils informèrent de 
ce résultat, les rejoignit. 

e Obeyd Allah, après avoir laissé à Sidjilmâssa une 
garnison de deux millet cavaliers Kotâmiens comman- 
dés par Ibrahim* ben Ghâleb Mezâti, était parti avec 
Aboû c Abd Allah pour PIfrik'iyya, traînant à sa suite les 
Benoû Midrâr et leur famille enchaînés. Il était arrivé à 
la ville d'Arba< 3 ) quand il apprit la révolte de Moh'am- 
med ben Khazer; des troupes marchèrent contre ce chef, 
qui s'enfuit alors dans la région des sables M ; il fit 
exécuter El-Yasa c ben Midrâr, alors malade. 

Le lundi 3 rebi c I (19 novembre 909), les habitants de 
Sidjilmâssa se soulevèrent contre leur gouverneur Ibra- 
him ben Ghâleb Mezâti, le massacrèrent, lui et la garni- 



(1) Il est parlé de l'ancienne Tâhert ou Berk'adjâna (du nom d'une 
peuplade berbère) dans Bekri (p. 159) et dans Yakoubi (p, 104 et 131). 
Fournel a conservé la mauvaise leçon du Bayân, plus tard corrigée 
par Dozy, et lu zafadjâna (it, 96). 

(2) Plus haut, il a été dit cinq cents. 

(3) Arba est la capitale du Zâb (Yakoubi, p. 89 et 90 ; Berbères, i, 
322, et Table géog., s. v. Erba). 

(4) Quelques lignes plus haut, notre auteur a raconté la mort d'Ibn 
Khazer. 



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- 215 - 

son chi e ite et kotàmienne W, et mirent à leur tête Wàsoûl, 
fils de leur ancien émir Ibn Midrâr. 

Histoire de Sidjilmâssa, depuis ses débats jusqu'à l'année 
où nous sommes parvenus. 

Aboû'l-K'àsim Semghortn ben Wàsoûl Miknâsi était 
propriétaire de nombreux troupeaux, qu'il menait fré- 
quemment pâturer sur remplacement où fut plus tard 
bâtie Sidjilmâssa, et qui était alors un endroit inhabité 
servant de centre commercial aux tribus berbères des 
environs. [P. 155] Puis des Çofrites vinrent y habiter sous 
la tente et auprès d'Aboû'l-K'âsim ; ils commencèrent à y 
élever des constructions vers 140 (24 mai 757), puis ils 
choisirent pour chef le nègre c Isa ben Yezîd; mais cer- 
tains de ses procédés leur ayant déplu, ils se saisirent de 
lui, l'enchaînèrent et l'attachèrent à un arbre, au sommet 
d'une montagne, où ils le laissèrent mourir (*). Celui qui 
devint alors leur chef fut Aboû'l-K'àsim Semghoûn pré- 
cité, fils de Wàsoûl selon les uns, et d'Ibn Médian selon 
les autres^, qui resta au pouvoir jusqu'à sa mort, sur- 
venue en 168 (23 juillet 784). 

Elyâs ben Àboû'l K'âsim, nommé Aboû'l-Wezir, rem- 
plaça son père ; mais au bout de deux ans il fut supplanté 
par son frère, qui se révolta contre lui. 



(1) A résume tous ces détails en quatre lignes. 

(2) La mort cT'Isaben Yezid {var. MezyedetDjeriz), eut lieu en 155 
(Ibn el-Athir, Annales, p. 120 ; Berbères, i, 261, où se trouve une 
notice assez développée de cette petite dynastie; cf. Fournel, i, 351 
et 508 ; Bekri, 160 et 330 ; suprà, p. 91 ; Bayan, intr., p. 114). 

(3) Maslan était le père de Wàsoûl, à en croire Ibn Khaldoûn (l. I.) 
qui place la mort de Semgboûn en l'année 167. La date de 168 est 
aussi donnée par Ibn el-Athir {Annales, p. 133). 



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•"^.WW 



V 



- 216 - 

El-Yasa c ben Semghoûnben Médian Miknàsi, surnommé 
El-Montaçir, le remplaça en 170 (2 juillet 786). C'était un 
homme orgueilleux et tenace, qui subjugua et dompta 
complètement les tribus berbères qui lui étaient hostiles. 
II professait les doctrines çofrites, préleva le quint sur 
les mines de Der c a et acquit une grande puissance. 
Sidjilmâssa avait alors des demeures bâties, mais n'était 
pas entourée de murailles. El-Yasa c , dont le pouvoir était 
devenu considérable, en fit élever dont la partie inférieure 
était en pierres et la partie supérieure en briques crues. 
Cela se fit, dit-on, exclusivement à ses frais, et c'est 
dans cette ville qu'il fixa sa résidence. Il mourut en 208 
(15 mai 823), après y avoir régné trente-quatre ans 
environ (*). 

Il eut pour successeur son fils, Midrâr ben El-Yasa c 
el-Montaçir ben Semghoûn, duquel El-Yasa c il a été parlé. 
Le gouvernement de ce prince dura jusqu'aux difficultés 
qui surgirent entre ses deux fils, Meymoûn, dit Ibn Orwa 
d'après le nom de sa mère, fille du prince de Tâhert 
c Abd er-Rah'mân ben Rostem, et Ibn Bak'iya< 2 ); après 
trois années de lutte entre ces deux princes qui se dispu- 
taient le pouvoir, Meyinoûn l'emporta, [P. 156] grâce à 
la préférence que son père avait pour lui, et il put 
chasser de Sidjilmâssa son frère Ibn Bak'iya. Meymoûn 
recueillit donc le pouvoir que son père abdiqua en sa 
faveur ; mais les habitants de Sidjilmâssa se soulevèrent, 



(4) Il faudrait, d'après ce qui est dit plus haut, lire « trente-huit», 
si l'avènement d'El-Yasa' date de 170; mais'Ibn Khaldoùn (/. J., i, 
262), lit « 174 ». Plus haut, p. 120, la mort d'El-Yasa' est placée sous 
l'année 207. Cf. Ibn el-Athir, p. 198. 

(2) Ce nom se lit aussi autrement ; M. de Slane a lu en dernier lieu 
Ibn Thakiya, dans Bekri, p. 333. 



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— 217 — 

demandant que l'abdication de Midrâr eût lieu en faveur 
d'Ibn Bak'iya. Comme ce dernier refusait de régner au 
préjudice de son père, on replaça celui-ci, qui avait déjà 
abdiqué, sur le trône. La population, apprenant ensuite 
que Midrâr rappelait son fils Méymoûn avec les popula- 
tions du Der c a qui lui obéissaient, assiégea Midrâr, le 
déposa et confia le pouvoir à Ibn Bak'iya,qui régna sans 
interruption jusqu'à sa mort, survenue en 263 (23 sep- 
tembre 876). Son père Midrâr mourut sous son règne (*). 
En çafar 270 (août-septembre 883) monta sur le trône 
El-Yasa c ben Meymoûn ben Midrâr ben El-Yasa c ben 
Semghoûn ben Médian, qui prit, à l'imitation d'un de ses 
aïeux, le surnom d'El-Montaçir. C'est lui qui emprisonna 
à Sidjilmâssa c Obeyd Allah quand il sut que le Chi'ite 
travaillait en sa faveur; puis il s'enfuit lorsque ce dernier 
s'avança d'Ifrik'iyya contre lui, et 'Obeyd Allah, sortant 
alors de sa prison de Sidjilmâssa, prit le pouvoir en 
mains, puis battit et tua ( 2 ) El-Yasa c en 296 (29 septem- 
bre 908). Avec ce prince, dont le règne avait duré vingt- 
sept ans, finit la dynastie des Benoû Midrâr, qui avait 
gouverné pendant cent soixante ans environ Sidjilmâssa 
et la région qui en dépendait. Le Chi c ite nomma alors 
dans cette ville un gouverneur qui fut massacré au bout 
de cinquante jours par les habitants révoltés (3). 



(1) En 253, et après un règne de 45 ans (Berbères, i, 263). Dans la 
période de 263 à 270, dont notre texte ne parle pas, ce fut Moh'ammcd, 
iils d'Ibn Bakiya, qui régna (ilnd.). 

(2) Une version rapportée plus haut (p. 212) le représente comme 
ayant pu fuir d'abord, et avoir été livré en moharrem 297 par les 
fienoû Khàled. 

(3) Cf. ci-dessus, p. 214; ci-dessous, p. 214 du texte arabe; Wttsten- 
^Id, p. 36. 



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218 - 



Arrivée à Rak'k'âda d"Obeyd Allah ; renseignements sur loi 
et sur sa généalogie. 

'Obeyd Allah arriva donc à Rak'k'âda en cetle année 
[297], en compagnie de son fils Aboû'l-K'àsim, b du 
chambellan Dja c far ben c Ali et d'Aboû'l-H'asan T'ayyib 
ben Ismâ'il, connu sous le nom [P. 157] d'El-H'âd'in b. Il 
fut reçu par les juristes et les notables de K'ayrawân, 
qui, en lui présentant leurs vœux et leurs félicitations, 
lui exprimèrent leur joie de vivre sous son règne et lui 
demandèrent de confirmer le sauf-conduit qu'ils avaient 
obtenu. Il leur répondit qu'ils n'avaient rien à craindre 
pour leur vie ni pour leurs enfants, sans mentionner 
leurs biens, b et comme quelques-uns, revenant à la 
charge, parlèrent aussi de ceux-ci, il se détourna b. 
Aussi les gens réfléchis conçurent-ils dès lors des crain- 
tes. Il fit son entrée à Rak'k'âda b portant un vêtement 
de soie grège noirâtre et un lurban de même, et monté 
sur un cheval roux ; derrière lui s'avançait son fils 
Aboû'l-K'àsim, monté sur un cheval alezan, vêtu de soie 
grège couleur safran, avec un turban de même; devant 
c Obeyd Allah s'avançait, sur un cheval bai brun, Aboû 
c Abd Allah, avec un vêtement violet foncé, recouvrant 
une tunique de lin, coiffé d'un turban enroulé d'une 
étoffe iskenderâni (alexandrine), tenant à la main un 
mouchoir qui lui servait à essuyer son visage couvert 
de sueur et de poussière; le peuple l'entourait, et une 
foule nombreuse le précédait en lui adressant des salutsô. 
c Obeyd Allah descendit dans le château dit Eç-Çah'n 0), et 



(1) Ci-dessus, p. 206. 



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- 219 - 

son fils, dans le palais d'Aboû'l- Fath\ Le nouveau prince 
prit le surnom de Mahdi. 

a Sa généalogie est l'objet de controverses (*); lui-même 
prétendait être c Obeyd Allah ben Moh'ammed ben Ismâ c îl 
ben Dja c far ben c Ali ben el-Hasan ben c Ali ben Aboû 
Tâleb ; cette opinion est aussi celle d'El-Hakam el- 
Mostançir billâh l'Omeyyade [d'Espagne, 350 à 366 H.]. 
Mais les autres disent que c'est un imposteur, que sa 
prétendue généalogie alide manque de base et qu'El- 
K'âsim ben T'abât'aba r Alide* 2 ) s'est exprimé ainsi: 
« Je le jure par le Dieu unique, 'Obeyd Allah le chi c ite n'est 
pas de notre famille et n'a avec nous aucun rapport de 
parenté ». Selon Mok'àtil, c Obeyd Allah est le fils de 
Moh'ammed ben c Abd er-Rah'mân Baçri. Le kâdi Aboû 
Bekr [Moh'ammed] ben et-Tayyib Bâk'illânif 3 ) a, dans 
le Kechfel-esrâr vca-heik el-estâr, déshonoré son origine 
et la fait remonter aux Karmates, ajoutant que c'est 
Aboû e Abd Allah qui a reconstitué leurs croyances au 
profit des Obeydites, et qui leur a fourni [P. 158] cette 
généalogie. Un chroniqueur avance que Dja c far ben c Ali 
avait une esclave que séduisit un Karmate, ou, selon 
d'autres, un juif à qui elle donna de l'argent; une pas- 
sion réciproque les poussant l'un vers l'autre, elle tua 
Dja c far, et plus tard naquit de leurs relations l'aïeul 
d' c Obeyd Allah. Ceux qui ignorent cette dernière version 
le disent Alide ; ceux qui la connaissent et qui savent ses 



(1) Cf. Ibn el-Athir, trad., p. 272; Istibrar, trad. fi\, p. 167; ci- 
dnssus, p. 163 et ci-dessous, p. 292 du texte arabe. 

(2) Probablement le chérît Alide Aboù'l-K asim T'abàt'abà, dont 
Ibn el-Athir mentionne la mort sous Tannée 418 (texte, t. ix, p. 256) 

(3) Théologien ach'arito -f 403 (Ibn el-Athir, Annales, p. 273; ms 
851 d'Alger, f. 24). 



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— 220 — 

prétentions, le regardent comme un faussaire. Dieu sait 
mieux la vérité! Tels sont les termes dans lesquels Ibn 
el-K'atYân parle de cette généalogie a. 

Le Mahdi fit graver sur son sceau ces mots (Koran, 
X, 36) : Quel est le plus digne d'être suivi, de celui qui 
dirige vers la vérité ou de celui qui ne dirige qu étant lui- 
même dirigé? Qu est-ce qui vous fait savoir comment 
juger? Il prit comme chambellans Aboû'l-Fad'l Dja'far 
ben c Ali, Aboû Ali'med DjViar ben r Obeyd, Aboîfl- 
H'asan Tayyib ben Ismâ^il surnommé El-H'àd'in, Aboû 
Sa c id c Othmàn ben Sa c id surnommé Moslim Sidjilmâssi; 
comme secrétaires, Aboû'l-Yeser Ibrahim ben Moh'am- 
med Baghdâdi Cheybàni ; préposa au trésor public Aboû 
Dja c far Khazeri; au bureau du kharâdj, Aboû'l-K'àsim 
ben el-K'adîm ; à la monnaie, Aboû Bekr le philosophe, 
connu sous le nom d'Ibn el-K'amoûdi ; aux gratifications, 
c Abdoûn ben H'abâsa ; nomma kâdi de RakVâda Aflah* 
ben Haroûn Meloûsi; confirma comme gouverneur du 
canton de K'ayrawàn, El-H'asan ben Aboû Khinzird), et 
comme kâdi du même lieu, MerwezH 2 *. b Par ses ordres 
on fit disparaître des mosquées, des réservoirs, des 
palais et des ponts les noms de ceux qui les avaient 
élevés, et il les remplaça par le sien b. Le nouveau 
prince étala au grand jour ses déplorables croyances 
chi'ites, b en prononçant des injures contre les Compa- 
gnons du Prophète ainsi que contre ses femmes, n'excep-. 



(1) Cf. Wiïstenfeld, p. 40 ; Fournel, n, 99 ; Ibn cl-Athir, p. 303. 

(2) Dès le vendredi qui suivit son arrivée, il fut tenu, sous la pré- 
sidence d'un homme appelé le C/térif, une séance publique pour 
inviter, de gré ou de force, la population à embrasser les doctrines 
professées par les nouveau- venus (Bibars, ap. Relig. des Druzes, i, 
p. cclxxiv ; Ibn cl-Athir, p. 302 ; Mokaffa, ms 2144 de Paris, f. 220). 



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— â2l — 

tant de ceux-là qu v Ali ben Aboû T aleb, El-Mik'dâd ben 
el-Aswad, 'Ammâr ben Yàsir, Selmân Fàrisi et Aboû 
Dherr Ghifàri, les seuls, prétendait-il, qui n'eussent pas 
apostasie après la mort de Mahomet. [P. 159] Merwezi 
interdit aux juristes de donner aucune consultation en 
contradiction avec ce qu'il disait, être la doctrine de 
Dja c far ben Moh'ammed, par exemple l'inexistence du 
parjure au cas où le divorce définitif est donné comme 
sanction à un serment, l'exclusive participation des filles 
aux héritages, et autres points trop longs à énumérer. 
Les poètes louèrent c Obeyd Allah d'une impiété dont 
il proclama lui-même le caractère licite, et Ton trouve 
dans un poème de Moh'ammed el-Bedil, secrétaire d'Aboû 
K'od'â c a, des vers tels que ceux-ci : 

[Basîf] A Rak'k'âda est descendu le Messie, là se trouvent 
Adam et Noé, aussi bien qu'Ah'med le prophète élu et le 
bélier destiné au sacrifice ; là réside la divinité ornée de ses 
hauts attributs et en dehors de qui il n'y a rien que du 
venu*). 

Cependant le prince irrité blâma très vivement le 
poète et lui fil honte de son œuvre. 

Les Kotàma, dans les premiers temps qu'ils occupè- 
rent rifrik'iyya, employaient comme formule de ser- 
ment «par le droit de celui qui connaît les choses cachées 
et le témoignage de notre seigneur, le Mahdi résidant à 
Rak'k'âda! » Alors l'un des jeunes gens de K'ayrawân 
écrivit ces deux vers que des camarades firent adroi- 



(1) Ces vers se retrouvent aussi dans Elmaciu (ap. Religion des 
Druzes, intr., 396), et dans Ibn el-Athir, {Annales, p. 372), celui-ci les 
attribue à Ibn Hàni, à tort d'après M. de Goeje (Mém. sur les Car- 
mathes, 167). 



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- 22â — 

tement parvenir par une main inconnue à c Obeyd Allah: 

[Modjtatth] La tyrannie nous pouvons la supporter, mais 
non l'impiété ni la sottise. Toi, qui te targues de connaître 
les choses cachées, qui donc a écrit ceci ?(•> 

Ce billet vexa profondément le Mahdi, qui en fit secrè- 
tement chercher l'auteur, mais ses investigations n'abou- 
tirent à aucun résultat. 

Dans le pays des Kotâma, Babàb se souleva cette 
année-là et réunit sous ses drapeaux de nombreuses tri- 
bus berbères. c Obeyd Allah envoya à ceux de cette région 
qui lui restèrent fidèles Tordre de combattre les insur- 
gés, dont la plupart furent massacrés tandis que Babàb 
était fait prisonnier, et il fut donné à K'ayrawân lecture 
d'une lettre annonçant cette victoire. La tribu des Zenàta 
retourna vers Tâhert et y assiégea Dawwâs ben Çoûlât, 
ce qui força c Obeyd Allah à envoyer des troupes contre 
eux ; le général qui les commandait et qui était appelé 
le grand cheykh (*), battit les Zenàta et leur fit subir de 
fortes perles. 

A la fête de la Rupture du jeûne, Aboû'l-K'âsim se 
rendit, accompagné d'Aboû c Abd Allah Chi e i et d'officiers 
Kotàmiens au moçalla de Rak'k'àda et y fit la prière 
devant le peuple, ainsi que la khotba. [P. 160]. Cette fête 
était la première qu'il célébrait en If rik'iyya en y faisant 
la prière, et c Obeyd Allah fit, à ce propos, lire dans les 
chaires de K'ayrawàn et des cantons qui en dépendent, 
un message émanant de lui b. 



(1) On dit aussi que ces vers furent insérés dans un placet présenté 
au khalife Fatimide Hàkem {Druses, intr. p. 392). 

(2) C'est-à-dire Aboû Moùsa Hàroùn ben Yoùnos (Moka /fa). 



1 



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- 223 - 

Aboû e Abd Allah Chi e i se rendit au Maghreb b avec 
plusieurs officiers et missionnaires Kotâmiens pour y 
mettre un terme aux troubles et à rinsécurïté des rou- 
tes, résultats du soulèvement des tribus berbères contre 
les administrateurs de ce pays b. II y conquit diverses 
villes dont les habitants furent ou tués ou réduits en 
esclavage ; b les nombreux messages par lesquels il 
annonça ses diverses victoires furent lus dans [les mos- 
quées d'] Ifrik'iyyaW. 

Alors mourut Djebala ben H'ammoûd ben Djebala 
ÇadafiW, client d^Olhmân ben c Afïân; juriste et ascète, 
il avait compté parmi les principaux disciples de Soh'- 
noûn, s'était retiré de la vie mondaine et avait quitté son 
père du vivant même de celui-ci, qui était au service du 
prince et avait de la fortune ; plus tard, il renonça à la 
succession paternelle, qui était d'environ 8,000 mithkâL 

Alors aussi moururent le juriste Di c àma ben Moham- 
med, l'un des principaux élèves de Sohnoûn, qui avait 
été kâdi en Sicile sous les Aghlabides, — le kâdi Mo- 
hammed ben c Abdoûn — Ahmed ben Mohammed ben el- 
Aghlab Temîmi — et c Abd Allah ben Aboû'l-Minhâl. 

Le jour de la fêle des victimes, Aboû'l-K'àsim fit la 
prière en public et prononça la khotba, faits que rapporta 
un message d' c Obeyd Allah, dont il fut donné lecture à 
K'ayrawàn ( 3 >. 



(1) C'est d'après notre texte qu'il est parlé de ces événements dans 
FourncJ (h, 99) et Wûstenfeld (p. 40). 

(2) Je lis Çadafiy d'accord avec Ibn Farho£n, qui fait mourir ce 
savant en 299 (ms ar. 5032 de Paris, f. 51), et avec le Mokaffa de Ma- 
krizi ; voir aussi les mss d'Alger 851 f. 8, et 844, f. 28. 

(3) Peut-être ce renseignement fait-il double emploi avec quelque 
chose d'analogue qui est dit quelques lignes plus haut. 



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— 224 — 

En cette année encore moururent Moh'ammed ben Khâ- 
lid K'aysi, connu sous le nom d'Ibn et-T'arari, et l'un 
des principaux élèves de Soh'noûn, — ainsi qù'Aboû's- 
Someyda c , versé dans les belles-lettres et grammairien. 
A Rak'k'âda, fut mis à mort le médecin Ah'med ben 
Yahya ben T'ayyib, qui était aussi juriste de l'école ira- 
kienne (hanéfite) b. 

Le vendredi 26 dhoû'l-h'iddja de cette année (5 sep- 
tembre 910), Aboû c Abd Allah Chi c i, arrivé à Ténès b et 
descendu au lieu dit Et-Thawr b, rassembla les prin- 
cipaux Kotâma, s'entretint avec eux d' c Obeyd Allah 
]P. 161] et chercha, de concert avec ses auditeurs, un 
moyen de le déposer : « Ses actes, dit- il, ne ressemblent 
en rien à ce que devraient être ceux du Mahdi, en faveur 
de qui j'ai fait de la propagande. Je crains de m'être 
trompé à son sujet et d'avoir été victime de la même illu- 
sion qu'Abraham, qui crut voir son maître dans la pre- 
mière étoile dont l'éclat perça l'obscurité de la nuit. Il 
faut donc que vous aussi bien que moi nous le mettions à 
l'épreuve et que nous cherchions sur sa personne les 
signes que doit porter l'Imâm b et qui sont connus des 
syndics des chérifs. D'après la tradition, en effet, leur 
affirma-t-il, le vrai Mahdi doit porter ces mots écrits 
entre les omoplates : « Mahdi envoyé de Dieu » tout 
comme le Prophète avait au même endroit le sceau de 
la prophétie; il doit faire des miracles évidents et pou- 
voir imprimer son cachet sur la pierre ( J ) b. » Le résultat 
de cette conférence fut que lui et plusieurs Kotâmiens 
convinrent de tenter cette épreuve après leur retour à 



(i) 



Cf. sur cette expression la note des Annales, p. 305. 



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- 225 - 

RakVàda, et Gharaweyh ben Yoûsof s'entendit égale- 
ment avec eux à ce propos. 

En 298 (8 septembre 910), Aboû c Abd AUàh pénétra en 
pays berbère et y porta la guerre chez les Çadîna et les 
Zenâta, où il se livra au meurtre et au pillage, réduisit 
les enfants en esclavage et livra plusieurs villes aux 
flammes, b Le récit de ces victoires, envoyé à e Obeyd 
Allah, fut, par ordre de ce prince, lu publiquement b, et 
le vainqueur retourna à RakVàda b après avoir passé de 
nombreux mois en Maghreb. Ce fut après son retour que 
b Gharaweyh ben Yoûsof informa e Obeyd Allah des pro- 
pos tenus sur son compte à Ténès par Aboû c Abd Allah 
et de l'entente intervenue avec plusieurs Kotâmiens à 
l'effet de le déposer. Aussi c Obeyd Allah se vit-il alors 
forcé de se tenir sur ses gardes pour déjouer le complot^). 

En cette année, Aboû Dja'far Baghdàdi fut chargé du 
bureau des recherches conjointement avec c Imrân ben 
Aboû Khâlid ben Aboû Selâm. 

Alors moururent, en fait de juristes médinois et élèves 
de Soh'noûn, Yah'ya ben c Awn [P. 162] ben Yoûsof et 
'Abd Allah ben el-Welid, dit Ibn el-Fondoki(?), ce dernier, 
particulièrement connu pour ses vertus et sa réserve. Le 
dimanche 16 djomâda I (19 janvier 911) mourut Aboû'l- 
Yeser Ibrahim ben Moh'ammed CheybAni Baghdàdi, 
surnommé Er-Riyâd'i, qui fut inhumé à la porte de Sâlem. 
C'était un homme fin, lettré, habile dans la correspon- 
dance et la poésie, auteur de bons livres. Il se rendit 
une fois en Espagne auprès de l'imâm Moh'ammed ben 
f Abd er-Rah'mân, à qui il présenta une lettre de son 
invention et attribuée par lui aux Syriens. Le prince le 



(1) Cf. Ibn el-Athir, Annales, p. 304. 

15 



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- 226 - 

reçut, bien) lui donna Thospitalité et le traita largement 
et généreusement, mais il n'ignorait pas que la lettre était 
supposée. Quand Aboû'l-Yeser voulut s'en aller, il lui fut 
remis une lettre scellée et constituant une soi-disant 
réponse au message des Syriens; après avoir franchi la 
mer, il en rompit le sceau pour prendre connaissance 
du contenu, mais il ne trouva qu'un feuillet blanc au 
haut duquel figuraient les seuls mots : « Au nom de Dieu 
clément et -miséricordieux ». Il dut alors reconnaître 
que sa tromperie n'avait pas réussi et que les cadeaux 
qu'il emportait étaient de simples témoignages de libé- 
ralité et de faveur, ce qui lui donna une haute idée des 
princes et des hommes d'Espagne. Il ébruita cette affaire, 
qui provoqua une admiration générale. Aboû'l-Yeser, 
après avoir servi en qualité de secrétaire la dynastie 
Aghlabide tant qu'elle dura, entra en la même qualité au 
service d' c Obeyd Allah et y mourut. Il est auteur de plu- 
sieurs bons ouvrages sur des sujets divers : un Mosned 
sur les traditions, le Sirâdj el-hoda, sur le Koran, le 
Lak'W el-merdjân f l'opuscule El- Wah'ida wa'l-mou'nisa, 
le K'ot'b el-adab, etc. 

En cette année, c Obeyd Allah nomma secrétaire, en 
remplacement d'Aboû'l-Yeser, Aboù Dja c far Moh'ammed 
ben Ah'med ben Ah'med ben Haroûn Baghdâdi, à qui il 
accorda sa faveur particulière et aux services de qui il 
recourut pour ce qui touchait l'affaire d'Aboû c Abd Allah, 
d'Aboû'l- c Abbâs et des Kotàmiens ; ce fonctionnaire fut 
pour lui de bon conseil et d'une grande utilité, b C'était 
un homme fin et très intelligent arrivé à l'époque de 
l'imàm c Abd Allah (*) en Espagne, [P. 163] où il se rendit 



(1) C'est-à-dire 'Abd Allah ben Mohammed, Omeyyade d'Espagne, 
H- 300 H. 



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- 227 - 

populaire et fréquenta les littérateurs ; plus tard, il 
n'oublia pas ses anciens camarades de Cordoue qui, 
quand ils se rendaient en pèlerinage en passant dans le 
pays où il s'était fixé, trouvaient auprès de lui préve- 
nances et bon accueil b. 

En la même année, les Hawwâra de [la région de] 
Tripoli se révoltèrent et mirent à leur tête Aboû Hâroûn 
Hawwâri; des Zenâta, des Lemâya (*) et autres tribus 
berbères marchèrent contre Tripoli, devant laquelle ils 
mirent le siège. c Obeyd Allah envoya contre eux Aboû 
Zâki Temmâm ben Mo f â'rik' Adjàbi (-), qui songeait, 
comme Aboû f Abd Allah, à trahir et à déposer le Mahdi 
et que celui-ci voulait éloigner, b pour ainsi ne pas lui 
laisser deviner son projet de se débarrasser d'Aboû c Abd 
j{Ulâh. Ce général, à qui furent confiées des forces consi- 
dérables, dispersa les rebelles à la suite de plusieurs 
combats et en tua un grand nombre, dont il envoya les 
tètes et les oreilles ornées de leurs pendants à Rak'k'âda, 
où il en fut fait une exposition publique b. 

'Obeyd Allah fait mettre à mort Aboû 'Abd Allah et Aboû Zâki 

Alors c Obeyd Allah, b conformément à la résolution 
qu'il avait prise et à son plan de faire exécuter Aboû Zâki 
Temmâm ben Mo'àrik Adjâbi d'abord, puis Aboû c Abd 
Allah, envoya l'ordre par écrit à Mâk'enoûn ben Debbâra 
Adjâbi, gouverneur de Tripoli b, de mettre à mort le pre- 
mier de ces chefs. Ce gouverneur, qui était l'oncle de la 
victime désignée, l'envoya chercher et lui montra l'ordre 



(1) LemsA lit Lawàta. 

(2) II faut probablement lire addjâni (supra, p. 209). 



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- 228 - 

qu'il venait de recevoir. Après l'avoir lu, Aboû Zâki se 
borna à dire : « Exécute, mon oncle, les ordres qui te sont 
envoyés! » On lui trancha donc le cou, et la nouvelle en 
fut sur le champ envoyée par pigeon à Rak'k'âda. [P. 164] 
Cette exécution eut lieu le mardi 1 er dhoû'l-hiddja 298 (*). 
Dès qif c Obeyd Allah sut que la première partie de son 
projet était réalisée, il ordonna à Gharaweyh ben Yoûsol 
Meloûsi et à Djebr ben Nomàsibt 2 ) Mîli de se tenir en 
embuscade derrière le Kaçr eç-Çah'n, pour en sortir 
quand ils verraient passer Aboû e Abd Allah et son frère 
AboiYl- f Abbàs, et les massacrer à coups de lance. Ces 
chefs s'étant apostés avec quelques Kotâmiens, e Obeyd 
Allah envoya chercher les deux frères pour qu'ils vins- 
sent, comme d'habitude, partager son repas. Ils furent 
attaqués à l'endroit convenu, et alors Aboû c Abd Allah 
s'écria: « Gharaweyh, mon fils! épargne-moi »; mais 
l'autre lui répondit: « Je te tue d'après les ordres de 
celui à qui tu m'as commandé d'obéir ; a car tu as renoncé 
au pouvoir dont tu -lui as préparé l'acquisition ! a » et le 
frappant de sa propre main, d'un coup de pique il 
l'étendit raide mort. Aboû'l-'Abbâs reçut pour sa part 
dix-neuf coups de lance. A la suite de ces meurtres, 
accomplis au moment où le soleil commençait à décliner, 
le mardi 1 er dhoû'l-h'iddjat 3 ), les deux cadavres, aban- 



(1) C'est-à-dire le 31 juillet 911 ; mais Fournel (n, 106) conteste cette 
date et fixe l'exécution d'Aboù Zàki, en partie d'après Ibn Khallikân, 
au 19 février de cette année. 

(2) Ce nom est écrit par Wûstenfeld, sous la forme qu'il a dans le 
Mokaffa, Djebr ben el-K'àsim (p. 44), et Ibn Khaldoûn (Berb., n, 522) 
appelle ce second meurtrier H'obacha ben Yoûsof. Cf. infra, p. 237; 
Fournel, n, 107. 

(3) 31 juillet 911 ; sur cette date, cf. Fournel, n, 106; Wûstenfeld, 
p. 44. Makrizi donne la date du 15 djomâda II 298 = 17 février 911 
{Moka/fa, ms 2144 de Paris, f. 221 v«\). Aboû 'Abd Allah aurait encore 



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— 229 — 

donnés près du canal connu sous le nom d'Ël-Bah % r, y 
restèrent jusqu'après l'heure de midi, puis le Mahdi les 
fit inhumer dans les jardins et prononça ces paroles : 
« O Aboû c Abd Allah, puisse Dieu avoir pitié de toi et 
récompenser dans l'autre vie les peines que tu t'es 
autrefois données! Quant à toi, Aboû'l-'Abbâs, puisse 
Dieu te refuser toute miséricorde, car c'est toi qui as 
détourné ton frère du droit chemin et qui l'as mené à sa 
perte ! » Puis il récita les versets (Koran, xliii, 35-36) : 
« A celui qui se détournera des dires du Miséricordieux 
nous lui amènerons un démon qui s'attachera à lui et le 
détournera de la droite voie, .et cet homme se croira 
bien dirigé ». Voici en quels termes il fit parler de cette 
affaire aux chiites orientaux : « Après les saluts d'usage; 
vous n'ignorez pas le mérite des services rendus par 
Aboû c Abd Allah et par AboûVAbbâs à la cause de 
l'Islam; mais Satan les a fait glisser dans la voie de 
l'erreur, et le glaive m'a servi de moyen de purification. 
' Je vous salue ». 

à Des gens dignes de foi rapportent qu'Aboù c Abd 
Allah s'étant un jour endormi en présence de ses com- 
pagnons, [P. 165] parmi lesquels plusieurs missionnaires 
kotàmiens, mit à découvert, par suite d'un mouvement 
qu'il fit tout endormi, ses parties naturelles. Les assis- 
tants s'entreregardèrent, mais aucun ne s'avança poul- 
ies lui couvrir, sauf Gharaweyh ben Yoùsof, qui tira la 
couverture sur lui. Quand, à son réveil, Aboû c Abd 
Allah demanda qui avait caché sa nudité et qu'il sut que 
c'était Gharaweyh : « C'est lui, s'écria- t-il, qui me tuera ! » 



vécu en 323, d'après Bekri (p. 182) ; il n'y a là qu'un lapsus certain, 
mais qui a échappé à l'attention de son savant traducteur. 



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72"*r 



— 230 — 

Gharaweyh se mit alors à pleurer, lui demandant de le 
faire tuer à l'instant: « Non, répondit-il, cela n'est pas 
possible, mais, et j'en, prends Dieu à témoin, c'est toi qui 
me tueras ». Et la prédiction se réalisa b. 

Pendant quelques jours, c Obeyd Allah ne se laissa pas 
voir aux Kotâma, puis il recouvra sa confiance en eux, 
et il les laissa de nouveau pénétrer auprès de sa per 
sonne, mais en prenant la précaution de ne pas les rece- 
voir par groupes. Il s'occupa ensuite d'en faire exécuter 
quelques-uns et employa pour les faire disparaître diffé- 
rents genres de mort. 

En cette même année,. Si ben Doûk'àn et Redjâ ben 
Aboû K'inna marchèrent avec des forces considérables 
contre les Lawàta, chez qui ils portèrent le meurtre et 
le pillage et dont ils emmenèrent les enfants en captivité. 
c Obeyd Allah fit lire la nouvelle de ses succès à K'ayra- 
wàn et dans la région. 

En 299 (28 août 911), ce prince envoya vers l'Occident 
plusieurs de ses officiers à la tête de nombreux soldats v 
pour combattre les Zenâta. Une grande bataille s'enga- 
gea au lieu dit Felek MedikW, et les Zenàta y perdirent 
un nombre de guerriers incalculable. 

La ville de Tâhert fut conquise la même année. A la 
suite de la révolte des habitants contre leur gouverneur 
Dawwâs et de leur projet de le massacrer, cet officier se 
réfugia dans l'ancienne Tâhert, où il organisa la résis- 
tance et où la plupart des siens, au nombre d'environ 
mille cavaliers, périrent. [Les habitants de Tâhert] appe- 
lèrent alors Moh'ammed ben Khazer pour le mettre à 
leur tête, allèrent à sa rencontre avec la mère et la famille 



(1) On no trouve pas ailleurs le nom de cette localité. 



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- 231 - 

ainsi que la plus grande partie des armes de Dawwâs, et 
l'installèrent dans la ville ; mais ensuite une scission 
s'opéra entre eux et lui, de sorte qu'il s'éloigna et rentra 
chez lui. c Obeyd Allah envoya alors contre Tàhert "|P. 166J 
des forces d'une importance hors ligne, qui, arrivées sous 
les murs de cette ville le vendredi 30 moharrem (27 sep- 
tembre 911), commencèrent par l'attaquer pendant trois 
jours, puis y pénétrèrent par la ruse le mardi 4 çafar 
(l or octobre) : les hommes, au nombre de huit mille, fu- 
rent massacrés, les femmes et les enfants réduits en 
captivité, la ville pillée et incendiée. f Obeyd Allah mit à 
la tète de cette [province] Meçâla ben H'aboûs ben Me- 
nàzil ben Behloûl Miknâsi. Dâwwàs ben Çoûlàt partit 
pour Rak'k'Ada, et le Mahdt le fit exécuter quelque temps 
après (*). 

h En cette année, il y eut à K'ayrawàn des tremblements 
de terre ; des chutes de constructions et des effronde- 
ments se produisirent à Elbâs, localité du Sàhel 6(2). 

Il y eut à K'ayrawàn une affaire provoquée par les Ko- 
tàma b le mardi 20 cha'bànWet par suite de laquelle 
plus de mille d'entre eux furent massacrés dans les rues 
et marchés de la ville h. Ils réclamaient d v Obeyd Allah 
l'autorisation de se livrer au pillage à K'ayrawàn, et il 



(1) La prise et la mise à sac de Tàhert sont regardées par Fournel 
(ir, 109) ot Wûstenfeld (p. 45) comme la suite des opérations qui 
avaient abouti à la victoire de Felek Medik. — En ce qui a trait au 
gouvernement de Tàhert par Dawwàs,voir Berbères (n, 523), et cf. i, 
244), où il parait y avoir une confusion (cf. Fournel, n, 116). 

(2) Ces tremblements de terre sont aussi mentionnés par Ibn el- 
Athir, p. 308. Quant à la localité d'Elbas, elle m'est inconnue. 

(3) 11 avril 912, mais cf. Fournel, n, 110. On lit le 29 chabàn dans 
Wûstenfeld (p 46), ce qui n'est probablement qu'une faute d'impres- 
sion. 



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- 232 - 

tâchait de réfréner leurs appétits et d'en rétarder la 
satisfaction. [En attendant] ils violentaient et maltrai- 
taient les habitants, si bien que ceux-ci, exaspérés, 
finirent un jour par se soulever à propos d'un acte de 
violence exercé par un Kotâmien du djond sur un mar- 
chand de la ville. L'agresseur ayant été repoussé, ses 
camarades dégainèrent et voulurent mettre les boutiques 
au pillage; mais alors les boutiquiers des soûks se 
mirent à crier aux armes, si bien que plus de mille Kotâ- 
miens furent massacrés. Le gouverneur de la ville, 
Ah'med ben Aboû Khinzir, monta alors à cheval pour 
ramener le calme et fit disparaître les cadavres des vic- 
times en les jetant dans les égouts. 

Alors les Kotâma résidant dans les environs de Rak'- 
k'àda ne sortirent plus de chez eux, mais, cessant d'obéir 
à e Obeyd Allah, ils mirent à leur tête [P. 167] un jeune 
homme, K'âdoù ben Mo c àrik', connu sous le nom d'El- 
Mâwat'it 1 ); ils firent de lui la kibla vers laquelle ils se 
tournaient pour prier, écrivirent un livre contenant les 
préceptes divins tels qu'ils lui avaient [soi-disant] été 
révélés (*) et présentèrent leur chef comme étant le Mahdi 
attendu. Ce prétendant devint maître de tout le Zàb et 
acquit une puissance véritable, de sorte qu' c Obeyd Allah 
fit marcher contre lui plusieurs de ses officiers, b dont 
l'un, Çoûlàt ben Djonda, se joignit, avec environ deux 
cents hommes, à celui qu'il devait combattre b. Alors le 



(1) Variantes, Màriti et Mâroùti. Le nom de ce prétendant n est 
donné ni par Ibn el-Athir, ni par Ibn Khaldoùn, ni par Makrizi ; le 
premier de ces chroniqueurs place cette révolte en Tannée 298. 

(2) 11 semble que- le texte doit ici être corrigé et complété, et qu'on 
doit ajouter, avec les deux premiers auteurs cités, « prétendirent 
qu'Aboû 'Abd Allah était encore en vie». 



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- 233 - 

propre fils du prince, Aboû'l-K'àsim, fut envoyé par son 

père b chez les Kotàma pour y combattre El-Mâwat'i, et 

partit à cet effet de Rak'k'àda le samedi 25 ramad'ân 

(15 mai 902) 6. Il conquit Constantine et d'autres villes du 

pays des Kotàma, et il livra plusieurs combats à son 

adversaire. 11 fut abandonné par plusieurs de ses officiers 

qui rejoignirent El-Mâwat'i, mais il leur promit le pardon 

et usa de procédés assez gracieux pour les ramener. 

On exécuta à K'ayrawàn un groupe d'individus accusés 
de sympathie pour Aboû c Abd Allah, qui avait voulu se 
défaire du Mahdi ; parmi eux figuraient Moh'ammed ben 
Aboû Sa c id Mili, préposé au marché (çdhib es-soûk'), c Abd 
Allah ben Moh'ammed, surnommé lbn el-K'adim, Mo- 
h'ammed ben Aboû Reddjâl Bâghà'i, Aboul-Wahab ben 
c Amr ben Zoràra c Abderi, ainsi que plusieurs membres et 
[anciens] officiers de la famille Aghlabide. 

Il" fut aussi procédé à l'exécution d'Aboû Ibrahim, dit 
lbn el-Bidjàwi Korachi Fihri, qui s'était révolté avec les 
Tunisiens contre Ibrahim ben Ah'med ben el-Aghlab W .— 
En cette année aussi naquit Aboû't-T'âhir Ismà c îl ben 
Aboû'l-K'âsim (*) ben c Obeyd Allah, qui gouverna l'Hri- 
k'iyya pendant sept ans b. Alors aussi mourut Ziyàdet 
Allah ben c Abd Allah ben Ibrahim ben Ah'rqed ben el- 
Aghlab, qui avait fui d'Ifrik'iyya pour se diriger vers 
l'Egypte, et qui fut enterré à Jérusalem, a Quand il partit 
de K'ayrawàn en emmenant ses femmes, ses richesses et 
un millier de Slaves, une de ses jeunes esclaves, pour se 
faire emmener aussi, lui chanta ces vers : 



(1) Il s'agit, je crois, do la révolte de 280 (voir p. 162). 

(2) Le texte porte par erreur « ben Aboû't-T'âhir », ce qu'a corrigé 
Wûstenfeld, p. 86, n. 1. 



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- 234 - 

[P. 168 ; Monsarih'] Je n'ai pas oublié la station que nous 
fîmes au jour de notre séparation, alors qu'elle avait les 
paupières noyées de larmes, ni ce qu'elle me dit lorsque les 
chevaux se mirent en marche : « Tu m'abandonnes, seigneur, 
et tu pars ! » (*) 

D'après Tabari, il fit décharger une bête de somme 
pour y faire monter celle qui se plaignait ainsi ; mais 
'd'après- e Arib, le prince, bien que touché jusqu'aux 
larmes, était trop absorbé par des préoccupations plus 
graves, et il dut la laisser. Arrivé en Egypte, il resta huit 
jours auprès cT c Isa Noûcheri, gouverneur de ce pays, 
puis se rendit à Er-Rak'k'a ; mais rentrée de Baghdâd 
lui fut interdite, et Tordre lui fut donné de regagner 
l'Egypte. Il mourut empoisonné par un de ses escla- 
ves ( 2 ) a. 

h En cette année mourut, à l'âge de 87 ans, le juriste 
médinois, versé dans la lexicographie, la grammaire et 
les beautés de la langue, f Abd AUâh ben Moh'ammed 
Temimi, connu sous le nom cTEl-Beydi, descendant 
(PAbbâd ben KethirWé. 

En 300 (17 août 912), Tripoli se révolta contre c Obeyd 
Allah ( 4 >. Le gouverneur qu'y avait nommé ce prince, 



(1) Des troïs vers cités p. 201, les deux premiers seulement sont ici 
répétés, avec deux variantes. 

(2) On n'est d'accord ni sur le lieu ni sur la date de la mort du der- 
nier Aghlabide ; voir les textes réunis par Fournel (n, 82). 

(3) Qui fut l'ifh des maitres du kàdi Aboû Mohriz Mohammed ben 
' Abd Allah Kinâni (lbn el- Athir. vi, 23 ; Fr. hist. ar., 266et 374) ; 1 e nom 
de ce dernier est orthographié de même par lbn Farhoùn (f. 133 v. 
du ms 5032 de Paris) ; cf. ci-dessus, p. 131. 

(4) C'est en 299 qu'Ibn el-Athir (p. 308) fait commencer la révolte 
de Tripoli et il place en djoniàda II 300 le départ d'Aboû'l-Kasim à la 
tête des troupes chargées de réduire cette ville, tandis que notre auteur, 
un peu plus bas, le fixe au 2 djomàda I. Tidjàni assigne à cette expé- 
dition la date do 303 V. As., 1853, i, p. 142), 



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- 235 — 

Màk'enoûn ben Debbâra Adjâbi, laissa à ses cousins 
kotàmiens toute liberté de maltraiter le peuple et même 
de violenter les femmes. La masse alors se souleva, fit 
main basse sur les Kotâma qu'on put trouver et les 
massacra, de sorte que Mâk'enoûn s'enfuit. Tripoli ferma 
ses portes, les Kotàma qui se trouvaient dans la ville 
furent massacrés et Moh'ammed ben lsh'àk', connu sous 
le nom d'Ibn el-K'arlin, fut choisi comme chef. Mâk'enoûn 
s'était réfugié auprès d' c Obeyd Allah, dont un corps d'ar- 
mée marcha contre les insurgés et les combattit pendant 
plusieurs mois. 

Aboû'l-K'àsim le Chi c ite revint du pays des Kotàma à 
Rak'k'âda, traînant à sa suite Màwat'i et les siens 
réduits en captivité. Les vaincus furent promenés dans 
les rues de K'ayrawàn montés sur des chameaux; b ils 
portaient les longs bonnets d'ignominie ornés de cornes 
[P. 169] et étaient, accompagnés de bouffons, b puis ils 
furent exécutés à Rak'k'âda. 

b En la même année, une révolte éclata en Sicile contre 
lés gouverneurs El-H'asan et c Ali, l'un et l'autre fils 
d'Ahmed ben Aboû Khinzîr, qui furent chassés et dont 
les hôtels furent livrés au pillage. Les habitants vou- 
lurent prendre pour chef Ah'med ben Ziyadet Allah ben 
K'orhob, qui, repoussant leurs offres, s'enfuit et alla se 
cacher dans une caverne. Alors les principaux du pays 
se rendirent en corps auprès de lui et le prièrent de 
prendre le pouvoir, eux-mêmes s'engageant par acte 
écrit à ne pas l'abandonner. Il accepta et écrivit alors au 
khalife de Baghdàd El-Mok'tadir qu'il reconnaissait sa 
suzeraineté et détenait le pouvoir en son nom en Sicile. 
Le khalife lui fit parvenir l'investiture demandée et lui 
envoya des étendards et des vêtements de couleur noire, 



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- 236 - 

ainsi qu'un collier d'or. Ah'med ben Ziyàdet Allah, que 
cet envoi remplit de joie, manifesta sa résolution et son 
zèle à soutenir les intérêts du khalife b (*). 

En la même année, Aboû'l-K'âsim ben 'Obeyd Allah 
marcha contre Tripoli b et quitta à cet effet Rak'k'âda le 
dimanche 2 djomâda I W ; f Obeyd Allah expédia aussi 
quinze navires de guerre, qui furent, à leur arrivée 
devant Tripoli, combattus par la flotte de cette ville et 
livrés aux flammes, tandis que ceux qui les montaient 
étaient massacrés. Aboû'l-K'âsim, parti par terre, infli- 
gea d'abord une leçon aux Hawwâra, puis campa sous 
les murs de la ville b, dont il entama un siège si rigoureux 
que Ton y mangea les morts. Il reçut alors des offres de 
soumission qu'il accepta, mais en refusant tout quartier 
à trois individus b qui devaient être remis à sa discrétion, 
Mohammed ben Ish'âk' K'orachi, Moh'ammed ben -Naçr 
et un nommé El-Hawh'ah'aW. Après avoir fait son entrée 
dans la ville et en avoir pris possession, il ramena ses 
troupes à Rak'k'àda en se faisant précéder des trois 
personnages cités, qui, après avoir été promenés dans 
les rues de K'ayrawàn, montés sur des chameaux et 
porteurs des bonnets (d'ignominie) ô, furent exécutés. 
Aboû'l-K'âsim fit aussi exécuter à Tripoli ceux des 
Aghlabides et de leurs officiers qu'il y trouva. 

c Obeyd Allah partit de Rak;kâda [P. 170] et se dirigea 
vers Tunis, Carthage et la région du littoral, à la recher- 
che d'un emplacement où il pût établir sa capitale. Son 



(1) Cet alinéa est traduit dans Amari, Bibl. Ar. Sic, n, 22. Sur cette 
révolte, cf. lbn el-Athir, p. 309; Fournel, n, 113. 

(2J Voir la note 4 de la p. 234. 

(3) Ce nom, probablement altéré, est transcrit « H'oweydj » par 
Wûstenfeld, p. 48, 



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- 237 - 

choix s'arrêta sur la presqu'île de Djemma (*), et il y fit 
commencer la construction de la ville qui devait être 
Mehdiyya. 

b Aboû Dja c far Moh'ammed ben Ah'med ben Hàroûn 
Baghdâdi fut nommé au bureau des postes, fonctions 
qu'il occupa jusqu'à sa mort. 

Moh'ammed ben Aboû Ayyoûb, connu sous le nom de 
d'Aboû'l- c Aha, figurait parmi ceux qu'on accusait de 
préparer secrètement un soulèvement contre c Obeyd 
Allah. Il se cacha, ce qui fut cause qu'on démolit plu- 
sieurs maisons [pour le chercher, mais en vain] ; puis il 
reparut en répandant dans la ville deK'ayrawân de bons 
conseils adressés à c Obeyd Allah en faveur de celle-ci. 
Ce dernier le laissa d'abord faire, puis au bout de quel- 
que jours le fit mettre à mort. 

Aboû Dja c far ben DjabroûnW, marchand d'origine 
espagnole et fixé à K'ayrawàn, qui était çâhibW de la 
sainte mosquée et des fondouks avoisinant la prison, fut 
l'objet auprès du kàdi Merwezi d'une dénonciation con- 
firmée par témoignage et l'accusant d'avoir reçu en dépôt 
des valeurs importantes ; il fut mis à la question et tor- 
turé jusqu'à ce que la mort s'ensuivît b. 
En 301 (6 août 913), H'abâsaW ben Yoûsof, envoyé vers 



(1) Variante, H'amma,- Sur la^ondation de Mehdiyya, voir Annales , 
p. 314; Foumel, n, 121; Wustenfeld, p. 48. La ville est décrite 
notamment par Bekri (p. 72), Edrisi (p. 126), Ibn Khaldoùn (Berb., 
il, 525), Tidjàni (/. As., 1853, i, p. 358), dans Ylstibçâr, p. 13, etc. 

(2) La lecture de ce nom, dépourvu de points diacritiques, est 
douteuse ; cf. p. 148. 

(3) Ce mot est trop vague pour que j'aie osé le traduire ; Wusten- 
feld (p. 49) le rend par «qui avait fait construire une magnifique 
mosquée, etc. » 

(4) Le Nodjoûm et Ibn Khaldoùn orthographient H'obâcha. 



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- 238 - 

l'Orient à la tête d'une armée que lui confia c Obeyd Allah, 
entra dans la ville de SortW b en lui accordant quartier; 
les troupes du djond Abbaside qui y tenaient garnison 
s'enfuirent, et une circulaire annonçant ces faits d'armes 
fut lue dans les mosquées principales d'Ifrik'iyya ; il 
pénétra ensuite b dans la ville d'Adjdâbiyya* 2 ), à laquelle 
il accorda également quartier et d'où s'enfuirent les sol- 
dats Abbasides ; puis ce fut le tour de Bark'a, b c Obeyd 
Allah ayant d'ailleurs soin de fournir à H'abâsa les ren- 
forts nécessaires b. Les habitants des villes conquises 
étaient mis à mort et torturés, leurs biens confisqués, b 
et l'on inventait des prétextes pour chercher querelle 
[P. 171] aux gens paisibles: ainsi, lors de la prise de 
Bark'a, on trouva quelques hommes qui s'amusaient 
avec des pigeons, et Habâsa, sous prétexte que ces 
oiseaux leur apportaient des nouvelles des Abbasides, 
fit allumer un bûcher autour duquel il rangea ces hom- 
mes, leur fit manger des lambeaux rôtis de leur propre 
chair, puis les fit précipiter dans le feu. A Bark'a encore, 
il appela à s'inscrire tous ceux qui désiraient des grati- 
fications et une solde élevée ; un certain nombre ayant 
répondu à cette invitation, il ordonna aux officiers ( e arif) 
kotâmiens de dresser le signalement personnel des ins- 
crits, en ajoutant que chacun d'eux devait en garder un 
chez soi. Le lendemain, il convoqua les enrôlés pour 
toucher les sommes promises et il les fit alors massacrer, 
au nombre d'un millier environ, jusqu'au dernier. Sur 
leurs cadavres amoncelés, il fit placer un trône où il 



(1) Sort ou Çort, au fond de la grande Syrte (Bekri, p. 15 ; Edrisi, 
p, 143 ; Istibçâr, trad. fi\, p. 1). 

l2) Adjdâbiyya, à 27 lieues S. de Ben-Ghazi, est décrite par Bekri 
(p. 14), par Edrisi (p. 157 de la trad.), par Y Istibçâr (trad., p. 58), etc. 



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- 239 - 

s'assit, et les chefs de la ville, qu'il fit alors introduire, 
contemplèrent avec épouvante ce tas des malheureux 
assassinés ; trois d'entre eux moururent da peur et de 
saisissement. Il se mit alors à les injurier et les menaça 
de les faire tous massacrer s'ils ne lui apportaient pas 
le. lendemain cent mille mithkâh. Aussi cette somme 
lui fut-elle payée b. Des troupes nombreuses furent en- 
voyées d'Egypte contre H'abâsa ; une grande bataille 
eut lieu, où ce général, b après diverses péripéties b, 
mit ses adversaires en déroute, les poursuivit et en tua 
beaucoup, 

b H'abâsa fit aussi exécuter à Bark'a Hârith et Nizâr, 
fils Pun et l'autre de H'ammàl Mezàti, ainsi que plu- 
sieurs de leurs enfants et de leurs cousins ; il fit vendre 
leurs femmes et confisqua leurs biens. c Obeyd Allah en 
effet avait logé chez eux lors de sa venue d'Egypte au 
Maghreb et il les accusa de lui avoir volé une charge 
d'argent et d'effets ; la réclamation (Ju'il présenta alors 
lui valut les insultes de l'un d'eux, qui, s'avançant contre 
lui, l'injuria et le souffleta. H'abàsa ne lit en cela qu'exé- 
cuter les ordres qu'il avait reçus du prince. Les habitants 
de cette ville écrivirent à f Obeyd Allah quels étaient les 
procédés de H'abâsa à leur égard : massacre des hom- 
mes, captivité des femmes, confiscation des biens. Il 
leur répondit en s'excusant, affirmant par serment n'avoir 
rien ordonné de ce genre [P. 172J sinon pour les trois 
individus cités (*), et il donna à H'abâsa l'ordre de s'éloi- 
gner b. Ce général continua donc avec ses troupes de 
s'avancer vers l'Egypte, établit son camp au *( 2 ) 



(1) Plus haut, il n'a été question nommément que des deux fils de 
ilammàl Mezàti. 

(2) La lecture de deux mots est douteuse : djebel Mahka t 



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- 240 - 

attaquant les châteaux du voisinage et ne leur laissant 
aucun repos tant qu'il ne les avait pas pris et livrés au 
massacre et au pillage, tandis que les enfants étaient 
réduits en esclavage. 

b Aboû'l-K'âsim marche contre l'Egypte b. 

En la dite année, Aboû'l-Kâsim ben c Obeyd Allah 
quitta Rak'k'âda à la tête de forces considérables et 
s'avança contre l'Egypte (*). 

Moh'ammed ben Ah'med ben Ziyâdet Allah ben K'or- 
hob livra aux flammes, dans le port de Lamt'a( 2 ), la flotte 
d' c Obeyd Allah. El-H'asan ben Ah'med ben 'Aboû Khin- 
zir, qui la commandait, fut égorgé de la propre main de 
Moh'ammed ben K'orhob, qui lui coupa ensuite les pieds 
et les mains, fit environ six cents prisonniers b et incen- 
dia tous les navires b, c Obeyd Allah, quand il apprit ces 
événements, b et dans la croyance que sa flotte existait 
encore b, envoya des secours, mais Ibn K'orhob combat- 
tit et mit en fuite les nouveau-venus, dont les bagages 
et approvisionnements tombèrent entre ses mains ( 3 ). 

b A K'ayrawân mourut Aboû Bekr Moh'ammed ben 
el-H'asan Baçri Korachi. A K'açr et-T'oûb, couvent for- 
tifié (ribâf) du voisinage de Sousse, mourut l'ascète Aboû 



(1) La campagne du fils (T'Obeyd Allah semble donc être indépen- 
dante de celle de Habàsa, qui vient d'être racontée. Plus tard, sous 
l'aiyiée 302, ces deux chefs semblent marcher ensemble ; cf. Ibn el- 
Athîr, trad. ïi\, p. 312, et le Nortjoûm.u, 181 et 193. 

(2) Au sud de Monastir ; c'est la Leptis parva de l'antiquité. Edrist 
et Bekri mentionnent cette localité. 

(3) Ce paragraphe figure dans la Biblioteca, d'Àmari (n, 23) ; cf. 
Fournel, n, 114. 



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- 241 - 

Yoûnos, à l'enterrement de qui les habitants de K'ayra- 
wàn se rendirent b. 

En 302 (26 juillet 914), Aboû'l-K'âsim, qu'accompagnait 
le général H'abâsa, entra à Alexandrie, qu'il trouva 
déserte, les habitants s'étant embarqués avec leurs biens 
les plus facilement transportables et ayant abandonné 
leurs autres meubles, dont les vainqueurs s'emparèrent. 
Aboû'l-K'âsim s'avança alors dans le Fayyoûm, [P. 173] 
où il établit son camp jusqu'à ce que le page (fêta) 
Mounis arrivât de l'Irak pour le combattre. Habàsa 
abandonna alors l'Egypte et se retira au Maghreb, parce 
qu'Aboû'l-Kâsim lui avait envoyé du Fayyoûm Aboû 
Feridoun, général qui devait le remplacer dans son^ 
commandement, tandis que lui-même irait rejoindre 
Aboû'l-Kâsim au Fayyoûm. Irrité de cette mesure et 
s'écriant que, quand il était près de rester vainqueur, 
Abôû Ferîdoun allait recueillir le bénéfice et la gloire de 
ses faits d'armes, H'abâsa s'enfuit à cheval du côté du 
Maghreb à la tête d'une trentaine de ses cousins aussi à 
cheval. Une dépêche d'Aboû'l-Kâsim, adressée aux gou- 
verneurs [des provinces situées le long] de la route W 
leur ordonna de faire bonne garde b et de le prendre s'il 
passait à leur portée ; en outre il informa aussi son père 
c Obeyd Allah. A l'arrivée de Mounis en Egypte, le lundi 
15 ramad'ân (2 avril 915) b, Aboû'l-K'âsim quitta le 
Fayyoûm et se dirigea vers l'Ifrîk'iyyaW, en emportant 
ce qu'il avait de moins lourd en fait de choses précieuses, 



(1) ^ J*J\ JU-ft peut-être, les gens chargés de veiller à la sûreté 
des roules. Rapprochez pettc expression de L ^—>Ja3\ J^-> de Zer- 
kechi (texte, p. 109, trad. fr. t p. 201). 

(2) A la suite de quatre sanglants engagements, au dire d'ibn el- 
Athir, (trad., p. 313 ; Wustenfeld, p. 50). 

16 



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- Ihà - 

de vêtements et d'armes. Les troupes égyptiennes, qui 
serraient de près l'arrière-garde, lui enlevèrent ses 
tentes et une grande quantité d'armes et autres objets. 
b Quant à H'abâsa, il gagna d'abord la région de Bark'a, 
et delà Nefzâwa b; mais il était serré de- près, b et ses 
compagnons l'ayant abandonné, il fut pris et enchainé, b 
puis mené à c Obeyd Allah, qui le jeta en prison lui et sa 
famille. 

Gharaweyh se prépara secrètement à fuir b de Tàhert 
b, car il avait appris l'histoire b et la fuite de H'abâsa, 
lequel, dit-on, lui avait écrit et espérait le rejoindre 
[P. 174] et trouver de l'aide auprès de lui. La capture de 
H'abâsa fit prendre peur à Gharaweyh b, qui s'enfuit en 
emportant ses richesses, mais qui fut pris et tué b dans 
l'Aurès b. Sa lête fut envoyée à c Obeyd Allah, qui, b en 
apprenant la complicité du défunt el de H'abâsa b, donna 
Tordre d'exécuter celui-ci et tous ses proches. On les 
tira donc de prison et on les décapita, après quoi toutes 
ces. tètes, chacune portant un écriteau suspendu aux 
oreilles et indiquant le nom de celui à qui elle avait 
appartenu, furent présentées à c Obeyd Allah, qui les 
examina toutes,, y compris celles de H'abâsa et de Gha- 
raweyh, et qui s'écria : « Etrange retour des choses de 
ce monde ! Ces têtes, pour qui l'Orient et l'Occident 
étaient trop petits, les voilà toutes réunies dans ce 
panier! » b II les fit jeter secrètement dans la grande 
mosquée d'Alexandrie (*). 

Alors mourut le juriste Sa c id ben Moh'ammed ben 



(1) C'est à K'ayrawàn qu'Ibn el-Athîr place la révolte cT'Aroûba en 
302. Si ce chef s'était trouvé à Tàhert, ainsi que le dit le Bayan> son 
mouvement vers l'Aurès n'aurait pas été une fuite, mais une tenta- 
tive de jonction avec H'abâsa. 



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- 243 - 

Çabih' Ghassàni, compagnon et disciple de Soh'noûn ben 
Sa c id 6. 

Lorsqu'Aboû'l-K'âsim revenant d'Egypte avait passé 
dans le voisinage de Bark'a, les habitants de cette ville 
lui avaient apporté leurs salutations, et il leur avait dit 
qu'il était à la poursuite de H'abâsa pour le punir des 
mauvais traitements qu'il leur avait infligés ; il leur 
avait ordonné de réparer les brèches des murailles de 
leur ville et leur avait donné des Kotamiens pour chefs. 
Mais quand il se fut éloigné et qu'on sut dans quelles 
circonstances il avait quitté l'Egypte, une émeute éclata 
contre les chefs kotamiens, qui furent massacrés. Aboû'l- 
K'âsim arriva du Fayyoûm à Rak'k'Ada, le dimanche 
10 dhoûl-kVda (26 mai 915). 

En 303 (16 juillet 915), b mourut Ziyâdet Allah ben 
c Abd Allah ben Ibrahim ben el-Aghlab, à Ramla, lais- 
sant comme fortune, au dire de ceux qui étaient auprès 
de lui, mille dinars frappés à son nomW b. Il y eut en. 
Ifrik'iyya et dans les régions voisines une violente épidé- 
mie, qui emporta, [P. 175] parmi les Koreychides habi- 
tant K'ayrawân, Aboû'l-Moç c ab ben Zorâra c Abderi. 
Cette année vit encore mourir : le kàdi Djemmâs ben 
Merwân ben Semmâk Hamadâni, juriste pieux et cons- 
ciencieux; Moh'ammed ben c Obâda Soûsi; Khalaf ben 
Mo'ammer ben Mançoûr, juriste irakien (hanéfite), qui 
avait reçu les leçons de son père, élève d'Asad ben el- 
Forât;il avait, dès rentrée des Chiites en If rîk'iyya, adopté 
leurs doctrines pour mettre ainsi à l'abri des investiga- 
tions des nouveaux maîtres son fils, qui s'était approprié 



(1) On a vu ci-dessus (p. 233), la mort du dernier Aghlabide 
fixée à l'année 299. 



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* -"JUM 11 ! 



- 244 ^ 

des valeurs lorsque Ziyâdet Allah s'était' enfui de Rak'- 
k'âda. Son père, Mo'ammer ben Mançoûr, qui avait été 
élève d'Ibn Ferroûkh et aussi d'Asad ben el- Forât, dont 
l'enseignement était le plus fidèlement rapporté par lui, 
disait que l'usage des boissons enivrantes est permis, 
que l'abus seul en est interdit. — Alors aussi mourut 
dans la torture, à Rak'k'âda, le kâdi Moh'ammed ben 
c Omar Merwezi, qui fut inhumé de nuit au Bâb Sàlem. 
On rechercha ses biens auprès des habitants de K'ayra- 
wân, dont plusieurs, chefs, hommes distingués et mar- 
chands, subirent à ce propos la torture. 
- b c Obeyd Allah envoya contre Bark'a des troupes 
commandées par Aboû Medini ben Ferroûkh LahîçH 1 ) b. 
Il nomma directeur du«kharâdj d'Ifrik'iyya le kâdi Aboû 
Mo c ammer e Imrân ben Ah'med b ben c Abd Allah ben 
Aboû Moh'riz, qui eut ensuite à procéder à la répar- 
tition (de l'impôt) sur les propriétés rurales b. Après les 
avoir toutes recensées, et relevé les produits annuels 
maximum et minimum de la dîme, il divisa le total par 
deux, et chaque propriété fut taxée au chiffre ainsi 
obtenu. 

Des troubles surgirent en Sicile contre Ibn K'orhob, b 
dont une partie de la population était d'accord pour 
demander le renvoi et écrivit à c Obeyd Allah. En vain le 
gouverneur menacé recourut aux cajoleries [P. 176] et 
rappela à ses adversaires les serments qu'ils lui avaient 
prêtés 6, la guerre civile éclata, et Ibn K'orhob n'eut 
pour le soutenir qu'une partie de la population. Il voulut 
alors passer en Espagne et fréta à cet effet des bâtiments 



(1) Ici comme ailleurs, je conserve la lecture d'Ibn Khaldoûn 
Lahîçiy et non LahîcTi. 



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- 245 — 

qu'il remplit d'une foule d'objets divers ; mais la popu- 
lation empêcha la réalisation de son projet, livra au 
pillage le contenu de ces navires et emprisonna le gou- 
verneur, son fils et son kâdi b connu sous le nom d'Ibn 
el-Khâmi. Tous les trois furent enchaînés 6 et envoyés 
à c Obeyd Allah, avec une lettre demandant un gouver- 
neur et un kâdi, b mais où il était dit aussi que ni soldats 
ni secours n'étaient nécessaires b; les Siciliens y ajou- 
taient une condition qui irrita ce souverain et les excita 
contre eux, au point de lui faire, comme on le verra plus 
loin, envoyer une expédition contre euxW. 

En.ô moharrem b 304 (juillet 916), Ibn K'orhob et ses 
compagnons arrivèrent b enchaînés à Sousse, où se trou- 
vait b c Obeyd Allah. Celui-ci fit comparaître l'ex-gou- 
verneur devant lui et lui demanda pourquoi il s'était 
révolté et avait méconnu les droils de la dynastie ; à 
quoi le prisonnier répondit qu'il avait été élevé au 
pouvoir malgré lui et qu'il en avait été précipité de 
même. f Obeyd Allah emmena ses prisonniers à Rak'- 
k'àda, b où, après avoir subi la flagellation, ils eurent 
les pieds et les mains coupés près du tombeau d'El- 
H'asan ben Aboû Khinzir, à la porte de Sàlem, puis cru- 
cifiés sur place. 

En rebi e I (septembre 916^, les murs de Mehdiyya 
furent terminés et l'on y plaça les portes b. 

c Obeyd Allah envoya en Sicile des troupes et des 
navires b commandés par Aboû Sa c id connu sous le nom 
d'Ed-D'ayf b, qui, pendant plusieurs mois, tint les 
rebelles bloqués et en tua un grand nombre. [P. 177] Les 



(1) Ce paragraphe, de même que le suivant, figurent dans la 
Biblioteca d'Amari (n, 24) ; cf. Founiel, u, 124. 



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- 246 - 

Kotàma, lancés sur les femmes et les enfants qu'ils trou- 
vèrent dans les faubourgs de la ville, assouvirent sur 
eux leurs passions et violèrent même les vierges, b Aboû 
Sa c id annonça ses succès à c Obeyd Allah, qui lui envoya 
(tes renforts considérables en bâtiments et en soldats b. 
Les SicUiens alors demandèrent quartier b en s'offrant à 
livrer les (principaux) complices de lçur rébellion b ; leur 
demande fut entendue et la ville fut démantelée ; b les 
'armes, les chevaux et les esclaves furent livrés, une 
contribution de guerre leur fut imposée et Aboû Sa c id 
embarqua, pour les envoyer à c Obeyd Allah, les coupa- 
bles qui lui furent remis, mais ils furent engloutis par la 
mer. Avant de reprendre le chemin de K'ayrawân b, il 
nomma au gouvernement de la Sicile Sâlim ben Aboû 
Ràchid, avec qui il laissa une troupe de Kotàma (*). 

b Aboû Medini, qui avait été envoyé contre Bark'a, 
conquit cette ville après un siège de dix-huit mois où la 
plupart des habitants avaient été fauchés dans les com- 
bats. Le vainqueur en fit périr toute une troupe dans les 
flammes, confisqua tous les biens et envoya un groupe 
de prisonniers à c Obeyd Allah, qui les fit exécuter. 

Cette année-là moururent le kàdi Moh'ammed ben 
Aswad ben Gho'ayb Çadini, le juriste Meymoùn ben 
c Omar et l'ascète Moh'ammed ben Ah'med Çadafi b. 

Meçàla ben H'aboûs* 2 ) s'avança de Tâhert contre Sa c id 
ben Çàlih' ben Sa c id ben Idris, prince de Nàkoûr M, et lui 
livra de nombreux combats. 



(\) Ce paragraphe se retrouve dans la Biblioteca (n, 26). 

(2) Ibn Khaldoùn le cite comme étant l'un des officiers les plus 
capables d' Obeyd Allah (Bey hères, i, 259 et 266; Dozy, Histoire des 
Mus. d'Esp.y m, 38). 

(3) Cette orthographe établit la prononefation Nakour, et non 



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- 247 - 

En 305 (23 juin 917), le dit Meçâla, qui était au service 
d' r Obeyd Allah, s'empara de Nàkoûr et y lua Sa'id ben 
Çâlih', le jeudi 3 moharrem (25 juin) ; la ville fut pillée, 
les femmes et les enfants réduits en esclavage. (P. 178) 
Il retourna alors à Tàhert et accompagna l'annonce de 
sa victoire à f Obeyd Allah des têtes «du chef vaincu et de 
ses partisans, têtes qui furent promenées dans les rues 
de K'ayrawân. Les fils de [Sa c id ben] Çàlih' échappèrent 
à la mort en se réfugiant en Espagne, b confiants dans 
la générosité, dont le bruit était arrivé jusqu'à eux, du 
Prince des croyants En-Nàçir ( c Abd er-Rah'màn), et dans 
les bons procédés dont il usait à l'égard de ceux qui 
recouraient à sa protection b. Ils abordèrent à Malaga, 
où l'ordre du prince était arrivé de les recevoir et de les 
traiter libéralement : b il leur envoya des vêtements de 
toute sorte ainsi que tout ce dont ils pouvaient avoir 
besoin, et leur offrit soit de venir à la cour soit de rester 
où ils étaient ; ils choisirent, malgré son noble et géné- 
reux accueil, ce dernier parti b. Meçàla était retourné à 
Tàhert après avoir laissé le commandement de Nàkoûr 
au nommé Dheloûi ; mais celui-ci fut abandonné par ses 
troupes, b et ne resta qu'avec des chi'ites débandés b. 
Alors Çâlih' ben Sa c id ben Çàlih' revint de Malaga et, 
après l'avoir massacré lui et les siens, reprit possession 
de Nàkoûr, d'où il adressa à En-Nàçir des cadeaux con- 
sistant en chevaux et en chameaux 0). 



Nokour ainsi que ce nom a été écrit dans la traduction de Bekri et 
ci-dessus. 

il) Sur ces événements et sur les Edrisides, voir Dozy, Mus. d'Esp., 
m, 33; Bekri, 209 et 268; Berbère*, ir, 145 et 559; Mibçar, p. 45; 
Wiistenfeld, 52 ; Fournel, n, 127. 



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— 248 - 

Récit sommaire de ce qui concerne les chefs de la ville de Nâkoûr 
depuis sa fondation jusqu'à l'époque où nous sommes parvenus. 

Çàlih' ben Mançoûr, connu sous le nom de a Vertueux 
serviteur de Dieu » (el^abd eç-çâlih y ) t arrivé au Maghreb 
lors de la première conquête, du temps d'El-Welid ben 
c Abd el-Melik, s'établit chez les Benoû TimsàmânW, et 
ce fut entre ses mains que les Berbères de cette région, 
qui étaient des Çanhàdja et des Ghomâra, embrassèrent 
Tislamisme. Mais ensuite la plupart, à qui l'observation 
des préceptes de leur nouvelle religion paraissait trop 
pénible, apostasièrent et choisirent pour chef [P. 179] un 
nommé Dâwoûd, connu sous le nom d'El-Mezidi W et 
originaire de Nefza, en même temps qu'ils chassèrent 
Çâlih'. Plus tard, Dieu restaura sa croyance chez ces 
populations, qui, se repentant de leur infidélité, mirent 
à mort Dàwoûd Mezidi et rappelèrent Çâlih'. Cet état de 
choses dura jusqu'à ce que ce dernier mourût à Timsâ- 
mân laissant trois fils, El-Mo e taçim et Idrîs, issus d'une 
Çanhàdjienne, et c Abd eç-Çamad. Le premier fut choisi 
pour remplacer son père et mourut peu de temps après. 
La confiance populaire appela ensuite Idrîs au pouvoir, 
et après la mort de ce dernier il fut remplacé par Sa c id 
ben Idris, qui bâtit la ville de Nâkoûr, à cinq journées 
de Zawàgha, ville appartenant à El-H'asan ben Aboû'l- 
e Aych. Elle est munie de quatre portes, le Bàb Soley- 
mân, le Bàb Béni Ouryàghal, le Bàb el-Moçalla et le Bàb 
el-Yehoûd ; elle renferme une mosquée principale de 



(1) Ce nom se retrouve à plusieurs reprises dans Bckri (pp. 209, 212, 
227 et 228), ainsi que dans Ibn Khaldoùn, mais pour désigner une 
localité. 

12) Dans Bekri (p. 212), on lit Er-Rondi. 



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1 i - 'ff i , * ' - '7 J F^ T^r 



- 249 - 

vastes, dimensions et où le bois de cèdre est le plus em- 
ployé, de nombreux bains, des marchés animés et éten- 
dus ; elle est située entre deux rivières, dont Tune, le 
Nâkoûr, lui a donné son nom M. En 244 (18 avril 858), les 
Madjoûs y pénétrèrent en maîtres, et ceux-là seuls des 
habitants dont Dieu permit la fuite purent échapper; les 
vainqueurs en sortirent après y avoir séjourné huit 
jours. Elle est à cinq milles de la mer. Les descendants 
de Bernés attaquèrent Sa c id ben Idris, mais Dieu lui 
donna la victoire et lui permit de les mettre en fuite; 
leur chef fut tué et les survivants rentrèrent dans le 
devoir. 

Sa c id mourut après trente-sept ans de règne et eut 
pour successeur son fils, Çâlih' ben Sa c id ben Idris 
ben Çàlih' ben Mançoûr. Il laissait encore d'autres fils, 
Mançoûr, H'ammàd, Çàlih', Ziyàdet Allah, Er-Rechid, 
c Abd er-Rah'mân le martyr, Mo c àwiya, c Olhmàn, c Abd 
Allah et Idris. c Abd er-Rah'màn, qui était un juriste 
malékite, fit quatre fois le pèlerinage et franchit la mer 
pour faire la guerre sainte en Espagne ; tous ses compa- 
gnons furent massacrés par le rebelle Ibn H'afçoûn, 
mais lui-même put se réfugier à Murcie ; il trouva 
ensuite la mort du martyr dans l'expédition commandée 
par le général Aboû'l- c Abbâs( 2 ). 

Çâlih' eut à se défendre contre la révolte de son frère 
Idris, soutenu par les Benoû Ouryàghal etlesKeznàya( 3 ). 
[P. 180] Il fut mis en déroute dans une rencontre qui eut 



(1) La seconde est le Ghis, d'après Bekri (p. 210). 

(2) Ah'med ben Moh'ammed, plus connu sous le nom d'Ibn Aboù 
'Abda (Bekri, p. 214, n. 2 ; Dozy, Mus. d'Esp., n, 308 et s,). 

(3) Ou Guezennàya, comme écrit M. de Slane. 



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— 250 - 

lieu dans la montagne des DjeznâyaM, et Idris,. après 
avoir mis son camp au pillage, s'avança sur Nâkoûr, où 
il espérait pénétrer. Mais les habitants se défendirent 
jusqua ce que Çâlih, arrivé avec ses fidèles, pût y péné- 
trer au milieu de la nuit et à l'insu-de son frère, qui 
campait sous les murs de la ville et cherchait à s'en 
emparer. Le lendemain, Idris à cheval et ignorant la 
présence de son frère, fut introduit dans la ville, puis 
les pages de Çâlih', le faisant descendre de sa monture, 
le menèrent à pied auprès du souverain légitime, qui le 
fit d'abord emprisonner; puis, sur le conseil de K'âsim 
Ousnàni( 2 ), il le fit exécuter par son page c Asloûn. 

Les Miknâsa eurent des velléités de résistance et gar- 
dèrent par devers eux le produit des impôts auxquels 
ils étaient soumis. Çâlih* leur écrivit alors une lettre de 
menaces, qu'il scella et déposa dans une musette qu'il 
attacha à son âne; puis il fit partir celui-ci avec un 
homme de confiance qui avait ordre, lorsqu'il serait au 
milieu des Miknâsa, d'abandonner cet animal avec ce 
qu'il portait et de s'en revenir. Les Miknâsa, qui trouvè- 
rent l'âne de Çâlih', lurent le message dont il était por- 
teur, majs ils persistèrent tout d'abord dans leurs dispo- 
sitions ; puis ils se décidèrent à réunir les sommes dues, 
couvrirent lane d'un caparaçon, et le ramenant à Çàliti' 
en même temps que l'argent, lui demandèrent et obtin- 
rent leur pardon. Çâlih' ben Sa c id mourut après un règne 
de plus de vingt ans M. 



(1) Autre Qrthographe de Keznâyx. Bekri, dont le Bayân repro- 
duit le récit, dit: « dans la montagne des Keznàya, connue sous le 
nom de Kouwiu ». 

(2) Ce nom est orthographié de même dans Bekri, mais la correc- 
tion Ouchtâti proposée par Dozy est très plausible. 

(3) De vingt-huit ans, dit Bekri (p. 217). 



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— 251 — 

Il eut pour successeur son fils Sa f id ben Çàlih\ qui, 
après que le pouvoir fut définitivement établi entre ses 
mains, reçut la visite de ses esclaves slaves venant 
réclamer leur mise en liberté : « Vous êtes, leur répondit 
Sald, notre corps de troupes (djùndj et nos esclaves, et 
ne faites pas partie de mon héritage personnel; que 
signifie donc cette demande de mise en liberté ? » Mais 
ils insistèrent, lui firent violence et, proclamant sa 
déchéance, choisirent pour le remplacer son frère c Obeyd 
Allah, et son oncle Aboû c Ali er-Rid'à, qu'ils emmenè- 
rent l'un et l'autre au palais. Mais Sa c id organisa la 
résistance, à l'aide de ceux qui l'entouraient et des fem- 
mes, dans la partie supérieure de cet édifice, puis le 
peuple se mit aussi de la partie, et les mécontents 
furent chassés de la ville et mis en déroute ; pourtant ils 
se fortifièrent dans une bourgade, où ils résistèrent pen- 
dant sept jours, mais Sa c id finit par l'emporter. Il empri- 
sonna son frère f Obeyd Allah ainsi que son oncle Er- 
Rid'â, qui était en même temps son parent par alliance, 
mais il fit exécuter ceux de ses cousins qui avaient par- 
ticipé à la révolte, entre autres El-Aghlab et Abotfl- 
Aghlab. Alors Sa'âdet [P. 181] Allah ben Hâroûn, cousin 
d'El-Aghlab et qui résidait à Nâkoûr avec Sa c id, repro- 
chant à celui-ci d'avoir mis à mort El Aghlab et d'avoir 
épargné son oncle et son frère, s'entendit avec les Benoû 
Içlàten tout en continuant à résider à Nàkoûr, puis il 
quitta la ville avec ses partisans et alla rejoindre cette 
tribu M. Sa c id fut battu par les insurgés, qui lui enlevè- 



(1) Bekri, qu'a suivi notre auteur et qui est plus explicite, dit que 
Sa'id, qui s'était mis en campagne avec Sa'àdet Allah pour combat- 
tre les insurgés, fut trahi par son cousin sur le champ de bataille 
même. 



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- 252 - 

vent ses drapeaux et ses tambours, lui tuèrent un millier 
de ses clients, puis, de concert avec Sa c àdet Allah, 
l'assiégèrent dans Nâkoûr. Mais un revirement de for- 
tune permit à Sa c id de reprendre le dessus : il dispersa 
ses ennemis, fit prisonnier Meymoûn ben Hàroûn, frère 
de Sa'âdet Allah, et après s'être porté à Timsàmân, où 
il brûla et ruina les propriétés de son adversaire, il ren- 
tra à Nâkoûr. Quant à Sa'âdet Allah, après avoir fait la 
paix avec Sa e id, il se rendit chez les Bot'iwa et les Benoû 
Ourtedi, avec l'aide desquels il attaqua et battit les 
Zenâta, de sorte que toute cette région se soumit à lui. 
Il retourna alors habiter Nâkoûr et y vécut en bonne 
intelligence avec Sa f id. 

c Obeyd Allah Chi c i, à la suite de ses conquêtes, écrivit 
aux peuples du Maghreb pour les inviter à reconnaître 
son autorité et à embrasser ses doctrines religieuses. 
Au bas du message qui fut adressé à Sa c id ben Çâlih\ 
se trouvait une longue pièce de vers, où on lisait entre 
autres: 

[T'awll] Si vous marchez droit, je ferai de même pour 
votre bien ; si vous vous détournez de moi, je vous jugerai 
dignes de mort. Mon glaive vainqueur dominera les vôtres, 
j'entrerai sans peine dans votre pays et je le remplirai de 
carnage (*). 

Sa c id fit répondre par son poète : 

[T'awll] J'en atteste le saint Temple de Dieu, tu mens et 
ignores la justice, et le Miséricordieux ne reconnaît aucune 



(1) Ces vers se retrouvent dans Bekri (p. 219), et dans Ibn Khal- 
doûn {Berbères, n, 140). Il en est de même de ceux qui suivent, dont 
l'auteur est le Tolédan Ah'mas, et que Dozy à aussi .traduits (Mus. 
d'Esp., m, 38). 



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- 263 - 

valeur à tes dires. Tu n'es qu'un impie et un hypocrite, et tu 
offres à ceux qui ignorent la règle traditionnelle quelque 
chose digne d'eux. Tout notre zèle est pour la religion de 
Moh'ammed, et Dieu n'a mis en toi qu'un zèle méprisable ! 

c Obeyd Allah envoya alors à Meçàla, son général à 
Tâhert, Tordre de marcher contre Nâkoûr et d'attaquer 
Sa c îd. Meçâia, parti de Tâhert à la nouvelle lune de 
dhoû'l-hiddja de Tannée antérieure à celle où nous 
sommes parvenus (25 mai 917), installa son camp à une 
journée de marche de Nâkoûr. Sa c id Tattaqua, [P. 182] et 
trois jours de combats ne produisirent aucun résultat 
définitif. Sa c id avait avec lui Ah'med ben el-'AbbàsW, 
chef berbère appartenant à la tribu des Benoû It'ewwou- 
fet, qui forma spontanément le projet téméraire d'aller 
attaquer Meçâia dans son camp même avec sept cava- 
liers seulement; mais sa présence fut signalée, Téveil 
fut donné et les huit audacieux furent faits prisonniers. 
Meçâia ayant donné Tordre de les décapiter, Ah'med 
s'écria qu'on n'exécutait pas un homme comme lui. Invité 
par Meçâia à s'expliquer, il lui répondit: « Parce que tu 
ne peux espérer venir à bout de Sa c id que par moi ! » Le 
général chi c ite le laissa donc vivre et le prit en si grande 
faveur qu'il fît de lui son familier; plus tard il lui donna 
un corps de troupes avec lequel Ah'med, pénétrant par 
un côté qu'il savait mal gardé, tomba dans le camp de 
Sa c id, qui ne redoutait rien dans cette direction. Cela 
déconcerta ce chef, qui n'avait pas pris de mesures pour 
parer à cette attaque et qui voyait les assaillants se suc- 
céder les uns aux autres ; se jugeant hors d'état de 
résister plus longtemps, il dépêcha à Nâkoûr des messa- 



(1) Ce nom est écrit dans Bekri (p. 220) « H'amd Ibn el-'Aïyâch ». 



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- 254 - 

gers pour faire sortir les habitants du palais et en tirer 
leurs effets, puis tout ce monde, y compris Çâlih' ben 
Sa c id, Idrîs et El-Mo e taçiru, se retira dans une île du 
port de Nâkoûr. Sa'id combattit jusqu'à ce qu'il tomba 
mortellement frappé, et son camp devint la proie du 
vainqueur, qui entra à Nâkoûr, y tua les hommes et 
réduisit en captivité les femmes et les enfants. Un 
poète M dit à ce propos : 

[Redjez] Après que ce vilain fils de vilain, qui d'ailleurs 
n'était soutenu que par une poignée d'ignorante populace, 
se fut révolté, il se dit que, abandonné par le Seigneur, 
Nâkoûr lui servirait de refuge. Mais la suprême décision du 
destin le surprit (et l'enveloppa) de la même manière que 
l'incendie ardent qui, provenant de Dieu, a ravagé un terri- 
toire depuis longtemps à l'abri. Le vainqueur écrasa la poi- 
trine des habitants de cette ville, et la tête de son chef 
réduit à l'impuissance figura sur la pique des lances flexi- 
bles, garnie de cheveux embroussaillés et flottants, ornée 
d'une barbe poussiéreuse et non peignée. 

[P. 183] Ceux des enfants de Sa c id qui purent s'échap- 
per s'embarquèrent pour Malaga, où ils se fixèrent, à 
cause tant de la proximité de cette ville de leur patrie 
que de l'espoir qu'ils avaient d'y rentrer un jour. Meçâla 
quitta Nâkoûr après un séjour d'environ six mois et y 
laissa pour le remplacer Dheloûl, à qui arriva ce que 
nous avons dit [et que nous répétons]. Quand les fils de 
Sa c id, c'est-à-dire Idris, El-Mo c taçim et Çâlih', qui 
étaient à Malaga, apprirent que Dheloûl avait été aban- 



(1) C'est-à-dire Aboû Dja'far Ah'med ben el-Merwedhi, ainsi que 
nous l'apprend Bekri (p. 222), qui donne aussi les vers cités avec 
diverses variantes, reproduites ici pour la plupart. 



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- 255 - 

donné par les siens â Nâkoûr, ils partirent la même 
nuit, mais sur des bâtiments différents, après être con- 
venus, tant ils étaient sûrs de leurs sujets, que le pou- 
voir appartiendrait au premier débarqué. Dès que la 
nouvelle de la présence de Çàlih, qui arriva la nuit 
même, se répandit chez les Berbères, ils se précipitèrent 
vers lui, l'acclamèrent et lui donnèrent le nom d'El- 
Yetim (l'orphelin); après quoi ils se jetèrent sur Dheloûl 
et sur ses partisans, et les massacrèrent tous. Çàlih' 
informa de l'heureux résultat de sa tentative En-Nâçir 
c Abd er-Rah'mân l'Omeyyade, qui lui fit adresser des 
approvisionnements de tentes, d'objets d'équipement, 
de drapeaux et de tambours. Ainsi se trouva rétabli le 
pouvoir de Çâlih' dans le Maghreb, tandis que ses frères 
errèrent pendant deux mois sur la mer avant de débar- 
quer à Nàkoûr. Cette ville est celle qu'on nomme actuel- 
lement EI-Mazemma ou non loin de là M a. 

b En rebi* I (août-septembre 917), de cette année, fut 
achevée l'installation de la K'âsimiyya, à K'ayrawàn, où 
se transportèrent les marchands et les artisans. 

En cette année moururent Aboû Dja f far Ah'med ben 
Moh'ammed Korachi, connu sous le nom de Maghar- 
baniW, descendant d' e Okba ben Nâfi c Fihri," ascète voué 
aux exercices religieux, qui avait longtemps reçu l'ensei- 
gnement de Soh'noûn et d'autres; ainsi que le kâdi de 
Gafça, Mâlek ben c fsa ben Naçr, qui, à deux reprises 
formant un total de vingt ans, avait voyagé pour 
recueillir les traditions et qui était devenu habile et 



(1) A cinq milles au nord de Nàkoûr, dit Bekri, qui ailleurs con- 
fond ces deux localités (pp. 209 et 227 ; lbn Haukal, éd. de Goeje, 
p. 53; Dozy, Recherches, 3 e éd., n, 279). 

(2) Nom d'une lecture douteuse. 



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- 2&6 ~. 

pénétrant dans cette science. A Rak'k'àda mourut un 
Koreychide d'Ifrik'iyya, Aboûl-Fad'l Moh'ammed ben 
<Abd es-Selâm ben Isrnâ e il ben c Abd es-Selâm, qui des- 
cendait d' c Abd el-Melik ben Merwàn. Il avait, pour 
pénétrer auprès de ceux de sa race et rester avec eux, 
exercé la charge de percepteur d'impôts à Tripoli et à 
Tunis, et avait ainsi pu acquérir [P. 184] sa fortune. Les 
Chiites le firent périr dans les tortures. 

Les habitants ruraux des divers cantons d'Ifrik'iyya 
eurent, cette année-là, à payer une contribution nommée 
iacTyt* (ruine?) et que (les vainqueurs) prétendirent être 
l'arriéré de l'impôt des métairies ^) b. 

En 306 (13 juin 918), le lundi l* r dhoû'1-kVda (4 avril 
919), Aboû'l-K'âsim ben ç Obeyd Allah partit pour sa 
seconde expédition d'Egypte, pour laquelle il réunit des 
forces nombreuses composées de Kotâma ainsi que 
d'Arabes et de Berbères d'Ifrik'iyya ( 2 ). b Entre autres 
conseillers de son père, il emmena Khalil ben Ish'âk', le 
secrétaire Aboû Ghânem, et Menn Allah ben el-H*asan 
ben Aboû Khinzir, qu' c Obeyd Allah déplaça de K'ayra- 
wân pour l'envoyer avec Aboû'l-K'âsim, tandis qu'il le 
remplaçait en qualité de gouverneur de cette dernière 
ville par Aboû Sa'id ed-D'ayf. 

Un incendie éclata dans le marché (souk) de K'ayra- 
wân, dans la nuit du mardi au mercredi 13 dhoû'l-hid- 
dja (16 mai 919). 

Cette année-là moururent Aboû Sa c id Moh'ammed ben 
Moh'ammed ben Soh'noûn, qui avait été élève de son 



(1) Tah'sîf parait avoir ici cette signilication ; cf. suprà, p. 244, où 
le même mot est employé, et Dozy, Supplément, s. v. ££^ôj . 

(2) Sur cette date, cf. Fournel et les auteurs qu'il cite (n, 135). 



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- 257 - 

père et qui s'adonna entièrement à l'ascétisme et aux 
œuvres de piété, — ainsi qu'Aboû'l-Aswad Moûsa ben 
c Abd er-Rah'mân ben DjondobW, connu sous le nom de 
Moûsa el-K'at't'ân, élève de Moh'ammed ben Soh'noûn. 
Du temps d ,e Isa ben Meskîn il occupa, à Tripoli, le poste 
de kâdi, que lui enleva Ibrahim ben Ah'med pour l'en- 
voyer en prison ; il avait fait (un livre en) douze parties 
sur les décisions (ah'kâm) du Koran. A Bark'a mourut 
aussi Aboû Medîni ben Ferroûkh Labîci, qui demeurait 
dans cette ville en qualité de général chi c ite b. 

En 307 (2 juin 919), il y eut en Ifrîk'iyya b et dans les 
régions avoisinantes, jusqu'à l'Egypte b, une violente 
épidémie et une grande cherté de vivres coïncidant avec 
les exactions les plus odieuses des Chi c ites, à qui tous 
les prétextes étaient bons pour dépouiller le peuple. 

Aboû'l-K'âsim envoya contre Alexandrie Soleymân 
ben Kâfi, qui commandait son avant-garde. [P. 185] Ce 
général, avecdes troupes considérables, Kotâmaet autres, 
surprit les habitants sans défense, et cette population, 
en présence de ces nombreux cavaliers et des troupes 
qu'amena bientôt Aboû'l-K'âsim, évacua complètement 
la ville, que ce dernier livra au pillage. Après avoir 
informé son père de ce succès, il fit marcher contre le 
Fayyoûm Soleymân ben Kâfi, qui y entra de vive force, 
s'y livra au meurtre et au pillage, réduisit les enfants en 
captivité, b et y préleva l'impôt foncier^). Des troupes 
nouvelles, venant d'Ifrîk'iyya, ne cessaient d'affluer au- 
près d'Aboû'l-K'âsim, qui, partant d'Alexandrie à la 



(1) On lit ben Hahîb, au lieu de Djondob, dans Ibn Farhoûn (ms 
5032 P., f. 135 v°). 

(2) Voir l'exposé et l'explication de ces rapides succès dans Four- 
nel (il, 136) et Wustenfeld (p. 55). 

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- 258 - 

tête d'une armée innombrable et se dirigeant vers le 
Fayyoûm, installa son camp à Ochmoûneyn en redjeb 
(novembre-décembre 919). Les céréales qu'il y trouva 
encore en gerbes et non emmagasinées furent livrées au 
pillage b ; aussi les vivres se firent-ils rares tant en 
Egypte b qu'au c#mp, puis une épidémie éclata b f et 
beaucoup de gens émigrèrent. b Gomme à ce moment 
l'Egypte était dépourvue de djond, le peuple réuni déci- 
da, après délibération, de confier le pouvoir à Moh'am- 
med ben c Ali Mâderâ'i et à son frère Aboû Zenboûr. 
Ceux-ci informèrent secrètement AboiVl-K'àsim de l'ab- 
sence du djond et de l'état de faiblesse du pays et mani- 
festèrent tout leur empressement à le reconnaître, lui 
demandant seulement de ne pas les presser parce qu'ils 
avaient à compter avec la masse populaire. Ils comp- 
taient qu'il les laisserait tranquilles jusqu'à l'arrivée des 
guerriers de Baghdâd. Mâderâ'i écrivit d'ailleurs à El- 
Mok'tadir pour lui annoncer que l'envahisseur était 
campé dans le pays. 

Le page Themel arriva à la tète des bâtiments syriens 
au secours d'Alexandrie, dans le port de laquelle se 
trouvait une flotte chi'ite; il l'attaqua et la battit le di- 
manche 17 chawwàl (11 mars 920). [P. 186] Il fit prison- 
niers un certain nombre de Kotâma qui la montaient et 
les conduisit à Fostât, où on les promena ignominieuse- 
ment par les rues, montés sur des chameaux ; parmi eux 
figuraient plusieurs officiers chi c ites bien connus pour 
leur bravoure W. 

b Alors mourut en Ifrîk'iyya le kâdi Moh'ammed ben 
Mah'foûz' Kamoûdi, dont le jugement était médiocre et 



(1) Cf. Ibn el-Athir, Annales, p. 316; Fournel, n, 138. 



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- 259 - 

les sentences injustes b. Ish'âk' ben Aboû'l-Minhâl devint 
kàdi à K'ayrawân. 

b Sur K'ayrawân souffla un vent qui rendit l'atmos- 
phère d'un jaune noirâtre et en fit disparaître pendant 
plusieurs jours la transparence, à ce point qu'on ne dis- 
tinguait pas celui à côté de qui l'on était assis. A ce 
brouillard succéda l'épidémie dont il a été question. 

A cette époque moururent Ah'med ben c Ali ben Doû- 
dân le juriste, qui avait entrepris un voyage au cours 
duquel il reçut les leçons de Yoûnos et de Mozni; — le 
juriste Moh'ammed ben Ah'med ben Yah'ya ben Mihrân, 
élève de Moh'ammed ben Soh'noûn ; — Fascète et homme 
distingué Aboû Soleymàn Dâwoûd ben Mesroûr Ghas- 
sâni ; — Moh'ammed ben c Abd Allah, fils du kâdi Ah'med 
ben Mohriz. A Tunis mourut le koreychide Moh'ammed 
ben Ah'med ben c Abd Allah ben Sa c id ben Khâlid ben 
e Obeyd Allah ben c Amr ben c Othmân ben c Affân, sur- 
nommé El-Ba c ra, qui était venu de Médine auprès 
d'Ibrâhîm ben Ah'med et qui se rendit deux fois en 
Espagne b. 

A K'ayrawân, on exécuta, après l'avoir flagellé et lui 
avoir coupé la langue e Aroûs, muezzin à la mosquée 
du juriste Ibn c Ayyâch, à la suite de la déposition de 
plusieurs orientaux (Chiites) qu'il n'avait pas, dans 
l'appel à la prière, crié : Accourez à l'œuvre excel- 
lente, b La victime était un ascète qui gagnait sa vie à 
moudre de la farine et à faire des travaux de sparterie. 

Entre autres juristes moururent à K'ayrawân c Abd 
Allah ben Moh'ammed ben Yah'ya Ro c ayni, élève de 
Soh'noûn; Moh'ammed ben Moûsa Temîmi, cheykh ira- 
kain (hanéfite); Ish'âk' ben Ibrahim ben Aboû c Açim 
Fârisi ; Aboû Dja c far Ah'med ben Mançoûr, client des 



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— 260 — • 

Benoû Temim, connu sous le nom d'Ibn el-Mokra e a 
[P. 187] le blanchisseur, qui avait étudié à la Mekke et 
en Egypte. Il mourut également bien des marchands, 
des serviteurs du sultan et des médecins, dont la liste 
allongerait trop ce livre b. 

En 308 (22 mai 920), Meçâla, général d' c Obeyd Allah, 
s'avança avec ses troupes dans la direction du Maghreb. 
Lorsqu'il approcha de Nakoûr, Çâlih' ben Sa e id quitta 
celte ville pour s'installer solidement dans une montagne 
non loin de là, b la montagne d'AboûVHoseyn b, et 
Meçâla entra à Nakoûr, dont il prit possession. Il en 
repartit pour marcher contre Fez, alors occupée par 
Yah'ya ben Idrîs ben c Omar ben Idris, avec sa famille et 
ses guerriers. Yah'ya tenta de résister, mais après plu- 
sieurs jours de combat il fut mis en déroute, et Meçâla 
put prendre possession de Fez. 

a Voici des vers du poète des (Chi c ites), relatifs à cette 
ville : 

[Baslf] Je suis entré à Fez, que je désirais vivement (visi- 
ter), mais les émanations du fromage m'ont pris aux yeux 
et à la tête. Je n'y rentrerai plus de ma vie, me la donnât- 
on même, elle et tous ses habitants (*) ! a 

b Aboû Sa c id Moûsa ben Ah'med massacra à K'ayra- 
wân Ziyâd ben Khalfoûn le médecin, client des Benoû'l- 
Aghlab, qui était savant dans son art et y apportait de 
brillantes dispositions naturelles. c Obeyd Allah, qui 
avait eu besoin de Ziyâd et lui avait accordé sa faveur, 



(1) Bekri (p. 266) cite ces vers et leur donne pour auteur Ibrahim 
ben Moh'ammed Açili. — Sur cette campagne de Meçâla, voir Bekri, 
p. 283 et 285 ; Berbères, u, 145 et 526 ; Fournel, n, 141. 



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- 261 - 

l'avait mis en garde contre la rancune que lui gardait 
Aboû Sa c id par suite d'un différend survenu entre eux, 
lui défendant d'aller à K'ayrawàn pendant qu'Aboû Sa f id 
y serait. Ziyàd respecta d'abord cette recommandation ; 
mais il entra une fois dans la ville pour y passer la nuit, 
et Aboû Sa f id, qui était à RakVàda et le faisait surveil- 
ler par des espions, envoya des émissaires le massacrer 
dans sa maison même b. 

c Obeyd Allah alla habiter Mehdiyya avec sa famille et 
y transporta ses richesses et son mobilier, le jeudi 
[P. 188] 8 chawwàl (19 février 921), â la suite de l'achè- 
vement de son palais, de celui de son fils Aboû'l-K'àsim, 
des fortifications de la ville et d'une partie des demeures 
des grands, et bien qu'il restât encore des travaux à 
exécuter, a Les poètes lui adressèrent à ce propos leurs 
félicitations et firent des éloges qui frisaient l'infidélité, 
comparant Mehdiyya à la Mekke et disant d'autres cho- 
ses indignes d'être citées a. b Les pluies violentes qui 
tombèrent à K'ayrawàn et à RakVàda ruinèrent les 
constructions et forcèrent f Obeyd Allah à précipiter son 
déménagement. Les poètes d'Ifrik'iyya firent, à propos 
de son installation nouvelle, des poésies dont nous cite- 
rons quelques vers pour montrer ce que ce prince jugeait 
permis et laissait dire en poésie : 

[Wâfir] Tous mes vœux, ô prince magnanime, pour ton 
arrivée qui est pour notre époque un sourire ! Tu t'installes 
sur un noble sol qu'ont préparé pour toi tes glorieux messa- 
gers. Si le temple et ses entours, si les tombeaux qui s'y 
trouvent ont' une haute importance, il est au Maghreb une 
noble demeure vers laquelle se tournent les faces de ceux 
qui prient et qui jeûnent : c'est la sacrée et respectable Meh- 
diyya. de même que l'on trouve au Tehâma la ville sacrée. 



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- 262 - 

Le Mak'àm Ibrahim M peut n'y être pas, tes pieds en foulant 
le sol de cette cité font comme s'il y était ; et si le pèlerin va 
à la Mekke donner un baiser au coin sacré (rokn), nous 
donnons le nôtre aux parois de ton palais ! Un empire vieilli 
par le cours du temps ne repose plus que sur des bases hors 
d'état de résister à l'épreuve ; mais ton empire à toi, ô Mahdi, 
sera toujours jeune, et c'est le temps même qui le servira ; 
à toi et à ta race, là où vous êtes le monde est à vous, et il 
trouvera un imâm en chacun de vous ! 

En cette année fut exécuté à K'ayrawân le Koreychide 
de la branche de Teym c Ali ben Moh'ammed ben c Abd 
Allah ben c Abd er-Rah'mân ben Hàchim ben e Abd el- 
c Aziz ben c Abd er-Rah'màn ben Aboû Bekr Çiddik\ 
L'auteur de sa mort fut Aboû Saîd Moûsa ben Ah'med, 
qui le soupçonnait d'avoir écrit à f Obeyd Allah pour le 
dénoncer comme coupable d'une entente avec les K'ayra- 
wâniens [P. 189] à l'effet de provoquer un soulèvement. 
c Obeyd Allah, après avoir jugé le Koreychide, le fit em- 
prisonner et étrangler. 

Alors moururent Aboû Dja c far Ah'med ben Temim, 
officier (autrefois) au service des Aghlabides, — l'ascète 
et juriste Sa c id ben H'akmoûn ; — Ibrahim ben Yoûnos, 
dit Ibn el-Hassab, client de Moûsa ben Noçayr et sur- 
nommé le H'àrith [ben c Obàd] du calcul, qui avait rendu 
la justice à K'ayrawân et avait été kâdi à Rak'k'âda; — 
les juristes irakains Ah'med ben c Abd er-Rah'màn 
Lakhmi, élève de Moh'ammed ben Wahb et d'autres, — 
ainsi qu'Ah'med ben c Abdoûn ben Wahb. Citons encore 



(1) Le «piédestal d'Abraham», que Ton montre encore de nos jours, 
est le quartier de roche qui porte, prétend-on, la marque du pied de 
ce patriarche : il s'en servit pour continuer la construction de la Ka'ba 
quand le mur eut atteint une certaine hauteur. 



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- 263 - 

la mort du chaste ascète Er-Rebi* ben Hichàra Temimi i. 

En 309 (11 mai 921), Meçâla ben H'aboûs conquit et 
pilla la ville de Sidjilmàssa, dont le chef Ah'med ben 
Midràr fut tué. Il s'éloigna b après en avoir remis le gou- 
vernement à El-Mo c tazzben Moh'ammed ben Midràr b (*). 

En cette année, le missionnaire Mounib ben Soleymân 
Miknâsi dévoila, du côté de Tàhert, les doctrines orien- 
tales et (entre autres choses) le caractère licite de choses 
réputées illicites. c Obeyd Allah, dit-on, les avait, lui et 
d'autres missionnaires, envoyés de divers côtés avec 
mission de propager les nouvelles doctrines ; et quand 
ils rencontraient des adeptes bien disposés et fermant 
les yeux sur ce qui leur était conseillé, ils développaient 
et exposaient la foi nouvelle devant la foule. Quand 
donc Mounîb crut avoir trouvé dans la montagne de 
Wàncherich un terrain favorable, il appliqua les instruc- 
tions d' c Obeyd Allah : un missionnaire, par exemple, 
allait trouver la femme de son voisin et avait commerce 
avec elle sous les yeux de celui -ci ; puis, en s'en allant, il 
disait au mari, en lui crachant à la figure et en le frap- 
pant à la nuque : « Supporteras tu tout cela ? » S'il répon- 
dait affirmativement, b sa foi était censée complète et b 
on le comptait dorénavant parmi les patients W. [P. 190] 
Mais le peuple se souleva contre ces missionnaires, et le 
meurtre qu'il fit de quelques-uns arrêta les autres W. 

Aboûl-K'âsim rentra à Mehdiyya le samedi 1 er redjeb 



(1) Cf. Bekri, p. 335; Berbère», n, 259 et 527 ; Fournel, n, 143 ; Wûs- 
tenfeld, 58. 

(2) Je lis 3o^LoJ\ ^ 

(3) M. de Goëje admet que Vordalie de patience a pu être prèchée 
par un enthousiaste insensé sans cependant faire partie des doctrines 
nouvelles (Mém. sur les Carmathes y p. 159). 



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- 264 - 

(4 novembre 921), de retour de son expédition du Fay- 
yoûm, qui avait duré deux ans et huit mois. 

c Obeyd Allah fit emprisonner environ deux cents hom- 
mes qui avaient publiquement manifesté leurs opinions 
chi c ites à K'ayrawàn,à Bàdja et à Tunis, cohabitant avec 
des femmes qui leur étaient interdites, mangeant du porc 
et buvant du vin en ramad'ân, et cela au su de tout le 
monde, grands et petits, si bien que cela fut reproché à 
Aboû'l- K'àsim pendant qu'il était dans le Fayyoûm. Ces 
faits étant devenus le sujet de toutes les conversations, 
'Obeyd Allah écrivit aux gouverneurs qui le représen- 
taient dans ces divers endroits d'envoyer par devant lui 
les coupables garrotés. 11 les fit jeter en prison, où ils 
moururent pour la plupart. Parmi ces hommes, tous bien 
connus en Ifrîk'iyya, figurait Ah'med Balawi le marchand 
d'esclaves, qui, quand c Obeyd Allah était à Rak'k'àda, 
priait en se tournant vers cette ville, bien qu'elle fût à 
l'ouest, et qui ensuite se tourna vers Mehdiyya, qui était 
à Test, quand ce prince s'y fut transporté, car, disait-il, 
«je n'adore pas un être invisible ». b II interpellait c Obeyd 
AUàh en lui disant: « Monte donc au ciel ! Combien de 
temps veux-tu donc encore rester sur cette terre et con- 
tinuer de marcher dans les rues? b». Comme il disait 
aussi aux K'ayrawâniens que ce prince connaissait leurs 
secrets et leurs pensées, b l'un d'eux s'approcha de lui 
pendant qu'il parlait ainsi et lui glissa ces mots dans le 
tuyau de l'oreille : « Cet c Obeyd Allah dont tu parles est 
un fornicateur issu de l'adultère; qu'il se venge donc s'il 
sait ce que je dis! » L'autre poussa un grand cri et lui 
répondit: « Malheureux que tu es ! sache que son carac- 
tère est doux et que sa vengeance n'est pas immédiate. » 
Un autre coupable était Ibrahim ben Ghâzi, qui prenait 



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- 265 - 

de la nourriture sans se cacher au mois de ramadan 
[P. 191] et qui commettait les plus grands péchés; cepen- 
dant, sous les Aghlabides, il vivait en ascète, séjournant 
au ribâV de Kaçr et-T'oûb, non loin de Sousse, ville dont 
les habitants voulurent le choisir pour en faire leur 
imam de la prière du vendredi. 

La même année, des K'ayrawâniens accompagnés de 
leurs f em mes et de leurs enfants se présentèrent à Aboû'l- 
Kâsim pour lui exposer secrètement leurs plaintes contre 
la violence d'Aboû Sa c ld.et des préposés des corps de 
garde, dépeignant leurs injustices et leurs exactions. Ce 
prince leur procura une audience de son père, et là ils 
renouvelèrent leurs plaintes en présence d'Aboû Sa c id 
lui-même. c Obeyd Allah leur jura qu'il ignorait ces ini- 
quités et les renvoya avec la promesse de les faire trai- 
ter avec justice. Aboû Sa c id reçut Tordre d'amener son 
secrétaire et un certain nombre des préposés des corps 
de garde, qui furent emprisonnés ; mais le secrétaire fut 
relâché b. 

Un ordre d' c Obeyd Allah enjoignit aux pèlerins de 
prendre, à l'exclusion de toute autre, la route de Meh- 
diyya, pour y payer les impôts qu'on exigeait d'eux b 
dans les diverses provinces (?). Sous les Aghlabides, les 
K'ayrawàniens disaient en proverbe, pour indiquer une 
chose impossible : Si tu veux aller en pèlerinage, prends 
par Bendoûn, parce que Bendoûn est une bourgade sur 
la route de Djemma, tandis que le chemin direct est par 
l'Egypte. La défense faite par c Obeyd Allah aux pèlerins 
de passer par un autre point que Mehdiyya rendit l'an- 
cien proverbe vrai b. 

c Obeyd Allah fit exécuter le juriste Aboû c A|i H'asan 
ben Mofarredj et le dévot Moh'ammed Chidhoûni, qui 



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- 266 - 

furent accusés par devant lui d'accorder à certains Com- 
pagnons la prééminence sur Ali. 

b A Sousse mourut le juriste Aboû'l-Ghoçn Nak'ch, 
élève de Soh'noûn, d' f Awn ben Yoûsof et d'autres encore. 
Il faut aussi citer la mort du juriste Moh'ammed ben 
Haythem ben Soleymân ben H'amdoûn [P. 192] K'aysi, 
ainsi que des deux Moh'ammed, fils d' c Abd es-Selâm ben 
Ismà c il, descendants d' c Abd el-Melik ben Merwân b. 

En 310 (30 avril 922), Meçâla ben H'aboûs vint à Meh- 
diyya trouver c Obeyd Allah ; après qu'il y eut séjourné 
quelques jours, il fut renvoyé par le prince à Tàhert, b et 
partit en cha c bân (novembre-tlécembre 922). 

Il fut donné lecture dans la grande mosquée de K'ay- 
rawàn d'une dépêche d' c Obeyd Allah relative à un com- 
bat survenu à Dhàt el-HomàmM entre Felàh' ben K'a- 
moûn et le djond d'Egypte. 

Un général d' c Obeyd Allah, Aboû Ma e loûm Fah'loûn 
Kotâmi, trouva la mort dans la montagne de l'Aurès, où 
il avait été envoyé par le prince. Il exigea des habitants 
des sacrifices dépassant leurs forces et leur commanda 
de mener leurs familles W à Mehdiyya. Feignant d'obéir, 
ils se mirent d'abord en marche ; puis une certaine nuit 
ils l'attaquèrent lui et son djond de Kotâma, et ils les 
massacrèrent tous. 

Nefoûsa se détacha d' c Obeyd Allah et prit pour chef 
Aboû Bat't'a, qui recruta bientôt de nouveaux adhérents 
et acquit une grande autorité. c Obeyd Allah envoya con- 



(1) A trente-huit milles d'Alexandrie (Bekri, p, 7 ; Edrisi, p. 164). 

(2) Le sens que j'ai donné à ce mot est celui qu'il a habituellement 
en Algérie. Cependant, il signifie aussi fourrage et Wùstenfeld 
(p. 61) l'a rendu par « bestiaux. » 



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- 267 - 

tre lui le missionnaire e Ali ben SelmânM à la tête d'un 
fort corps de troupes; mais ce général, battu dans une 
attaque de nuit, laissa sur le champ de bataille de nom- 
breux soldats, tandis que le reste se débandait et l'aban- 
donnait. c AIi gagna Tripoli, et f Obeyd Allah, informé par 
lui des événements, envoya à c Ali ben Lok'mân, gou- 
verneur de Gabès, Tordre de tuer tous les fuyards qui 
passeraient à sa portée ; il en fut ainsi mis à mort un 
certain nombre. e Ali ben Selmân put ensuite, grâce aux 
secours que lui envoya c Obeyd Allah, entamer résolu- 
ment le siège de Nefoûsa. 

Le page Mas c oûd, à la tête de vingt galères, fit une 
expédition contre les chrétiens ; il conquit Aghâthi (Santa 
Agata, en Calabre), en fit les habitants prisonniers et 
rentra ensuite à Mehdiyya< 2 ). 

En cette année mourut Moh'ammed ben Sellâm ben 
Seyyâr Bark'i Hamadàni, qui était versé dans la con- 
naissance des doctrines chi'ites, ainsi que le Koreychide 
Ah'med ben Yah'ya ben Khàlid Sehmi, qui avait dépassé 
quatre-vingt-dix ans ; il avait voyagé (pour étudier) et 
avait entendu expliquer le Mosned d'Aboû Sindjar par 
l'auteur même b. 

[P. 193] a H'asan ben r Ali< 3 ) H'asani, soutenu par les 
Berbères, se révolta et marcha sur Fez (qu'il prit). Le 
général Kotâmien [Rih'àn ben c Ali ?] qui arriva dans eetle 
ville pour y représenter l'autorité d' c Obeyd Allah dut se 
retirer et laisser la place à son adversaire. Celui-ci en- 



(1) Un peu plus loin on lit : « Ali ben Aboû Selmàn. » 

(2) Cet alinéa figure dans la Bihlioteca (n, 27). 

(3) Il doit s'agir de Hasan ben Moh'ammed ben el-K'àsimHaddjàm, 
ainsi qu'on le voit par Bekri, p. 285. La date de 310 ne parait pas 
non plus être exacte. Cf. Fournel, n, 142 et 153 ; infra, p. 220 du texte. 



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— 268 - 

suite, grâce à une attaque perfide de H'àmid ben H'am- 
dân, dut en sortir et fut remplacé par [Moûsa] Ibn Aboû'l- 
f Afiya, qui était au service desOmeyyades, et qui y resta 
jusqu'à ce qu'il dut se retirer en présence de l'arrivée de 
Mesroùr et de Djawher, généraux envoyés par f Obeyd 
Allah. Le représentant de celui-ci détint la ville jusqu'à 
ce qu'il en fut chassé par les Idrîsides, lesquels à leur 
tour en restèrent maîtres jusqu'au jour où une armée 
envoyée par En-Nâçir, le prince omeyyade d'Espagne, 
s'en empara. 

En cette année aussi mourut Aboû Dja c far T'abari [le 
célèbre chroniqueur] a. 

En 311 (20 avril 923), b le samedi 19 djomàda II (4 octo- 
bre 923), c Obeyd Allah révoqua le kàdi de K'ayrawân, 
Ish'âk' ben Aboû'l-Minhâl, à qui il fît dire par un messa- 
ger: « Cette mesure n'est pas motivée par quelque acte 
coupable de ta part, mais seulement par ta douceur et 
ton indulgence, b » Il le remplaça par Moh'ammed ben 
c Imràn Nef ti, alors kâdi de Tripoli, ville où ce magistrat 
avait amassé de grandes richesses provenant tant des 
habous que de pots de vins; il les offrit à c Obeyd Allah 
et sut ainsi se concilier la faveur du prince. 

Le lundi 17 cha c bân (30 novembre 923), c Ali ben Aboû 
Selmân infligea aux habitants de Nefoûsa une défaite 
qui le rendit maître de leur forteresse; il la ruina, mas- 
sacra les hommes et réduisit les enfants en esclavage. 

h Le juriste Moh'ammed ben El- c Abbâs Hodheyli, 
dépouillé de ses vêtements, reçut la bastonnade dans la 
grande mosquée ; frappé à la nuque de coups qui lui 
firent saigner la tête, il fut ensuite l'objet d'une procla- 
mation criée dans les marchés de K'ayrawàn, à la suite 
de la déposition provenant de plusieurs chi'ites qu'il dé- 



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blatérait contre le prince et rendait des fetwas d'après 
la doctrine malékite. 

Mesroûr ben Soleymân ben Kàfi pénétra dans les 
oasis du Ça'id d'Egypte, qui sont deux forteresses situées 
[P. 194] dans le désert, au milieu des sables, et où com- 
mandait KerbàziW au nom du souverain d'Egypte. Mes- 
roûr le battit, fit prisonniers son fils et son neveu et 
s'empara du pays. La peste ayant ensuite éclaté parmi 
ses troupes, ce général ruina les deux forteresses, arra- 
cha les palmiers et se retira à Bark'a. 

En cette année, mourut à K'ayrawàn Moh'ammed ben 
Cheyba ben H'assân, qui était un homme juste, vertueux 
et connaissant la tradition. Cheyba figurait parmi les 
officiers entrés en Ifrik'iyya avec Yezid ben H'âtim. 

A Tunis mourut Aboû Dja'far Moh'ammed ben Temîm, 
ancien officier de Ziyûdet Allah çfui s'était enfui auprès 
d'Aboû c Abd Allah le chi c ite et qui entra avec lui en Ifri- 
k'iyya. Citons encore la mort d'Aboû'l-Fad'l Ah'med ben 
Dja c far ben Moûsa Çomâdih'i b. 

En 312 (8 avril 924), Meçâia ben H'aboûs, quittant 
Tàhert pour attaquer les Zenâta, conquit leur territoire 
où il mit tout à feu et à sang. Mais il (commit l'impru- 
dence d') envoyer contre un certain point du territoire 
d'Ibn-Khazer une troupe de cavalerie composée de la 
plupart de ses guerriers et des principaux de ses offi- 
ciers et de ne garder avec lui qu'un petit nombre d'hom- 
mes. Ibn Khazer, qui l'apprit, marcha contre lui et lui 
livra, le vendredi 19 cha c bân (21 novembre 924) un com- 
bat où Meçâia, après une résistance acharnée, succomba 
et où les siens furent mis en déroute W. 



(1) Cette lecture est douteuse, le signe rendu par 6 étant sans point. 

(2) Sur la date de la mort de Meçàla, voir Fournel, n, 144 et 146. 



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- 270 - 

b Le chambellan Dja c far ben c Obeyd partit avec une 
flotte considérable pour tenter une attaque contre les 
chrétiens de Sicile ; il hiverna dans ce pays, mais n'eut 
pas d'occasion de livrer bataille 60). 

En rebî c I (juin-juillet 924) mourut à K'ayrawân le 
kâdi Moh'ammed ben c Imrân Neffi, b juge vénal et 
commettant toute sorte d'actes défendus b, c Obeyd Allah 
confia de nouveau cette charge à Ish'àk ben Aboû'l- 
Minhàl, b et inséra ceci dans l'acte de nomination : 
« Nous t'avions révoqué à cause de ta douceur et de ton 
indulgence, nous te renommons à cause de ta piété et de 
ton intégrité. » 

En cette année mourut Moh'ammed ben H afç, homme 
intelligent, distingué et pieux. Sous les Aghlabides il 
avait été imâm [P. 195] chargé des prières nocturnes de 
deux rek'a à la grande mosquée de K'ayrawân, puis 
imâm à la grande mosquée de Rak'k'âda, où il gagnaity 
dix mithkal par mois. Merwezi le fit appeler et lui parla 
en ces termes : « Les fonctions d'imâm ne sont exercées 
chez nous que par des amis du Prince des croyants; 
va donc trouver l'un des missionnaires qui te donnera 
l'initiation, et tu garderas ta place. » Il voulait ainsi le 
faire devenir chi c ite et l'engager dans la même voie d'in- 
fidélité qu'eux. Moh'ammed demanda une journée de 
réflexion, ce qui lui fut accordé ; mais le lendemain il 
revint dire qu'il lui répugnait d'accepter aucune de leurs 
doctrines, et il fut révoqué. 

On lut à K'ayrawân et dans la région une circulaire 
d' c Obeyd Allah annonçant, à la date du jeudi 8 moh'arrem 



(1) Cet alinéa figure dans la Biblioteca d'Amari, n, 27. 



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- 271 - 

(15 avril 924), la conquête des oasis car Mesroûr ben 
Soleyrnân. ben Kàfi b. 

En 313 (28 mars 925), le chambellan Aboû Ah'med 
Dja c far ben c Obeyd dirigea contre la Sicile une expédi- 
tion où il fît de nombreuses conquêtes, entre autres la 
ville de Wàri(Oria), où il massacra six mille combattants 
et fit dix mille prisonniers, b Parmi eux figurait un 
patrice qui se racheta, lui et la ville, moyennant cinq 
mille mithkâl. Dja c far alors regagna la Sicile (musul- 
mane) et arriva (à Palerme) le 25 rebi c II (20 juillet 925). 
Il envoya la nouvelle de ses victoires à c Obeyd Allah, 
b puis regagna Mehdiyya où il remit au prince tout le 
butin qu'il avait fait. Un de ses officiers raconta qu'étant 
entré chez le prince, il y avait vu de nombreuses pier- 
reries, du brocard précieux et de l'or, ce qui lui fit dire 
qu'il n'avait jamais assisté à un pareil déploiement *de 
richesses : « Tout cela, lui dit c Obeyd Allah, provient du 
butin fait à Oria. » Mais cet homme voulant faire l'éloge 
de Dja c far, reprit : « Seigneur, celui qui t'a livré ces dé- 
pouilles est l'homme sûr par excellence 1 — Par Dieu ! 
repartit aussitôt c Obeyd Allah, du chameau, il ne m'a 
remis que les deux oreilles ! b »( ! ). 

Ah'med ben Bah'r ben c Ali ben Çâlih', connu sous le 
nom d'Ibn AkhoûW Kirâm, fut nommé au bureau des 
réclamations [P. 196] à K'ayrawàn b et prit possession de 
son poste le 11 djomâda II (2 septembre 925). 

A Sousse mourut le juriste Moh'ammed ben Best'âm 
ben Redjâ D'abbU 3 ), qui avait fait un voyage d'études et 



(1) Ce paragraphe figure dans la Biblioteca, n, 27. Cf. Fournel, n, 
150; lbn el-Athîr, Annales, p. 317. 

(2) Variante Aboû. 

(3) Il est parlé de lui par lbn Farhoûn (ms 5032 de Paris, f, 107 v.). 



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— 2?2 — 

écouté les leçons d'Ibn e Abd el-H'akam et d'autres. Citons 
aussi la mort d' e Abd el- e Aziz ben Cheyba, qui avait aussi 
fait un voyage d'études au cours duquel il assista aux 
leçons de Bondâr, d'Aboû Moûsa er-Raman (?) et d'Aboû 
H'afç K'allâs. A défaut d'autres héritiers, ce fut e Obeyd 
Allah qui recueillit sa succession, où figurait une mos- 
quée attenante à sa demeure et à son fondouk. Le cura- 
teur aux successions fit fermer à e Obeyd Allah les portes 
de la mosquée, mais lui remit l'habitation et le fondouk b. 

c Obeyd Allah fit commencer par c Ali ben H'amdoûn 
Djodhâmi, surnommé Ibn el-Andalosi, la construction de 
la ville de Mesila qu'il appela Moh'ammediyya, au milieu 
du territoire des Benoû Berzàl et des Benoû Kahlân, 
et non loin des Hawwâra< 2 >. Elle était -située sur une 
rivière et avait une double muraille tout à côté de 
laquelle se trouvait un canal (alimenté par) cette rivière. 

b En 314 (18 mars 926), 'Obeyd Allah enleva le gouver- 
nement de K'ayrawân à son page Nesîm et l'interna à 
Mehdiyya, où il fut emprisonné chez le page Djawdher 
tandis que ses biens étaient confisqués, car cet homme 
était emporté et prompt à la bastonnade. Cette place fut 
donnée au page Çâbir, client d'Ibn K'orhob b. 

Ibn Khazer marcha contre Tâhert, mais ses attaques 
furent repoussées et il dut fuir. e Obeyd Allah lança à sa 
poursuite Moûsa ben Moh'ammed Kotâmi avec plusieurs 
autres officiers, b A l'arrivée de ceux-ci à T'obna b, Mo- 



(1) Il est appelé 'Ali ben Ah'mcd ben Hanidàn par Dbehebi, ms 
1636 du Brit. Muséum., f. 86. 

(2) Sur la fondation de cette ville, voir Ibn el-Athir, p, 318 ; Four- 
nel, ii, 147 ; Wûstenfeld, 65, et aussi Bekri, 143 ; Istibçar, trad. fr., 
p. 107 ; IbnKhaldoûn, n, 527 ; Edrisi, 99. - Il faut, si je ne me trompe, 
lire « Benoû Kemlàn » avec Ibn Khaldoùn et Ibn el-Athir. 



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- 273 - 

h'ammed ben Khazer gagna le désert, laissant à Wâdi 
Marmara (*) son frère c Abd Allah et ses principaux 
guerriers. L'attaque des troupes chi e ites détermina un 
violent combat [P. 197], où l'avantage resta à Ibn Khazer, 
b de sorte qu' c Obeyd Allah envoya contre lui Ish'âk' ben 
Khalifa b. Alors les Lemàya et les tribus berbères qui 
leur étaient voisines se prononcèrent contre les Chi'ites 
et demandèrent à Ibn Khazer de les appuyer, b e Obeyd 
Allah répondit à la demande de secours que lui adressa 
Ish'âk' par l'envoi d'un renfort considérable, qui fut 
battu par les Berbères. Moh'ammed ben Khazer, qu'ils 
informèrent de leur succès b, leur donna pour chef son 
frère e Abd Allah, qui les mena à de nombreux combats 
contre les troupes chi'itesi 2 ). 

b A Mehdiyya mourut subitement le chanteur Mounis 
Baghdâdi, client de Moûsa ben Boghâ b. 

En 315 (7 mars 927), le jeudi 9 çafar (14 avril), Aboû'l- 
Kâsim ben c Obeyd Allah quitta Mehdiyya pour marcher 
contre le Maghreb. Il prit la route de K'ayrawân, b puis 
il campa à Laribus, où il attendit quelques jours que ses 
troupes fussent rassemblées b ; il se dirigea alors sur 
Bâghûya, puis marcha vers le territoire des Kotâma et 
arriva à une montagne où se trouvaient les Benoû Berzàl 
b et un groupe des Meklâta 6. Ils lui opposèrent de la 
résistance, mais il vint à bout d'eux et s'avança alors vers 
Medghara < 3 ), puis vers Soûk' Ibrahim < 4 >, et l'intensité du 



(1) Le texte porte « Mez'mâma ». Les Mat'màt'a, qu'on retrouve 
maintenant dans la Tunisie méridionale, habitaient alors de ce côté, 
comme le fait remarquer Dozy, et ainsi que le dit par exemple 
Bekri, pp. 158 et 208. 

(2) Fournel, n, 155; Wûstenfeld, 63. 

(3) Probablement Milyâna, ainsi désignée du nom de la tribu qui y 
habitait (de Goeje, Jakubii descr. el-Maghribi, p. 98 ; Fournel, n, 160). 

(4) Sur les bords du Chélif, voir notamment Jakubi, p. 99. 

18 



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- 274 - 

froid aussi bien que la quantité de boue le retinrent dans 
cette région plus d'un mois, b L'un des principaux guer- 
riers d'Obeyd Allah a ratonté qu'il était un jour assis 
auprès de ce prince avec d'autreà de ses serviteurs et de 
ses compagnons, alors que le manque de nouvelles 
d'Aboû'l-K'àsim autorisait des conjectures fâcheuses. 
Tout à coup une lettre de lui arriva pendant qu'ils étaient 
là, et son père, après l'avoir lue, se mit à pleurer ; nous 
craignions quelque malheur et nous allions aussi nous 
mettre à pleurer, quand c Obeyd Allah prit la parole : « 
grand Dieu ! tu sais qu'en envoyant mon fils au Maghreb 
je n'ai cherché qu'à t'être agréable, à propager ta religion 
et à abattre tes ennemis, car ce n'est pas sans douleur que 
je me sépare de lui un seul jour; » puis se tournant vers 
nous : « Mon fils et votre maître m'informe [P. 198] par 
cette lettre qu'il a dû séjourner un mois tout entier dans* 
le même campement, où la pluie n'a pas cessé de tomber 
chaque jour du matin jusqu'au soir 6, et qu'il a dû fran- 
chir à pied de nombreuses montagnes, trop abruptes 
pour permettre l'emploi du cheval, ne prenant comme 
nourriture quotidienne qu'un œuf ou quelque chose 
d'analogue, tant les mouches étaient nombreuses au 
camp. » 

b Le page Çâbir, à la tête de quarante-quatre bâtiments, 
dirigea contre les chrétiens de Sicile une expédition qui 
réussit ; il y fit des prisonniers et tua un certain nombre 
d'hommes W. 

Par ordre d'*Obeyd Allah, on décapita dans la Ramla 



(1) Cet alinéa ligure dans la Biblioteca (n, 28). Sur cette expédition 
et celle de 316, cf. Ibn el-Athir, p. 320; Fournel, ir, 161 et 162. — Ou 
trouve aussi le nom de Çâbir écrit Çâ'in et Çârib. 



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— 2Î5 — 

de Mehdiyya (*) le missionnaire Mo'alla ben Moh'ammed 
Meloûsi, qu'Aboû'l-K'àsim lui avait envoyé chargé de 
chaînes du Maghreb. 

On tua chez les Maçmoûda du Sahel, dans les environs 
de Tanger, l'imposteur H'âmim ben Menn Allah. Il s'était 
donné comme prophète dans la montagne qui porte 
son nom, et de nombreux Berbères idolâtres avaient 
répondu à son appel et reconnu son caractère d'apôtre. 
Il leur avait présentée jeûner le jeudi, et l'infraction à 
cette règle était punie d'une amende de cinq bœufs ; de 
jeûner le lundi, et l'infraction à ce jeûne coûtait deux 
bœufs, et d'autres sottises analogues (*). On a fait sur lui 
des vers dont voici quelques-uns : 

[T'awil] Ils ont faussement prétendu que H'âmim leur a 
été envoyé porteur d'une religion à la clarté évidente et 
lumineuse. « Vous mentez, leur ai-je dit, et puisse Dieu 
rompre votre ligue! Cet homme n'est qu'un débauché issu 
de la fornication, et si H'âmîm est un apôtre, je serai le pre- 
mier à ne pas croire à celui de qui il tient sa mission ! Ils 
tiennent d'une vieille fourbe et astucieuse (3), plus habile en 
sortilèges que nul autre magicien, des paroles de mensonge 
dont Satan a ourdi la tramer ils veulent les tenir cachées,, 
mais Dieu dévoile tous les secrets (*). » 



(1) C'est-à-dire dans l'espace sablonneux, qui a retendue d'un jet de 
flèche, entre Mehdiyya et Zawila (Edrisi, p. 128). 

(2) Voir Bekri (p. 229), où l'on trouve plus de détails et où il est parlé 
du jeûne partiel du mercredi, et non du lundi; Istibçàr, p. 79 ; trad., 
p. 143 ; H. des Berb., n, 143 et 492. 

(3) Allusion au rôle important joué auprès de H'âmim par sa tante 
Tànkit, et aussi par sa sœur Daddjoû. 

(4) Ces vers ont pour auteur 'Abd Allah ben Moh'ammed el-Mek- 
foûf ou 'Abd Allah el-Kaôf. Sur les variantes qu'ils présentent, voir 
la p. 14a de la trad. de VIstibçàr, 



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- 276 - 

b Celte année-là, mourut en Ifrik'iyya Moh'ammed ben 
Selmoûn el-K'at't'ân, [P. 199] qui avait pendant long- 
temps suivi les leçons des disciples de Soh'noûn. H'âtim 
ben e Abd er-Rah'màn ben H'àtira, qui, après avoir 
voyagé en Irak et reçu les leçons de Soh'noûn, pratiquait 
le commerce et était un homme juste, mourut égale- 
ment b. 

En 316 (24 février 928), Aboû'l-K'àsim marcha contre 
les tribus berbères du Maghreb étudia camper sous les 
murs du fort de Bark'aM appelé Aghrar, le mardi 16 
moh'arrem (11 mars 928). Il en commença l'attaque, puis 
fît miner les fortifications, qui s'écroulèrent en enseve- 
lissant un grand nombre des assiégés et des assaillants. 
Ceux-là, voyant qu'ils allaient avoir le dessous, incen- 
dièrent leurs richesses, coupèrent les jarrets de leurs 
montures et de leurs bêtes de somme et combattirent 
jusqu'à la mort; un certain nombre furent faits prison- 
niers et la place fut livrée au pillage. Les Hawwâra et 
les Letnâya reconnurent alors l'autorité des Chi c ites, et 
Aboû'l-K'âsim leur accorda l'amnistie. Il se dirigea 
ensuite vers Tàhert, où il séjourna un mois environ, b 
puis poussa vers Tâmghale.tW, d'où il surveilla pendant 
deux mois Ibn Khazer, qui était alors dans la localité 
nommée Awren b. Il regagna ensuite T'obna, d"où il 
repartit pour Mehdiyya, mais sans s'être mesuré avec 
Ibn Khazer. Son départ, dit-on, fut provoqué par une 
lettre de son fils K'âsim, lui annonçant qu'on parlait du 
projet d' c Obeyd Allah de faire reconnaître (pour son 



(1) Peut-être faut-il lire Bark'âna (Fournel, n, 162). 

(2) Bekri cite deux fois la localité de ce uora ou à peu près (p. 157 
et 319 ; Jakubi, p. 93; ci-dessous p. 207 du texte arabe. 



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— 277 — 

héritier) son fils Aboû e Ali Ah'med, qui avait dit la 
prière à la fête de la Rupture du jeûne et à celle des 
Victimes, et l'agitation où le mit cette nouvelle déter- 
mina son départ pour Mehdiyya (*). 

b Çâbir fit, cette année -là, une expédition dirigée de 
Sicile contre le pays chrétien: Il se rendit maître du lieu 
dit les Cavernes, ainsi que du château-fort d'El-H'asab. 
Après avoir mis la main sur ce que renfermaient ces 
deux places, il marcha sur Salir (Salerne), dont les habi- 
tants achetèrent la paix à prix d'argent et de pièces de 
brocard. Il s'avança ensuite contre Naples, qui acheta 
également la paix contre une rançon en argent et en 
vêtements; après quoi il rentra en Sicile W. 

Cette année-là moururent le juriste de K'ayrawàn 
Moh'ammed ben Ah'med ben Aboû Zàhir, [P. 200] et e Abd 
Allah connu sous le nom d' e Ayni, qui s'adonnait aux exer- 
cices de piété. Alors aussi le prix des vivres commença 
à monter fort haut à K'ayrawàn b. 

a A la même époque se manifestèrent les premiers 
symptômes de l'agitation provoquée par Aboû Yezid 
Makhled ben Keydâd ZenâtK 3 ). Cet homme embrassa les 
doctrines nekkarites, déclara licites le meurtre des mu- 
sulmans et l'usage de leurs femmes, outre qu'il s'expri- 
mait en termes outrageants contre c Ali ben Aboû T'àleb. 
D'abord instituteur à Tok'yoûs, mais bien résolu à tenter 
un soulèvement, il demandait compte aux habitants du 



(1) Cf. le récit des Berbères, n, 527; Fournel, n, 163. 

(2) Cet alinéa figure dans la Biblioteca d'Amari (n, 28). 

(3) C'est aussi à Tannée 316 qu'Ibn el-Athir (voir p. 325 et la note) 
place les débuts d\Aboû Yezid. Cf. Istit>çar, p. 174 ; la Chronique 
d'Abou Zakaria (trad. Masqueray, p. 226) en fournit une version 
ibadite. 



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— 278 - 

voisinage de la plupart de leurs actes et intervenait 
auprès des collecteurs d'impôts. Cette année-là, il se 
brouilla tout à fait avec le gouverneur de Tok'yoûs, que, 
sur son conseil, les habitants mirent à mort. Effrayé 
cependant des conséquences de cet acte, il entreprit le 
pèlerinage ; mais à son arrivée à Tripoli, un ordre 
d' c Obeyd Allah était parvenu dans cette ville, enjoignant 
de rechercher un certain nombre de Berbères, ce qui le 
décida à fuir avec un adhérent de ses erreurs, Aboû 
c Ammâr el-A c ma, qui raccompagnait, et à regagner 
Tok'yoûs; puis un ordre d ,e Obeyd Allah le visant person- 
nellement fut cause qu'il prit la fuite et se tint toujours 
caché jusqu'au jour où plus tard il releva la tête a. 

En 317 (13 février 929) il y eut à K'ayrawân et dans la 
région une violente épidémie, et la disette y sévit b à ce 
point que le kafîz de blé, mesure de Cordoue, se vendit 
un dinar monnaie d'or b, 

Moh'arnmed ben Khazer conquit le Zâb et s'empara de 
Djemila W. 

Les Benoû Moh'ammed, des Benoû Idris < 2 ), fondèrent 
la ville nommée H'adjar en-Nesr. 

Moûsa ben AboûVAfiya marcha contre la ville de 
Nakoûr, où commandait alors El-Mo'ayyed ben e Abd el- 
Bedi c ben Idrîs ben Çâlih' ben Mançoûr ; à la suite d'un 
siège il se rendit maître de cette ville, qu'il pilla et livra 
à la fureur de la soldatesque, puis qu'il démantela; quant 



(1) Je ne retrouve pas ailleurs le nom de cette ville. 

(2) Les Benoù-Mohammed sont ceux des frères d'El-Haddjàm qui, 
après la mort de celui-ci, se rallièrent autour d'Ibrahim ben Moh'am- 
med ben el-Kàsim {Berb., h, 568). Sur Hadjar en-Nesr et sa fondation, 
cf. Berbères, 1. 1., et 145 ; Bekri, 258 et 287; Edrisi, p. 203; Ibn Hau- 
kal, p. 56; Fournel, n, 165 ; Dozy, Mus. d'Esp., m, 126. 



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- 279 — 

à El-Mo'ayyed, il fut mis à mort M. Ce général marcha 
ensuite contre les Benoû Moh'ammed ben Soleymàn ben 
e Abd Allah, Idrisides dont le chef était alors El-H'asan 
ben e Isa, connu sous le nom d'Ibn [P. 201] Aboû'l- e Aych, 
qui était maître de Djeràwa, la ville la plus importante 
de la région. Il mit le siège devant cette ville, et il était 
près de s'en emparer quand Ibn Aboû'l- c Aych, devant 
rimminence du danger, s'enfuit dans la nuit avec ses 
femmes, ses enfants et ceux qui s'attachèrent à son sort 
pour se réfugier dans le port de Djerâwa, connu sous le 
nom d'Akâs, a qui est aujourd'hui, je crois, le lieu 
dénommé Tikîsâs aW ; puis il s'embarqua, gagna les îles 
de la Moloûya (»), puis Tile d'Archgoùl, que sa forte 
position garantit de toute attaque, et il s'y fortifia, 
entouré de tout son monde. Moûsa ben Aboû'l-'Afiya 
parcourut tout ce pays à la tête de son armée : il prit les 
villes de Terbiya (*) et d'Archgoùl, tous les Benoû Mo- 
h'ammed ben Soleymàn s'enfuirent devant lui et le lais- 
sèrent libre maître de la région, d'où il expulsa les 
officiers des Benoû (sic) Khazer et les fonctionnaires 
qu'ils y avaient installés, de sorte que les contrées qui 
s'étendent de Tàhert jusqu'au Soûs el-Akça lui obéirent. 
b Le page Çàbir, qui entreprit alors sa troisième expé- 
dition (contre les chrétiens), était accompagné de quatre 



(1) Sur ces événements, voir plus bas; Bekri, 180, 182 et 224; Ber- 
bères, i, 141, 268, et il, 570 ; Fournel, n, 167 et 170. 

(2) Je ne retrouve pas ailleurs le nom de Akàs ; Bekri (p. 245) parle 
de Tik'isàs (sic), mais donne Tafcrk'ennit pour port à Djeràwa (pp. 204 
et 318). 

(S) C/est-à-dire les iles Zaffarines (Bekri, p. 207). 
(4) Variante, Merîna. Je ne connais ni Tun ni l'autre de ces noms, 
qui, si je ne me trompe, ne se trouvent pas ailleurs. 



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- 280 - 

bâtiments seulement quand il rencontra la flotte du 
Stratège, qui en comptait sept et qui fut mise en déroute. 
Çâbir conquit la ville de Teriolo, où il fit de nombreux 
prisonniers, et se retira ensuite à MehdiyyaW. 

Alors mourut à K'ayrawân le juriste Ah'med ben Naçr 
ben Ziyâd, qui avait suivi les leçons de Moh'ammed ben 
Soh'noûn, dlbn c Abdoûs et de Yoûsof ben Yah'ya Mo- 
ghâmi( 2 ); il était versé dans la science de la controverse, 
et citait de nombreuses autorités ; c'était un homme au 
cœur pur et de doctrine correcte. « Un jour, raconte 
Moh'ammed ben H'ârith, que j'assistais à une réunion 
où, sous sa direction, plusieurs personnes discutaient 
diverses questions de droit, je vis entrer Moh'ammed 
ben [P. 202] c Abd Allah ben Meserra K'ort'obi^, qui se 
rendait alors en pèlerinage, et qui, après avoir salué, 
s'assit quelque temps en promenant ses regards sur les 
visages de ceux qui prenaient la parole. Bien que je ne 
connusse pas son nom, je ne doutais pas qu'il ne fût un 
savant. Ah'med ben Naçr, s'étant enfin levé, lui dit : 
« Jeune homme, c'est aujourd'hui seulement que tu es 
venu ici; as-tu quelque chose à dire ? » Moh'ammed ben 
Meserra lui répondit en termes choisis et éloquents qu'il 
était venu s'éclairer auprès de lui et recourir à sa 
science. Ah'med ben Naçr lui répliqua aussi en termes 
choisis, puis il se retira et nous le suivîmes ». 



(1 ) Cet alinéa se retrouve dans la Biblioteca, h, 29, où on lit Termoli ; 
j'ai lu Teriolo avec La cronaca sicuîo saracena di Cambridge, Pa- 
ïenne, 1890, p. 75. 

(2) Moghàm est une localité peu éloignée de Tolède et dont parle 
Edrisi, p. 228. Le Lobb el-lobâb en fixe la prononciation. 

(3) Ce personnage, aux doctrines peu orthodoxes et qui mourut en 
319, est l'objet d'une courte notice de Dhabbi {Desiderium qucercn- 
tis... éd. Codera, n* 163). 



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— 281 — 

Alors aussi mourut Moh'ammed ben Moh'ammed ben 
Khàlid K'aysi, connu sous le nom d'Et-T'arzH 1 ), qui avait 
été préposé aux réclamations à K'ayrawàn. Quand Ibra- 
him ben Ahmed voulut lui donner ce poste, il s'excusa 
de ne pouvoir l'accepter à cause de sa timidité, de sa 
douceur de caractère et de son insuffisante connaissance 
du droit : « Ta timidité et ta douceur, lui répondit Ibra- 
him, disparaîtront par l'habitude du commandement; et 
pour suppléer à ton insuffisance juridique, recours aux 
juristes de profession ! » Il le nomma donc, et il ne se 
trouva pas à K'ayrawàn de plus sévère dépositaire de 
l'autorité que lui b. 

En 318 (2 février 930), H omeyd ben Yeçel < 2 > s'avança, 
sans y être autorisé par c Obeyd Allah, de Mehdiyya sur 
Tâhert et éleva le fort des BenoûBesouhà b&); il renvoya 
H'ammâd ben H'âchim dans son pays, s'unit à lui par 
les femmes et le remit sur un pied d'amitié avec Seyyâr 
ben e Abd el-Wahhàb b. Alors arriva une lettre d' c Obeyd 
Allah enjoignant à Yeçel ben H'aboûs de renvoyer sur le 
champ H'omeyd à Mehdiyya. Celui-ci dut donc effectuer 
son retour, mais c Obeyd Allah ne le punit d'aucune 
manière. 

b Les pluies étant survenues à K'ayrawàn, remirent 
les choses en ordre : le prix des vivres, qui, par sa cherté, 
avait fort éprouvé le peuple, s'abaissa ; la famine et 
l'épidémie disparurent b. 

A Mehdiyya mourut Hichâm ben er-Rebi c Temîmi, qui 
était un homme de bien b et de talent. Comme f Obevd 



(1) Orthographié T'arari à la page 224. 

(2) On trouve aussi ce nom écrit Içlî et Içlften (Bekri, 288 ; Ber- 
bères, i, 268, et il, 528. 

(3) Lecture douteuse. 



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— 282 - 

Allah l'avait fait châtier et fouetter à cause d'Ibn el- 
K'odeym, ses dernières volontés furent qu'on ne l'enterrât 
pas à Mehdiyya, et son corps fut en conséquence emmené 
et inhumé à K'ayrawân b. 

[P. 203] Description de la ville de Djerâwa. 

En dehors des murailles, qui étaient de briques crues, 
on trouvait des sources saumâtres, mais à l'intérieur il 
y avait de nombreux puits qui fournissaient de bonne 
eau potable, et à l'entour il y avait des faubourgs qui 
s'étendaient dans toutes les directions. Elle était pour- 
vue d'une kaçba destinée à la défendre, renfermait cinq 
établissements de bains, avait une mosquée principale 
à cinq nefs, et fut édifiée en 257 (28 novembre 870) par 
Aboû'l- c Aych c Isa ben IdrîsW. Ce prince eut pour suc- 
cesseur, en 291 (23 novembre 903), son filsEl-Hasan ben 
Aboù'l- c Aych, qui, en 319 (23 janvier 931), quitta la ville 
pour se rendre au château d'El-Mak'çoûra W, mais qui y 
revint en 323 (10 décembre 931) pour ensuite se trans- 
porter à Tlemcen en 325 (18 novembre 936V Djerâwa, 
qui comptait quatre portes, était entourée d'une banlieue 
propre à la culture des céréales et à l'élevage des 
bestiaux. Du côté de la mer se trouvaient les villages de 
Medghara, dans la montagne des Benoû Iznàten< 3 >, à 
l'est les Benoû Ifren, tribu Zenatienne, et à l'ouest les 
tribus berbères de Zawàgha et autres. 



(1) Bekri donne la date de 259, (p. 317) ; cf. ci-dessus, p. 71 et 279. 
Djerâwa, à six milles de la mer, était une ville florissante et peuplée, 
(Ibn Haukal, p. 63). 

(2) Ce lieu m'est inconnu ; cf. Fournol, h, 176. 

(3) M. de Gœje (Jaqubi, p. 92) veut corriger ce mot par Irniyân, 
mais je ne crois pas que cela soit nécessaire. 



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- 283 — 

Quant à Tàhert, elle doit sa fondation à e Abd er- 
Rah'rnàn ben Rostem ben Behrâm, client d ,f Othmân ben 
«Affân. Il servait de lieutenant à Aboû'l-KhatYàb* 1 ) lors 
de la conquête d'Ifrik'iyya par celui-ci, et lors de rentrée 
d'Ibn el Ach c ath à K'ayrawàn, il s'enfuit vers l'ouest 
avec ce qu'il put emmener sans trop de peine des siens et 
de ses biens. Les Ibâd'ites se rallièrent ensuite à lui et l'on 
résolut de fonder une ville qui leur servit de centre ; on 
s'installa sur l'emplacement de Tàhert, qui était alors 
un marais boisé situé entre trois rivières, on y édifia une 
mosquée à quatre nefs et le peuple y éleva des habita- 
tions. Cela se passait en 161 [8 octobre 777). Il y avait eu 
là autrefois une ville qu' c Abd er-Rah'màn ben Rostem 
releva, et il y resta jusqu'à sa mort, survenue en 168 
(23 juHlet 184). Ces faits ont été précédemment racontés. 

Histoire de Tàhert, depuis sa fondation, sous les Rostemides et 

antres. 

<Abd er-Rah'màn ben Rostem, le premier de ces prin- 
ces, y régna sept ans. Il eut rP. 204] pour successeur son 
fils e Abd el-Wàrith ( 2 ) qui régna quarante ans et mourut 
en 208 (15 mai 823). Vint ensuite le fils de celui-ci, Aboù 
Sa c id Aflah' ben c Abd el-Wàrith, mort en 250 (18 février 
864), qui fut remplacé par son fils Aboû Bekr ben Aflah' 
ben e Abd el-Wàrith, dont les affaires se gâtèrent et qui 
fut expulsé par la population de Tàhert, puis rappelé, et 



(1) C'est-à-dire *Abd el-A'la ben es-Sarah', voir Ibn el-Athir, 
Annales, p. 61 ; Berbères, i, 373 ; Bekri, 160 ; ci-dessus, p. 79 et s. 

(2) Partout ailleurs on lit 'Abd el-Wahhàb ; voir de Gœje, Jaqubi, 
p. 101, o:'i la liste de ces princes est discutée ; cf. Chron. d'Aboû 
Zakaria, p. 49 et s. 



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- 284 - 

qui mourut dans cette ville. Il fut remplacé par son frère 
Aboû'l-Yak'z'ân Moh'ammed ben Aflah', qui régna vingt- 
sept ans et mourut en 281 (12 mars 894). A celui-ci suc- 
céda Aboû H'âtim Yoûsof ben Aboû'l-Yak'z'àn, contre 
qui, au bout d'un an, la population se souleva et qui, 
s'étant retiré dans le château de Lawâta, livra de vifs 
combats à ses anciens sujets. Ceux-ci choisirent pour 
mettre à leur tête Ya'k'oûb ben Aflah' ben f Abd el- 
Wârith ben c Abd er-Rah'màn ben Rostem, que le peu- 
ple déposa au bout de quatre ans et remplaça par Aboû 
H'âtim ben Aboû'l-Yak'z'ân, qui fut tué après six ans de 
règne en 294 (21 octobre 906) par les fils de son frère. 
Yak'z'àn ben Aboû'l-Yak'z'ân, qui monta alors sur le 
trône, fut tué avec plusieurs membres de sa famille en 
chawwâl 296 (22 juin 909), à la suite d'événements trop 
longs à raconter, par Aboû e Abd Allah Chii, et avec lui 
finit la dynastie des Rostemides à Tàhert. 

Celui qui gouvernait cette ville à l'époque dés Chi'ites 
était Aboû H'omeyd Dawwâs Lahiçi, nommé à ce poste 
par Aboû c Abd Allah lors de son départ de cette ville 
pour Sidjilmâssa, et qui y était depuis six mois lorsqu'il 
vainquit, en 299 (28 août 911), les troupes d'Ifrik'iyya qui 
vinrent l'y attaquer* 1 ). Meçàla ben H'aboûs Miknàsi la 
gouverna ensuite pendant treize ans, jusqu'en cha c bàn 
312 (novembre 924), où il fut tué par Moh'ammed ben 
Khazer Zenâti. Après lui, son frère Yeçelben H'aboûs la 
gouverna jusqu'en 319 (23 janvier 931), date de sa mort. 
[P. 205] Il fut remplacé par Aboû Màlik ben Yaghmorâsen 
ben Aboû Choh'ma Lahiçi, qui en fut chassé par le soulè- 
vement des habitants en 323 (10 décembre 934). Le choix 



(1) Cf. suprà, p. 214 et 231. 



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~ 285 - 

du peuple se porta alors sur AboiVl-K'àsim el-Ah'dab 
(le bossu) fils de Meçàla ben H'aboûs. Il ne régnait que 
depuis un an quand Meysoûr, lors de son départ du 
Maghreb pour Tlfrik'iyya, s'empara de la ville à la suite 
de combats et le tua. Le vainqueur nomma à sa place 
Dâwoûd ben Ibrahim f Adjisi, qui fut chassé de son gou- 
vernement par H'omeyd ben Yeçil en djomâda II 333 
(18 janvier 945), du temps d'Aboû Yezed Makhled ben 
Keydâd Ifreni. En la même année 333 et à la suite de 
faits trop longs à raconter, H'omeyd ben Yeçel quitta 
Tâhert pour passer en Espagne, et Ismâ'il le Chi'ite, après 
avoir établi son camp dans cette ville, y nomma gouver- 
neur le page Meysoûr. Mais les habitants, mécontents 
de la mauvaise administration de celui-ci, se mutinèrent 
et Moh'ammed ben Khazer Zenâti, son fils El-Kheyr et 
leurs partisans Zenâtiens, se rendant à l'appel qui leur 
fut adressé, arrivèrent en grand nombre à Tâhert. Trompé 
par les allures de ceux-ci, car ils se donnaient comme 
venant à son secours, Meysoûr sortit à leur rencontre et 
fut fait prisonnier par trahison, de sorte que les Benoû 
Khazer et les Zenâta pénétrèrent à Tâhert et descendirent 
à l'hôtel du gouvernement. Puis les affaires se gâtèrent, 
et le Zenâtien Ya c la ben Moh'ammed Ifreni se rendit 
maître de la vilte et le resta (*) jusqu'à l'arrivée du géné- 
ral chiite Djawher, en 349 (2 mars 960). 

Tâhert avait une ceinture formée de jardins où se 
cultivaient toutes sortes de fruits et où les arbres abon- 
daient, mais il y fait très froid et il y pleut beaucoup. Un 



(1) Sur les circonstances et la date de la chute de Ya'la, voir Ibn 
el-Athir, Annales, p. 359 et s. : Berb., n, 542 ; Fournel, n, 320 et 322 ; 
ci-dessous, p, 230 du texte arabe, etc. La date de 349 ne parait pas 
être exacte. 



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-• 286 -. 

homme d'esprit de cette ville, à qui Ton demandait 
combien on y comptait de mois d'hiver, répondit qu'il y 
en avait treize. Voici le début d'un poème qui a un 
Tâhertien pour auteur : 

[T'awil] Avec la passion, l'oisiveté est une occupation, la 
vie un meurtre; avec elle, un jour c'est un an, une portion 
est un tout ; [P. 206] avec elle générosité c'est avarice, modé- 
ration c'est excès, proximité c'est éloignement, avance c'est 
retard. Puisse Dieu verser sur Tâhert, objet de mes désirs, 
et sur Soweyk'a et celui qui l'habite, assez d'eau pour en 
faire disparaître la stérilité ! On dirait que nous n'avons pas été 
réunis dans cette demeure et qu'entre nous il n'y ait eu nulle, 
nulle jonction ! Mais la vie se poursuivant et la discorde étant 
survenue,, les pluies du départ, et combien abondantes ! sont 
successivement tombées. Salut à celle qui, au jour de la 
séparation, n'a pu me dire adieu, mais qui était aussi triste 
que la mère privée de ses enfants ! Ce n'était pas du coin de 
l'œil qu'elle laissait échapper quelques pleurs, c'était sa vie 
elle-même qui s'enfuyait rapidement. 

Voici encore des vers écrits à propos de la réalisation 
des décrets divins relatifs à sa destruction et à son éva- 
cuation par ses habitants et ses chefs : 

[T'awil] O mes deux amis, détournQz-vous vers des traces 
de ruines et saluez les débris de ce qui fut puissant et qui 
est devenu poussière ; approchez-vous des traces qu'a laissées 
Tâhert, traces effacées par les pluies matinales et vespérales, 
si bien que ces restes n'abritent plus personne. Ainsi le 
voulait le destin, qui l'a fait périr avec d'autres. 

Cette ancienne Tâhert est celle que détruisit El-Kheyr 
ben Moh'ammed ben Khazer Zenâti a. 
b En cette année mourut à K'ayrawân le Koreychide 



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-. 287 - 

Aboû'l-H'asan Mott'alibi Ah'med ben Moh'ammed ben 
c Abd Allah ben Dja c far ben c Ali ben Zeyd ben Rokâna 
ben c Abdoûd ben H'âchim ben c Abd el-Mott'aleb, le mer- 
credi 14 djomâda I (13 juin 930). Il accompagnait c Obeyd 
Allah à Sidjilmàssa avant que celui-ci conquit K'ayra- 
wân, et vers la fin de sa vie il jouissait dans cette ville 
d'une haute considération. [P. 207] Citons aussi la mort 
du juriste Moh'ammed ben c 01hmân Khorâsâni, chargé 
des actes judiciaires à K'ayrawân; il suivait la doctrine 
des gens de Koûfa et n'était pas de ceux qui affirment 
la création du Koran; il avait suivi à Miçr les leçons de 
Yoûnos ben c Abd el-A f la b. 

En 319 (23 janvier 931), Moûsa ben Aboû'i- c Afiya écri- 
vit de la côte africaine au Prince des croyants c Abd er- 
Rah'mân en-Nâçir, qui régnait en Espagne, pour lui 
demander son amitié et offrir de le reconnaître, en ajou 
tant qu'il lui concilierait celles des populations de la 
côte qu'il avait pour voisines. Le prince accepta cette 
offre avec un vif plaisir, y répondit par des envois de 
vêtements d'honneur et d'argent, et par ses secours sou- 
tint ce chef, qui cherchait à combattre Jbn Aboû'l^Aych 
et d'autres. A partir de là, on dut compter avec l'autorité 
de Moûsa b sur la côte africaine; le concours de nom- 
breuses tribus berbères lui fut acquis b, et il se rendit 
maître de la ville de Djerâwa, d'où il chassa El-H'asan 
ben AboûVAych ben Idris l'Alide, qui eut avec lui de 
nombreux combats et rencontres (*). a Celui-ci bâtit un fort 
inexpugnable sur une montagne située à quatre milles 



(1) On retrouve ce commencement de paragraphe dans le t. n du 
Bayân, p. 219. Sur ces événements, cf. Berbères, ir, 141, 146, 492, 
526, 529. 



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- 288 - 

de Djerâwa W, au centre des villages habités par les 
Medghara, les Benoû Ifren et autres tribus. Ce chef et 
ses fils possédaient encore la ville de Tlemcen et son 
territoire, où habitaient des populations telles que les 
Zawâgha, les Nefza et d'autres encore. Bekr ben FTam- 
màd dit à ce proposa) : 

[Kâmil] Demande aux Zawâgha de quels coups de sabre et 
de lance il a frappé l'éblouissante rangée (de leurs armes) ; 
demande aux Nefza comment il a violé leur territoire jus- 
qu'alors intact, tandis que ses chevaux faisaient des lances 
flexibles leur pâture. Son épée a frappé et abattu les Meghîla, 
il a abreuvé Djerâwa d'une infusion de coloquinte. 

De Djerâwa à Tàhert il y a trois journées de marche ; 
de Djerâwa au fort de Tàmeghalet W, habité par les Benoû 
Demmer, qui sont des Zenâta, on en compte deux. Tlem- 
cen, dit-on, est la capitale du Maghreb moyen, et ce dire, 
qu'a consigné Bekri, est confirmé par de nombreux infor- 
mateurs M. On lit ce qui suit dans le Livre de Roger: 
« [P. 208] Entre Tlemcen et Tâhert, dit-il, habitent les 
Benoû Merîn et toutes les tribus Zenâta, parmi lesquelles 
les Toudjin, les Maghrâwa, les Benoû Râchid, les Ourtîd, 
etc. La plupart sont cavaliers et emploient le cheval 
comme monture ; ils ont des connaissances étendues et 



(1) A quatre milles vers le sud, dans le djebel Memâloû (Bekri, 
p. 317). Peut-être y a-t-il ici une confusion, puisque, sous Tannée 317, 
nous avons vu que H'asan ben AboûVAych dut se réfugier à Arch- 
goul. 

(2) Bekri rapporte aussi les vers qui suivent (p. 318). 

(3) On retrouve ce nom sous l'orthographe Tamaghîlt dans Bekri 
(p. 319), que notre auteur a en partie copié ; cf. ci-dessus, p. 276. 

(4) J'ai conservé au mot ,j;.Uà.\ le sens que lui donnent Dozy et de 
Goeje. Il semble pourtant ici signifier plutôt chroniqueur, narrateur. 



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- 289 - 

se montrent intelligents et sagaces, notamment dans Fart 
de deviner l'avenir à l'aide des omoplates de mouton. Ils 
descendent de Djânâ. Les Zenàta sont parfaitement con- 
vaincus qu'ils sont de race arabe pure, mais qu'ils se sont 
berbériséspar le voisinage des Berbères et des alliances 
qu'ils ont contractées avec eux. On 'a dit aussi qu'ils 
descendent de Ber ben K'ays ben Elyâs ben Mod'arWa. » 

En cette année eut lieu la conquête de la ville de Ceuta, 
située en Afrique, a sur la mer du Détroit (de Gibraltar), 
" soutien de la porte des deuxMaghrebs, clef de la porte 
des deux machrek (pays orientaux) ; c'est, dit-on, le con- 
fluent des deux mers, la capitale du continent et de la 
mer, la perle appliquée entre le poumon et la gorge. du 
monde. " 

c Obeyd Allah ben Yah'ya ben Idrîs, s'adressant à En- 
Nâçir, parle ainsi de cette conquête : 

[T'awll] Elle a dû s'incliner devant ton épée, et des yeux qui 
depuis longtemps devaient détourner leurs regards se sont 
trouvés rafraîchis. Les désirs qu'excitait sa proximité ne pou- 
vaient être satisfaits, ses charmes étaient comme inexistants; 
mais des talismans auxquels ne pourrait résister le plus 
indomptable serpent ont fait céder ses voûtes inébranlables. 
La puissance d'un prince que Dieu protège et aux étendards 
victorieux recouvre, gloire au Tout-Puissant, un éclat (nou- 
veau) ; voici venu pour elle le temps du triomphe, voici qu'à 
Ceuta jusqu'à la camomille en donne l'heureuse nouvelle ! a 

En-Nàçir éleva des fortifications autour de cette ville, 
lui donna une garnison qu'il forma de ceux de ses officiers 



(1) Ce passage reproduit, en l'abrégeant un peu, le texte d'Edrisi 
(p. 88 du texte arabe, 101 et 102 de la trad. Dozy et de Goeje) ; une 
note des traducteurs propose, au lieu de « Ourlid », la lecture Our- 
tenîd ou Ournîd. Cf. ci-dessus, p. 72. 

19 



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— 290 — 

et de ses soldats qu'il accepta à cet effet, et en fit ainsi la 
clef du littoral africain, ou, comme dit c Arîb, « la porte 
par où y entrer, la mise sous séquestre des ports de cette 
région ». La khotba y fut dite [P. 209] au nom de ce prince 
le vendredi 3 nebî r I (25 mars 931) de la dite année W. 

c Obeyd Allah apprit à Mehdiyya que Moûsa ben Aboû'1 - 
c Afiya et les habitants de Ceuta avaient fait leur soumis- 
sion à c Abd er-Rah'mân ben Moh'ammed en-Nâçir et 
qu'un navire avait été envoyé dans le port de Djerâwa à 
l'adresse de Moûsa. El-H'asan ben AboûVAych fit une 
descente dans ce bâtiment et enleva le chargement: 
Moûsa eut beau lui écrire, à lui aussi bien qu'à son 
kâdi et aux principaux de son entourage, les démar- 
ches de ceux-ci auprès de H'asan n'aboutirent pas et 
Moûsa ne put recouvrer les objets qui lui étaient des- 
tinés, b II marcha alors contre Çâ c ( 2 ), d'où il chassa c Amir 
ben Aboû'l- c Aych, mais en accordant l'amnistie aux 
habitants. Il s'avança ensuite contre les Zawâgha ; mais 
Ibn AboûVAych ayant marché contre -lui, il< 3 ) se retira 
sans combattre lorsqu'il vit la force qu'il avait devant 
lui b. Moûsa incendia les environs de Djerâwa et par- 
courut pendant plusieurs jours le pays à la tête de ses 
troupes. Puis il s'engagea entre Moûsa et H'asan une 
correspondance, qui eut pour résultat de provoquer chez 



(1) Cf. Bayân, n, 220 et 240, où la conquête de Ceuta est racontée 
de la même manière. Les faits sont exposés autrement par Ibn Khal- 
doûn {Berbères, n, 136 et H6) ; voir Bekri, p. 238; Fournel, n, 172; 
Wûstenfeld, p. 67. 

(2) Çà est le nom d'un affluent de la Molouya et d'une localité 
située sur cette rivière, à trois journées de Tlemcen, dans la direc- 
tion de Fez (Edrisi, pp. 91 et 92). 

(3) Je crois que cet il doit désigner Moûsa, et j'ai traduit en con- 
séquence; Wûstenfeld (p. 68) l'entend de H'asan. 



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— 2Ôi — 

celui-ci le désir de la paix, et l'accord se rétablit entre 
eux, moyennant la restitution par H'asan de ce qu'il 
avait enlevé, b Moûsa regagna alors son pays; mais il 
marcha ensuite contre Oûzek'k'oûr, et les habitants des 
places fortes (k'oloû*) de DjâraW réclamèrent contre lui 
le secours de H'asan. Celui-ci leur envoya des cavaliers, 
qui firent des incursions sur le territoire de Moûsa, y 
enlevèrent de nombreux chameaux lui appartenant et 
donnèrent à H'asan sa part de butin, ce qui eut pour 
résultat de rallumer la guerre entre ces deux chefs. 
Alors les habitants de Djeràwa ayant écrit à Moûsa pour 
lui promettre l'entrée de la ville, celui-ci marcha avec 
ses partisans de leur côté, et cette ville lui ouvrit ses 
portes et se soumit. Il se dirigea ensuite vers Ei-Man- 
çoûr( 2 ), dont une partie seulement accepta l'offre d'am- 
nistie qu'il leur adressa; il resta vainqueur des autres, 
dont il tua un certain nombre. On dit qu'il y fit prison- 
niers les enfants et la femme koreychide de H'asan, 
[P. 210] et qu'il s'empara de ses chevaux et de ses 
armes ; après avoir livré la ville aux flammes, il rega- 
gna son camp, mais renvoya la femme de H'asan auprès 
des siens, sous la garde de gens sûrs de Djerâwa b. La 
nouvelle de ces événements impressionna vivement et 
inquiéta c Obeyd Allah, qui envoya aux tribus du Maghreb 
des lettres destinées à ranimer leurs sentiments d'obéis- 
sance et leur promettant secours et assistance. 

Ceuta est une ville très ancienne, située sur le bord de 
la mer Roûmi, c'est-à-dire sur le détroit où cette mer 



(1) Le nom de cette localité figure à plusieurs reprises dans Bekri 
(voir la table s. v. Golouê Djàra). 

(2)* Je suppose qu'il s'agit des Benoû Mançoûr, tribu çanhâdjienne 
qui habitait de ce côté (Edrisi, 69 ; Bekri, 187). 



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- m - 

communique avec l'Océan (*). Bâtie sur une langue de 
terre que la mer entoure de partout, sauf d'un côté bien 
resserré, les habitants, s'ils le voulaient, pourraient y 
creuser un canal où pénétrerait la mer par les deux bouts ; 
c'est donc une presqu'île, et c'est l'eau de la mer qui sert à 
alimenter les bains. Elle a pour habitants des Arabes et 
des Berbères, et les sciences y ont toujours été cultivées. 
Elle est dominée par une montagne* 2 ) qui fait saillie en 
pleine mer et en de certains points de laquelle on recueille 
des rubis de petit volume mais très purs ; dans la mer 
même, on se livre à la pêche du corail. L'origine du nom 
de la ville est controversée. Il lui a, disent les uns, été 
donné à cause de son isolement en mer, car on dit en 
arabe tailler (sabata) une chaussure, synonyme de cou- 
per (k'altfa) ; mais selon d'autres, un nommé Sebt, des- 
cendant de Sâm ben Noûh' (Sem fils de Noé), ayant eu 
des raisons pour quitter l'Orient, s'enfonça vers l'Occi- 
dent, et, arrivé à l'emplacement de cette ville, il le choisit 
pour y habiter. 

* Voici la tradition rapportée par nos maîtres sur l'auto- 
rité de Wahbben MeserraH'adjari. Ils entendirent en 400 
Aboû c Abd Allah Moh'ammed ben r Ali leur raconter 
d'après le dit Wahb, qui le tenait d'Ibn Wad'd'àh' et, en 
remontant successivement par Soh'noûn, par Ibn el-K'â- 
sim, par Mâlik, par Nâfi c et par Ibn c Omar, du Prophète 
lui-même, qu'il y a au fond du Maghreb une ville nommée 
Sebta (Geuta), fondée par un homme vertueux du nom de 
Sebt, descendant de Sâm ben Noûh', laquelle tire son 



(1) On trouve une description beaucoup plus détaillée de Ceuta dans 
Bekri (p. 234), dans VIstibçâr (p. 46) et dans Edrisi (p. 199). 

(2) Il faut probablement, avec les auteurs qui viennent d'être cités, 
lire « à Test de cette ville se trouve une montagne ». 



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- 293 - 

nom de celui de son fondateur ; celui-ci a prié Dieu de 
lui donner bénédiction et victoire, et le mai qu'on peut 
chercher à lui faire est retourné par Dieu même contre le 
malveillant. Ibn FTammâda s'exprime ainsi : « D'après 
notre maître, le savant Aboû'l-Fad'l [P. 211] c Iyâd' (*), 
l'expérience prouve l'authenticité de cette tradition, car 
cette ville est toujours restée bien gardée entre les mains 
de ceux qui la détenaient, et il est rare que celui qui a 
tenté contre elle quelque mauvais coup n'ait pas péri 
lui-même. » 

Voici ce que raconte El- c Adhari : « Un des rois goths 
d'Espagne nommé Toûdoûch (Théodose) franchit la mer 
et vint assiéger les Berbères renfermés dans cette ville 
de Céuta. Mais ils s'entendirent bien pour lui résister, 
profilèrent de sa négligence pour l'attaquer par un point 
mal défendu, et un petit nombre seulement des assié- 
geants échappa à la mort. Toûdoûch repassa ensuite en 
Espagne ( 2 ), et les Berbères continuèrent d'occuper la ville 
jusqu'à ce que les chrétiens y revinssent une seconde 
fois. Youlyân (Julien) l'occupait quand c Okba ben Nâfi c , 
après avoir envahi et conquis le Maghreb tout entier, 
parvint jusqu'à cette ville. Alors Julien, qui était un 
homme intelligent et expérimenté, en sortit pour lui offrir 
divers présents et tâcher de se le concilier. c Okba lui fit 
quartier en effet et le laissa en place ; puis les Arabes y 
pénétrèrent par composition. Mais ensuite les Berbères 
de Tanger se révoltèrent et expulsèrent de Geuta ceux 
qui l'occupaient, après quoi ils ruinèrent la ville, qui, 



il) Célèbre savant et jurisconsulte + 544 hég. (<Jat. des mss d'Alger, 
n° 540; Cat. des mss arabes de Pans, n° 2106, etc.). 
(2) Sur cet événement, voir Dozy, Recherches, 3 e éd., i, 62. 



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— 294 - 

pendant un certain temps, ne servit que de refuge aux 
bêtes sauvages. Elle fut relevée de ses ruines par un 
homme des Ghomâra, nommé MâdjeksenM, qui se fit 
musulman et qui exerça le pouvoir dans cette ville, où 
les Berbères se groupèrent autour de lui. Quand il mou- 
rut, son fils c Içâm ben Madjeksen lui succéda; à c Içàm 
succéda Moh'ammed< 2 ) ben c Içâm, et à ce dernier Er- 
Râd'itë) ben e Içâm, qui se guidait dans son administra- 
tion d'après les principes des juristes espagnols. Il y 
arriva ensuite des gens de K'alsânaW, qui achetèrent 
aux Berbères du terrain où ils élevèrent des habitations 
et la portion ruinée des murailles qui forme aujourd'hui 
le parapet. Ils reconnaissaient cependant la souveraineté 
des Benoû Idris, et cet état de choses dura jusqu'à la 
conquête qu'en fit c Abd er-Rah'mân en-Nàçir, dont 
le général Farad j ben r Ofeyr( 5 ) y entra le vendredi 2 
cha'bân 319 (19 août 921). 

Ceux qui y gouvernèrent successivement au nom des 
Omeyyades furent Faradj ben c Ofeyr en 319 (23 jan- 
vier 931), puis Ah'med ben c Abd eç-Çamad Gharnâti, 
ensuite Moh'ammed ben H'izb Allah en 323 (10 décembre 
934), qui fut révoqué et remplacé en 326 (7 novembre 937), 
par Moh'ammed ben Masiama; il fut à son tour révoqué 
eU 6 ) Ibn Masiama en devint le gouverneur jusqu'en 330 



(1) Ce nom est écrit Màdjken ^X.a»Lj dans Bekri (p. 237), et 
kes dans Ibn Khaldoûn (Berbères, il, 136). 

(2) Ecrit respectivement l. I. Modjebber, et Modjir. 

(3) Ecrit Er-Rid'a l. L 

(4) Il s'agit probablement de la ville de Galchana, voisine de 
Xérès (note de M. de Slane ad Bekri, 237). 

(5) On lit Nedjàh' ben Ghofeyr dans les Berbères, n, 137. 

(6) Il semble bien que le copiste a ici oublié un nom propre. 



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- 295 - 

(25 septembre 941). Après lui [P. 212] Ibn Mok'àtil la 
gouverna jusqu'en chawwâl 332 (mai-juin 944), où il fut 
fait prisonnier par les Benoû Moh'ammed, Idrisides qui 
le retinrent jusqu'en ramad'ân 333 (avril-mai 945) ; où le 
kâdi de Ceuta, Moh'ammed ben Aboû c Isa, étant allé les 
trouver, ils consentirent à conclure la paix par son inter- 
médiaire : ils relâchèrent Ibn Mok'âtil et expédièrent 
des otages à Cordoue, auprès du Prince des croyants 
En-Nâçir, qui envoya divers gouverneurs à Ceuta 
jusqu'en 346 (3 avril 957) a. 

b En cette année [319 = 23 janvier 931], mourut Ah'med 
ben Ah'med ben Ziyâd Fârisi, préposé aux actes judi- 
ciaires à K'ayrawân. Il avait étudié (sous divers maîtres) 
et avait du jugement; il avait servi à c Isa ben Meskin de 
secrétaire pour la rédaction des rescrits et des jugements, 
et est auteur d'ouvrages traitant des actes judiciaires, 
des clauses (qui peuvent y figurer) et dès moments de la 
prière. 

A Tàhert mourut le gouverneur de cette ville, Yeçel 
ben H'aboûs, que les habitants remplacèrent par e Ali 
ben MeçâlaM, en informant r Obeyd Allah de leur choix. 
Mais le prince désigna pour ce poste H'omeyd ben Yeçel, 
qu'il y envoya à la tête d'un fort corps de troupes et qui 
y arriva en dhoû'l-hiddja (décembre 931-janvier 932). 

Le lundi 9 ramad'ân (24 septembre 931), naquit dans 
le palais de Mehdiyya Aboû Temim Ma'add ben Ismâ c il 
le Chiite b. 

En 320 (12 janvier 932), b H'omeyd ben Yeçel attaqua 
Dàwoùd ben Meçâla, Sinân et Aboû H'amlil ben Bernoû; 
il leur tua un certain nombre d'hommes et les tint pen- 



(1) Cf. suprà p. 284, et Fournel, n, 175. 



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- 296 — 

dant trois mois assiégés dans le château-fort d'Aboû 
H'amlil. On lut du haut des chaires la circulaire d' r Obeyâ 
Aliàh relatant ces faits et datée du jeudi 2 djomâda II 
(9 juin 932) b. 

Moûsa ben Aboal- r Afiya se porta à marches forcées 
contre Moh'ammed ben Khazer, émir des Zenâta, qu'il 
surprit et mit en déroute en massacrant ses compa- 
gnons; après quoi il se retira à Djeràwa. b Le motif de 
cette attaque fut une lettre adressée par Moh'ammed à 
Moûsa à propos d'Ibn AboûVAych et conçue dans des 
termes qui irritèrent Moûsa, car Moh'ammed ne cachait 
pas qu'il favorisait Ibn AboûVAych contre Moûsa, qui fit 
alors cette expédition (*). 

Cette année-là fut révoqué le préposé aux actes judi- 
ciaires c Abd Allah ben Selmân, [P. 213] qui jouissait de 
la faveur d'Aboû Dja c far Baghdâdi,mais qu'on soupçon- 
nait de se livrer à la sodomie et qui fut dénoncé au prince 
par c 01ayya ( 2 ), qui était un ami de xe dernier et qui 
ajouta : g Ce Baghdâdi ne fait, Seigneur, autre chose que 
nuire à notre glorieux gouvernement et chercher à le 
saper : il a nommé kâdi et préposé aux actes à Tripoli 
un homme qui recherche les jeunes garçons. » En même 
temps il lui fit lire les vers d'Ibn c Amir el-Fezâri sur les 
jeunes garçons d'Ifrik'iyya sous les Aghlabides, où il est 
parlé en termes outrageants de cet Ibn Selmân. Cette 
pièce débute ainsi : 

[Redjz] Plus d'un parterre revêt la surface terrestre d'un 



(1) Voir les observations que fait Fournel (n, 177) à propos de 
cette campagne. 

(2) Ce mot est, sous cette forme, encore employé dans le Sud de 
l'Algérie comme nom propre masculin. 



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- 297 - 

merveilleux coloris provenant de plantes toutes fraîches, 
#*un kâdi, par exemple, qui décide que telles âmes sont 
blanches et telles autres rouges. 

II y est dit aussi : 

Ainsi que la pleine lune au-dessus d'un rameau de saule, 
Ibn Selmân brille d'un éclat qui l'emporte sur celui des 
(jeunes filles semblables aux) gazelles ; sa beauté est sans 
pareille, et on la dirait faite d'or natif. 

En conséquence Ibn Sjelmàn fut révoqué et remplacé 
comme kàdi de Tripoli par Ahïned ben Bah'r, qui était 
alors préposé aux réclamations et à la prière à K'ayra- 
wàn, poste pour lequel il avait été choisi par Ish'âk' ben 
Aboû'l-Minhâl b. 

En cha c bân de cette année (août 932), Moûsa ben 
Abotfl- e Afiya reconnut ouvertement la souveraineté du 
Prince des croyants En-Nàçir (TOmeyyade), ce qu'il fit 
après être entré à Nakoûr Tépée à la main, b en avoir tué 
le prince El-Mo'ayyed ben c Abd el-Bedi c ben Çâlih' ben 
Sa c id ben IdrisM, et avoir, à la suite du blocus auquel il 
soumit les Benoû Moh'ammed dans la montagne [P. 214] 
dite H'adjar en-Nesr, conclu, moyennant rançon, la paix 
avec eux. 

b ATunis mourut Aboû H'abîb Naçr Roûmi, élève d'Ibn 
c Abd el-H'akam, dont la mémoire était bien meublée en 
ce qui a trait aux questions juridiques b. 

En 321 (31 décembre 932) le pouvoir à Sidjilmâssa < 2 ) 



(1) Il a été question do ces faits plus haut, p. 278. 

(2) Voir p. 215 l'histoire de cette ville. Notre auteur a ici mal copié 
Bekri (p. 335), qui écrit Semghoù, fait mourir El-Mo l tazz ben Moh'am- 
med en 321, et lui donne pour successeur Moh'ammed ben el-Mo'tazz, 
lequel mourut en 331 et fut remplacé par Aboû'l-Montaçir {sic, voir 
le texte arabe, p. 151, 1. 4) Semghoù. 



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- 298 - 

échut à Aboû'l-Mançoûr Semghoûl ben el-Mo e tazz ben 
Moh'ammed, qui était âgé de treize ans. Au bout de deux 
mois, son cousin Moh'ammed ben el-Fath', aussi nommé 
El-EminW, se révolta contre lui, resta vainqueur et 
expulsa son rival de Sidjilmàssa. Il était sunnite et fit 
fleurir la justice, bien que cependant il ait pris en 342 
(17 mai 953) le titre A'emir el-mouminîn et le surnom 
d'Ech-Chàkir billâh, qui figure sur les monnaies d'or et 
d'argent qu'il fit frapper. Telle resta la situation jusqu'au 
moment où s'approchèrent les troupes du prince Obeydite 
Aboû Temim Ma'add. • 

Gouverneurs de Sidjilmàssa à partir de la conquête chi'ite. 

El-Mezâti, dont il a été question déjà, fut nommé gou- 
verneur de cette ville en 298 (18 septembre 910), mais 
les habitants le massacrèrent au bout de cinquante jours^. 
Aboû'1-Fath' ben el-Emîn( 3 ) lui succéda, et, au bout de 
deux ans et quelques mois, fut remplacé en 300 (17 août 
912), par Ah'med ben el-Emin( 4 ), qui resta au pouvoir 
jusqu'à ce que, assiégé par Meçâla ben H'aboûs, il fût 
mis à mort par son vainqueur, en moharrem 309 (mai- 
juin 921). Meçâla institua alors à Sidjilmàssa El-Mo c tazz 
ben Moh'ammed, des Benoû Midrâr, qui y resta jusqu'à 
sa mort, en 321 (31 décembre 932), et fut remplacé par 
Aboû'l-Mançoûr précité* 5 ). 

Dans la nuit du lundi au mardi, 15 rebi c I 322 (4 mars 
934), mourut le Mahdi c .Obeyd Allah, après un règne de 



(1) Dans Bekri, « Moh'ammed ben el-Fath 1 ben el-Emir ». "Cf. Ibn 
llaukal, p. 57. 

(2) Ci-dessus, p. 212 et 217; Bekri, p. 334. 

(3) El-Fath Waçoùl ben el-Emir Meymoùn (Bekri, ibid.). 

(4) Ah'med ben el-Emir {ibid.,, p. 335). 

(5) Voir n. 1. 



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- 299 - 

vingt-quatre ans et dix mois et demi (U. Arrivé en Egypte 
en 289 (15 décembre 901), sous un costume de marchand, 
il se déclara à Sidjilmàssa en dhoû'l-hiddja 296 (août- 
septembre 909), fut salué du titre d'Imàm, puis se rendit 
à Rak'k'àda en rebi e II 297 (décembre 909-janvier 910); 
il fonda Mehdiyya, où il se retira [P. 215] en 308 (22 mai 
920). Son départ fut le signal de la décadence de Rak'kâ- 
k'àda, dont les habitants s'éloignèrent et dont l'impor- 
tance diminua de jour en jour, jusqu'au règne de Ma'add 
ben Ismâ c il, époque où en disparurent les derniers 
restes. 

Rak'k'àda était la capitale des Aghlabides, et Ton 
raconte que quiconque y entrait ne cessait de rire, et 
cela sans motif. On dit aussi qu'un prince de cette 
dynastie avait perdu le sommeil, qu'il recouvra en 
arrivant dans cette ville, et que de là vient son nom*. 
Ibrahim ben Ah'med s'y fixa et abandonna l'Ancien 
château; il y éleva de magnifiques palais, une mosquée 
principale, des établissements de bains et d'autres cons- 
tructions. Sa fondation remonte à 263 (23 septembre 876), 
celle de l'[ Ancien] château à 184 (30 janvier 800). Ibn el- 
Aghlab ayant défendu la vente du vin à K'ayrawân tan- 
dis qu'il la permettait à Rak'k'àda, on dit à ce propos : 

[Monsarih'] O Seigneur des hommes, ô fils d'un autre qui 
fut leur Seigneur, toi devant qui se courbent toutes les tètes, 
pourquoi déclarer interdit dans notre ville le vin qui est 
licite dans le territoire de Rak'k'àda ?(*) 



(1) Voir Fournel, n, 181. 

(2) Ces vers sont souvent cités, p. ex. dans Bekri, p. 70; dans 
Vlstibçar, tr. fi\, p. 13, etc. Plus haut (p. 112), notre auteur a placé 
la fondation de l'Ancien château en Tannée 185 ; voir là-dessus 
et sur Rak'k'àda, Bekri, L l. ; Ibn el-Athir, p. 157 et la note, etc. 



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- 300 — 

Mehdiyyà, qui doit son nom au Mahdi c Obeyd Allah 
le chi'ite, est située à soixante milles tle K'ayrawân. 
Celle-ci était la plus grande de toutes les villes du Ma- 
ghreb, la plus peuplée, la plus riche, celle où la vie était 
le plus large ; chez les habitants régnait généralement 
l'ardeur au bien, l'abstention des choses d'une légalité 
douteuse, l'éloignement pour les choses interdites, et 
cela dura jusqu'au jour où l'arrivée des Arabes, ainsi que 
nous le dirons, l'accabla d'une série de calamités et n'y 
laissa plus subsister que des vestiges indistincts, des 
traces à peine visibles. On dit qu'elle reverra son an- 
cienne splendeur, et à l'époque actuelle, tin du septième 
siècle, elle recommence à fleurir. 

Le royaume d' c Obeyd Allah comprenait l'Ifrik'iyya, 
tout le Maghreb, Tripoli, Barka et la Sicile, toutes régions 
où résidaient ses fonctionnaires. Il tenta la conquête de 
l'Egypte par son fils et héritier présomptif Aboû'l-K'âsim, 
qui était l'aîné de six fils, et au nom de qui les lettres 
étaient rédigées, du vivant même d' c Obeyd Allah. Celui- 
ci, mort à l'âge de soixante- trois ans, [P. 216] eut donc 
pour successeur son fils Aboû'l-K'âsim ben f Obeyd 
Allah, dont l'inauguration se fit le jour même de la mort 
de son père, 15 rebi c 1 322 (4 mars 934), qui prit le surnom 
d'El-K'â'im bi-amr Allah et qui mourut le dimanche 13 
chawwâl 334 (17 mai 946) après un règne de douze ans et 
sept mois, et à l'âge de cinquante-cinq ans, laissant sept 
fils. El-K'â'im eut comme chambellan Dja f far ben c Ali, 
et Ibn Aboû'l-Minhâl fut l'un de ses kâdis. Pendant tout 
son règne, ce prince sortit à cheval sans se faire accom- 



(1) II aurait, d'après Ibn el-Athîr {Annales, p. 319), tenu la mort de 
son père cachée pendant un an. 



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— 301 — 

pagner du parasol. Il suivit d'ailleurs la même voie que 
son père, de la mort de qui il témoigna une tristesse 
inconnue à un homme de son rang et qu'il garda (long- 
temps encore) après sa disparition. Depuis ce moment 
jusqu'au jour où lui-même rendit le dernier soupir, il ne 
franchit sur une monture la porte de son palais qu'à 
deux reprises. Sous son règne, de nombreuses villes 
furent conquises sur les chrétiens. Il eut aussi à faire 
face à plusieurs soulèvements que Dieu lui permit 
d'étouffer. Entre autres rebeHes, Ibn T'âloût Korachi 
s'avança avec de nombreux partisans dans la direction 
de la province de Tripoli ; mais les habitants de cette 
ville résistèrent et lui firent subir des pertes sensibles (*). 
Cet imposteur se disait fils du Mahdi et souleva ainsi 
avec lui les Berbères ; mais ces tribus, ayant reconnu la 
fraude, le massacrèrent et apportèrent elles-mêmes sa 
tête à El-K'â'im bi-amr Allah. 

Le premier acte d'Aboû'l-K'âsim fut de faire fabri- 
quer par tous les gouverneurs de provinces des armes et 
toutes sortes d'instruments de guerre. Le page Meysoûr, 
qu'il envoya dans le Maghreb avec de nombreux soldats, 
poussa jusqu'à Fez et mit en déroute Ibn Aboû'l- c Afiya, 
dont il fit le fils prisonnier £). Contre le pays chrétien il 
fit partir une flotte confiée à Ya c k'oûb ben Ish'âk', qui 
s'empara de Gênes< 3 ). Il nomma Aboû Dja'far Baghdâdi 



(1) Cette révolte est mentionnée dans des termes presque identiques 
par Ibn el-Athir {l. I.) et par Ibn Khaldoûn {Berbères, n, 528). 

(2) Ce qui eut lieu dans les années 322 et 323 (Ibn el-Athir, p. 320 ; 
Bekri, 225 et 289; Berbères, n, 529; Fournel, n, 187; Wustenfeld,71 ; 
ci-dessous à Tannée 323, etc.). 

(3) Y eut-il deux expéditions en pays chrétiens, Tune en 322, l'au- 
tre en 323? Voir Amari, Biblioteca, i, 412; n, 29; Ibn el-Athir, p. 320 
et les auteurs cités. 



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- 302 - 

directeur de la poste et du secrétariat, et lui confia le 
soin de nombreuses affaires gouvernementales. 

En 323 (10 décembre 934), il expédia à Bark'a une 
armée commandée par Zeydân, et fit partir ce général 
ainsi qu v Amir el-Medjnoûn, Aboû Zorâra et une partie 
[P. 217] des troupes kotâmiennes qui étaient à Bark'a, 
pour l'Egypte. Les envahisseurs entrèrent à Alexandrie, 
et ils firent un grand nombre de prisonniers sur l'armée 
de quinze mille cavaliers que-Moh'ammed ben [Toghdj] 
el-Ikhchîd fit marcher contre eux M. 

En la dite année, mourut El-Fad'l ben r Ali ben Z'afar, 
Thomme le plus lettré de son temps, le plus habile en 
science (religieuse), en droit et en littérature, en un mot, 
parfait. 

Comme le Slave Meysoûr était arrivé proche de Fez, 
Ah'med ben Bekr ben Aboù Sahl Djodhâmi, qui y com- 
mandait, sortit pour le combattre, mais il fut fait prison- 
nier par trahison et envoyé à Mehdiyya. Les habitants 
de cette ville choisirent alors pour les commander 
H'asan ben K'âsim Lawâti, et tinrent tête pendant sept 
mois à Meysoûr, dont les efforts contre eux échouèrent. 
Celui-ci alors assiégea Ibn Aboû'MAfiya, et réclama à 
cet effet l'aide des Benoû Idris, à qui il montra des 
égards et dont il ne méconnut pas les droits. Alors Ibn 
Aboû'l- e Afiya, fuyant devant eux, gagna le désert, et tout 
ce qui appartenait aux Benoû'l-'Afiya passa aux Benoû 
Idris. Le pouvoir chez ces derniers était exercé par les 
Benoû Mohammed ben el-Kâsim, qui étaient au nombre 
de trois, H'asan, K'annoûn et Ibrahim, ce dernier connu 



(1) Sur cette campagne, voir Ibn el-Athîr, p. 320 et la note 3. 



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- 303 - 

sous le nom d'Er-RehoûniW. K'annoûn, dont le nom était 
El-K'àsim, résidait ordinairement dans la ville de Çakh- 
rat en-Nesr. 

Histoire des Idrîsides ; pourquoi ils pénétrèrent dans le Maghreb 
et y fondèrent Fez ; chefs Idrîsides et antres qui ont gouverné 
cette ville jusqu'à présent. 

El- c Adhari et d'autres racontent qu'Idrls et Soleymân, 
l'un et l'autre fils d' c Abd Allah ben H'asan ben el-H'asan 
ben c Ali ben Aboû T'âleb, échappèrent au désastre de 
Fakhkh ( 2 ), sous le règne d'Aboû Dja c far el-Mançoûr. De 
leurs quatre autres frères, Moh'ammed, Ibrahim, e Isa et 
Yah'ya, le premier gagna [P. 218] le Hidjâz, où il fut tué; 
le second se révolta à Baçra, dans l'Irak, et fut tué sous 
le règne d'El-Mançoûr ; Yah'ya se révolta dans le Deylem 
sous le khalifat d'Er-Rechîd, se soumit contre promesse 
d'être gracié, et mourut ensuite empoisonné. Idris, qui 
se réfugia au Maghreb, s'y vit ensuite rejoindre par di- 
vers c Alides descendants d'Aboû T'âleb, savoir, son pro- 
pre frère Soleymân ( 3 ), qui s'installa àTlemcen, ainsi que 
Dâwoûd ben el-K'âsim ben Ish'âk ben e Abd Allah ben 



(1) Le Bayân porte « Er-Rcmoûni », que je n'ai pas hésité à corri- 
ger d'après Bekri (p. 290), d'autant plus que Rehoùna est un lieu 
voisin de Hadjar en-Nesr. Mais sur ce passage, comparez le texte 
arabe de Bekri, p. 129, i. 3, et Jaqubi, Descriptio, p. 123. 

(2) L'affaire de Fakhkh, près de la Mekke, est de 169, sous le règne 
du khalife Abbàside El-Hàdi (voir le commentaire d'Ibn Badroûn, 
p. 224 ; suprà, p. 97 ; Berbères, n, 559, etc.). 

(3J Soleymân ben 'Abd Allah, fait prisonnier à Fakhkh, fut décapité 
à la Mekke, d'après Mas'oûdi (Prairies d'or, vi, 266). Notre auteur 
suit probablement le récit de Nawfeli ap. Bekri, p. 277, et Istibçâr, 
trad., p. 149. 



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- 304 - 

Dja c far ben Aboû T'âlebM; celui-ci regagna ensuite 
l'Orient, mais ses enfants restèrent au Maghreb. Idris 
ben c Abd Allah, arrivé au Maghreb en 170 (2 juillet 786) 
avec son client Râchid,se fixa d'abord dans l'antique ville 
d'Oulîli, puis s'installa en 172 (10 juin 788) chez Ish'àk' 
[ben Moh'ammed] ben c Abd el-H'amîd. Les tribus ber- 
bères le prirent pour chef et lui prêtèrent obéissance, ce 
qui fut cause que Hâroûn er-Rechîd, l'ayant appris, 
envoya un de ses affidés, nommé EchChemmàkh, avec 
mission de l'empoisonner; c'est ce que fit cet homme, 
qui s'enfuit ensuite en Orient. A la suite de la mort 
d'Idrîs, survenue en 175 (9 mai 791), le commandement 
fut exercé par son client Râchid ; puis Kenzi, concubine 
berbère du prince défunt, accoucha d'un fils qui reçut le 
même nom que son père. 

En 187 (29 décembre 902), Idrîs ben Idrîs, qui avait 
alors onze ans, ou, selon d'autres, davantage, prit le 
pouvoir en mains, et fut reconnu par toutes les tribus 
(berbères). [Ce qui devint plus tard] le quartier Kayra- 
wanien était alors des marécages boisés autour desquels 
s'élevaient des huttes habitées par les Zawàgha. A la 
demande de ces populations, il résolut de tâcher d'y 
établir une ville, Fez, dont la fondation remonte à 193 
(21 octobre 808). Idrîs ben Idris fit une expédition contre 
les Nefza et parvint jusqu'à Tlemcen, puis il s'en retourna, 
alla jusqu'au Wâdi Nefiset se rendit maître du territoire 
des Maçmoûda. Il mourut en 213 (21 mars 828), empoi- 
sonné, mais on n'est pas unanime sur son genre de mort. 
D'après Ibn H'ammâda, Bekri et d'autres, il laissa douze 
fils : Moh'ammed, Ah'med, c Obeyd, Allah, c Isa, Idris, 



(1) Bekri, p. 276. 



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- 305 - 

Dja e far, Yah'ya, H'amza, e Abd Allah, -El-K'âsim, Dàwoûd 
et 'Omar. 

Moh'ammed ben Idris, qui monta sur le trône, suivit 
le conseil de sa grand-mère Kenzi et répartit les diverses 
provinces de l'empire entre ses frères: à El-K'âsim il 
donna [P. 219] Tanger et ses dépendances, à c Omar les 
Çanhâdja d'El-H'abat' et les Ghomâra, à Dàwoûd les 
H'awwâra de TàmeliU 1 ), et ainsi de suite pour 'Isa, 
Yah'ya et e Abd Allah; les autres, trop jeunes, furent 
laissés de côté. Alors e Isa s'étant soustrait à son autorité, 
Moh'ammed écrivit à leur frère El-K'âsim de l'attaquer, 
mais il essuya un refus ; au contraire, c Omar, qui avait 
reçu le même ordre, s'empressa de prêter aide à Mo- 
h'ammed, car des dissensions l'avaient auparavant sé- 
paré d' e Isa. 'Omar mourut dans le pays des Çanhâdja, t 
et son corps fut ramené à Fez ; c'est de lui que descendent 
les H'ammoûdites. Moh'ammed ben Idrîs étant ensuite 
mort, ce fut Yah'ya ben [Yah'ya ben] Moh'ammed ben 
Idris qui lui succéda. Le nouveau prince répartit aussi 
les diverses provinces entre ses oncles, tant paternels 
que maternels ; il donna à H'oseyn le sud, de la ville de 
Fez à Aghmât; à Dàwoûd l'est de Fez, (c'est-à-dire) les 
Miknâsa, les Hawwâra et les Çadina ; à El-K'âsim l'ouest 
de Fez, c'est-à-dire les Leh'âta( 2 ) et les Kotâma, tandis 
que Yah'ya lui-même se désintéressait des devoirs de 
souverain qui lui incombaient. Alors chacun de ses frè- 
res se conduisit en prince indépendant et attira à soi les 
Berbères, leur disant : a Nous sommes tous fils d'un 



(f) Chez Bekrî (p. 280) « de Taselmet ». Sur ce partage, voir Four- 
nel, i, 498 ; Jakubi, Description p. 127. 

(2) Ce nom parait corrompu : on peut songer à lire Lehàha ou 
Lemàya ? (Dozy). 

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-~ 306 « 

même père, et vous voye^ comment notre frère Yah'ya 
laisse aller son pouvoir à vau-l'eau. » Aussi les.Berbères 
leur reconnurent- ils de plèinsv pouvoirs, pendant que 
Yah'ya s'adonnait entièrement â la boisson et aux fem- 
mes. On raconte qu'il entra un jour au bain pour y pour- 
suivre une femme 0). Enfin la désaffection de la popula- 
tion de Féz fut cause de sa perte, et il s'enfuit dans le 
quartier des Andalous( 2 ), où il mourut. Sa femme était 
la fille d ,c Ali ben c Omar, aïeul des HammoûditesW. 

Ce fut c Ali ben c Omar ben Idris qui lui succéda, car 
quand Yah'ya fut perdu, son beau-père, le dit c Ali, étant 
arrivé, pénétra dans le quartier des Kayrawaniens et y 
exerça l'autorité souveraine, de sorte que le pouvoir 
passa des mains des fils de Moh'ammed ben Idrîs à 
.celle des fils de e Omar ben Idris. Il eut à résister au 
soulèvement d' c Abd er-Rezzâk, Khàredjite-Çofrite de 
Medyoûna qui, à la suite de nombreux combats, le mit 
en fuite et s'empara de Fez( 4 ). c Ali dut passer chez les 
Awreba, et ce fut c Abd er-Rezzâk qui devint maître du 
quartier des Andalous, mais non [P. 220] du quartier des 
K'ayrawânien?. En effet, les habitants de ce dernier firent 
venir Yah'ya ben el-K'âsim ben Idrîs, connu sous le nom 
d'El- c Addâm( 5 ), et le mirent à leur tète. Ce prince conquit 



(1) Qui était juive et s'appelait Hanna (Bekri, 289). 

(2) J'ai lu Crr ^uJjô , *\ ÏjsXa avec Bekri (texte, p. 125, 1. 1). * 

(3) C'est 'Obeyd Allah ben 'Omar (ou 'Omar ben Idris lui-même, 
suprà, p. 305, et Bekri, p. 281), qui est l'aïeul des Hammoûdites. En 
outre, j'ai (d'après Bekri, p. 282, et de Goeje, Jaqubi, 123), corrigé le 
texte, qui fait d"Ali le gendre de Yah'ya. 

(4) Ce rebelle était Espagnol d'origine et se révolta dans la monta- 
gne de Medyoûna, au sud de Fez (Békri, 282). 

(5) Ce nom est écrit de bien des manières, relevées dans/une note de 
la traduction do Bekri, p. 283. 



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- 307 - 

ensuite le quartier des Andalous et en chassa c Àbd er- 
Rezzâk, faits dont le récit trop long. Yah'ya régna donc 
sur Fez, les régions, les cantons, les tribus et les forts du 
voisinage jusqu'en 292 (12 novembre 904), où il fut tué 
par Rebî e ben Soleymân. 

Son successeur fut Yah'ya ben ldrts ben c Omar ben 
Idris ben Idris. En effet, après la mort de Yah'ya ben 
el-K'âsim, ce fut ce Yah ya ben Idrls qui s'avança vers Fez 
et qui y recueillit le pouvoir, de sorte que l'autorité 
revint ainsi pendant quinze ans aux mains des descen- 
dants d ,e Omar ben Idris, jusqu'à Tannée 307(2 juin 919), 
où arriva Meçâla ben H'aboûs. Celui-ci, venu pour la 
première fois dans le Maghreb en 305 (23 juin 917), avait 
commencé par accorder bienfaits et honneurs à Moûsa 
ben Aboû*l- e Afiya et lui avait confié le gouvernement des 
territoires conquis par lui; mais Yatfya ben Idris, prince 
de Fez, avait dirigé ses forces contre Moûsa et anéanti 
ses espérances. Revenu en 307 (2 juin 919), Meçâla resta 
dans le pays pendant cinq ansW. Ibn Aboû'l-'Afiya cher- 
cha à nuire à Yatfya et à le perdre dans l'esprit de Meçâla, 
employant les anciens liens d'amitié qui l'unissaient à 
celui-ci pour satisfaire l'inimitié qu'il nourrissait contre 
Yah'ya. Meçâla se décida à s'assurer de la personne de 
ce dernier, et comme, après avoir déjà tenté à cet effet 
diverses ruses, il le vit venir dans son camp, il se saisit 
de lui par trahison ; il lui enleva tout ce qu'il possédjait et 
lui ordonna en outre de retirer de Fez et de lui présenter, 
à lui Meçâla, les richesses qu'il détenait dans cette ville. 
Un agent de Meçâla fut installé à Fez, et ce général se 



(1) Meçâla vint pour la première fois au Maghreb en 304 ou en 305, 
puis y revint en 310 (Bekri, pp. 220 et 284). 



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— 308 — 

retira ensuite, laissant Moûsa dans le Maghreb en qualité 
d'émir (*). 

En 310 (30 avril 922) m se révolta H'asan ben Moh'am- 
med ben el-K'àsim ben Idris ben Idrîs, surnommé El- 
H'addjâm, qui infligea notamment à Moûsa une sanglante 
défaite dans une rencontre à laquelle participèrent les 
chefs berbères et telle que le Maghreb n'en avait pas vu 
de pareille [P. 221] depuis l'arrivée d'Idris l'ancien : 
environ deux mille Berbères restèrent sur le terrain, et 
Moûsa y perdit un fils du nom de Minhal. H'asan resta 
alors pendant environ deux ans le maître de Fez et de 
ses dépendances; après quoi les habitants de la ville se 
soulevèrent traîtreusement contre lui et prirent comme 
chef H'âmid ben H'amdân Hamadâni, connu sous le 
nom d'El-Loûzi, du nom de Loûza( 3 ), localité d'Ifrîk'iyya 
d'où il était originaire. H'âmid jeta Hasan ben Moh'am- 
med en prison et rappela Moûsa ben Aboû'l- c Afiya, qui 
vint avec ses troupes reprendre possession de Fez. 
Moûsa voulait faire exécuter H'asan, qui avait été cause 
de la mort de son fils Minhal ; mais H'âmid l'en détourna 
en lui représentant les inconvénients d'une exécution 



(1) Sur la manière dont finit Yah'ya ben Idris, il y a trois versions 
(Bekri, p. 283 et 285 ; Fourneî, n, 248). 

(2) Le texte porte 313, date que Dozy a corrigée en s'appuyant sur le 
Kartâs et sur ce qu'on a vu plus haut, p. 267. D'après Bekri (p. 285), 
El-Haddjàm chassa RnYàn Kotàmi de Fez en 316, et y resta deux ans. 
Sa mort serait donc survenue en 318. Mais d'après Ibn Khaldoûn(Zter- 
béres, i, 267 ; n, 145 et 568), le mouvement tenté par ce chef est de 313, 
sans indication de la période pendant laquelle il exerça le pouvoir. 
Cf. Fournel, n, 142 et 153, qui a eu le tort de reprendre Dozy à pro- 
pos des renvois de celui-ci, et d'accorder la moindre autorité à la 
traduction du Kartâs par Beaumier» 

(3) Loûz est le nom d'une localité près de Belezma (Bekri, 123); mais 
il y a un Kaçr el-Loùza entre Mehdiyya et Sfax (Edrisi, 150). 



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— 309 — 

publique, et le poison fut employé. D'après une autre 
version, H'àmid l'ayant emmené sur les murailles, 
H'asan en tomba et se cassa le pied ; il arriva jusqu'au 
quartier des Andalous, où il mourut. Moûsa resta donc 
maître de Fez et du Maghreb, par suite de la mort de 
H'asan ben [Moh'ammed] el-H'addjâm. 

Le surnom donné à ce dernier lui venait de ce que, 
dans un combat contre ses cousins, il frappa d'un coup 
de lance un premier adversaire à l'endroit où l'on pra- 
tique la saignée, puis un second, puis un troisième, tou- 
jours à la même place. Son oncle Ah'med dit alors de 
lui : « Mon neveu est devenu H'addjàm (ventouseur) », 
et ce nom lui resta. Lui-môme a dit : 

[T'awîl] Si Ton m'appelle H'addjàm, ce n'est pas que je 
pratique la saignée, c'est que je frappe à l'endroit où l'on 
saigne (*). 

Moûsa, redevenu maître de Fez, fît exécuter c Abd 
Allah ben Tha c leba ben Moh'ârib Azdi, ainsi que son 
frère Mohammed ; mais leur père, Tha c leba ben Moh'â- 
rib, s'enfuit à Cordoue* 2 ). Moûsa, projetant également la 
mort de H'âmid, grâce à qui il était rentré à Fez, celui- 
ci s'enfuit à Mehdiyya. Il chassa des endroits qu'ils habi- 
taient tous les Benoû Idris, qui furent forcés de se retirer 
dans la ville de Hadjar en-Nesr, fort inexpugnable dont 
la construction est due à Ibrahim ben Moh'ammed ben 
el-K'âsim [P. 222] ben Idrîs. Moûsa voulait les assiéger, 



(1) Ce vers et les détails qui précédent se retrouvent encore ailleurs 
(Bckrt, p. 286 ; Kartàs, texte, pp. 49 et 50 ; Berbères, n. 568). 

"(2) Selon Bekri (p. 287), *Al)d Allah ben Tha'leba et ses deux fils 
Moh'ammed et Yoùsof furent exécutés par ordre de Moûsa, tandis que 
son troisième fils Mohàrib s'enfuit ou à Gordoue ou à Mehdiyya. 



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— 310 — 

mais les principaux chefs de la population du Maghreb 
blâmèrent son projet : « Déjà, lui dirent-ils, tu lés as 
expulsés et réduits à la pauvreté ; voudrais-tu donc, toi 
Berbère, la mort de tous les Idrîsides ? » Ces reproches 
l'arrêtèrent . et il s'éloigna avec ses troupes, laissant 
cependant pour les surveiller l'un de ses officiers, Aboû 
K'amhMi), q U j établit son camp à proximité et les serra 
de près. Moûsa avait confié la garde de Fez à son fils 
Medyen, qui y resta jusqu'à l'arrivée de H'omeyd ben 
Yeçâb*), lequel, étant entré dans le Gharb, nomma à Fez 
H'âmid ben H'amdân : en effet, Medyen, à l'annonce de 
l'approche de H'omeyd et de H'âmid, s'était enfui de 
cette ville ( 3 ). Alors les Idrisides, réunissant leurs forces 
contre (Aboù K'amh'), l'officier de Moûsa, le mirent en 
déroute et pillèrent, en 317 (13 février 929), la plus 
grande partie de son camp. Ensuite survint à Fez la 
révolte d'Ah'med ben Bekr [ben c Abd -er-Rahmàn] ben 
Aboû Sahl Djodhâmi, qui mit à mort H'âmid ben H'am- 
dân et envoya sa tête ainsi que celle de son fils à Moûsa 
ben Aboû'l- c Afiya ; celui-ci les fit porter l'une et l'autre à 
Gordoue par Sa e id ez-ZerràdW. Quant à H'omeyd ben 
Yeçâl, qui avait, sans l'ordre du prinee Obeydite, quitté 
le Gharb en y laissant Moûsa, il fut, pour cette raison, 



(1) Ou Aboù'1-Fath' Tesoùli d'après le Kartâs (texte, p. 51) et Ibn 
Khaldoûn {Berbères, i, 268). 

(2) Nommé ci-dessus Homeyd ben Yeçel ; son arrivée à Fez eut lieu 
en 321 d'après Bekri (p. 288), date qui est en contradiction avec celle 
de 317, que notre auteur donne aussitôt après et qui doit être fausse. 

(3) Il faut corriger le C^oyb, correction malheureuse de Dozy 
(p. 222 1. 8) en «^yb, ce que montrent et le contexte et le texte de 
Bekri (p. 128, l.*6). 

(4) Appelé Sa'id ben ez-Zerràd par Bekri (p. 289).Voir Fournel, H, 187. 



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~ 311 - 

emprisonné à son arrivée en îfrik'iyya; il parvint cepenr 
dant à s'enfuir en Espagne. En effet, les sympathies de 
Moûsa étaient pour le prince Omeyyade régnant à 
Cordoue. 

En 324(29 novembre 935) c Ali ben H'amdoûn, connu 
sous le nom d'Ibn el-Andalosi, ruinai) la ville [d'Adena, 
proche de celle] de Mesila, située à deux étapes de 
Tobna et dans le voisinage de laquelle était la ville 
ancienne nommée Er-Rommâniyya. Elle est dominée 
par la montagne de TAurès, longue de sept journées de 
«îarche et renfermant de nombreux chàteaux-forts habi^ 
tés par lesHawwàra, qui professent les doctrines khàred- 
jites. C'est datis ces montagnes qu'habitait la Kâhina, et 
c'est là aussi qu'Aboû Yezîd Makhled ben Keydàd se 
révolta [P. 223] contre Aboû'l-K'âsim Chi c i. 

En 325 (18 novembre 936), Aboû'l-K'àsim ben f Obeyd 
Allah nomma en Sicile AboiïVAbbâs Khalii ben Ish'âk', 
qui agit dans ce pays comme nul n'avait fait avant lui ni 
ne fit depuis: il fît mourir les musulmans tant en les 
affamant qu'en les exécutant, si bien qu'ils s'enfuirent en 
pays chrétien et que la plupart abjurèrent. Il resta en 
Sicile quatre ans et en partit en 329 (5 octobre 940). Plus 
tard,. dans une réunion où figuraient plusieurs per- 
sonnages importants et où la conversation portait sur 
des sujets divers, on vint à parler du temps qu'il avait 
passé en Sicile, et alors, se vantant de sa cruauté, il dit: 
« J'y ai tué, disent ceux qui exagèrent, un million d'hom- 
mes, ou, d'après ceux qui sont au-dessus de la vérité, 



(1) Le texte est certainement corrompu. En consultantBékri(pp.320 
et 321 , trad., 144, texte), on voit qu'en 324 Ibn el-Audalosi ruina Adena, 
qui est à deux journées :de Tobna. Je propose donc de lire <^— oy^c 
ilx-uJL\ ^LoJoo [^J>j-Àl 23 >l]. • 



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— 312 .— 

six cent mille; mais je le jure, ajouta-t-il, la vérité est 
qu'il y en a plus (que ce dernier nombre). » Alors Aboû 
e Abd Allah el-Mo'addib (l'instituteur) lui dit : « Aboû'l- 
e Abbàs, il te suffit d'en avoir tué un seul I » c Obeyd Allah 
l'avait employé dans l'administration des districts, le pré- 
lèvement des impôts et l'examen des comptes des bu- 
reaux et des gouverneurs; mais certains propos lui étant 
revenus sur son compte, il lui adressa un blâme et le 
prit en aversion, si bien qu'il se serait débarrassé de lui 
sans l'intervention d'Aboû'l-Kâsim, le fils d' c Obeyd 
Allah W. Voici des vers de Khalil qui montrent jusqu'à 
quel point il était inféodé à c Obeyd Allah : 

[Kâmil] C'est l'imàm qui a établi pour les musulmans la 
tradition de son aïeul, de même que moi je l'ai suivie ; c'est 
lui qui a vivifié les préceptes religieux de son parent, qui 
en a dressé les livres et les prescriptions relatives aux choses 
licites et illicites. 

L'émir Aboû'l-Kâsim ben c Obeyd Allah* 2 ) avait en 313 
(28 mars 925) fait édifier la ville de Mesila par Ibn el- 
Andalosi, à qui il en confia ensuite le gouvernement et 
qui y resta jusqu'à ce qu'il périt dans le soulèvement 
d'Aboû Yezîd Makhled ben Keydâd en 326 (7 novembre 
937). Dja c far, fils d'Ibn el-Andalosi, continua d'y demeu- 
rer et devint émir du Zàb tout entier, qu'il quitta en 360 
(3 novembre #70) lors de la guerre soulevée par Ziri( 3) . 



(1) Ce commencement du paragraphe figure dans Amari, Biblio- 
teca t ii, 29. Comparez Ibn cl-Athir, p. 321 ; Fournel, n, 213. 

(2) Lisez : L'émir 'Obeyd Allah », voir euprà, p. 272. 

(3) Il est parlé de la révolte de Dja'far dans Yffist. des Berbères, 
n, 554. 



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- 313 - 

Les Chi c ites donnent à Mesila le nom de Moh'amme- 
diyya : ainsi El-MerwezH 1 * a dit: 

[Sari 4 ] Ensuite vers la ville favorisée de Moh'ammediyya, 
à qui la crainte de Dieu servit de fondement. 

[P. 224] Quant à la ville d'Achir, la construction en est 
due à Ziri ben Mennâd Çanhâdji, ainsi que le prouvent 
les vers d' e Abd el-Melik ben c Aychoûn : 

[Redjez] Toi qui t'enquiers de nos combats (2) et d'Achir, 
siège de l'infidélité, demeure du libertinage, habitée par des 
gens injustes, bâtie pour l'impiété et le mensonge, sache 
qu'elle a été édifiée par Zlri, sur qui soit la malédiction de 
Dieu! 

Elle fut détruite postérieurement à 440 (15 juin 1048) 
par Yoûsof ben H'ammàd Çanhâdji, qui la livra au 
pillage. 

En 327 (28 octobre 938), dans le Maghreb extrême 
(ak'ça) appelé aujourd'hui Maghreb rapproché (adncr), 
c'est-à-dire dans le pays de Tâdelâ et de Tàmesnâ, se 
souleva, après la mort de son père, Aboû'l-Ançâr ben 
Aboû c Ofeyr Berghawâti, qui avait commencé par faire 
des promesses de fidélité. Nous en reparlerons. 

Quant à Aboû Yezîd Ifreni ZenâtK 3 ), il s'appelle Makh- 
led ben Keydâd ben Sa c d AUâh ben Moghîth ben Kermàn 
ben Makhled ben c Othmân ben Ourîmet ben Tabak'- 



(1) Le nom de ce poète est écrit Ahmed ben Mohammed el-Merou- 
di, dans Bekri (p. 143), qui cite quatre vers de la pièce qui suit. 

(2) Dans Bekri (p. 144), où se retrouvent ces vers, on lit : « Toi qui 
t'enquiers de notre pays d'Occident. » 

(3) Voir Iim el-Atbir, p. 324, et ci- dessus, p. 277. 



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- 314 - 

râsen ben Semîdàn ben Ifren, lequel Ifren était père dé 
la Kâhina. Tous les Zenâta tirent leur origine deDjànà 
ben Yah'ya.. . 

Ibn H'ammâdat 1 ) raconte qu'Aboû'I-K'âsim. Chi c i, à la 
suite de la mort de son père c Obeyd Allah, manifesta 
publiquement ses croyances, fit injurier les gens de la 
Caverne et du Manteau <*) et lancer d'autres accusations 
de mensonge contre le saint Livre de Dieu ; quiconque 
s'occupait de théologie était châtié et puni de mort, et 
les musulmans lurent soumis à de terribles épreuves. 
Alors Aboû Yezid descendit des montagnes de l'Aurès 
en appelant les populations à embrasser la doctrine qu'il 
disait être la vraie ; bien qu'elles ne la connussent pas, 
elles espéraient trouver en lui le bien et le maintien dé 
la foi traditionnelle. Il se souleva donc contre les Chi c iles 
et pénétra en If rîk'iyya, où il détruisit les villes, ravagea 
le territoire et fit des massacres sans nombre. 

En 332 (3 septembre 943), Aboù'l-R'àsim Chi c i dut fuir 
de Rak'k'âda pour se retirer à Mehdiyya, tant étaient 
grands les succès d'Aboû Yezid .Celui-ci, qui était un imâm 
des Ibâd'ites nakkarites du Maghreb, avait étudié, ditEr- 
Rak'ik', sous [Aboû] c Ammâr el-A c ma, employait l'âne 
comme monture et portait le titre de Cheykh des croyants 



(1) Cet auteur, qui a été cité antérieurement, ne parait pas être le 
même qu'Ibn Hammàd, à en juger d'après le récit de ce dernier tra- 
duit dans le J- As. 1852, t. n, 472. Au surplus, nous savons qu'un Ibri 
H'ammàda Bernesi a vécu postérieurement au célèbre kàdi Aboù'l- 
Fad'l 'Iyâd\ de qui il cite un ££.U'J\ £*^-, chronique traitant de 
l'Espagne et du Maghreb, et qui n'est peut-être autre chose que le 
Crt^j^ t^ du même 4 Iyâd* (ms 2106 de Paris, f. 354, v). 

(2) C'est-à-dire le Prophète et sa famille, par allusion à la caverne 
où il se réfugia avec Aboû Bekr et au manteau dont il couvrit sa fille, 
son gendre et ses deux petits-fils, . 



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— 315 -> 

Çcheykh el-mouminîn). [P. 225] « Alors, dit Ibn Sa'doûn, 
Dieu suscita contre Aboû'l-K'âsim le khâredjite Makh- 
led ben Keydàd, qui le vainquit et livra ses guerriers à 
la mort. Il était soutenu par les musulmans, les juristes et 
les gens voués à la dévotion, » qu'Ibn SaMoûn énumère 
tous dans son livre, « qui marchèrent avec lui contre 
l'ennemi commun. Il s'avança contre K'ayrawàn, où il 
entra en çafar de cette année (octobre 943), fit montre 
devant les habitants d'[opinions] correctes et employa 
la formule « que Dieu leur fasse miséricorde », en par- 
lant d'Aboïl Bekr et d' c Omar; enfin il appela le peuple 
à la guerre sainte contre les Chi c ites et ordonna d'étudier 
(et d'appliquer) la doctrine malékite. Lés juristes et les 
gens de bien se répandirent dans les marchés en pronon- 
çant les'prières pour le Prophète, pour ses Compagnons 
et pour ses femmes. Les insurgés plantèrent alors 
leurs étendards auprès de la grande mosquée. Le ven- 
dredi ils se réunirent dans ce temple, montés et armés, 
en compagnie d'Aboû Yezid et précédés d'étendards et de 
tambours. Entre autres, deux étendards jaunes portaient 
l'un les formules « au nom de Dieu » et « Moh'ammed 
est 1 apôtre de Dieu » ; l'autre « Une aide venant de Dieu et 
une victoire prochaine [seront réalisées] par le cheykh 
Aboû Yezid ; ô grand Dieu, secours ton ami contre ceux 
qui injurient tes amis ! » Un autre étendard portait : 
« Combattez les chefs de l'impiété, etc. » (Koran, ix, 12); 
on lisait sur un autre : « Combattez-les, Dieu les châtiera 
par vos mains, les couvrira d'opprobre et vous viendra en 
aide » (ib. t ix, 14) ; un autre encore portait, à la suite de 
Au nom de Dieu, etc., « Moh'ammed est l'apôtre de Dieu ; 
Aboû Bekr le véridique ; c Omar le diviseur». Enfin le 
septième portait ; « Il n'y a de divinité qu'Allah ; Mob'am- 



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- 316 - 

med est l'apôtre de Dieu. Si vous ne le secourez pas, 
Dieu l'a secouru lorsque les infidèles l'ont fait sortir lui 
second, alors que, se trouvant avec son compagnon dans 
la caverne, il lui disait : « Ne te chagrine pas, Dieu est 
avec nous » (Koran, ix, 40). 

« Quand tout le peuple fut réuni, l'imâm monta en 
chaire, prononça une khoiba enflammée et appela le peu- 
ple à la guerre sainte, en lui dépeignant les récom- 
penses qu'elle devait lui procurer. Il termina en mau- 
dissant c Obeyd Allah et son fils, et le peuple, sortant 
à sa suite, marcha à la guerre, si bien qu'Aboû Yezid, 
toujours le plus fort, vainqueur de ses adversaires et 
les envoyant à la mort, resta mai Ire de la presque tota- 
lité de l'Ifrîk'iyya. [P. 226] Quand Aboû Yezîd se vit 
maître du souverain pouvoir ou à peu près, que le Chi c ite 
ne comptait plus ou que peu s'en fallait, il dit à ses 
soldats de laisser dans les rencontres les K'ayrawâ- 
niéns à découvert, de façon que l'ennemi tombant sur ces 
derniers et les épargnant eux-mêmes, on se trouvât 
débarrassé de ces auxiliaires sans avoir à les tuer. IL 
voulait ainsi ne pas endosser aux yeux de la foule 
l'odieux de leur mort, car son intention était de se débar- 
rasser d'eux dans la conviction où il était que, après la 
mort des cheykhs et des chefs religieux de K'ayrawàn, il 
resterait maître de ceux qui les suivaient et les amène- 
rait à suivre ses doctrines. C'est ainsi que périrent ceux 
des hommes de bien et des juristes de K'ayrawàn dont 
Dieu voulait la félicité par le martyre; mais alors la 
masse, saisie de regret et voyant que tous les amis de 
Dieu étaient morts en martyrs, se sépara fort irritée 
d'Aboû Yezîd. Quant à Aboû'l-K'àsim, il était serré des 
plus près quand il mourut. » 



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^ 317 -» 

En 333 (23 août 944), Aboû Yezîd tua le page Mey- 
sera ( 4 ), général d'Aboû'l-K'âsim. Cette année vit de nom- 
breuses rencontres entre ce dernier et Aboû Yezîd, 
notamment l'affaire célèbre du Wâdi'1-Malh', où Aboû'l- 
Kâsim perdit un nombre d'Jhommes incalculable. 

Aboû'l-K'âsim el-K'â'im bi-amr Allah, fils d ,f Obeyd 
Allah, mourut en 334, le dimanche 13 chawwâl (17 mai 
946), après un règne de douze ans. 

Règne d'Ismà'tl ben Aboûl-K'&sim ben 'Obeyd Allah. 

Ce prince, dont le langage était choisi et éloquent, 
naquit à Mehdiyya en 302 (26 juillet 914) et monta sur le 
trône à l'âge de trente-deux ans; porteur du prénom 
d'Aboû't-T'âhir et du surnom d'El-Mançoûr, il avait été 
proclamé héritier présomptif au mois de ramad'ân et 
reconnu comme tel dans les prônes prononcés du haut 
des chaires en Ifrîk'iyya. 

En 335 (10 août 946), Aboû Yezid s'avança vers Meh- 
diyya, puis se porta sur Sousse, dont les habitants 
l'accueillirent les armes à la main, ce qui a fait dire (*): 

[P. 227 ; Wâfir] Il a marché sur Sousse et l'a audacieu- 
sement attaquée, mais cette ville avait Dieu pour protecteur. 
Sousse est pour le royaume un rempart devant lequel s'in- 
clinent villes et places fortes. Maudits ceux qui l'attaquent, 
comme furent maudits K'oreyz'a et Nad'îr ! Le Créateur de 



(1) Ce nom est aussi écrit Meysoûr. Wâdi'1-Malh' est situé entre 
Tomàdjir et Mehdiyya (Bekri, p. 73 ) cf. lbn el-Athir, p. 331 ; Fournel, 
n, 242). 

(2) Des six vers cités par Bekri (p. 86) et attribués par lui à Ahmed 
ben Beledj (?), nous avons ici les quatre premiers, avec une variante 
inacceptable dans le second hémistiche. 



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- - 318 rr^ 

toutes choses a, dans la confusion universelle, employé 
Sousse pour exalter la vraie foi. 

Aboû Yezid s'en éloigna donc, retourna vers Mehdiyya 
et fit de tels progrès, qu'il vint cogner de sa lance la porte 
de cette ville. Un fantassin pénétra alors dans le palais 
et y trouva Ismâ e il jouant avec une anguille dans le 
réservoir : « Tu joues, dit-il au prince, pendant qu'Aboû 
Yezid plante sa lance dans la porte ! — Tu es sûr qu'il 
Ta fait ? — Je l'affirme. — 11 n'y reviendra pardieu ! plua 
jamais, car son heure est arrivée ; c'est là ce que nous 
avons trouvé dans nos livres. » Et aussitôt il fit monter 
ses troupes à cheval pour attaquer le rébelle ('). 

En 336(22 juillet 947), AboûVTàhir el-Mançoûr décida 
la fondation de Cabra, dont il traça le plan et qu'il 
appela El-Mançoûriyya. D'après El -Bekri, Mehdiyya 
resta la capitale des Benoû 'Obeyd, jusqu'à ce qu'Aboû't- 
T'âhir, l'un d'entre eux, se rendit à K'ayrawàn après 
qu'il eut tué Aboû Yezid (*). Il bâtit alors la ville de Cabra, 
dont il fit sa résidence, et la plupart des faubourgs de 
Mehdiyya se vidèrent et tombèrent en ruines, [d'autant 
plus que] ce prince transporta à Cabra le marché de 
K'ayrawàn. Située à environ un demi-mille de cette der- 
nière, elle comptait quatre ( 3 ) portes. De Mehdiyya à 



(1) Sur cet incident et la date qui lui est assignée, cf. la note de 
Fournel, n, 274. 

(2) Le texte de Bekri n'est pas reproduit littéralement: notamment 
dans ce passage, le célèbre géographe dit qu'El-Mançoûr se rendit 
en 334 à K'ayrawàn pour combattre Aboû Yezid (qui en effet ne lut 
tué qu'en ,336), et il place sous Tannée 337 la fondation de Cabra 
(Bekri, pp. 64 et 76; cf. Fournel, il, 283). 

(3) Bekri (p. 64) dit cinq portes, et il en donne les noms; lbn 
H'ammàd dit aussi quatre (/. asiat., déç. 1852, p. 479). 



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— 319 - 

Sellak't'aW, il y avait huit milles, et c'est de ce dernier 
endroit que partit Aboû Yezîd pour mettre le siège 
devant Mehdiyya ; son camp était à Ternoût'. On lit dans 
les livres de prédictions: « Quand le Khâredjite aura 
attaché ses chevaux à Ternoût', il n'y aura plus rien de 
sûr pour les gens du littoral ; habitants du littoral, gare 
au camp d'Ibn Keydâd !» 

Bâdja eut aussi; à subir des pertes, tant en morts 
qu'en prisonniers, du fait d'Aboû Yeztd, ce qui a fait dire : 

[Redjez] Ensuite il fit du mal à Bâdja, dont il chassa et 
dispersa les habitants (2). 

[P. 228] Quand El-Mançoûr fut résolu à marcher contre 
lui pour l'attaquer, il distribua la solde à ses troupes et 
procéda à des levées ; puis il s'avança, et Aboû Yezid dut 
fuir; Ismâ e il le fit poursuivre jusqu'au pays des Kotâmat 3 ), 
où l'agitateur vaincu se fortifia dans la montagne dite 
H'içn Aboû Yezîd. Il fut pris vivant, mais couvert de 
blessures, et El-Mançoûr l'emmena dans une cage de 
fer à Mehdiyya, où il le fit exécuter, puis crucifier sur la 
porte même qu'Aboû Yezîd avait autrefois cognée de sa 
lance. D'après El-K'od'â e i (*), ce rebelle mourut en môh'ar- 
rem 336 (juillet-août 947); il fut écorché, bourré de coton 
et mis en croix dans cet état. D'après Ibn H'ammâda, 



(1) Voir Bekri (p. 76, n. 2. et p. 198) ; Edrisi ne compte que six 
milles entre Mehdiyya et SellakVa. 

(2) Ce vers est extrait d'un poème satirique dirigé contre Aboû 
Yezid (Bekri, p. 138). 

(3) On lit ailleurs Kiyàna, qui est probablement la bonne leçon 
(Ibn el-Athir, p. 346). 

. (4) Le kâdi Moh'ammed ben Selàma, -f 454 H., est auteur des 
f Oyoûn el-me'ârif, bref résumé historique où Ton retrouve en effet 
le renseignement qui suit (ms 1491 de Paris, f. 116 v°). 



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— 320 — 

El-Mançoûr, à la suite de sa victoire sur Aboû Yezîd, se 
dirigea sur K'ayrawân, où il fit son entrée dans cette 
môme année, fit exécuter certains parents du vaincu et 
mettre' d'autres à la torture; les supplices auxquels il 
les soumit durèrent tant qu'il vécut. Au dire d'El-K'od'â'i, 
ce fut en 337 (10 juillet 948) qu'El-Mançoûr s'installa à 
Mançoûriyya. 

En 339 (19 juin 950), Aboû't-T'àhir el-Mançoûr se trans- 
porta en Orient et remit en place la Pierre noire, à l'an- 
gle du saint Temple de Dieu, alors qu'El-Mot'i* était 
depuis cinq ans sur le trône. Elle en avait été enlevée 
par Soleymân ben el-H'asan K'armatt, que Dieu mau- 
disse ! en 317 (13 février 929), sous le règne d'El-Mok'ta- 
dir l'Abbaside; l'hérétique avait lait perpétrer ce sacri- 
lège par la main de Dja c far ben Aboû e Iladj. Les frères 
de Soleymân, après la mort de celui-ci, renvoyèrent la 
Pierre, qui lut remise en place en la dite année par la 
main de H'oseyn ben el-Merwezi Kinâni, après une 
interruption de vingt-deux ans environ. Elle était tout 
entière, à l'exception de la face externe, d'un blanc écla- 
tant du temps d'ibn ez-Zobeyr; elle devint noire au 
cours des temps par le sang provenant des holocaustes 
dont la noircirent les infidèles et par leurs attouche- 
ments. Ed-Dhi'bi raconte avoir assisté aux deux opéra- 
tions, de l'enlèvement et de la remise en place M. 

En 340(8 juin 951), Aboû't-T'àhir Ismâ c îl [P. 229] dési- 
gna son fils Aboû Temîm Ma c add comme héritier présomp- 
tif. Il alla à Djeloûla en partie de plaisir et en revint 



(1) Ibn el-Athir. (texte, vm, 365} ne mentionne pas la coopération 
d'El-Mançoûr à la remise en place de la Pierre noire ; voir d'ailleurs 
de Goeje, Carmathes, pp. 100 et 158» 



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-- 321 - 

malade, et ce fut dans cet état de santé qu'il prononça la 
prière de la Rupture du jeûne. 

Le dernier jour de chawwâl 341 (18 mars 953) mourut 
ce prince, fils d'Aboû'l-K'âsim el-K'â'im ben f Obeyd 
Allah le Mahdi, à l'âge de trente-neuf ans, après un 
règne de sept ans et quinze jours ( l >. Il avait eu pour 
chambellan Dja c far ben c Ali. 

Règne de Ma'add el-Mo'izz li-dîn Allah ben Ismâ'îl. 

AboûTemim Ma c add, surnommé El-Mo c izz li-din Allah 
et fils d'Ismâ c il ben Aboû'l-K'âsim ben c Obeyd Allah, né 
à Mehdiyya en ramad'ân 319 (septembre-octobre 931), 
monta sur le trône à l'âge de vingt-deux ans et fut le 
premier Obeydite qui régna en Egypte. Après la mort 
de Kâfoûr Ikhchîdi, émir de ce dernier pays, Mo c izz y 
envoya son général Aboû'l-H'asan Djawher, qui avait fait 
partie de la garde de son père Ismâ c il. Chrétien d'ori- 
gine, Djawher avait été importé par l'eunuque Çàbir et 
était passé ensuite entre les mains de l'eunuque Khafif, 
qui l'offrit à El-Mançoûr Ismâ c il II s'était distingué au 
service de celui-ci, et fut envoyé par El-Mo c izz avec une 
armée en Egypte, dont il conquit la capitale, le mardi 17 
cha r bàn (6 juillet); les chefs Ikhchîdites s'enfuirent en 
Syrie, et la prière fut dite au nom d'El-Mo c izz, le ven- 
dredi 20 cha c bân 358 (9 juillet 969), dans la Vieille mos- 
quée (el-Djâmi c el^atlk"), par Aboû Moh'ammed Chim 
chât'K 2 ) ; la prière fut aussi dite en son nom à la Mekke, 



(1) On trouvera le récit des circonstances de sa mort dans Ibn el- 
Athir, p. 356 ; Wûstenfeld, p. 95, etc. 

(2) J'ai rétabli la lecture exacte de ce nom, telle qu'elle est fixée 
par le Lobb el-Lobâh, et qu'elle figure d'ailleurs dans lbn el-Athir 
(p. 336). 

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- 322 - 

lors du pèlerinage de la même année, et à Médine ce fut 
Aboû Moslim c Alewi qui 's'acquitta de cette fonction. 
Dja ff far ben Felâh se rendit en Syrie et s'empara de la 
personne d'El-H'oseyn ben c Abd Allah, qu'il envoya à 
Djawher ; [P. 230] celui-ci l'expédia dans un convoi qui 
comprenait en outre plusieurs Ikhchidites ainsi que des 
présents, et qui, conduit par son fils Dja c far, arriva au- 
près d'El-Mo c izz, en llrîk'iyya, en redjeb 359 (mai-juin 
970). 

En 342 (17 mai 953), le kbatib de K'ayrawân étant 
mort en chaire d'une attaque de paralysie, la khotba fut 
achevée par le juriste Aboû Sofyân. 

En 344(26 avril 955), il naquit à El-Mo c izz un fils, qu'il 
nomma Nizâr. 

En 346 ('3 avril 957), arriva à Ceuta un gouverneur 
nommé par le khalife d'Espagne EinNàçir c Abd er-RalV- 
mân, avec mission de fortifier cette ville et d'en recons- 
truire les murailles; cet officier, se conformant à Tordre 
du prince, les édifia en tuf U). 

En 317 (24 mars 958), Djawher, général d'Aboû Temîm 
el-Mo c izz, arriva dans le Gharb; il s'empara d'abord de 
Fez, puis marcha vers Tetuan ; il arriva alors à la pénin- 
sule qui constitue Ceuta (^:u~> ^r^)> et ses efforts 
devant cette place étant restés infructueux, il se dirigea 
sur Sidjilmàssa. Moh'ammed ben el-Emîn( 2 ) el-Fath', 
prince de cette ville, prit la fuite devant lui et se fortifia 
dans un forU 3 ), à douze milles de Sidjilmàssa, où il era- 



(1) Dans le t. n du Bayân (p. 234 et s.), il est plus longuement 
parlé des rapports de l'Espagne avec l'Afrique à cette époque ; voir 
aussi Founiel (u, 315). 

(2) Ou « ebEmir », d'après Bekri (suprà, p. 298); cf. Ibn Haukal, 
p, 57. 

(3) Que Bekri (p. 335) appelle Tàseâjàlt, nom que portait aussi la 
K'al'at H'awwâra, ou Calaa de THillil actuel. 



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- 323 - 

mena sa famille et ses biens, ainsi qu'une partie de ses 
adhérents. Nous avons dit déjà quelque chose de ce 
prince, qui portait le surnom d'Ech-Châkir billàh. Sidjil- 
mâssa était occupée par Djawher. Or, Moh'ammed ben 
el-Fath , sortit du fort avec un très petit nombre des 
siens pour se renseigner incognito; reconnu par une 
troupe de Medghara, il fut pris par trahison et emmené 
par ces gens à Djawher, qui le fit exécuter en redjeb 
(septembre-octobre 958). Ce général, après un séjour 
d'environ un an dans le Gharb, regagna rifrik'iyyaM. 

En la même année arriva à Cordoue, fuyant devant 
Djawher, El-H'asan ben K'annoûn Tldrîside. Les Benoû 
Moh'ammed ben el-K'âsim, qui étaient de la famille 
d'Idris ben Idris, s'étaient d'abord entendus pour déman- 
teler Tetuan ; mais après avoir exécuté ce projet, ils en 
eurent du regret et recommencèrent à la reconstruire. 
Les habitants de Geuta, à qui cette reconstruction faisait 
tort, leur cherchèrent querelle, et alors c Abd er-Rah'- 
màn en-Nâçir envoya des troupes commandées par 
Ahmed ben Ya c la pour mettre les Benoû Moh'ammed à 
la raison, en même temps qu'il écrivait à H'orneyd ben 
Yeçâl, prince de Tikîsâs et de la région, de prêter 
main-forte à son général. [P. 231] En présence de ces 
deux armées réunies, les Benoû Moh'ammed durent cé- 
der, et ils envoyèrent à Cordoue leurs enfants comme 
otages. 



(1) II est peu vraisemblable que Djawher ait attaqué Ceula et les 
villes de la côte avant Sidjilmàssa. D'ailleurs, c'est en 347 que notre 
auteur a plus haut fait arriver Djawher dans le Gharb (voir Four- 
nel, ii, 320 et 322). C'est à 347 aussi que Bekri (p. 336) fixe la date de 
la prise de Sidjilmàssa, de mémo qulbn Khaldoûn (Berbères, i, 264). 
Voir encore Ibn el-Athir, p. 360. 



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- 324- 

En 348^13 mars 959), c Abd er-Rah'màn en-Nàçir reçut 
du gouverneur commandant à Ceuta une lettre l'infor- 
mant du succès remporté sur Djawher, le général chiite. 

En 349 (2 mars 960), El-Mo c izz fit intimer par le kàdiles 
ordres suivants aux imams et aux crieurs des mosquées: 
dans Tappel à la prière, on devait ne dire que accourez à 
V œuvre excellente) prononcer en tête de chaque sourate 
du Koran au nom du Dieu clément et miséricordieux en 
faisant deux salutations; répéter à cinq reprises dans 
les- funérailles Dieu est grand) ne pas retarder la prière 
de l'après-midi, ni dire au point du jour la dernière prière 
de la nuit; enfin les femmes ne devaient pas crier lors 
des funérailles, ni les aveugles réciter, sauf lors de 
l'inhumation, le Koran sur les tombes. 

En 350 (19 février 961), mourut à Cordoue, où il était 
en qualité d'otage, H'oseyn ben Ah'med ben Ibrahim ben 
Moh'ammed ben IdrisH'asani. Les deux fils qu'il laissa, 
Moh'ammed et H'oseyn, continuèrent de résider à Cor- 
doue jusqu'au khalifat d'El-H'akam, qui les renvoya 
vivre auprès de leurs frères dans le Gharb, où ils arri- 
vèrent, en redjeb 354 (juillet 965). 

En 351 (8 février 962), les chrétiens conquirent et gar- 
dèrent les deux villes d'El-Meçiça et de T'arsoûs. 

En 352 (29 janvier 963), au mois de chawwâl (octobre- 
novembre 963), arriva auprès d'El-H'akam el-Mostançir 
billâh un ambassadeur du nom d'Aboû Çâlih' Zemmoûr 
Berghawâti, envoyé par Aboû Mançoûr c lsa ben Aboû'l- 
AnçârC 1 ), émir des Berghawâta. c Isa ben Dâwoûd Mes- 



(1) Appelé par lbn el-Athir (trad., p. 379) « 'Abs ben Oumm el- 
Ançar ». Comparez ci-dessus, p. 57, et les auteurs cités., ainsi que le 
Kartàs, p. 82. L'arrivée de cet ambassadeur est aussi rappelée dans 
le Bayân, h, 250. 



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- 325 — 

t'âsH 4 ), qui lui servait d'interprète arabe, donna à El- 
H'akam les renseignements que lui demanda ce prince 
sur l'origine et les croyances des Bergbawàta. D'après 
les renseignements fournis par Zemmoûr, le père de 
leurs princes est Tarif, descendant de Chim c oûn (Si- 
méon), fils de Jacob, fils d'Isaac. Tarif figurait parmi 
les partisans de Meysera, prince du Magbreb dont il a 
été parlé, et à la suite de la mort de celui-ci et de la 
dispersion de ses compagnons, il s'installa dans la 
région de Tâmesnâ. [P. 232] Les Berbères le prirent pour 
leur chef et il les gouverna; il professait la religion mu- 
sulmane, et la presqu'île de Tarif tire son nom de lui. Il 
resta à leur tète jusqu'à sa mort et laissa quatre fils, 
dont l'un, Çàlih' ben Tarif, né en 110 (15 avril 728), lui 
succéda. Celui-ci se donna comme prophète, prit le nom 
de Çâlih* el-mou'mintnW, et transmit à son fils Elyâs la 
croyance nouvelle qu'il avait instituée, en lui recom- 
mandant de ne la dévoiler que quand, devenu assez puis- 
sant, il pourrait faire de la propagande et mettre à mort 
ceux qui lui feraient de l'opposition ; il lui recommanda 
aussi de rechercher l'amitié du prince régnant en Espa- 
gne, et il partit pour l'Orient, prétendant qu'il reviendrait 
sous le règne de son septième successeur, qu'il était le 
grand Mahdi qui doit apparaître à la fin des temps pour 
combattre l'Antéchrist, qu'il remplirait la terre d'autant 
de justice qu'elle avait été remplie d'iniquité, faisant 
enfin sur ce sujet un long discours qu'il attribuait au 
prophète Moûsa (Moïse), au devin Satih'( 3 ) et à d'autres. 



(1) Settàsi chez Bekri. 

(2) A qui le Koran fait allusion (S. lxvi, v. 4). 

(3) Célèbre devin qui vivait encore lors de la naissance du Pro- 
phète (Desvergers, Vie de Mohammed, p. 202). 



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- 326 — 

Son successeur fut Elyâs ben Çâlih'ben Tarif, qui pro- 
fessa [extérieurement] l'islamisme et respecta les lois de 
la pureté ; il régna cinquante ans et mourut en laissant 
plusieurs enfants. Il fut remplacé par son fils, Yoûnos 
ben Elyâs, qui avait voyagé en Orient et qui, le premier 
de sa famille, avait été en pèlerinage. Il enseigna publi- 
quement la religion de son aïeul, invita les populations à 
l'embrasser et massacra ceux qui ne répondirent pas à 
son appel, si bien qu'il laissa désertes huit cents des 
localités habitées par les Berbères et tua, dit-on, environ 
7,700 hommes. Il mourut après quarante ans de règne, 
et l'autorité ne passa pas aux mains de ses fils. En effet, 
ce fut Aboû e Ofeyr Moh'ammed ben Mo c âdh (*) ben El- 
Yasa e ben Çàlih* ben Tarif qui s'empara du pouvoir. Il 
pratiqua la religion de ses ancêtres et acquit une très 
grande puissance. Il livra aux Berbères diverses ba- 
tailles restées célèbres, notamment celle de Tâma c zà( 2 ), 
où le massacre se poursuivit pendant trois jours, et 
celle de Beht, dont on ne put venir à bout de compter 
les morts. Aboû c Ofeyr, qui avait quarante-quatre fem- 
mes-,.laissa un nombre d'enfants proportionné et mourut 
après [P. 233] vingt-sept ( 3 ) ans de règne. 

Il eut pour successeur, à la fin du troisième siècle, 
son fils Aboû'l-Ançâr c Abd Allah ben Aboû c Ofeyr, qui 
était un homme généreux, aimable, scrupuleux obser- 
vateur de sa parole et des traités, protecteur de ses 
voisins et rendant largement les cadeaux qu'on lui fai- 
sait. Il avait le nez camus et portait une longue barbe; 



(1) Dans Bekri (p. 305), « Aboù Ghofeyr Yah'med ben Mo'àd ». 

(2) Chez le même, Timghasen. 

(3) Bekri dit « vingt-neuf ». 



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— 327 - 

le teint de son visage était très coloré, et il avait le 
corps très blanc ; comme costume, il portait les pantalons 
larges et le manteau (milKafa), mais non la tunique 
(kamîç) ; le turban ne lui servait de coiffure que pour le 
combat, car nul de son peuple ne le porte, et on ne 
le voit chez eux que sur la tête des étrangers. Chaque 
année, il faisait des levées comme s'il préparait quelque 
expédition contre les tribus voisines, qui s'empressaient 
de lui faire des présents, de sorte qu'alors il ne bougeait 
pas. Son règne fut tranquille et dura environ quarante- 
deux ans. 

Il eut pour successeur son fils Aboû Mançoûr c Isa ben 
Aboû'l-Ançâr, qui députa en 352 (29 janvier 96o) le dit 
Zemmoûr au prince Omeyyade El-Mostançir billâh, et 
dont voici la généalogie- c Isa ben Aboû'l-Ançâr c Abd 
Allah ben Aboû c Ofeyr Moh'ammed ben Mo c àdh ben El- 
Yasa c ben Çàlih' ben Tarif. Monté sur le trône à vingt- 
deux ans, il marcha sur les traces de son père, pratiqua 
la même religion et acquit une gratnde puissance. Son 
père, en mourant, lui avait recommandé de cultiver 
l'amitié du prince régnant en Espagne, « car, lui dit-il, 
tu es le septième prince de notre maison et j'espère que 
tu verras revenir ton aïeul Çâlih', ainsi qu'il l'a promis. » 
Ici s'arrêtent les renseignements que j'ai résumés 
d'après le récit de Zemmoûr. 

D'après Aboû'l- c Abbâs [Fad'l ben Mofad'd'el] Madh- 
h'idji, Yoûnos, l'instaurateur de la religion des Bergha- 
wâta, tirait son origine de Chidhoûna (Sidonia, en 
Espagne), dans la région du Wàdi Berbât'd), et s'était 



(1) On retrouve le nom de cette rivière dans Edrisi (p. 214), ainsi 
que dans le Bayân (n, 39, 1. 5) ; cf. Bekri, p. 308, note ; Istibçâr, 
p. 157. 



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—■ 328 — 

rendu en Orient en 201 (29 juillet 816) avec c Abbâs ben 
Nâçih', Zeydben Sinân Zenâti, adhérent (çâhib) des Wâ- 
çiliya, Barghoûth ben Sa f id Tirâri, l'aïeul des Benoû 
c Abd er-Rezzâk, lesquels sont connus sous le nom de 
Benoû Wekîl et qui sont çofrites, Mennâd, prince de la 
K'al c a Mennâdiyya, autrement nommée K'al e at H'ammâd, 
ainsi qu'un autre dont le nom m'échappe. Quatre de ces 
hommes se distinguèrent par leurs connaissances dans 
les sciences religieuses. Yoûnos, continue-t-il, qui était 
le chef des Berghawâta, prétendit avoir reçu le don de 
prophétie; il absorbait une boisson (*) pour se fortifier 
la mémoire et retenait en effet tout ce qu'il entendait ; il 
étudia [P. 234] l'astrologie et la divination et s'appliqua 
à la controverse ; après quoi il alla s'installer chez les 
Berbères. Se rendant compte de leur ignorance, il leur 
prédisait des choses dont l'astrologie lui révélait la réa- 
lisation et qui arrivaient comme il l'avait dit ou à peu 
près. Il acquit ainsi une grande influence, et alors, bien 
convaincu de leur inintelligence et de leur ignorance, il 
leur exposa son système de religion et s'attribua le 
caractère de prophète. Il donna à ses adhérents le nom 
de Berbât'i, que leur prononciation transforma en Ber- 
ghawâti. Yoûnos avait d'ailleurs fait périr un grand 
nombre de Berbères, si bien que les autres en vinrent à 
lui obéir et à embrasser sa religion. 

Voici des vers extraits d'une longue kaçîda de Sa c id 
ben Hichâm Maçmoûdi sur la bataille de Beht : 

[Wâfir] Femme ! ne pars pas encore ; reste et dis-nous, 
raconte-nous des détails certains. Les Berbères, égarés et per- 
dus, sont frustrés dans leurs espoirs ; puissent-ils ne plus 



(1) Dans Bekri, « la boisson qui sert à fortilier, etc. ». 



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- 329 - 

s'abreuver d'une çau limpide ! « Le Prophète, disent-ils, c'est 
Aboû Ghofeyr » ; puisse Dieu couvrir d'opprobre la mère de 
ces menteurs ! N'as-tu pas vu et entendu la journée de Beht 
et les gémissements poussés sur les traces de leurs coursiers 
par des femmes éplorées, les unes hurlant à cause des en- 
fants qu'elles avaient perdus, les autres ne pouvant retenir 
le fruit de leurs entrailles? Là [au jugement dernier] se trou- 
veront Yoûnos et les fils de ses fils, tout près de leur perte 
et toujours orgueilleux (i). Ce n'est pas maintenant [leur dira- 
t-on] qu'il faut vous convertir, c'était au temps où vous étiez 
les adhérents de Meysera ! 

Par le mot motamayyisir, il entend les Meyâsara ou 
adhérents de Meysera. Les doctrines erronées dont il 
est question consistent en ce que ces gens reconnaissent 
le caractère de prophète à Çâlih' ben Tarif et affirment 
que les paroles qu'il rédigea pour eux sont une révéla- 
tion divine au sujet de laquelle ils n'ont pas le moindre 
doute. Il leur imposa de jeûner pendant le mois de redjeb 
et de manger en ramad'ân, de faire cinq prières chaque 
jour et autant chaque nuit, de faire le sacrifice le onze 
de moh'arrem, de faire les ablutions purificatrices en se 
lavant le nombril et les flancs, en se nettoyant les par- 
ties génitales, en se rinçant la bouche, en se lavant la 
face, en s'humectant et se frottant la nuque, en se lavant 
les avant-bras et les épaules, en s'humectant à trois 
reprises la tète [P. 235] et les oreilles, puis en se lavant 
les pieds à partir des genoux. Une partie de leur prière 



(1) Ce vers présente dans notre texte une variante que j'ai tenté de 
rendre; mais la leçon qu'où trouve dans Bekri (texte, p. 138, trad., 
p. 308) et dans Ibn Khaldoûn {Berbère*, u, 128) est préférable. Ces 
deux derniers textes donnent d'ailleurs dix vers de cette pièce, au 
lieu de sept. 



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- 330 - 

se faisait sans prosternation, une autre à la mode musul- 
mane ; ils faisaient trois prosternations à la suite Tune 
de l'autre, levaient la figure et les mains à un demi- 
empan du sol, récitaient la moitié de leur Koran pen- 
dant qu'ils étaient debout et l'autre moitié étant incli- 
nés, faisaient la salutation en leur langue par ces mots : 
o Dieu est au-dessus de nous ; rien de ce qui est sur la 
terre et dans les cieux ne lui est inconnu » ; puis ils 
répétaient vingt-cinq fois les mots MoWor bâkoch^>qy\\ 
veulent dire le (grand par excellence) est Dieà et disent 
A isem enW bâkoch, c'est-à-dire aie nom de Dieu, et 
d'autres formules. Un homme peut épouser toutes les 
femmes qu'il peut [nourrir], les répudie et les reprend à 
sa guise. Le voleur dont la faute est prouvée par son 
aveu et par des témoignages est puni de mort ; le forni- 
cateur est puni de mort ; le menteur, qu'ils appellent le 
trompeur, est banni. Le prix du sang est de cent têtes de 
gros bétail. La tète de< 3 ) tous les animaux est illicite ; le 
poisson ne devient licite que s'il est égorgé ; le coq et 
les œufs passent pour illicites, et l'usage de la poule, à 
moins de nécessité, pour blâmable. Il n'y a ni appel à la 
prière ni réappel (ik'âma), le coq seul leur indiquant par 
ses chants les heures de la prière, ce qui est cause de la 
défense de manger. la chair de det animal. Ils se font 
bénir en recevant (dans leurs mains) la salive de leur 
(prophète). Des plus savants dans la science des astres, 
ils étaient aussi, tant hommes que femmes, des plus 



(1) Le mot inokor est vocalisé dans le ms, qui lit Bakoch, tandis 
que les mss de Bekri présentent tous la leçon Yakoch. 

(2) Dans Bekri, a bisem en Yacoch. 

(3) J'ai introduit ces trois mots, qui manquent dans notre texte, 
d'après Bekri. 



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— 331 - 

beaux. Le Koran que Çâlih' composa à leur usage comp- 
tait quatre-vingts sourates, donl la plupart portaient un 
nom de prophète : ainsi la première était celle d'Ayyoûb 
(Job), et il y avait celle de Yoûnos (Jonas) et d'autres 
encore portant des noms de prophètes; il y avait aussi 
celles de Pharaon, du Coq, des Sauterelles, du Chameau, 
de Hàroût et Mâroût, du Jugement dernier, des Phéno- 
mènes terrestres; cette dernière renferme une science 
[P. 236] très cbnsidérée à leurs yeuxW. En 352(29 jan- 
vier 963), beaucoup de tribus continuaient encore de sui- 
vre cette doctrine. 

Revenons-en maintenant à la suite de notre chroni- 
que. El-H'akam (Mostançir ben c Abd er-Rah'màn), qui 
devint en 350 (19 février 961) khalife d'Espagne, était 
obéi de tout le Maghreb, et ce fut lui qui fit achever en 
351 (8 février 962) la construction des murs de Ceuta. 
En 353 (18 janvier 964), un rescrit adressé par ce prince 
aux habitants de Ceuta les dispensa de toutes les rede- 
vances gouvernementales et de toutes les charges réga- 
liennes. Ibn H'ammâda dit avoir vu entre les mains -du 
kâdi c Iyâd' ce rescrit daté de çafar 353 (février-mars 
964), où il était dit: « Et ce qui, dans la répartition géné- 
rale ( 2 ), lui incombait en fait de charges alimentaires ré- 
galiennes est reporté sur l'Aljarafe de Séville^). » 



(1) On lit dans Bekri ^-dx«.J\ p\sô\ « chapitre qui, selon eux, ren- 
ferme la science la plus sublime » (texte, p. 140, 1. 12 ; trad., p. 313). 
Le Kartâs donne la même leçon (p. 84, 1. 3) ; cf, Istibçàr, trad., 
p. 161. 

(2) Tak'sît''. sur ce mot, cf. pp. 244 et 256. 

(3) Ech-Gharaf, l'Aljarafe des Espagnols, est une région de 40 
milles de long sur 12 de large, qui s'étend entre Séville, Niébla et 
l'Océan (Edrisi, p. 208 et 215). 



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- 332 - 

En 354 (6 janvier 965), mourut un personnage trop 
célèbre pour qu'il soit besoin d'en parler, Aboû'l-T'ayyib 
Motenebbi, qui, né à Koûfa en 303, était par suite âgé de 
cinquante et un ans* 1 ). 

En 357 (6 décembre 967 j, mourut à Miçr Kâfoûr 
VoustâdW. 

En 358 (24 novembre 968), à la suite de la mort de 
Kâfoûr Ikhchidi, émir d'Egypte, Aboû Temim el-Mo c izz 
envoya contre Miçr son général Aboû'l-Hasan Djawher, 
qui la conquit au mois de cha c bàn (juin-juillet 969). 

En redjeb 359 (mai-juin 970), Djawher fit parvenir à 
El-Mo c izz de nombreux présents conduits par son fils 
Dja'far. 

En 360 (3 novembre 970), le Karmate El-H'asan ben 
Ah'med arriva à Damas et fit exécuter Dja c farben Felâh'. 
A la suite de la conquête de Damas, les Karmates s'avan- 
cèrent vers Ramla( 3 ). 

Le 22 chawwâl 361 (4 août 972), El-Mo c izz partit de 
Mançoûriyya pour l'Orient, laissant Aboû'l-Fotoûh' pour 
le remplacer en Ifrik'iyya. 

[P. 237] Débuts de la dynastie Çanhâdjienne en Ifrik'iyya ; gouverne- 
ment d v Aboû'l-Fotoûh' Toûsof ben Ztrl benHennâd Çanhâdji (*). 

Lors de son départ pour l'Orient, EI-Mo c izz se fit rem- 
placer par lui en Ifrik'iyya et fit écrire par les secrétaires 



(1) Il s'agit du poète moderne le plus goùlc par les Arabes, voir 
Ibn Khallikàn, i, 102, etc. 

(2) D'autres le font mourir en 356, voir Fournel, n, 342. 

(3) Sur ces événements on trouve des détails dans lbn el-Athir 
(texte, vin, 451); voir aussi Wùstenfeld, p. 112, et les auteurs cités 
par Fournel, n, 351. 

(4) Plus connu sous le nom de Bologgin (voir Bçrbères, n,9; lbn 



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- m - 

aux gouverneurs et employés des finances qu'ils eussent 
à obéir entièrement à Aboû'l-Fotoûh', tandis que lui- 
même, se transportant à Miçr, en fit sa capitale, de sorte 
que ce chef devint l'émir de rifrîk'iyya et du Maghreb 
tout entier. Quand, raconte El-K'od'à'i, Aboû Temîm fut 
arrivé à Alexandrie, le kâdi de Miçr, ses témoins instru- 
mentantes et les principaux de la ville se portèrent à sa 
rencontre pour le saluer et lui présenter leurs vœux et 
leurs prières, et le 7 ramad'ànW ce prince s'installa 
dans le palais dit d'EI-Mo c izz. 

En djomâda I 363 (27 janvier-lfr février 974), le Kar- 
mate arriva à Et-Tawâh'in [près de Ramla, en Palestine] ; 
il tut mis en fuite au mois de cha'bân (avril-mai). 

En 365, le vendredi 11 rebî c II (17 novembre 975), mou- 
rut Aboû Temîm El-Mo c izz lidîn Allah, après un règne 
de vingt-trois ans cinq mois et quelques jours, dont il 
avait passé à Miçr deux ans et sept mois* 2 ). 

Son successeur au trône d'Egypte fut Aboû'l-Mançoûr 
el- c Aziz billâh Nizâr ben Aboû Temîm Ma c add, né à 
Mehdiyya en moh'arrem 344 (avril-mai 955) et proclamé 
héritier présomptif à Miçr, le 10 rebi c I 365 (16 novembre 
975). On tint cachée la mort deson père et on leproclama 
aussitôt Prince des croyants. Nous avons en partie ra- 
conté ce qui le concerne dans l'histoire de l'Orient, en 
parlant des princes d'Egypte. 



Khallikân, i, 267; Ibn el-Athir, trad., p. 370). Un récit, qui parait 
légendaire, des circonstances dans lesquelles le choix du Fatimidc 
s'arrêta sur Bologgin est rapporté par Tidjàni («/. As. 1852, n, p. 81), 
et ci-dessous, p. 305 du texte araj^e. 

(1) Ou 11 juin 973 ; mais d'autres disent deux jours plus tôt (Four- 
nel, il, 366). 

_ (2) On n'est pas d'accord sur la date de la mort de ce prince, voir 
les auteurs cités ibid., 366 et 367. 



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— 334 — 

En djomâda II 365 (comm. 4 février 976), Aboû'l- 
Fotoûh' envoya àEl- c Azîz billàh des cadeaux qu'il accom- 
pagna, et l'émir d'Ifrik'iyya retourna ensuite à Rak'k'âda. 
Les habitants de K'ayrawân se portèrent au-devant de 
lui ; il leur fit très bon accueil et les hébergea somptueu- 
sement. [P. 238] Aboû'l-Fotoûh* se résolut après cela à se 
transporter au Fah'ç Aboû Çâlih' (*), et les kàdis et les 
cheykhs allèrent lui porter leurs adieux le 27 redjeb 
(1 er avril 976) de la dite année. 

En dhoû'l-hiddja (août 976), il ordonna au secrétaire 
c Abd Allah ben Moh'ammed( 2 ), qu'il avait nommé gouver- 
neur d'Ifrik'iyya, de préparer à Mehdiyyaune flotte bien 
armée et munie de bons équipages. En conséquence, 
c Abd Allah se rendit en cette ville et fit faire partout des 
levées de matelots ; à K'ayrawân même, on mit la main 
sur ceux qui étaient restés dans cette ville, et l'on en remplit 
les prisons. Cette dernière mesure effraya tout le monde, 
à ce point que ni grands ni petits ne sortirent plus de 
chez eux et que, si quelqu'un venait à mourir, c'étaient 
les femmes seules qui sortaient le cadavre. 

Le 1 er moharrem 366 (29 août 976), la flotte appareilla 
de Mehdiyya, mais les vents étant contraires, elle ne put 
avancer, épuisa ses provisions et se trouva à court d'eau; 
alors les matelots se rapprochèrent du continent et s'en- 
fuirent après avoir pillé les approvisionnements et les 
armes des bâtiments. c Abd Allah les fit chercher partout 
où ils s'étaient réfugiés, et ceux qui furent pris furent 
exécutés M, 



(1) Localité proche de ZaghwAn (ci-dessus p. 118). 

(2) Noweyri nous fournit sur ce personnage des détails qu'a repro- 
duits M. de Slane {Berb., n, 13). 

(3) S'agit-il là d'un projet d'attaque des pays chrétiens ? Rien ne 



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- 335 - 

En la même année, Ziyâdet Allah ben el-K'odeym 
mourut dans la prison où le retenait le secrétaire f Abd 
Allah ben Moh'ammed, qui, dit-on, le lit périr dans les 
supplices (*).. 

Ce fonctionnaire, qui avait à administrer l'Ifrîk'iyya et 
K'ayrawân, fit convoquer toute la population, se saisit 
d'environ six cents des plus riches et frappa chacun 
d'une contribution déterminée, exigeant de l'un dix mille 
dinars comme de tel autre un seul dinar. Il réunit ainsi 
des sommes considérables qui furent prélevées dans les 
divers cantons et au paiement desquels n'échappèrent 
que les juristes, les gouverneurs, les lettrés et les amis 
du prince. K'ayrawân à elle seule paya plus de quatre 
cent mille dinars, argent comptant. On continua ainsi 
ces exigences jusqu'à l'arrivée d'Egypte d'un ordre en- 
joignant à Aboû'l-Fotoûh de les arrêter. Alors <Abd 
Allah, vers la fin de chawwâl (vers le 20 mai 977), relâcha 
les gens qu'il détenait encore. 

[P. 239] Le 24 djomâda II 367 (7 février 978), c Abd 
Allah, obéissant à Tordre que lui en donna Aboû'l- 
Fotoûh, envoya de Mançoûriyya en Egypte, à l'adresse 
d'El- e Aziz billàh, tout l'argent ainsi recueilli contenu 
dans des sacs étiquetés au nom de celui qui l'avait 
déboursé. Quand ces sommes y furent parvenues, El- 
e Aziz en fit restituer une part à leurs propriétaires. 

En la même année, El- c Azîz ajouta aux provinces gou- 
vernées par Aboû'l-Fotoûh, celle de Tripoli et dépen- 



l'indiquc. Toujours est-il qu'Amari n'a pas inséré ce passage dans sa 
Bihlioteca. 

(1) Comparez Ibn el-Athir, Annales, p. 373. Aboù Mod'ar Ziyàdet 
Allah ben el-Kodeym était chargé de la perception des impôts sur les 
biens meubles (Berbères, n, 550). 



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- 336 - 

dances. Cet émir y nomma Yah'ya ben Khalifa Milyâni, 
qu'il révoqua au bout de quelques mois. 

Khazroûn ben Felfoul ben Khazer Zenâti marcha avec 
des forces considérables contre Sidjilmâssa, d'où [Aboû 
Mohammed] El-Mo c tazz sortit pour lui livrer bataille. Ce 
dernier fut tué le 25 ramadïm (6 mai 978) à la suite d'un 
combat acharné. Khazroûn envoya sa tête en Espagne et 
soumit Sidjilmâssa, où il fit un riche bulin. Cette con- 
quête ajouta encore aux forces des Zenâta et de leurs 
adhérents W. 

En la même année, Aboû'l-Fotoûh' marcha contre 
Ceuta, devant laquelle il mit le siège. Pour lui faire plai- 
sir,. Ibn Aboû 'Amir lui envoya la tête de Dja c far fils 
d' c Ali ben H'amdoûn connu sous le nom d'ibn el-Anda- 
losi, qu'il avait fait exécuter. Le récit de cette exécution 
sera fait dans l'histoire d'Espagne lorsqu'il sera parlé 
d'ibn Aboû c Amir( 2 ). 

En 368 (8 août 978), El- c Aziz marcha d'Egypte contre 
la Syrie et établit son camp à Ramla ; il était à la tête 
de forces considérables où il y avait mille étendards et 
cinq cents tambours. L'année précédente, son général 
Djawher avait attaqué la Syrie, mais il avait été battu 
par Aftekîn le Turc et avait dû rentrer en Egypte avec 
des troupes débandées. El- c Aziz se mit donc en personne 
en campagne, et Aftekîn, qui vint l'attaquer à Ramla, fut 
battu à la suite de divers combats importants < 3 ) ; ce géné- 



(1) Comparez Ibn Khaldoûn (Berbères, i, 265; ni, 255), où la prise 
de Sidjilmâssa est fixée à Tannée 366. 

(2) Le hàdjib El-Mançoùr ne fit qu'obéir à sa propre ambition en 
se débarrassant de Dja'far ben 'Ali, d'après le récit même du Bayan, 
il, 298. 

(3) On peut, sur ces événements, consulter entre autres Wûsten-- 
feld, l. I p. 136. La mort d'Aftekin est de 370 ou 372. 



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- 337 - 

rai fut même fait prisonnier et amené la corde au coti 
à El- e Aziz, qui l'emmena en Egypte et le gracia. Aftekîn 
mourut quelque temps après. 

En la même année, [P. 240] Aboû'l-Fotoûh', parti d'Ifrî- 
kiyya le mercredi 24 cha c bân 368 (26 mars 979), s'avança 
dans le Gharb et s'en rendit maître. [Ce fut au cours de 
cette expédition qu'Jil rasa la ville de Baçra et ne laissa 
subsister aucune trace de cette ville, qui existait depuis 
longtemps et avait été très florissante. Suivi de ses nom- 
breux guerriers, il commença par conquérir Fez, Sidjil- 
mâssa et tout le pays d'El-Habat', expulsant de partout 
les gouverneurs OmeyyadesW. Poursuivant toujours les 
Zenâta, il arriva devant Ceuta, où ils s'étaient réfugiés, 
et dont il espérait aussi faire la conquête; mais il se 
rendit compte que, tant à cause de sa situation que de 
ses fortifications, il ne pourrait en venir à bout qu'avec 
l'aide de navires. Ce fut la seule ville du Maghreb qui 
lui échappa. Il dirigea alors ses attaques contre Baçra, 
qui était des plus florissantes grâce à ses nombreux habi- 
tants tant espagnols que berbères. Après l'avoir prise, il 
la fit ruiner et livra au pillage des troupes et des tribus 
tous les biens et richesses quelconques qui s'y trouvaient, 
de sorte que rien n'indiqua plus sa prospérité antérieure. 
Il ne reste plus maintenant aucune trace de cette ville 
ancienne, dont nous avons parlé déjà* 2 ). Le vainqueur 
marcha ensuite sur Açila. 

Açila est une ville moderne ( 3 ) dont la fondation eut 



(1) Bologgin conquit successivement Fez et Sidjilmâssa, commença 
le siège de Ceuta et ruina Baçra, ainsi que l'expose Ibn Khaldoùn 
(m, 256; il, 11), qui place cette campagne sous Tannée 369. 

(2) Ci dessus, p. 129. 

(3) Zilis, devenue Açila, est au contraire une ville ancienne (Bekri, 

22 



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- 338 - 

lieu dans les circonstances suivantes. Les Madjoûs 
(Normands) descendirent sur le littoral, où il y avait, 
prétendaient-ils, des biens et des trésors qu'y avaient 
' laissés pour eux les anciens habitants chassés du pays 
par toutes les tribus réunies. Quand ils débarquèrent, 
ils tinrent aux Berbères qui se rassemblaient pour les 
attaquer le langage que voici : « Nous ne venons pas eu 
agresseurs, car nous ne cherchons que des trésors nous 
appartenant, qui se trouvent dans cet emplacement ; 
écartez-vous pendant que nous les tirerions de terre, et 
nous vous en donnerons votre part. » Ces paroles con- 
vainquirent les Berbères, qui se retirèrent à quelque 
distance, et les nouveau-venus, commençant leurs 
fouilles, retirèrent de la terre une grande quantité de 
millet corrompu; mais alors les Berbères, [P. 241] s'ima- 
ginant que c'était de l'or, accoururent précipitamment, 
et les étrangers s'enfuirent vers leurs navires. En ne 
trouvant que du millet, les Berbères furent saisis de 
regret et rappelèrent les chercheurs pour qu'ils vinssent 
exhumer les richesses promises ; mais ceux-ci refusèrent 
en invoquant la violation de la convention conclue entre 
eux, et ils se dirigèrent vers l'Espagne, où ils opérèrent 
une descente à Séville, ainsi qu'il sera dit dans l'histoire 
d'Espagne (*). L'emplacement d'Açila devint alors un 
ribât' (couvent fortifié), où l'on se succédait de partout, et 
où un grand marché se tenait trois fois par an, en rama- 



254, n.), et ci-dessous, p. 339. Le récit concernant les Madjous est 
sans doute extrait du même géographe, qui fixe la date de ce débar- 
quement à l'année 229. 

(1) Bayân, n, p. 89. Voir aussi Dozy, Recherches, 3 e éd., H, 252; 
Ibn el-Athîr, Annales, p. 220. 



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- 339 - 

dan, â l'époque des fêtes (*) et le jour à'achoûrâ (10 mo- 
harrem). Voici ce que j'extrais, en l'abrégeant, du Kitâb 
el-mesâlik wa'l-memâlik, de Moh'ammed ben Yoûsof 
K'arawi^: « Parmi les villes anciennes qu'on rencon- 
tre sur le littoral de la mer du Gharb, figure Açîla, située 
dans une plaine et qui fut habitée dès l'antiquité. 
Elle fut ensuite envahie par la mer, mais fut plus tard 
rebâtie dans les circonstances suivantes. Les Madjoûs 
en visitèrent ie port deux fois : d'abord pour y chercher 
les richesses et les trésors qui s'y trouvaient, disaient- 
ils, et ce fut alors que les Berbères songèrent à les com- 
battre — ce que j'ai raconté plus haut — ; plus tard, ils 
y furent jetés par la tempête et nombre de leurs bâti- 
ments se brisèrent à la côte, si bien que ce lieu prit la 
dénomination de Bâb el-madjoûs. Cet emplacement appar- 
tenait aux tribus des Lawàta, mais ce furent les Kotâma 
qui commencèrent les constructions en y édifiant une 
mosquée, puis les Lawàta à leur tour en édifièrent une 
autre. Ce lieu commençant ainsi à être connu, des cons- 
tructions s'y élevèrent peu à peu et les marchands des 
villes y apportèrent leurs diverses marchandises à des 
dates fixées pour les marchés où l'on trafiquait de la 
poudre d'or. » 

Le premier prince qui s'y rendit fut El-K'âsim ben 
Idrîs, qui y établit son autorité et au nom de qui la prière 
y fut dite jusqu'à la fin de sa vie. Celui qui y régna en- 



(1) Le mot ,<£>!}£ du texte a embarrassé Dozy (Supplément, etc., 
s. v.); on voit par le passage correspondant de Bekri (p. 112 du 
texte, 255 de la trad.), qu'il s'agit du 10 de dhoû'l-hiddja. 

(2) C'est-à-dire Mohammed el-Warràk, originaire de K'ayrawàn ; 
il s'agit du géographe si souvent cité par Bekri; voir ci-dessus, p. 188. 
Le récit qui suit n'est pas entièrement identique à celui de Bekri. 



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— - 340 - 

suite et qui en resta maitre jusqu'à sa mort fut le fils du 
précédent, Ibrahim ben el-K'âsim, qui entretint avec 
'Omar ben. H'afçoûn, qui s'était révolté à Bubastro, en 
Espagne, des relations par lettres et par messagers, dans 
un sens hostile au khalife omeyyade de Cordoue. Il eut 
pour successeur son fils H'oseyn ben Ibrahim ben .el- 
K'âsim, [P. 242] dont le règne fut troublé et l'autorité mé- 
connue. Pendant vingt- cinq ans, il resta (le chef) des 
tribus Lawâta, tandis que son frère Ahïned, connu sous 
le nom d'Aboû'l-Odhneyn, gouvernait les Kotâma. Leur 
frère c Isa ben Ibrahim ben el-K'âsim était alors chef de 
Baçra et le resta jusqu'à ce qu'il périt sous les coups 
d'Aboû*l- c Aych ETannoûn, des Benoû Idris. Ah'med 
Aboû'l-Odhneyn se remaria avec la veuve d' e Isa et suc- 
céda à son autorité; mais il fut, dit-on, empoisonné par 
cette, femme. Les Kotâma ainsi que Baçra furent alors 
administrés par Yah'ya ben Ibrahim ben el-K'âsim, connu 
sous le nom d'Ibn Barhoûya (*) ; mais la mésintelligence 
qui survint entre lui et les Kotâma fut cause de l'entrée 
des Benoû Moh'ammed dans là région où se trouve entre 
autres le pays des Kotâma et des Hawwâra. Ces peuples 
alors se réunirent sous les drapeaux (^ de H'asan ben 
Moh'ammed, connu sous le nom d'El-H'addjâm, et El- 
K'âsim ben H'oseyn ben Ibrahim ben el-K'âsim ben Idris, 
prince d'Açîla, périt. 

Les Benoû Moh'ammed, Idrîsides, entrèrent dans cette 
ville, que H'asan el-H'addjâm s'attribua à l'exclusion de 



(1) Bekri (p. 256 et cf. 285) nomme ces princes dans Tordre de suc- 
cession que voici : El-K'âsim ben Idris, Ibrahim ben el-K'àsira, 
H'oseyn ben Ibrahim, El-K'àsim ben Hoseyn, H'asan el-Haddjàm ; 
après quoi Açila fut enlevée aux Idrisides par Ibn Aboû'l-'Afiya. 

[2) Dozy donne à ce verbe le sens de : demander secours. 



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4 

ses cousins. Il confia le soin de l'administration à l'un 
de ses familiers, H'addjâdj ben Yoûsof, dont la conduite 
ne mérite que des éloges et qui était encore en place 
quand il mourut. Alors un des habitants, Moh'ammed 
ben c Abd el-Wàrith, rechercha [et obtint] cette situation, 
mais il agit tyranniquement. On dit qu'il découvrit un 
trésor dans la demeure qu'il occupait à Açîla, et le bruit 
de sa découverte étant parvenu aux oreilles de H'asan 
el-H'addjâm, celui-ci poussé par la convoitise le destitua 
et le remplaça par un habitant de la ville, Ibrahim ben 
el-Ghall Miknâsi, de qui il avait reçu de l'argent. Mais à 
peine Ibrahim était-il installé que Moh'ammed ben c Abd 
el-Wârith se rendit auprès de H'asan et lui versa une 
forte somme qui amena sa réintégration ; ce fut alors au 
tour d'Ibrâhîm d'aller trouver H'asan et de se faire 
renommera prix d'argent. Ce chassé -croisé dura envi- 
ron deux ans, mais Moh'ammed finit par l'emporter 
définitivement. On l'appela « le rat du bassin », par allusion 
au trésor qu'il y avait découvert; il finit par tout donner 
à H'asan, [P. 243] dont il voyait la convoitise, grâce à 
quoi pendant quelque temps tout marcha bien entre eux. 
Mais ensuite H'asan lui enleva cette place pour la rendre 
à Ibrahim ben el-Ghall, qui la garda jusqu'au moment où, 
Ibn Aboû'l- c Afiya ayant entrepris le siège du château dit 
H'adjar en-Nesr contre les Benoû Moh'ammed, les habi- 
tants d'Açila se rendirent auprès de lui pour lui deman- 
der un gouverneur de son choix, et il nomma Sa c id ben 
ech-Cheykh Ichbili. Ibrahim bon el-Ghall s'enfuit alors 
du côté de Medyen ben Moûsa ben Aboû'l- c Afiya, à qui il 
envoya une députation chargée de présents et dont il 
embrassa le parti, de sorte qu'il fut nommé (de nouveau) 
à Açila. Son administration fut sage et le peuple n'eut 



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- 342 - 

qu'à se louer de sa douceur. IH 1 ) se retira à Tesoûl après 
avoir laissé à un de ses compagnons, Aboû K'amh', le 
soin de poursuivre la guerre contre les Benoû Moh'am- 
med. Celui-ci les serra de trèsprèset les assiégés étaient 
réduits à la dernière extrémité quand ils firent une sor- 
tie nocturne qui fit fuir Aboû K'amh' et qui laissa son 
camp entre leurs mains. Les tribus kotâmiennes se 
groupèrent alors dans une place-forte située dans cette 
région, mais les Benoû Moh'ammed les y attaquèrent, et 
à la suite de divers combats ils y firent irruption et mas- 
sacrèrent tous ceux qui s'y trouvaient. Cette victoire fut 
la première que remportèrent les Benoû Moh'ammed 
ben Idris H'asani. 

Les habitants d'Açîla, quand ils en eurent connais- 
sance, écrivirent cette nouvelle à Ibn Aboû'l- c Afiya en 
332( 2 ), lors de l'expédition de Meysoûr au Maghreb. La 
réponse de Moûsa fut qu'ils eussent à se fortifier dans 
leur ville, et il envoya aux diverses tribus des Kotâma, 
des Lawâta, des Hawwâra et des Çanhâdja Tordre d'ai- 
der à la construction, si bien que, tout ce monde se par- 
tageant la besogne, les murailles jurent élevées en six 
mois, et alors les chefs des tribus, aussi bien qu'une 



(}) D'après ce qu'on a vu ci-dessus (p. 310 et Bekri, p. 287), il sem- 
ble qu'il y ait ici une lacune de deux ou trois mots, car cet il doit 
désigner Moûsa ben Aboû'l-'Afiya, et la construction de la phrase 
arabe ne permet pas facilement de le rapporter à Medyen. 

(2) Telle est la date qu'a imprimée Dozy en chiffres, alors que, 
selon l'usage général, le ms doit l'écrire en toutes lettres, observation 
que j'ai eu déjà l'occasion de faire {Hist. des Almohades d H Ahd el- 
\Vàhid Merrakechi, trad. p. 273; ci-dessus, pp. 42 et 62). Il a dû se 
tromper et intervertir uu chiiïre, de façon à transformer 323 en 332, 
car la première date est la vraie {supra, pp. 301 et 302 ; Bekri, 289 ; 
quelques lignes plus, bas, il est dit que les Benoû Moh'ammed entrent 
à Açila en 326). 



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— 343 - 

foule très nombreuse, se réfugièrent dans l'intérieur ' 
d'Açîla. Ils y furent attaqués par les Benoû Moh'ammed 
à la tête de leurs troupes, et, à la suite d'un combat très 
important, ils réclamèrent l'aide d'Ibn Aboû'l- c Afiya. 
Celui-ci se récusa, disant qu'ils devaient s'adresser à 
leur maître et chef commun, au Prince des croyants. 
Suivant ce conseil, ils écrivirent à c Abd er-Rah'mân en- 
Nâçir, à qui obéissait la ville de Ceuta, lequel leur 
envoya des archers des plus habiles. A cette nouvelle, 
les Benoû Moh'ammed recrutèrent des troupes plus 
nombreuses et attaquèrent [de nouveau] Açila, à laquelle 
ils livrèrent une série de combats pendant quarante 
jours. Les principaux habitants prirent peur [P. 244] et 
passèrent en Espagne; les Benoû Moh'ammed firent en 
326 (7 novembre 9^7) leur entrée dans cette ville, dont 
ils prirent possession ; ils pardonnèrent aux habitants 
qui s'y trouvaient encore, et alors ceux qui avaient fui 
en Espagne revinrent. 

Dans les environs de cette place, vers- le sud, il y a des 
tribus Lawàta, dont les Benoû Ziyâd, branche des Haw- 
wâra, sont séparés par une haute colline de sable. Ibra- 
him ben Moh'ammed A'çîli a dit dans un poème : 

[Wâfïr] Des nuages auxquels l'eau ne fait pas défaut 
arrosent l'occident du territoire des Benoû Ziyâd. .Puisse 
l'aisance toujours régner chez un peuple qui a une colline 
de sable pour*vis-à-vis du côté de l'Orient ! 

A l'ouest de cette ville, se trouvent les Hawwâra du 
littoral (U. 



(1) Ces-renseignements figurent aussi dans Bekri (p. 256) 



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— 344 - 

Gouverneurs successifs de Baçra. 

Baçra, dont la fondation remonte à la même époque 
que celle d'Açîla, est située à huit milles de la montagne 
de Çarçar, où les eaux et les fruits abondent et qu'habi- 
tent les Maçmoûda. Celui qui le premier en devint le 
prince et qui le resta une quarantaine d'années fut Ibra- 
him ben el-K'âsim ben Idrîs. Il eut pour successeur son 
fils c Isa ben Ibrahim ; puis son frère Ah'med ben Ibra- 
him, puis Barhoûn ben f Isa ben Ibrahim ; vint ensuite 
Ah'med ben el-K'âsim ben Moh'ammed ben el-K'âsim 
ben Idris, puis Barhoûn ben f Isa pour une seconde fois ; 
après lui Sa c id, page d'El-Moz'affer, institué par Me^âlâ 
ben H'aboûs; H'asan ben Moh'ammed el-H'addjâm ; 
Moh'ammed ben Yah'ya ben el-K'âsim, fils d'El-Djoût'i; 
f Isa ben Ah'med, connu sous le nom d'Aboû'l- c Aych ; 
Ah'med ben el-K'âsim, pour la seconde fois; ensuite 
deux gouverneurs représentant Ibn Aboû'l-'Afiya ; puis 
Aboû'l- r Aych ben Ah'med pour la troisième fois, et enfin 
Ah'med ben Aboû'1-Aych jusqu'en 347 (24 mars 958)(*). 

Il y avait une ville de KorU 2 ) située dans la montagne 
qui porte encore aujourd'hui le même nom ; elle servait 
de résidence à Ah'med ben el-K'âsim et fut ruinée par 
les Benoû Moh'ammed. C'est de cet Ah'med que Bekr 
ben H'ammâd parle en ces termes : 

*[P. 245 ; Kâmil] La bienfaisance, la virilité et la générosité 
se rencontrent à la fois chez Ahmed des Benoû'l-K'âsim. Si 
les tribus font sonner bien haut leurs origines, tu peux, toi, 



(1) Cette liste ne se retrouve pas dans Bekri. 

(2) Edrisi orthographie K'ort le nom de cette ville, dont il est parlé 
par Bekri (p. 252), par Ibn Haukal (texte, p. 55) et par Vlstibçâr 
(p. 139 delà trad. fr.). 



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- 345 - 

te vanter des vertus de Moh'amined, de Fatime, de Dja'far 
dont le nom a si vite volet 1 ) au sommet de la gloire, d u Ali 
pareil au sabre affilé et tranchant. Tous mes désirs m'atti- 
rent vers toi, mais l'aigle lui-même ne peut s'élever qu'à 
l'aide de ses ailes. Envoie-moi une monture qui me permette 
de m'élever, et peut-être alors arriverai-je le premier auprès 
de toi, car tu n'ignores pas que tu ne peux te faire aimer que 
par des dons de vêtements et d'argent ! ~ 

Le prince lui fit parvenir une magnifique mule et un 
cadeau d'importance, et le poète lui adressa de nom- 
breuses louanges. 

Il y avait sur le Wâdi Wargha ( 2 ) une forteresse impor- 
tante habitée parles Berbères. UnArabe-sédentaire qui 
alla demeurer auprès d'eux a parlé de lui-même en ces 
termes : 

[Tawîl] N'est-il pas revenu aux habitants de cette ville 
que je suis à Wargha un étranger égaré chez des hommes 
qui font usage d'une langue inconnue ? Si je parle, on me 
demande ce que je veux dire ! Entre les joues, ils ont des 
pôles [ils sont camus]. 

Il y avait proche de Wargha une autre forteresse, 
Soûk c Ok'k'âcha, appartenant à l'Idriside Moh'ammed 



(1) Texte *lxkJ\ ; je crois que ce qualificatif fut aussi Tune des épi- 
thètes appliquées à Dja'far (jadik, dont il est ici question ; cependant 
il ne figure pas au nombre de celles que rapporte le Nodjoûm (i, 
298). ; 

(2) Il est parlé de cette rivière dans Bekri (pp. 210, 253 et 260), dans 
VIstibçâr (tr ad. pp. 45, 140 et 141), etc. Quant à la forteresse dont il est 
ensuite question sans que son nom soit cité, il ne peut s'agir du Kaçr 
Kotàma, qui est situé sur le Loccos. II faut remarquer que ce der- 
nier chàtçau-fort est assimilé au Kaçr Denhadja par VIstibçâr et par 
la table géog. de 17/. des Berb., tandis que Bekri en fait deux places 
différentes (p. 250), 



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- 346 - 

ben H'asan. DjenyàraW, qui appartient aux BenoûH'açîn, 
est un fort considérable situé dans la montagne dite 
Djebel Achhab, qui est dans le voisinage de Fez et où 
Ton trouve de nombreux centres d'habitation. On compte 
d'Açîla à Fez, par Baçra, cinq journées de marche, et 
Tanger, qui était gouvernée par El-K'âsim ben Idris, est 
la ville voisine d'Açila du côté de Test. De Tanger à Fez, 
par Açila, il y a six journées. Fez est divisée en deux 
quartiers: celui des Espagnols fondé en 192 (5 novem- 
bre 807) et celui des K'ayrawâniens, dont la fondation 
est postérieure d'un an ( 2 ). Un poète a dit : 

fBaslt'] O glorieux quartier Karawite, puisse ton versant 
si bien disposé ne jamais manquer d'eau de pluie ! Puisse 
Dieu toujours envoyer ses bienfaits sur un sol qui ne con- 
naît ni l'idolâtrie ni la fraude ! 

Après avoir ruiné la ville de Baçra, l'émir d'Ifrik'iyya 
Aboû'l-Fotoûh' Yoûsof ben Ziri Çanhâdji [P. 246] s'avan- 
ça à la tête de ses troupes vers la contrée des Bergha- 
wâta, où régnait Çâlih' ben c Isa ben AboiVl-Ançâr, 
homme éloquent et doué du talent poétique, jouissant sur 
ses sujets d'une telle autorité qu'ils avaient fait de lui un 
prophète et qu'il leur avait donné une religion nouvelle, 
les entraînant ainsi dans l'erreur où il était lui-même. 
Au cours de cette expédition, il y eut plusieurs rencon- 
tres telles qu'on n'avait jamais rien vu de pareil, mais 
la victoire resta à AboiVl-Fotoûh, qui avec l'aide de Djeu 



(1) Aussi appelé Hannàwa {swprà, p. 130; Bekri,252et260; Istibràr, 
p. 138 de la trad.). 

(2) Sur la division de Fez en deux quartiers, à quoi il est si souvent 
fait allusion, on peut voir notamment Fournel, i, 462, et Ylstiltçàr, 
p. 121 de la trad. ; cf. ci-dessus, p. 304 et s, 



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~-r '""" ~- 



— 347 - 

tua son adversaire infidèle ; il fut fait un épouvantable 
massacre des Berghawâta en déroute, tandis que leurs 
femmes et leurs enfants en quantité innombrable étaient 
réduits en esclavage W., Les prisonniers furent envoyés 
en Ifrîk'iyya et reçus par le secrétaire c Àbd Allah, repré- 
sentant d\Aboû'l-Fotoûh\ accompagné des habitants de 
K'ayrawân et de Mançoûriyya. Aboû'l-Fotoûh lui-même 
gouvernait le Gharb, de sorte que les rescrits venus 
d'Egypte lui étaient adressés par la poste à Fez ou ail- 
leurs, et alors il les renvoyait au gouverneur d'Ifrîk'iyya, 
si bien qu'il n'en était donné lecture que longtemps après 
leur date. Ce général séjourna dans le Gharb après en 
avoir fait la conquête de 368 à 373 (978 à 983) ; Ceuta le 
regardait avec crainte, mais les Zenâta étaient partout 
en fuite. 

En 369 (28 juillet 979) mourut Ah'med [ben Ibrahim] ben 
Aboû Khâlid, le grand médecin connu sous le nom d'Ibn 
el-Djezzâr( 2 ). 

En la même année, dans la nuit du (mardi au) mer- 
credi 25 rebt c I (20 octobre 979), une vive rougeur se mon- 
tra au ciel, et le peuple se précipita en criant dans les 
mosquées pour s'y humilier devant Dieu( 3 ). Le lende- 
main matin, KebbâbetMaghnîn,filsde Zirî ben Mennâd, 
s'échappèrent du palais où les retenait prisonniers leur 
frère Aboû'l-Fotoûh' : ils revêtirent des vêtements fémi- 



(1) Sur cette campagne, voir Ibn el-Athir, Annales, p. 379; H. des 
BerbT,u, 12, ctm, 236, etc. 

(2) Il est parlé de ce célèbre médecin par Wiistenfeld (Gesch. d. 
av. Aerzte, p. 60) dont l'article est résumé dans une note de Bekri 
(p. 102; ; il y est dit qu'lbn el-Djezzàr mourut vers 395, date qiTa 
aussi acceptée M. de Gœje, Carmathes, p. 105. 

(3) Cf. Ibn el-Athir sous Tannée 367 (Annales, p. 389). 



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~ 348 - 

nins et sortirent au milieu d'une troupe de femmes qui 
étaient venues leur rendre visite. Montant alors sur des 
chevaux et saisissant des armes que leurs esclaves 
avaient amenés, ils se dirigèrent vers l'Orient et arrivè- 
rent à Miçr, où El- r Àziz billâh leur donna l'hospitalité. 
Ce prince leur distribua en outre des vêtements d'hon- 
neur et des cadeaux, et ils restèrent dans ce pays jusqu'à 
la fin de Tannée. 

En 370 (16 juillet 980), El- c Azîz les renvoya l'un et 
l'autre à leur frère Aboû'l-Fotoûh' Yoûsof, en enjoignant 
à celui-ci de leur pardonner et de ne rien entreprendre 
[P. 247] contre eux, et son ordre fut obéi. 

En la même année, la situation de Ya c k'oûb ben Yoû- 
sof ben Killis grandit beaucoup auprès d'El- c Azîz, qui 
abaissa et réduisit les Kotàma, en même temps qu'il 
confia des commandements aux Turcs et aux Ikhchidites. 
Il révoqua Djawher et d'autres vizirs. 

En 371, le samedi 8 rebi c I (10 septembre 981), les pri- 
sonniers Berghawâta firent leur entrée à Mançoùriyya ; 
jamais les habitants d'Ifrîk'iyya n'en avaient vu un 
nombre aussi considérable. On les promena dans les 
rues de Mançoùriyya et de K'ayrawàn. 

En la même année, Bàdîs ben Zirî apporta d'Egypte 
un message commandant à Aboû'l-Fotoûh' de choisir [et 
d'envoyer à Miçr] mille des plus vaillants cavaliers 
choisis parmi ses frères (de race, tels que) chez les 
Çanhâdja, H'aboûs, Mâksen et Zâwi, chez les H'ammàma, 
les Benoû Ziri, les Benoû H'ammâma ben Mennâd, 
Zâwi ben Mennâd, et autres héros de la même valeur. 
Du Gharb, où il se trouvait, Aboû'l-Fotoûh' répondit 



(1) Cf. Ibu el-Athir {Annales, p. 389), 



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- m - 

que les Omeyyadës d'Espagne s'étaient rendus maîtres 
du pays du Gharb et que la prière s'y faisait dans les 
mosquées à leur nom ; qu'il y était en expédition avec 
les héros désignés par le Prince des Croyants et que, 
si celui-ci persistait à se les faire envoyer, lui-même 
quitterait le Gharb pour les lui conduire. A la suile de • 
cette réponse le khalife n'insista pas. 

Il y eut à Mehdiyya des tremblements de terre qui 
durèrent pendant tout le mois de djomâda I et pendant 
les dix jours qui suivirent (1 er novembre-10 décembre 
981). Les secousses se répétèrent plusieurs fois par jour 
et firent fuir la plupart des habitants, qui abandonnèrent 
leurs demeures et ce qu'elles renfermaient. 

En 372 (25 juin 982), Aboû'l-K'âsim <Ali ben H'asan 
H'asani, émir de Sicile depuis onze ans, fut tué dans une 
rencontre avec les Francs. Son fils Djâbir prit le gou- 
vernement et le garda un anW. 

En 373 (14 juin 983), le secrétaire c Abd Allah ben Mo- 
h'ammêd, gouverneur d'Ifrîk'iyya, fit son achat d'escla- 
ves nègres : il imposa à chaque chef de canton de four- 
nir trente esclaves par exemple, ou un nombre moindre, 
et il en fut de même pour chacun des employés du kha- 
râdj et des principaux de ses hommes. Il en réunit ainsi 
des milliers, qu'il établit à Mançoûriyya. 

Il installa la maison de fer qu'il remplit de richesses, 
puis une maison de bois qu'il remplit également d'objets 
de prix. Il laissa Dja c far ben H'abîb à Mançoûriyya et se 
rendit à Mehdiyya, ainsi qu'il le faisait tous les ans. 



(1) Cet alinéa figure dans la Biblioteca, n, 30, où on lit Hoseyni&u. 
lieu de H'asani. Ibn el-Athîr (p. 389 et s.) parle plus longuement de 
ces faits. 



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^VW^jWBWÇ*? 



- 350 ~ 

[P. 248] Mort d'Aboû'l-Fotoûh' Yoûsof ben Zîrî ben Mennâd. 

En cette année, alors qu'il venait de terminer son mas- 
sacre des Berghawàta, mourut Àboû'l-Fotoûh', qui s'éloi- 
gnait de Sidjilmâssa et se trouvait au lieu dit Wârken- 
foû (i), le dimanche 21 dhoû'l-hiddja (24 mai 984). Ibn 
Khazroûn Zenâti avait tenté un coup de main contre 
Sidjilmâssa, que gouvernait un officier d'Aboû'l-Fotoûh', 
y était entré et l'avait pillée. Cette nouvelle fut cause 
qu'Aboû'l-Fotoûh' se remit en marche vers cette ville ; 
mais en route il fut pris de colique et mourut au lieu 
susdit (2). Il adressa ses dernières recommandations à 
l'un de ses intimes, Aboû Za c bel ben Hichâm, qui 
informa El-Mançoûr de la mort de son père. 

Gouvernement d'Aboû'1-Fath' el-Mançoûr ben Aboû'l-Fotoûh'. 

Il commença à exercer le pouvoir au commencement 
de l'année 374 (3 juin 984), dans la ville d'Achîr < 3 ), et 
mourut le jeudi 5 rebi c 1 386 (27 mars 996), c'est-à- dire au 
bout de douze ans; il fut enterré à MançoûriyyaW. 
C'était un homme généreux et bienfaisant, décidé et 
entreprenant. « J'ai, dit Er-Rak'îk, raconté sa vie, ses 



(1) Ce nom est différemment orthographié ; voir là-dessus et sur 
la mort de Bologgin Ibn el-Athir, p. 394 ; Berbères, n, 12, et m, 256. 

(2) Ibn Khaldoûn place la mort de Bologgin tantôt en 372 tantôt 
en 373 (Berbères, n, 12; m, 259); Ibn el-Athîr en fixe la date au 
22 dhoù'l-hiddja 373 (p. 394). 

(3) Cette ville est décrite ailleurs {Berbères, u, 6 et 489 ; cf. Istibçâr, 
trad. p. 105). 

(4) Plus loin notre auteur place la mort d'El-Mançoûr au jeudi 
3 rebî' I 386, et le fait inhumer dans le nouveau palais du défunt en 
dehors de Mançoùriyya. 



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- 351 - 

combats et ses actes de générosité dans un ouvrage 
spécialement consacré aux biographies de son aïeul, de 
son père et de lui ». Son surnom était c Oddat el- c Azîz 
billâh fils de Yoûsof el- c Aziz billàh. 

En 374 (3 juin 984), El-Mançoûr* dès qu'il connut la 
mort de son père, fit partir d'Achîr en toute diligence 
son frère ItewwoufetW avec ordre de marcher sur K'ay- 
rawân et Mançoûriyya pour s'emparer d' c Abd Allah ben 
Moh'ammed. Ce personnage était alors à Mehdiyya et 
avait comme lieutenants, à Mançoûriyya, Dja e far ben 
H'abib, et à K'ayrawân Barhoûn. Itewwoufet les surprit 
le mardi 15 moh'arrem (18 juin), au point du jour. Trou- 
vant les dépôts fermés et le trésor muni d'une serrure, 
[P. 249J il prit les clefs, ouvrit celui-ci ainsi que l'arse- 
nal, et il procéda à un partage entre ses. compagnons; 
de plus, il donna des montures à ceux des Çanhâdja de 
Mançoûriyya qui n'en avaient pas. Après quoi il sortit, 
et comme il rencontra dans unej*ug c Abd Allah il se 
précipita sur lui, le jeta à bas de son cheval, le dépouilla 
de ce qu'il avait et l'emprisonna pendant plusieurs jours. 
Mais ensuite un ordre d'El-Mançoûr enjoignit à Itew- 
woufet de le relâcher et de ne pas s'emparer de cette 
région. <Abd Allah ayant ainsi ressaisi son autorité, 
rassembla les kâdis, les principaux cheykhs, etc., de 
K'ayrawân et se rendit auprès d'El-Mançoûr pour le 
féliciter et en même temps lui présenter leurs condo- 
léances. Ce fut à Achîr qu'ils le saluèrent, et El-Man- 
çoûr répondit que, malgré le plaisir qu'il avait à les 
voir, il regrettait la peine qu'ils avaient prise de se 



(1) Le ms porte en plusieurs endroits le signe du redoublement 
sur le wâw. 



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:?:to* 



- 352 - 

déplacer; puis il témoigna sa Teconnaissance à 'Abd 
Allah, blâma la conduite ditewwoufet à son égard et fît 
verser par c Àbd Allah dix mille dinars à ses visiteurs 
pour les défrayer ; ceux-ci firent des vœux pour lui et se 
- retirèrent. 11 les rappela ensuite et leur dit ceci : « C'est 
par Tépée que mon père et mon grand-père ont pris et 
dompté les hommes; mais moi je ne les prendrai que 
par les bons procédés. Je ne suis pas de ceux qu'on 
nomme d'un trait de plume pour les révoquer de même, 
car j'ai hérité ce royaume de mes pères et de mes aïeux, 
comme ils l'avaient hérité de leurs pères; mais leurs 
aïeux étaient des ânes », et il continua longuement sur 
ce sujet (*). Il les fit enfin repartir avec c Abd Allah après 
une absence qui, aller et retour compris, fut de trente- 
cinq jours. ' 

En . redjeb (novembre-décembre 984), El-Mançoûr 
s'étant rendu à Rak'k'âda, le secrétaire c Abd Allah se 
porta au-devant de lui avec de nombreux habitants de 
K'ayrawân. Le prince les reçut avec de bonnes paroles 
et leur fit toute sorte de belles promesses; il reçut des 
divers administrateurs des cadeaux et de l'argent, et 
notamment d' c Abd Allah des présents splendides. il 
commença alors à préparer l'envoi des cadeaux qu'il 
destinait à être portés à Miçr par Zerwâl ben Naçr ; on 
dit que la valeur en argent des marchandises, des mon- 
tures et des chevaux de race qui les constituaient, était 
d'un million de dinars. Pendant son séjour à Rak'k'âda, 
il se fit faire une selle enrichie de pierres précieuses et 
de rubis dont il fit usage pour sortir, porteur du plus 



(1) Sur l'avènement d'El-Mançoûr, voir Ibn el-Athir, p. 394; Wiis- 
tenfeld, p. 147. • 



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- 353 - 

brillant costume, lors de la Fête ; yne foule considérable 
de Ktayrawàniens se porta au devant de lui. [P. 250] Il 
fit la prière dans le Moçalla et le prône fut dit par le kâdi 
Ibn el-Koûfi, après quoi le prince rentra .dans son palais. 
Dans la nuit du samedi au dimanche 13 rebî c I, il lui était 
né un fils qu'il nomma Bâdîs ben el-Mançoûr. 

En la même année, ce prince envoya des troupes com- 
mandées par son frère Itewwoufet à Fez et à Sidjilmâssa 
pour obtenir de ces deux villes, ainsi que des contrées 
du Gharb, leur retour à l'obéissance aux Çanhâdja, à 
laquelle elles s'étaient soustraites au moment de la mort 
d'Aboû'l-Fotoûh'. Sitôt que Zirî ben 'Àt'iya Zenâli, sur- 
nommé El-K'arfâs, qui était alors prince de FezW, 
appjût la prochaine arrivée d'Itewwoufet, il se précipita 
à sa rencontre et lui livra une bataille sérieuse où 
Itewwoufet fut mis en déroute. Les Zenâta restés vain- 
queurs poursuivirent les Çanhâdja, en tuèrent un grand 
nombre et en firent d'autres prisonniers, tandis que le 
reste s'enfuit à Tâhert. Deux officiers du vainqueur qui 
avaient tourné le dos furent l'un, nommé Ibn Cha c bân, 
crucifié à la porte de Fez, l'autre, Ibn c Amil, horrible- 
ment supplicié, etZîri ben c Atiya resta maître de Fez et 
de la région avoisinanté. Quand El-Mançoûr apprit la 
défaite de son frère, il sortit de Mançoûriyya le mer- 
credi 13 dhoû'l-hiddja (6 mai 985), pour se rendre dans 
le Gharb; il était accompagné d ,c Abd Allah le secrétaire, 
qui avait laissé à K'ayrawân, pour l'y remplacer, son 
fils Yoûsof. Mais ensuite c Abd Allah reprit l'entière 
administration de l'If rîk'iyya ( 2 ), et El-Mançoûr envoya 



(1) Sur le caractère de Ziri, voir Dozy, Mus. d'Esp., m, 222. 

(2) Le texte porte l^J£ XjJu^ôI àJUjo £&.. ; je crois bien que 



23 



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- 354 - 

à Itewwoufet une autre armée qui le rejoignit à Tâhert, 
sans que, après cela, El-Mançoûr entreprît rien contre 
les Zenâta. 

En 375 (23 mai 985), il fit installer des portes de fer à 
la mosquée principale de K'ayrawân et bâtir son grand 
palais. En cette année eut lieu, au Kaire, la naissance 
d'Aboû c Ali Mançoûr ou, comme disent d'autres, d'El- 
Mançoûr ben Nizâr el- c Àzîz billâh, le jeudi 23 rebî c I 
(13 août 985). 

En 376 (12 mai 986), le missionnaire Aboû'1-Fehm 
Khorâsâni fit son apparition et rallia autour de lui de 
nombreux Kotâma. Yoûsof , fils d' c Abd Allah le secrétaire, 
[P. 351] lui avait d'ailleurs donné de l'argent et des 
cavaliers, et ce fut avec ces secours qu'il pénétra dans le 
pays des Kotâma, qui répondirent à son appel. Ses affai- 
res prospérèrent, il eut une armée composée de cava- 
liers et de fantassins et munie d'étendards; il fit battre 
monnaie et acquit du pouvoir et de la renommée^). 

En la même année, Yoûsof ben c Abd Allah travailla 
avec zèle à l'édification du palais de Mançoûriyya des- 
tiné à Aboû'1-Fath' el-Mançoûr ; il avait dépensé cent 
mille dinars que la construction n'en était pas achevée. 

En 377 (2 mai 987), El-Mançoûr vint à Mançoûriyya et 
descendit dans le' palais élevé à son intention ; il était 
accompagné d' c Abd Allah le secrétaire, de troupes de 
son armée et des principaux de ses cousins et de ses 
conseillers. 



tel est le sens qu'il faut donner à ces mots, bien que cette construc- 
tion du verbe soit rare. 

(1) AboûM-Fehm Hasan ben Naçraweyh était un dàH porteur des 
instructions du Fatimide El-'Aziz ; ce prince redoutait, avec raison, 
les velléités d'indépendance du fils de Bologgin {Berbères, n, 14 n. ; 
Ibn el- Athir, p. 396 ; Wûstenfeld, p. 148). 



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— 3oo — 

En la même année eut lieu l'exécution d' c Abd Allah le 
secrétaire et de son fils Yoûsof. c Abd Allah ben Moh'am- 
med savait acquis auprès d'El-Mançoûr ben Aboû'l- 
Fotoûh' une situation plus grande qu'aucun des proches 
de celui-ci, qu'aucun membre de sa famille ou qu'aucun 
courtisan: il avait tout dans la main, prélevant l'argent, 
donnant les situations et les emplois, administrant et 
gouvernant. Aussi était-il jalousé par les principaux 
courtisans, et son cousin maternel H'asan mit sous les 
yeux d'El-Mançoûr des faits d'un caractère antidynasti- 
que, en rappelant (notamment) qu'il était cause de la 
rébellion du missionnaire Aboû'1-Fehm chez les Kotàma, 
qu'il avait permis à cette affaire en l'amoindrissanrde 
prendre de la gravité, et autres accusations d'une impor- 
tance exceptionnelle. D'autre part c Abd Allah, plein de 
confiance en lui-même, n'usait d'aucun ménagement 
envers les descendants de Zîri ni les grands de la cour, 
qui, voyant poindre un changement dans les dispositions 
du prince à son égard, redoublèrent leurs blâmes et 
leurs dénonciations. El-Mançoûr en vint enfin à lui dire : 
« Renonce au gouvernement de l'Ifrîk'iyya et borne-toi 
à tes fonctions de secrétaire, car tu as dans la main et à 
ton entière disposition tous ceux qui exercent quelque 
emploi. — La mort plutôt que ma démission! » répartit 
le tout-puissant ministre. Le dimanche matin 11 redjeb 
(5 novembre 987), celui-ci se rendit dans un pavillon 
(dîwânj qu'il avait fait construire, pour y attendre que le 
prince sortit à cheval; il s'y occupait à lire une section 
du Koran qu'il tenait à la main et qu'il déposa quand on 
le prévint de la sortie du prince, puis il monta à cheval 
pour aller à sa rencontre, en disant : 



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- 3S6 - 

[P. 252; t'awîl] Se fier à ce monde, c'est vouloir prendre 
l'eau avec la main : elle fuit entre les doigts. 

A rapproche d'El-Mançoûr, il mit pied à terre et le 
salua, puis se tenant debout il eut avec lui une longue 
conversation dont personne ne sut la teneur exacte, et à 
la suile de laquelle El-Mançoûr le frappa de sa lance. 
Alors c Abd Allah, ramenant ses manches sur son visage, 
se borna à prononcer ces seuls mots : « Pour la religion 
de Dieu, pour la religion de son Envoyé! » c Abd Allah, 
frère d'El-Mançoûr, lui donna alors entre les épaules un 
coup de lance dont il tomba mort. On amena ensuite 
sorj fils Yoûsof, qui périt également sous les coups d'El- 
Mançoûr et de Mâksen ben Zîrî. 

c Abd Allah, quand il était en butte à des mouvements 
d'antipathie d'El-Mançoûr, répétait toujours ces vers: 

[Tawîl] Je vois que mille constructeurs cèdent devant un 
seul démolisseur ; que peut donc un constructeur que suir 
vent mille démolisseurs ? 

Il disait aussi ceux-ci : 

[Kâmil] Il y a un espace de temps que je dois nécessaire- 
ment remplir et au bout duquel la mort m'attend. Les lions 
eux-mêmes tenteraient de faire de moi leur proie que je 
pourrais leur résister tant que le moment ne sera pas venu 
pour moi. 

A la suite du meurtre d ,<r Abd Allah (*) et de son fils, les 
soldats cernèrent la population et la pillèrent, ils exer- 
cèrent le brigandage sur les routes et s'emparèrent des 



(1) Le meurtre d"Abd Allah ben Molfaramed est placé sous Tan- 
néo 376 par Ibn el-Athir {Annales, p. 395 ; cf. Berbères, h, 13). 



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•^bftï,-' 



- 357 - 

voyageurs et des autres personnes qu'ils rencontrèrent ; 
ils se dirigèrent vers le Wâdi el-K'aççârin et le Bàb 
Toûnis, Tune des portes de K'ayrawân, puis enlevèrent 
ce qui se trouvait chez les blanchisseurs, en tuant plu- 
sieurs de ceux qui voulaient défendre leurs personnes 
et leurs biens ; aussi la fortune des fidèles subit-elle ce 
jour-là des pertes considérables. c Abd Allah fut inhumé 
dans le lieu dit Içt'abl, sans avoir été ni lavé ni enseveli. 

Le jeudi 25 cha c bân de la dite année (20 décembre 987), 
El-Mançoûr nomma au commandement général de Tlfri- 
k'iyya Yoûsof ben Aboû Moh'ammed, qui était alors 
gouverneur de Gafça ; il lui confia les étendards et les 
tambours, et lui fit présent de robes d'honneur. 

En 378 (20 avril 988), El-Mançoûr à la tête de ses trou- 
pes dirigea une expédition contre les KotâmaM. Il passa 
par Mila, dont il ordonna la destruction et le démantèle- 
ment, en même temps qu'il commanda aux habitants de 
se rendre à Bâghâya. Ceux-ci obéirent et se mirent en 
route, mais Mâksen ben Zîri à la tête de ses troupes les 
rencontra et leur enleva leur argent [P. 253] ainsi que 
leurs autres bagages ( 2 ). Au cours de sa route, El-Mançoûr 
fit détruire tous les centres habités, châteaux ou demeu- 
res qu'il rencontra. Les Kotâma lui résistèrent, mais il 
les vainquit, les massacra et les anéantit. Aboû'1-Fehm, 
qui s'était réfugié dans une montagne abrupte, fut pris 
par les gens envoyés à cet effet ; amené devant son vain- 
queur, celui-ci le fit violemment souffleter et lui fit arra- 
cher la barbe, si bien qu'il faillit mourir sur le champ. 



(1) Ibn el-Athir (p. 396) mentionne assez longuement cette expédi- 
tion sous Tannée 377. 

(2) Bekri (p. 152) parle aussi de la destruction de Mila qui fut alors 
consommée. 



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* * '" 



- 358 - 

Après qu'il eut été ainsi maltraité, El-Mançoûr fit sortir 
le malheureux, à qui il restait encore un souffle de vie ; 
alors quelques soldats se jetant sur lui regorgèrent, lui 
ouvrirent le ventre et en tirèrent le foie qui fut rôti et 
mangé. Puis ce fut autour des esclaves noirs d'El-Man- 
çoûr de découper la chair pour la manger, de sorte qu'il 
ne resta du cadavre que les os dénudés. Gela se passa le 
mardi 3 çafar (22 mai 988), et la chute du rebelle entraîna 
l'exécution du gouverneur de Mila et d'un certain nom- 
bre de Kotâma. Ce peuple lui-même tomba dans l'avilis- 
sement et le mépris. Quant à Mîla-, elle resta ruinée pen- 
dant quelque temps, mais elle se releva plus tard. A la 
suite de sa victoire, El-Mançoûr retourna vers Man- 
çoûriyya et K'ayrawân. 

En cette année, la rivière pénétra dans Mançoûriyya 
même et causa la destruction des maisons. 

En 379 (10 avril 989), Sa c îd ben Khazroûn Zenâti se 
rendit du Gharb auprès d'El-Mançoûr, qui lui fit des 
présents de nature à le satisfaire. Il dit un jour à son visi- 
teur : « Connais-tu, ô Sa c id, quelqu'un plus magnanime 
que moi ? — Oui, j'en connais ! — Et qui donc ? — Moi. — 
Et pourquoi cela ? — Parce que, répondit Sa c id, si toi tu 
m'as donné de l'argent, moi je t'ai donné ma vie. » El- 
Mançoûr fit de Sa c id le gouverneur de Tobna. Il reçut 
ensuite des visites de divers Zenâta, qu'il traita avec 
honneur et à qui il fit des générosités. Il maria sa fille à 
WarroûbenSa'idd). 

En cette année, Aboû'l-Behâr ben Zîri ayant fait défec- 



(1) On retrouve les mêmes détails dans Ibn el-Athir (trad. p. 398), 
où il est dit qu'une fille de Sa'id épousa un fils d'El-Mançoùr ; de 
même, Berbères, m, 259. Sur Sîi'id ben Khazroûn, voir H. des Berb., 
m, 247, 259, 266, 270. 



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- 359 - 

tion, El-Mançoûr marcha contre lui à TâherU 1 ). Aboû'l- 
Behâr s'enfuit vers le Gharb, et les envahisseurs se livrè- 
rent dans cette ville au pillage et au meurtre; mais 
l'amnistie fut ensuite proclamée. El-Mançoûr, sans pour- 
suivre son oncle Aboû'l-Behâr, mit son frère Itewwoufet 
à la tête de Tâhert, et lui-même retourna à Achîr. 

[P. 254] Aboû'l-Behâr écrivit alors à Ibn Aboû c Amir 
(Almanzor d'Espagne) pour lui offrir de se soumettre à 
lui et le prier de demander à Zîri ben c At'iya Zenâti, 
prince de Fez, dont il était l'allié et l'ami, la permission 
pour lui, Aboû'l-Behâr, de résider dans ses états : « Si, 
lui répondit Ibn Aboû c Amir, tu as réellement l'intention 
que tu dis, envoie-moi ton fils comme otage, et je ferai 
ce que tu me demandes. » Aboû'l-Behâr lui envoya alors 
son fils en compagnie de Meymoûn, connu sous le nom 
d'Ibn ed-Dàbba, son secrétaire ; mais le navire fit nau- 
frage, et tous deux périrent. Il lui envoya alors son autre 
fils, qui parvint à destination et, par contre, Ibn Aboû 
c Amir lui fit parvenir de l'argent et des vêtements, en 
même temps qu'il écrivit à Ziri ben c Atiya de lui prêter 
aide et secours et de lui permettre de résider auprès de 
lui. Sitôt qu'il eut connaissance de ces faits, Aboû'l- 
Behâr se rendit à Fez pour s'entendre avec Ziri. 

Quant à Yoûsof ben Aboû Moh'animed, que nous avons 
dit avoir été nommé gouverneur d'Ifrik'iyya, il ne son- 
geait qu'à boire et à manger. Quand arrivait la saison 
des roses, il en était toujours entouré, pour boire, ne 
se montrant plus qu'elles n'eussent disparu, vivant et 
dormant dans ces fleurs, si bien qu'on l'appela le cheykh 



(1) Sur la révolte d'Aboii'l-Benàt', voyez Ibn el-Athir, trad. p. 399 ; 
Berbères, n, 15 ; m, 240. 



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* ~ *£ -^T^T* 



- 360 — . 

aux roses. Quant aux affaires, il en abandonnait le soin 
à Ibn el-Boûni. Avec lui les habitants de la capitale 
vivaient en sécurité et en paix, et ceux de la campagne 
étaient punis et rançonnés ; il était violent et entêté, en 
même temps que généreux et libéral. Chaque année, il 
sortait [de la capitale] et allait successivement prélever 
les impôts dans les divers cantons et recevoir des ca- 
deaux de chaque ville, puis s'en retournait. « Quand, dit 
Er-Rak'îk, nous partions en tournée avec Yoûsof ben 
Aboû Moh'ammed et qu'il trouvait un endroit dont la 
beauté lui plaisait, il y séjournait un ou deux mois [pour 
boire], et Aboû'l-H'asan [ben?] el-Boûni prélevait les im- 
pôts, recevait les présents et pourvoyait aux besoins de 
l'entourage et des troupes de Yoûsof*; il donnait quoti- 
diennement cinq mille dirhems aux familiers de Yoûsof, 
et Ton dépensait à peu près cette somme pour la cuisine 
et les fruits de Yoûsof. » 

En cette année, mourut le gouverneur de Sicile r Abd 
Allah ben Moh'ammed ben Aboû'l-H'asan, à qui succéda 
[P. 255] son fils Yoûsof. Le peuple jouit sous lui du sort 
le plus souhaitable; les affaires furent dirigées d'une 
main ferme et les pays chrétiens furent domptés. Sa 
magnanimité, sa libéralité et sa justice fournirent des 
exemples qui font défaut dans bien d'autres paysW. 

En 380 (30 mars 990) mourut El-Marçadi( 2 ), préposé au 
kharâdj à K'ayrawân. Par l'ordre d'El-Mançoûr, la 
situation qu'il laissait vacante fut remplie par deux hom- 
mes, Moh'ammed ben c Abd el-K'âhir ben Khalaf et 



(1) Ce paragraphe figure dans la Biblioteca, n, 31. 

(2) Le nom de Hoseyn ben Khalaf Marçadi se retrouve ailleurs 
(Ibn el-Athir, p, 371 ; Berbères, n, 550). 



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- 361 - 

Selàma ben c Isa, qui siégèrent ainsi simultanément au 
bureau du kharâdj de Mançoûriyya. 

En 381 (19 m&rs 991) mourut à Miçr le kâ'id Djawher, 
qui avait fait la conquête du pays 11 n'y eut pas un poète 
de la région qui ne déplorât sa mort et qui ne transmît à 
l'Orient et à l'Occident le souvenir de ses victoires. 

En la même année, El-Mançoûr se rendit à Mançoûriyya 
et pénétra dans son nouveau palais. Le peuple de K'ay- 
rawân s'étant porté à sa rencontre, il lui permit de s'ap- 
procher, lui parla en termes louangeurs et remplis de 
bonnes promesses. On lui dénonça ensuite un de ses 
esclaves noirs comme coupable d'avoir prononcé des. 
paroles injurieuses contre l'un des Compagnons du Pro- 
phète ; il le fit exécuter et crucifier, et il fut fait une pro- 
clamation à K'ayrawân pendant l'exhibition qui fut faite 
de la tête du coupable. 

En 382 (8 mars 992), Aboû Mennâd Bâdis, fils d'El- 
Mançoûr, se montrai dans le palais de son père; il dis- 
tribua à plusieurs personnes des dons proportionnés à 
leur situation. 

El-Mançoûr abandonna aux sujets les impôts arriérés. 
Il fit arrêter [Ibn] el-BoûnK 2 ) et son fils, et leur demanda 
une somme considérable qu'ils refusèrent (voici dans 
quelles circonstances). Il comptait tirer d'euxMa quan- 
tité d'or dont il s'était vanté devant des hôtes qu'il rece- 
vait le jour même où il éleva cette exigence et à qui il 
avait ainsi parlé : « Si Ton demandait à un de leurs 
esclaves de quoi remplir des maisons d'argent, il y serait 



(1) Texte «.^-t ; je crois qu'il est fait ici allusion à la présenta- 
tion de Bàdis en qualité d'héritier présomptif. 

(2) Il faut probablement ajouter Ibn> ainsi que je l'ai fait; voir à la 
page précédente. 



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- 362 - 

donné satisfaction. » Mais El-Boûni ayant nié la chose, 
il fut [arrêté et] égorgé, et Yoûsof ben Aboû Moh'am- 
med, gouverneur d'Ifrik'iyya, fut révoqué et remplacé 
par le secrétaire Moh'ammed ben Aboû'l-'ArabW. 

En cette même année, arriva un rescrit d'El- e Aziz bil- 
lâh attribuant la qualité d'héritier présomptif (de son 
père) à Aboû Mennâd Bâdis. El-Mançoûr en conçut une 
vive satisfaction, et à cette occasion des présents lui 
furent adressés de partout. 

Sa c id ben Khazroûn étant arrivé deTobna à Mançoû- 
riyya, El-Mançoûr se porta au-devant de lui et l'em- 
brassa, puis il l'emmena [P. 256] dans son palais où il 
lui donna l'hospitalité, et il lui accorda de fortes ^gratifi- 
cations. Sa c îd tomba alors malade et mourut-au bout de 
quelques jours, le 1 er redjeb (1 er septembre 992). El-Man- 
çoûr le fit ensevelir dans soixante-dix linceuls (*). 

Du Soudan furent envoyés des cadeaux parmi lesquels 
figurait une girafe ( 3 ), dont El-Mançoûr lui-même prit 
possession ; il sortit à cet effet de son palais. 

Felfoûl ben Sa c id ben Khazroûn vint, à la suite de la 
mort de son père, trouver El-Mançoûr, qui lui donna 
trente charges d'argent, quatre-vingts coffres (takht) de 
vêtements de toute sorte, des chevaux avec des selles 
ornées de pierreries et dix étendards dorés et tout 
neufs; il le renvoya ensuite à T'obna en qualité d'émir (*). 



(1) La nomination d'Ibn Aboù'l-'Arab est de 381, d'après Ibn el- 
Athîr, p. 400. 

(2) Il mourut en 381, au dire cVIbn el-Athir, p. 398. 

(3) La girafe figure maintes fois dans les cadeaux ; voir une note 
(p. 281) de la traduction de Zerkechi, Chronique des Almohades et 
des Hafcides. 

(4) lbn Khaldoùn donne des détails analogues et ajoute que Fel- 
foûl épousa une fille d'El-Mançoùr {Berbères, m, 260). 



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- 363 - 

En 383 (25 février 993), Bàdis ben el-Mançoûr se rendit 
à Achir. 

El-Mançoûr reçut de son frère Itewwoufet une lettre 
lui annonçant l'arrivée auprès de lui de son oncle Aboù'l- 
BehârW. Sur la demande qu'en fit El-Mançoûr, Aboû'l- 
Behàr se mit en route et arriva à Mançoûriyya dans la 
nuit du (dimanche au) lundi 15 cha c bân (4 septembre 
993): El-Mançoûr manifesta la joie la plus vive de le 
voir, le reçut parfaitement bien et lui fit don de vête- 
ments, dé tapis et de jeunes filles esclaves. 

En 384 (14 février 994), Aboû Mennâd Bâdis, de retour 
de sa première expédition, qui avait eu lieu dans le Gharb, 
rentra à Mançoûriyya; il fut reçu par son père, par les 
troupes, par le peuple de K'ayrawân, etc. 

Des présents arrivèrent d'Egypte conduits par Dja c far 
ben H'abîb, qui amenait notamment un énorme éléphant. 

En 385 (4 février 995), mourut l'émir c Abd Allah ben 
Yoûsof ben Ziri ben Mennâd. Le kàid Yoûsof ben Aboû 
Moh'ammed se rendit dans la Mettîdja en qualité de 
gouverneur. 

En djomâda II (juillet 995), K'âsim ben H'addjâdj 
arriva d'Egypte à Mançoûriyya, rapportant les têtes des 
chrétiens tués à Alep par Màrek' le Kotâmien. 

En 386, le jeudi 3 rebî c I (25 mars 9Q6), mourut Aboû'l- 
Fath' el-Mançoûr c Oddat el- c Aziz billâh ben Yoûsof el- 
c Aziz billàh ben Ziri ben Mennâd Çanhàdji, après un 
règne très heureux. Il fut inhumé dans son nouveau 
palais en dehors de Mançoûriyya. 



(1) Voir ci-dessus, p, 359. 



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— 364 - 

[P. 257] Gouvernement d'Aboû Mennâd Bâdls ben Aboû'1-Fath' 
ben Aboû'l-Fotoûh' Toûsof ben Zlii ben Mennâd. 

A son avènement, les populations d'Ifrîk'iyya vinrent 
de toutes parts lui présenter leurs condoléances en 
même temps que leurs félicitations. Les Benoû Ziri et 
les Benoû H'ammâma avaient formé des projets en con- 
tradiction avec les engagements de ceux qui les accom- 
pagnaient, mais les esclaves noirs de Bâdis ainsi que 
ceux de son père ne leur permirent pas de les réaliser W. 
Aboù Beybàch Itewwoufet ben Aboû'l-Fotoûh vint aussi 
à Mançoûriyya apporter ses condoléances et ses sou- 
haits, puis il retourna à Tobna et dans l'ouest vers la fin 
de cha c bân (mi-septembre 996). 

En cette année < 2 ), mourut Aboû'l-Mançoûr Nizàr el^ 
c Aziz billâh TObeydite, souverain d'Egypte : il souffrait 
de la pierre et mourut dans la piscine des bains, où il 
avait [commis l'imprudence d'Javaler un remède. 11 eut 
pour successeur l'héritier présomptif désigné, Aboû c Ali, 
surnommé El-H'àkim bi-amr Allah. 

Aboû Mennâd avait fait préparer les cadeaux destinés 
h l'Egypte, qui étaient, le 6 ramadan (21 septembre), par- 
tis de Mançoûriyya pour Rak'k'àda sous la conduite de 
Dja c far ben H'abîb. Or El- c Aziz billâh avait adressé à 
Aboû Mennâd un rescrit lui ordonnant d'envoyer en 
Egypte le kâdi Moh'ammed ben c Abd Allah ben Hâchim, 
qui était malade à l'arrivée de cet ordre. Aboû Mennâd 



(1) Ibn cl-Athir (trad., p. 402) fait allusion égalemerit à cette ten- 
tative. 

(2) A la lin de ramadan, ou mi-octobre 996 ; on trouve des détails 
sur la mort de ce prince dans Wûstenfeld, p. 158. 



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V)P> 



- 365 - 

voulant le faire partir avec les cadeaux et le kàdi s'excu- 
sant à cause de son état de santé, l'émir lui envoya, le 
3 dhoûl-kVda (16 novembre), Moh'ammed ben Aboû'l- 
c Arab et d'autres personnages de la cour, tandis que les 
troupes se tenaient au Bàb Aboû'r-Rebi c , car on croyait 
que la population de K'ayrawân interviendrait pour em- 
pêcher son départ. On fit irruption chez lui et on l'enleva 
sur les tapis où il étaitVetenu par la maladie et avec les 
vêtements d'intérieur dont il était couvert lorsqu'on le 
surprit. Ce fut dans cet état qu'on l'emporta, tandis que 
la foule considérable qui stationnait devant sa demeure, 
sans d'ailleurs proférer une parole, lui fit la conduite 
jusqu'à Rak'k'âda ; il était suivi d'un esclave chrétien 
qui le soutenait, ainsi que de ses enfants [P. 258] et de 
ses parents. Toute la population était affligée de .son 
départ et laissait paraître les signes de la tristesse qu'elle 
éprouvait, multipliant ses prières et le comblant de 
louanges. On apprit ensuite la nouvelle de la mort d'El- 
c Aziz billâh, et Aboû Mennâd fit ramener le kàdi à sa 
demeure en lui faisant rendre de grands honneurs. 

La mort d'Aboû Moh'ammed ben Aboû Zeyd remonte 
à cette année (*). 

En 387 (13 janvier 997), la nouvelle de la mort d'El- 
f Aziz billâh fut confirmée de plusieurs côtés. Ce fut alors 
que le kàdi, toujours malade, fut ramené chez lui ; la 
considération dont il jouissait aux yeux de la population 
s'accrut encore. 

En çafar (février-mars 997), Aboû Mennàd confia le 
gouvernement d'Achîr à H'ammâd ben Abôû'l-Fotoûh' 



(1) Il s'agit de l'auteur de la Risâla ou compendium de droit reli- 
gieux et civil qui a été longtemps en grand honneur chez les Malé- 
kites (Catalogue des mss arabes d'Alger, n 0i 1037 et s.). 



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- 366 — 

Yoûsof ben Zîrî ben Mennâd, qui partit pour rejoindre 
son poste après avoir reçu quantité de chevaux et de 
vêtements magnifiques. Plus tard, le gouvernement de 
H'ammâd prit de l'extension, il eul de nombreuses trou- 
pes et acquit une grande situation (*). 

En rebî c II (avril-mai), le kâdi El-Bâhiri étant venu 
d'Egypte à Mançoûriyya, Aboû Mennâd se porta au- 
devant de lui avec ses troupes ef tous ses conseillers et 
lui rendit des honneurs que ne connaissait pas celui à 
qui ils étaient adressés. Ce messager était porteur de 
deux rescrits dont il fut donné lecture dans la grande 
mosquée à K'ayrawân et à Mançoûriyya : l'un était la 
nomination d'Aboû Mennâd, à qui était octroyé le sur- 
nom de Naçir ed-Dawla ; l'autre annonçait la mort d'El- 
c Azte billâh et l'avènement au khalifat d'El-H'âkim bi- 
amr Allah, et renfermait la réponse à la notification de 
la mort d'El-Mançoûr c Oddat el- c Aziz billâh. Il en appor- 
tait encore un troisième relatif à la reconnaissance que 
devaient faire Bâdîs et tous les Benoû Mennâd de la 
souveraineté d'El-H'âkim. En conséquence Bâdis tint 
une audience à laquelle furent convoqués tous les chefs 
çanhâdjiens et où il reçut leur serment. Le kâdi etchérif 
El-Bâhiri retourna alors en Egypte, après avoir reçu 
une forte somme d'Aboû Mennâd. 

En cette année, Naçîr ed-Dawla (Bâdis), couvert de 
magnifiques vêtements et en grand appareil, se rendit 
au Moçalla, précédé de l'éléphant (dont il a été parlé), 
de deux girafes et de chameaux d'un blanc éblouissant; 
jamais le peuple n'avait vu pareille chose. 

En 388 (2 janvier 998), Naçir ed-Dawla reçut d'Egypte 



(1) Voyez Ibn el-Athîr, trad., p. 402. 



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- 367 — 

des cadeaux, consistant en un joyau précieux et en riches 
vêtements; il sortit pour les recevoir et rentra à Man- 
çoûriyya en s'en faisant précéder. 

A Miçr eut lieu entre les Turcs et les Kotâma un 
combat où ceux-ci eurent le dessous W. 

En 389 (22 décembre 998), Ziri ben e At'iya, [P. 259] 
prince de Fez et des parties avoisinantes du Maghreb, 
alla camper devant Tâhert, dont il commença le siège. 
Itevvwoufet ben Yoûsof ben Ziri, qui gouvernait cette 
dernière ville, envoya une demande de secours à son 
neveu l'émir dTfrik'iyya, qui lui adressa Molvammed 
ben AboûVArab. 

Déroute de l'armée d'Ifrîk'iyya ; succès remporté par Zlrî ben 
'At'iya et les Zenâta sur les Çanhâdja. 

A l'arrivée de la lettre d'Itewwoufet, Bâdîs Naçir 
ed-Dawla donna au secrétaire Moh'ammed ben Aboû'l- 
c Arab (*) Tordre de marcher contre les Zenâta. Les trou- 
pes qu'il lui confia partirent en pompe le 15 çafar (4 fé- 
vrier 999) et arrivèrent à Achîr, où se trouvait comme 
gouverneur H'ammâd ben Yoûsof ben Zirî, qui disposait 
d'une armée importante. Après y avoir fait un court sé- 
jour, Ibn el- c Arab en repartit renforcé par H'ammâd et 
par ses troupes r et opéra à Tâhert, le l or djomâda I (19 
avril), sa jonction avec Itewwoufet, dont les forces éga- 
lement étaient considérables. Ils marchèrent contre Ziri 
ben c At'iya, qui était campé à deux journées de Tâhert, 



(1) Sur les troubles occasionnés alors au Kaire par les Kotàma, 
voir Wiistenfeld, p. 168. 

(2) lbn el-Athir l'appelle nâ'ih, ou vice-roi ; sur cette campagne, 
voir d'ailleurs le récit de ce chroniqueur, Annales, p, 402. 



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- 368 - 

au lieu dit Emsâr, et une lutte sanglante s'engagea. Le 
gros de l'armée de H'ammâd était constitué par les 
Outelkâti (*), que ce général avait traités sans ménage- 
ment* 2 ) et qui, au plus fort de la mêlée, se débandèrent 
et tournèrent le dos, en quoi ils furent suivis par toutes 
les troupes d'Ifrîk'iyya. Les. efforts d'Ibn AboiVl- c Arab 
pour les rallier restèrent vains, et la fuite, devenue géné- 
rale, ramena ces troupes jusqu'à Achîr; elles avaient 
abandonné leur camp, leurs tentes et leur contenu, leurs 
armes, etc., et toutes ces richesses tombèrent entre les 
mains de Zirî ben c At'iya et de ses frères. Le massacre 
fut grand, mais il fut aussi fait de nombreux prisonniers 
à qui le vainqueur fit de belles promesses, et qui, relâ- 
chés par lui quand il fut entré à Tâhert, regagnèrent 
[P. 2601 Achîr. C'est dans cette ville que restèrent Aboû'l- 
c Arab, H'ammâd et Itewwoufet, tandis que Ziri se tint 
près de Tâhert. Cette défaite, survenue le samedi 4 djo- 
mâda I (22 avril), fut connue à Mançoûriyya le 19 du 
même mois. 

Naçîr ed-Dawla partit alors de cette ville le samedi 
2 djomâda II (20 mai) pour marcher contre Zîrî ben 
'At'iya et arriva d'abord à T'obna. Il fit demander Fel- 
foul ben Sa c id ben Khazroûn Zenâti, gouverneur de la 
ville, qui, pris de peur, se fit excuser et lui demanda un 
rescrit l'investissant du gouvernement de T'obna. Bâdis 
lui ayant envoyé cette pièce et ayant continué sa marche 



(1) Dans le passage correspondant de 17/. des Berb. (ni, 260), on 
lit a Tologgana », avec cette note de M. de Slane : « Gomme il s'agit 
ici de la tribu sanhadjienne descendue de Tiklat, il faut probable- 
ment lire Tokollata ou Tiklata ». Cf. lbn el-Athir, p. 416, n. 2; 
Bayân, texte, pp. 276 et 278. 

(2) p^gSj.à* A **\ dit le texte. D'après lbn el-Athir, l'avarice de 

H'ammàd avait indisposé ses troupes. 



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- .%9 - 

en avant, Felfoul, sitôt qu'il le vit éloigné, tomba sur 
une région voisine, en ravagea les environs, se livra à la 
dévastation et au pillage, puis alla mettre le siège 
devant Bàghaya, dont il ravagea et pilla aussi tous les 
environs. Cependant Bâdis, qui poursuivait son mouve- 
ment en avant, arriva à Achir ; quand il fut à Mesila, Zirî 
ben c At'iya quitta Tàhert, tandis que Bâdis marchait ré- 
solument vers lui ; mais la nouvelle que Zirî se dirigeait 
vers Fez fit rétrograder Bàdis vers Tahert et Achir ( j ), 
tandis qu'Itewwoufet confiait la première de ces villes 
à son fils Ayyoùb, assisté de quatre mille cavaliers. 
Bàdis ayant alors été informé des actes de Felfoûl, en- 
voya contre lui des troupes d'avant-garde qu'il suivit 
bientôt, emmenant avec lui AboiVl-Behàr ben Zirî. Il 
était à Mesila, où il célébra la fête de la Rupture du 
jeûne, quand Aboù'l-Behâr y apprit que ses frères Mà- 
ksen, Zâwî et Maghnin avaient soulevé des troubles à 
Achir et s'étaient saisis de la personne d'Itewwoufet, ce 
qui le détermina à s'enfuir avec ses fils, ses femmes et 
ses conseillers ( 2 ). 

Bâdis, parti le 3 chawwâl (16 septembre) pour Tlfrî- 
k'iyya, apprit à Belezma que Felfoul ben SaMd continuait 
sa marche vers K'ayrawàn; lui-même se rendit à Bà- 
ghaya, dont les habitants lui dirent leurs efforts [P. 261] 
pour résister à Felfoul, qui les avait tenus assiégés qua- 
rante-cinq jours. Il en partit pour se remettre à la 
recherche de Felfoul, avec qui il se rencontra le 10 dhoû'l- 
k ada (22 octobre), et engagea une bataille formidable^). 



(1) Cela ferait supposer, si le texte est exact, que Bàdis avait donc 
dépassé Tàhert. 

(2) Comparez les versions d'Ibn Khaldoûn (h, 16 ; m, 261) et d'Ibn 
el-Athir (trad. p. 404). 

(3) Au lieu dit Wàdi Aghlàn, d'après ïbn el-Athir (trad. p. 404). 



24 



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:$?"£ '***■ 



- Mi) ~ 

Son ennemi, qui avait avec lui une quantité innombrable 
de Berbères, s'enfuit, autant que je puis le savoir, dans 
la montagne dite Djebel el-H'annâch ; les Çanhâdja et 
les esclaves noirs, qui avaient d'abord commencé à le 
poursuivre, revinrent sur leurs pas quand ils virent qu'il 
ne s'arrêtait pas, et mirent son camp au pillage. Sept 
mille Zenâta environ mordirent la poussière ce jour là. 
Naçir ed-Dawla envoya à K'ayrawân une lettre relatant 
sa victoire. 

En 390 (12 décembre 999), Naçir ed-Dawla se mit en 
campagne pour rechercher Felfoul, qui, se voyant hors 
d'état de lui tenir tête, s'enfuit vers les sables tandis 
que ses partisans se dispersaient. Alors Bâdls retourna 
en Ifrik'iyya, accompagné d'Aboû'l-Behâr ben Zîri, qui 
s'était excusé des méfaits commis par ses frères et avait 
obtenu son pardon. Felfoûl alors retourna à Tripoli. 
Bâdis, toujours poursuivant sa marche, était à K'açr 
el-Ifrik'H 1 ) quand il apprit que les Benoû Ziri avaient, 
par peur de lui, repris le chemin du Gharb, et que ceux 
d'entre eux qui restaient avec Felfoul se réduisaient à 
Mâksen et à son fils Moh'sin. Il rentra alors à Mançoû- 
riyya,.sa capitale. 

Le 1 er redjeb (6 juin 1000), il s'avança jusqu'à Rak'k'ada 
pour aller combattre Zirî ben 'At'iya, émir du Gharb, 
qui s'était, d'après les nouvelles reçues, rendu à Achir ; 
mais il apprit alors le départ du chef zenâtien pour le 
Gharb, et il retourna à Mançoûriyya. 

En 391 (31 novembre 1000), Naçir ed-Dawla se mit une 
seconde fois en campagne pour rechercher Felfoul ; 



(1) A une journée de Teyfàch, sur la route qui mène à Mesila 
(Edrisi, 140; Bekri, 130). 



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- 371 - 

mais une lettre de Yoûsof- ben e Amir, gouverneur de 
Gabès, fit savoir que Felfoul s'était rendu d'auprès de 
Gabès à Tripoli le 24 redjeb (20 juin); qu'à son arrivée 
près de ce dernier endroit Fotoûh' ben c Ali et un groupe 
de Tripolitains étaient sortis à sa rencontre et l'avaient 
fait entrer dans la ville. A partir de ce moment il se fixa 
en cet endroit. 

Postérieurement au 3 ramad'ân, FFammâd ben Yoûsof 
el- c Azîz billâh envoya un message annonçant qu'il avait 
marché contre son oncle Mâksen ben Ziri et ses parti- 
sans et que, à la suite de plusieurs sanglantes rencon- 
tres, il avait tué Mâksen, son fils Moh'sin et Bâdîs. 

[P. 262] Neuf jours après la mort violente de Mâksen, 
c'est-à-dire le 12 ramadan, mourut Zirî ben 'At'iya 
Zenâti, prince de Fez et du Gharb tout entier. 

Renseignements sur les Zenâta et leur règne dans le Gharb 
jusqu'à l'apparition des Almoravides. 

Les Zenâta tenaient pour les Omeyyades, car autre- 
fois leur aïeul Khazer ben ÇoùlâtM avait accompli son 
exode et était allé se convertir entre les mains d' c Oth- 
mân ben c Affân. Entre eux et les Çanhâdja, qui tenaient 
au contraire pour les Obeydites, il y eut de nombreux 
combats. Celui qui commandait dans le Gharb était Ziri 
ben c At'iya Khazeri Maghrâwi, qui était maitre de Fez et 
d'autres villes, et qui devint à cette époque émir de tous 
les Zenâta. Il reconnaissait la dynastie omeyyade, alors 
représentée par Hichâm el-Mo'ayyed (de Cordoue), dont 



(1) Au dire d'Ibn Khaldoùn {Berbères, m, 227 et 233), ce lut Cou- 
lât ben Wezmar qui se rendit à Médine auprès d**Othmân ben 
'Affàn. 



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' "T-" T,,i1 ?^ 



- Tri - 

toute l'autorité était exercée par son chambellan Ibn 
Aboû c Amir, et faisait la guerre aux Çanhâdja, émirs 
cPIfrik'iyya, qui étaient les ennemis du prince Omeyyade. 
Au rapport d'Ibn H'ammâda, il s'était rendu à Cor- 
doue et s'y était rencontré en 379 (10 avril 989) avec Ibn 
Aboû c Amir ; à partir de cette année il fut au Maghreb 
son serviteur et son allié, malgré l'étendue de son royau- 
me et la renommée dont il jouissait au loin, jusqu'à la 
mésintelligence qui éclata entre eux en 387 (13 janvier 
997J. Il y eut alors entre lui et El-Moz'afïer des guerres 
trop longues à raconter. Voici ce que dit Ibn H'ayyân : 
« Zirî ben 'At'iya Maghrâwi rompit avec Ibn Aboû c Amir 
après lui avoir témoigné une grande amitié et une sérieuse 
fidélité ; il lança contre Ibn Aboû c Amir des coups protec- 
teurs de la royauté de Hichâm, il s'affligea de la géné- 
rosité (hichâm) d'El-Mo'ayyed( j ) et de la prépotence 
d'Ibn Aboû c Amir (*). Celui-ci alors fit marcher contre lui 
de nombreux guerriers confiés à son page Wàd'ih', le 
Maghreb vit d'importants combats se livrer; puis il en- 
voya son propre fils c Abd el-Melik, et lui-même se ren- 
dit à Algéziras pour de là expédier des renforts en offi- 
ciers et en troupes. c Abd el-Melik partit de Tanger pour 
livrer à Ziri [P. 263] des batailles sans analogues dans 
les guerres passées et d'où résultèrent la fuite de Ziri 
et l'anéantissement de ses guerriers et de sa situation ; 
ce ne futque couvert de blessures qu'il, put s'enfuir, et le 
pouvoir d' c Abd el-Melik ben Aboû c Amir s'étendit sur le 



(1) L'auteur parait bien jouer sur le double sens que peut présenter 
le mot hichâm, comme nom commun et comme nom propre, du fai- 
ble Hichâm el-Mo'ayyed. 

(2) Voir H. des Berb., m, 243 ; Bayân, n, 302 ; Dozy, //. des Mus. 
d'Esp., m, 222 et s. 



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— 373 — 

Gharb et les régions voisines jusqu'à Sidjilmâssa, sur 
TJemcen et sur Tàhert. Après quoi il retourna en Espagne 
en 389 (22 décembre 998), laissant pour gouverner ce 
pays Wâd'ih Meghâri. Celui-ci, après un séjour de quel- 
que temps à Fez, regagna l'Espagne, laissant dans cette 
ville c Abd Allah ben Aboû r Amir, neveu d'El-MançoûrW ; 
après lui, il y eut Ismâ c il ben el-Boûri, puis AboiVl- 
Ah'waç Ma e n< 1 )ben c Abd el- f Azîz, qui y resta jusqu'à la 
mort de Moh'ammed ben Aboû c Amir. Le fils (et succes- 
seur) de celui-ci, c Abd el-Melik el-Moz'affer, la remit à 
El-Mo c izz ben Ziri ben e At'iya, en la fidélité et la pru- 
dence de qui il avait une pleine confiance, en 397 (26 
septembre 1006;, sous la condition qu\EUMo c izz apporte- 
rait chaque année à Cordoue une certaine quantité de 
chevaux et d'armes et en prenant en outre, à titre d'otage, 
son fils Mo'annecerW . El-Mo c izz garda la fidélité promise 
et son fils resta à Cordoue jusqu'au moment où éclatè- 
rent les troubles qui firent disparaître la famille 'Ami- 
ride. Alors Mo c annecer retourna auprès de son père, qui 
continua de rester fidèle aux Omeyyades d'Espagne 
jusqu'à sa mort, survenue après le début des troubles. Il 
légua à son fils H'ammâma le royaume de Fez et dépen- 
dances (*). » 



(1) Notre texte indique explicitement qu"Abd Allah était neveu du 
puissant ministre; dans YH. des Berb. (m, 246), l'amphibologie causée 
par remploi d'un pronom a fait dire au savant traducteur qu''Obeyd 
Allah {sic) était le neveu de Wàd'hY. 

(2) Megguen {ibid); l'édition de Boulak du texte dlbn Khaldoûn. 
(t. vu, p. 33) lit aussi « Ma'n ». 

(3) La teneur du diplôme conféré à cette occasion à El-Mo'izz est 
reproduit dans YH. des Berb. (ni, 248) ; il est daté dedhoù'l-ka'da 396 
(août 1006). 

(4) El-Mo'izz mourut en 417; Hammàraa, son successeur, est fils 
d'El-Mo'izz ben 'Attya et non d'El-Mo'izz bon Ziri, à ce qu'aftirine 
expressément Ibn Khaldoûn {l. J., p. 251). 



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r-; \23? 



- 374 - 

Ce sont là des faits que raconte aussi El-Warràk' dans 
des termes suffisamment explicites : a Après la mort de 
Ziri ben c At'iya en 391 (30 novembre 1000), ses cousins le 
remplacèrent par son fils El-Mo c izz » ; puis il raconte la 
demande d'investiture adressée par El-Mo c izz à El- 
Moz'affer ben Aboù e Amir, qui lui envoya ce qu'il récla- 
mait et lui confia le gouvernement de Maghreb moyen- 
nant la fourniture (annuelle) de chevaux, d'armes, etc., 
et la livraison par El-Mo c izz de ses deux fils H'ammàma 
et Mo c annecer à titre d'otages. Il dit ensuite que, à la mort 
d'El-Moz'affer, son frère c Abd er-Rah'mân devint cham- 
bellan de Hichâm el-Mo'ayyed ; qu'à cette nouvelle 
El-Mo c izz ben Ziri s'occupa de réunir les magnifiques 
cadeaux qu'il lui destinait, sept cents chevaux, de nom- 
breuses charges de boucliers en peau d'antilope, une 
grande quantité d'argent, d'armes et de tous les plus 
beaux produits du Maghreb. [P. 264] Ces cadeaux furent 
portés à Cordoue par deux de ses jeunes cousins, de 
nombreux cheykhs des tribus et les principaux de Fez. 
Cela fit grand plaisir à c Abd er-Rah'mân, qui en témoi- 
gna sa reconnaissance à El-Mo c izz en lui renvoyant ses 
deux fils après leur avoir fait des cadeaux de vêtements 
et procuré toute satisfaction. Il envoya à El-Mo c izz le 
renouvellement de son investiture en qualité de gouver- 
verneur du Maghreb tout entier moins Sidjilmâssa, 
dont il avait antérieurement donné le gouvernement 
au page Wàd'ih'. Celui-ci avait concédé cette ville à 
Wânoûdin ben Khazroùn Ifreni et à son cousin Ziri 
ben Felfoul, moyennant une somme d'argent et un nom- 
bre déterminé de chevaux et de boucliers, en outre 
d'une somme d'argent à payer annuellement et la remise 



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- 375 - 

du fils de chacun d'eux à titre d'otages (*). El-Mo c izz ben 
Zirî exécuta les conditions que lui avait imposées c Abd 
er-Rah'màn ben Aboû c Amir et resta émir du Maghreb 
jusqu'à la chute de la maison c Amiride ; puis la famille 
Omeyyade s'éteignit, les divisions firent tomber les 
affaires d'Espagne dans le désarroi, les musulmans se 
séparèrent les uns des autres pour former des factions 
qui se massacraient et se pillaient entre elles. La situa- 
tion au Maghreb devint la même, et les partis entre- 
prirent des expéditions incessamment renouvelées les 
uns contre les autres. El-Mo c izz ben Ziri sut pourtant 
habilement se maintenir jusqu'à sa mort, survenue en 
416(3 mars 1025) W. 

Il eut pour successeur son fils Aboû'l- c At't'àf H'am- 
mâma ben el-Mo c izz ben Ziri. ben At'iya, qui était bien 
partagé sous le rapport des connaissances, des belles- 
lettres et de l'habileté administrative. Fez resta sous son 
règne le séjour de la paix et de l'aisance, et les poètes 
espagnols s'y rendaient. Il y eut cependant beaucoup de 
guerres sous ce prince, qui mourut en 433 (30 août 
1041) 0). 

Il fut remplacé par son fils Donnas ben H'ammàma, 
dont les cousins s'insurgèrent. L'autorité alla toujours 
diminuant et la dynastie s'affaiblissant, si bien que Fez 
vit deux émirs, un dans chacun des deux quartiers 
( e adwa), se faisant la guerre. Il se passa alors des choses 
si honteuses qu'on ne peut honnêtement les raconter, 
car le récit de tout ce qui se passe à la fin des dynasties 



(1) Voir Berbères, m, 250 et 257. 

(2) Nous avons vu plus haut qu'Ilm Khaldoîin donne la date de 417. 

(3) Ibn Khaldoùn (p. 251 et 252) nous dit quelque chose de ces 
guerres et fait mourir ce prince en 431. 



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— 376 - 

ne peut que faire rougir M. Alors surgirent du désert les 
Lamtoûna(Almoravides), qui s'emparèrent du pays des 
Maçmoùda et les dépouillèrent au profit de leurs princes 
et des règles de justice qu'ils apportèrent. 

c Abd Allah ben YâsînW [P. 265] pénétra dans la ville 
d'Aghmàt et dans le territoire voisin, et les Zenâta, pris 
de peur, quittèrent la région orientale où ils étaient 
installés. Mais après la mort violente d ,<r Abd Allah ben 
Yâsîn( 3 ), ils retournèrent au Maghreb et y mirent à mort 
tous ceux dont ils soupçonnaient les sympalhies pour les 
gens voilés [les Almoravides]. Puis les habitants du dé- 
sert vinrent les attaquer, et Aboû Bekr ben c Omar fit 
marcher contre les cheykhs des tribus (son cousin) Yoû- 
sof ben Tàchefin, qui fit de grandes conquêtes. 

Dans l'entretemps eut lieu à Ceuta la terrible disette 
bien connue, en 444 (2 mai 1052) [lacune] Fonce se ven- 
dit un dirhem h'andoûsi. El-Fotoûh' ben Mo'annecer 
Zenâti revint d'Orient, et l'armée de Fez [qui était la 
sienne] fut battue en 454 (14 janvier 1062). En la même 
année, les Miknâsa et les Lawâta furent battus par un 
général d' c Aboû Bekr ben e Omar Lemtoûnî. 

En 454 (14 janvier 1062), Bologgîn ben Moh'ammed ben 
H'ammâd Çanhâdji mit tout le Gharb à ses pieds grâce 
aux nombreux soldats qu'il mena à cette conquête. 



(1) Doûnàs régna jusqu'en 451 et eut pour successeur sou fils El- 
FotoîùV, qui eut à combattre son propre frère et le tua en 453. 
Mo'annecer ben Hammàd régna eusuite, périt en combattant les Al- 
moravides en 460 et fut remplacé par son fils Temim, qui fut le der- 
nier prince Maghrawi et mourut en 462 (Ibn Khaldpùn, l. /.). 

(2) 'Abd Allah ben Yàsin est le père spirituel des Almoravides et 
fut tué en 450 (voir Berb., n, 68 et 86 ; Annales d'Ibn el-Athir, p. 463). 

(3) Ibn Yàsin mit à la tète de ses partisans YahVa ben 'Omar, qui 
mourut en 447 et fut remplacé par son frère Aboû Bekr ben 'Omar. 



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- 377 - 

En 459 (21 novembre 1066), Ibrahim ben Melih' Kez- 
nà'i W pénétra à Fez, d'où il chassa vers Test Mo'anne- 
cer ben H'ammàd ; puis celui-ci y rentrant y massacra 
tous ceux qu'il soupçonnait de sympathies pour les 
Almoravides, mais Yoûsof revint, à son tour dans le 
Maghreb et Mo c annecer dut s'enfuir. Yoûsof massacra 
les Sedrâta et se rendit maitre de Fez, de même que de 
la plus grande partie du Maghreb. Tel est le récit d'Aboû 
Merwàn c Abd el-Melik ben Moûsa el-Warrâk' dans son 
El-Mik'bâs fi akhbâr Fâs (2). 

Yoûsof Keznâ'i, prince de Miknàsa, mourut en 412 
(16 avril 1021) ; Toûlâlâ mourut à El-K'al c a, et son fils 
Mahdi lui succéda la même année; Ibn AboiVl c Afiya 
Ibrahim mourut en 450 (27 février 1058) et eut pour suc- 
cesseur son fils c Abd Allah. Les Benoû AboiVl- e Afiya 
étaient maîtres de Tesoûl, de (la région de) la Moloûya 
et de Nakoûr ou El-Mazemma ; c Abd Allah, qui mourut 
en 460 (10 novembre 1067), eut pour successeur son fils 
Mohammed ben c Abd Àllâh ben Ibrahim ben Moûsa ben 
Aboû'l- c Afiya. 

, Quant à Tlemcen et au Zàb, ils étaient dans les mains 
de Ya e la Zenâti < 3 ),. qui mourut [P. 266J à cette date ou à 
peu près, et à qui ses fils succédèrent. Quant aux régions 
du Maghreb par delà le Zâb, les Abbassides n'en furent 



(1) Le nom de ce chef ne se retrouve pas dans Ibn Khaldoûn. Il 
s'agit probablement ici des faits que cet auteur place un peu plus 
tard, en 459 et 460 (ih. ni, 253). 

(2) Ce chroniqueur, dont le nom a été déjà cité, est un de ceux qui 
ont été souvent mis à contribution par le Kartâs, qui l'appelle Mo- 
hammed Lben] 4 Abd el-Melik ben Mahmoud (p. 10 du texte arabe ; 
pp. 14 et 364 de la trad. lat). Il est probable que l'ouvrage ici cité est 
celui qui figure sous le titre de Mikyas, dans 17/. de* Berb., n, 137. 

(3) Sur Jes Benoù Ya'la, voir VHist. des Berb., ni, 269. 



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— 378 - 

jamais les maîtres. Tlemcen et les districts voisins 
obéissaient [autrefois] à Moh'ammed ben Soleymân ben 
c Abd Allah ben H'asan ben el -H'asan ben c Ali( 1 ), parmi 
les descendants de qui figure Aboû'l- c Aych c Isa ben Idris 
ben Moh'ammed, dont il a été question déjà. A Fez et 
dans les districts voisins, il y avait des.Chi c ites d'abord, 
mais ensuite le gouvernement en échut à Idris ben c Abd 
Allah ben H'asan ben el-H'asan ben c Ali. A Tâmesnâ 
se trouvaient les descendants de Çâliir ben Tarif aux 
doctrines erronées. Quant à Sidjilmàssa, ce fut là que 
s'établit Isa ben Sam c oûn, chef des Çofrites. 

Telle était sans conteste la situation dans ces divers 
pays; on n'est pas d'accord au contraire sur l'Ifrik'iyya, 
où dominait, dit-on, le rebelle c Abd er-Rah'mân ben 
H'abib, ni sur l'Espagne, dont Yoûsof Fihri était Ternir. 

Revenons-en maintenant à l'ordre chronologique. En 
392 (19 novembre 1001), mourut Aboû T'àlib, cheykh 
et porte- parole des MoHazelites, à l'âge de 69 ans. En la 
même année, Yah'ya ben f Ali ben el-Andalosi quitta 
l'Egypte à la tête d'une armée et arriva le vendredi 
9 rebi f I (25 janvier 1002) à Tripoli, dont le gouverneur 
était alors Zeydân Çak'alli ( 2 ). Mais les affaires militaires 
se trouvèrent au-dessus de la portée de l'intelligence et 
de la capacité administrative de Yah'ya, de sorte qu'il 



(1) Vers le commencement du III siècle (i/>., m, 229). 

(2) Autrement écrit AboiVI-Fad'l Rcydàu (jaklabi (Wiïslenfeld, 
p. 173, et Chrestomotkie de Sacy, i, 139). La mosquée du K a ire qui 
portait sou nom, et qui est également citée dans la Itel. des Druze» 
(intr., p. 434), ne figure pas dans la liste des monuineuts de cette 
catégorie que Makrizi décrit dans le Khitat. On trouve d'ailleurs les 
deux noms propres Reydàn et Zeydàn (voir Bekri, p. 32 et 125; 
is'odjoùm, n, 411 ; Ibn Farhoùn, f. 57 v°; ras 884 d'Alger, f. 30, etc.). 



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- 379 - 

rejoignit Felloul, qui ne lui ménagea pas son méprisa). 

En ramad'àn (juillet-août), mourut El-Mançoûr ben 
Aboû c Amir, ce dont il sera parlé en son lieu. 

En 393 (9 novembre 1002), Yah'ya ben c Alî ben el-An- 
dalosi, Felfoûl ben Sa c id et FotoiW ben c Ali arrivèrent 
devant Gabès, où ils bloquèrent c At'iya ben Dja c far. A 
cette époque, c'est-à-dire le^ lundi 14 cha'bàn (17 juin 
1003), vingt archers arrivèrent à Gabès; mais Felfoul, 
qui en eut connaissance, les fit prendre et décapiter. 
[P. 267] Ces chefs étant ensuite retournés à Tripoli, 
Yah'ya ben c Ali, en présence de l'incertitude de sa situa- 
tion et de l'impossibilité de trouver de quoi subvenir aux 
besoins de ses soldats, retourna en Egypte avec ceux 
qui lui restaient, non sans que Felfoul et les siens eus- 
sent pris, par achat ou par violence, ce qui leur plut des 
moulures de ceux qui battaient en retraite. Quand ce 
général rentra en Egypte, le khalife El-H'âkim voulut 
d'abord le punir; mais ensuite il accueillit ses excuses 
et lui pardonnât 2 ). 

En 394 (29 octobre 1003), El-Hakim fit exécuter à 
Miçr son astrologue El-Bekri. II ( ;< ) était faible d'intelli- 
gence et peu sensé, mais avait des connaissances dans la 
(rédaction des) jugements* 4 ). Il fit également mettre à 



(1) Ce paragraphe figure dans la Bilrtioleca (h, 31). On a vu plus 
haut comment Felfoul s'était soustrait à l'obéissance de Bàdis; voir 
aussi lbn el-Alhir, trad., p. 404. 

(2) Wûstenfcld a passé ces événements sous silence. 

(3) Cet il se rapporte grammaticalement à Bekri. 

(4) Texte bUôiJb -^> ^J ^fcj . Je suis tenté de croire que le 
dernier mot a le sens, ignoré des dictionnaires, de ^l5^.^b et qu'il 
faut entendre ainsi : « avait des connaissances dans l'art de dresser 
des thèmes astrologiques. » . 



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- 380 ~ 

mort, puis brûler un grand nombre des principaux de ses 
conseillers. Il punit aussi du dernier supplice celui qui 
est connu sous le nom d'Ibn Kharit'a, ainsi que l'astro- 
logue Ibn el-Ghâzi. 

En 395 (17 octobre '1004), l'Ifrik'iyya fut désolée par 
une effroyable famine, qui mit à nu celui qui était cou- 
vert, tua le pauvre et ruina le riche; les vivres, d'abord 
très chers, manquèrent ensuite ; les nomades quittèrent 
leurs séjours habituels, la plupart des demeures se vidè- 
rent et restèrent sans héritiers. A cela se joignirent les 
épidémies et la peste, qui enlevèrent la majeure partie 
des habitants sans distinction entre le riche et l'indigent. 
Les fonctionnaires ne faisaient plus autre chose que soi- 
gner ou visiter les malades, préparer les derniers devoirs 
à rendre aux morts, suivre des funérailles ou revenir 
d'une inhumation. On entassait les malades au Bàb 
Salem, et Ton CFeusait des sillons dans chacun desquels 
on jetait une centaine de cadavres ou davantage. Dans 
toutes les classes de la population, savants, marchands, 
femmes et enfants, le nombre des morts fut tel que Dieu 
seul pourrait les compter. A K'ayrawân les mosquées 
étaient vides, les fours publics et les bains déserts; les 
habitants brûlaient les portes de leurs demeures et les 
poutres des terrasses, et plus d'un, citadin ou nomade, 
gagna la Sicile. Le malade devait payer une grenade 
deux dirhems, et un poulet en coûtait trente ; les noma- 
des, dit- on, s'etitredévorèrent. Tel est le tableau que 
trace [P. 268] Aboû Ish'âk' er-Rak'ik. 

En 306 (7 octobre 1005), l'abondance de la récolte en 
Ifrîk'iyya fit baisser le prix des vivres, et les épidémies 
cessèrent. 

A Bark'a éclata l'insurrection d'El-Welid ben Hi- 



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*ïir 



- 381 - 

chàmW, qui prétendait descendre d'El-Moghîra et appar- 
tenir ainsi à la famille Omeyyade. Ce fut en 395 qu'il 
commença à lever la tête. Il était instituteur à Bar- 
k'a, et comme il crut trouver Ta un terrain favorable- 
ment préparé, il se donna aux habitants comme étant 
lui-même de cette ville et leur révéla qu'il était dépo- 
sitaire de traditions et d'une science [religieuse spé- 
ciale], qu'il était appelé à gouverner l'Egypte et à 
envoyer les oppresseurs à la mort. Soutenu d'abord par 
un groupe de Lawâta et de Zenàta qui le prirent comme 
imam et se rallièrent à lui, il vit ensuite tous les Berbè- 
res accourir à lui, et il mit le siège devant Bark'a, qu'il 
prit en redjeb 395 (avril-mai 1005). En 396 (7 octobre 
1005), son autorité s'était affermie, et El-Hàkim envoya 
contre lui des troupes qui furent battues après un combat 
sanglant et dont le général fut tué. 

En cette même année mourut Moh'ammed ben Aboû'l- 
c Arab, gouverneur d'ifrîk'iyya. 

El-H'âkim fit exécuter et brûler son kâdK 2 ), pour le 
châtier de ce qu'il dissipait le bien des orphelins. 

En 397 (26 septembre 1006), la situation de l'insurgé 
de Bark'a, El-Welid ben Hichâm, était de plus en plus 
forte, et le nombre de ses troupes et de ses adhérents 
était considérable. El-H'âkim eut alors recours à la ruse 
pour venir à bout de lui. Il lui fît écrire par ses princi- 
paux conseillers et officiers, qui lui déclarèrent partager 
sa doctrine religieuse et se dirent prêts à embrasser sa 
cause quand il serait proche. Ces messages répétés ins- 



(1) Plus connu peut-être sous son surnom d'Aboû Rekwa (voir Ibn 
el-Athir, ix, 139; Chrestomathie de Sacy, i, 99 et 159; Wustenfeld, 
181, etc.). 

(2) Hoseyn ben No'màn [Chrest. de Sacy, i, 99). 



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-ÇW» 



~- 38*2 - 

pirèrent confiance au rebelle, qui s'avança vers l'Egypte 
avec toutes les tribus berbères qui le soutenaient. Alors 
lés troupes égyptiennes l'attaquèrent et le battirent, et il 
se réfugia dans le Soudan. Il lut ensuite fait prisonnier 
et amené à Miçr sur un chameau, puis promené squs un 
accoutrement ignominieux dans les rues de la ville. Il 
périt dans d'affreux supplices à la mi-chawwàl (3 juillet 
1007). 

El-K'âsim ben Moh'ammed ben Aboû'l- e Arab, qui 
succéda à son père comme gouverneur d'Ifrik'iyya, con- 
firma ses conseillers dans les grades qu'ils avaient et 
leur demanda leur concours. 

En 398 (16 septembre 1007) mourut le préposé aux ré- 
clamations en Ifrîk'iyya, Moh'ammed ben e Abd Allah, 
dont la sévérité avait durement châtié les novateurs 
religieux et les méchants, que, sans exciter aucun blâme, 
il avait fait flageller ou exécuter» ou à qui il avait fait 
couper les mains et les pieds. 

[P. 269] En 399 (4 septembre 1008), les enfants de 
Moh'ammed ben Aboû'l- c Arab s'enfuirent de Mançoû- 
riyya pour aller rejoindre à Tripoli Felfoûl ben Sa c îd 
ben Khazroûn Zenâti. Le gouverneur de Gabès, qui 
avait reçu de Naçîr ed-Da\via Tordre de leur couper la 
route, s'empara de deux d'entre eux, c Ali et Yoûsof, 
qu'il fit exécuter et dont il envoya les têtes à Mançoû- 
riyya le 30 moh'arrem (3 octobre 1008). El-K'âsim, qui 
revint ensuite, obtint son pardon. 

En 400 (24 août 1009), Felfoûl mourut de maladie à 
Tripoli et eut pour successeur Warroû, à qui les Zenâta 
obéirent. Aboû Mennâd Naçîr ed-Dawla avec une nom- 
breuse armée se mit en marche pour attaquer les Zenâta 
et arriva sous les murs de Tripoli le lundi 7 cha c bàn 



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- 383 - 

(25 mars 1010). Les habitants, joyeux et manifestant 
leur plaisir par les prières qu'ils adressaient au ciel, se 
portèrent au-devant de lui ; on dressa des tentes de bro- 
cart et de magnifiques pavillons où il s'installa. Mais un 
ouragan survint qui démolit, déchira et emporta toutes 
les tentes; le prince alors entra dans le palais de Fel- 
foûl. Il reçut des messagers envoyés par Warroû ben 
Sa c id, frère de Felfoûl, qui venaient lui demander grâce 
et pardon; il accéda à leur demande et fit dresser un 
acte le constatante. A la suite de ce succès, il retourna 
à Mançoûriyya. En-No c aym ben Kennoûn se rendit en 
cette ville accompagné d'un certain nombre d'hommes; 
le prince leur fit des cadeaux, les traita le mieux du 
monde et fit délivrer à En-No c aym des étendards, des 
tambours, des bêtes de charge et des selles ; puis il le 
renvoya dans lç pays qu'il lui donna avec K'ast'iliya pour 
capitale, et En-No c aym y résida en qualité de prince 
avec tambours, étendards et corps de troupes. 

En 401 (14 août 1010), mourut à K'ayrawân c Azm ben 
Ziri ben Mennâd. Le kàïd Dja c far ben H'abib mourut 
aussi à celte date. 

El-H'àkim bi-amr Allah fit exécuter simultanément 
El-H'oseyn ben Djawher, le généralissime, et son parent 
par alliance, kâdi de Miçr, c Abd el- c Aziz ben Moh'am- 
med ben en-No c mân ( 2 ). 

En chawwàl (mai-juin 1011), [Hassan ben Mofarredj] 
Ibn Djerrâh' se sépara d'El-H'âkim et fît inviter par ses 
envoyés l'émir de la Mekke à se révolter également. 



(1) Selon Ibn Khaldoûn (ni, 264), Warroû reçut le gouvernement 
de Nefzàwa, qu'il abandonna en 401 pour se révolter contre Bàdis. 

(2) Le 12 du mois de djomàda II, à ce que dit Makrizi (Chrest. de 
Sacy, i, 104; cf. Wïistenfeld, 192). 



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- 384 - 

C'est ce que fit celui-ci, qui se fit appeler Prince des 
croyants, [P. 270] et qui fut suivi dans sa révolte par les 
habitants de la Mekke et par ses cousins. Cette situation 
dura tout le reste de Tannée (*). 

Les Egyptiens, Maghrébins et autres qui étaient partis 
pour la glorieuse ville de la Mekke durent revenir, car 
en arrivant à K'olzoùm ils apprirent la conduite d'Ibn 
Djerrâh' et d'Aboû'l-Fotoûh' el-H'asan ben Dja'far ben 
Moh'ammed, et alors aucun d'eux n'alla en pèlerinage, 
non plus que ne le firent ceux qui venaient de Syrie, 
d'Irak, de Khorâsân ou d'ailleurs, sauf, cependant, ceux 
du Yémen. Beaucoup de ceux qui vivaient à la Mekke à 
l'ombre du saint Temple s'enfuirent. 

En 402 (3 août 1011), arriva à Mançoûriyya Khazroùn 
ben Sa c id ben Khazroùn Zenâti, qui était le frère de 
Felfoul. A la suite de dissensions survenues entre lui et 
son frère Warroû, il vint trouver Naçir ed-Dawia, qui le 
reçut très bien et qui donna également une hospilalité 
très large à environ soixante-dix cavaliers zenâtiens 
dont son visiteur était accompagné. Quelques jours plus 
tard, le prince lui donna la ville de. . . (*), où Khazroùn 
se rendit avec étendards et tambours. 

En 403 (22 juillet 1012) arriva à Mehdiyya un navire 
apportant de magnifiques cadeaux envoyés par El-H'â- 
kim à Bâdis et à son fils Mançoiïr (sic) c Aziz ed-dawla. 
El-Mançoûr se rendit avec étendards et tambours, et 



(1) Sur ces événements, on peut consulter Makrizi, ap. Chrestom. y 
i, 104 et 186; Ibn el-Athir, ix, 86; Wïistenfeld, 193. Le chérif de la 
Mekke s'appelait Aboù'l-Fotouh' el-H'asan ben Dja'far, nom que notre 
auteur rappelle presque immédiatement. 

(2) Le nom de la ville ne figure pas dans le ms, mais on voit par 
Ibn Khaldoûn (m, 264) qu'il s'agit de Nefzâwa. 



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- 385 - 

accompagné des habitants de K'ayrawân, au Château 
maritime pour les recevoir. El-H'âkim envoya en même 
temps des rescrits ajoutant Barka et ses dépendances 
aux territoires dont Naçir ed-Dawla était déjà investi. 

Le savant juriste Aboû'l-H'asan K'âbesK 1 ) mourut 
cette année-là. 

Naçîr ed-Dawla enleva à Yoûsof ben Aboû H'aboûs 
Çanhâdji le soin de veiller aux troupes, etc. 

En Syrie eut lieu la mort de Mofarredj ben el-Djerrâh', 
dont les enfants prirent la place. 

El-H'asan ben Dja c far, dont nous avons déjà dit qu'il 
s'était révolté à la Mekke et y avait fait dire la prière en 
son honneur sous le nom de « Er-Ràchid billâh, Prince 
des croyants », reconnut l'autorité d'El-H'âkim. Se repen- 
tant de ses actes antérieurs, il monta en chaire et fît 
amende honorable pour les prétentions qu'il avait émi- 
ses. Il envoya à ce propos une lettre à El-H'àkim bi-amr 
Allah, qui reçut ses excuses, lui envoya [P. 271] de fortes 
sommes d'argent et prévint la population qu'elle pouvait 
se rendre à la Mekke en emportant les vivres et les pro- 
visions nécessaires. 

c Abd Allah ben el-Welid ben el-Moghîra fomenta une 
insurrection en lfrîk'iyya. Ce personnage, qui d'abord 
s'était caché et s'occupait d'enseignement, prétendit 
ensuite au pouvoir ; mais il fut pris, emmené à K'ayra- 
wân et promené dans les rues de la ville, lui ainsi qu'un 
de ses compagnons, à dos de chameau; après quoi on 
les décapita et crucifia. On trouva sur lui un portefeuille 
renfermant plusieurs lettres de sa main, adressées à des 



(1) Il s'appelle 'Ali ben Moh'ammed ben Khalaf (n° 851 du Cat. 
des mss d'Alger, f. 24 v°; ms 1546 de Paris, f° 182). 

25 



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2^m, 



- 386 — ' 

cheykhs de tribus et ainsi conçues: « De la part d' c Abd 
Allah AboûW Moh'ammed en-Nàçir li-dîn Allah, Prince 
des croyants, à un tel » ; après quoi il disait que ses 
affaires se termineraient et se réaliseraient grâce aux 
Kotâma, et que son correspondant eût à venir à sa ren- 
contre le 1 er çafar 404, date où devait finir le pouvoir 
des Çanhâdja. Mais ce furent, nous l'avons dit, ceux-ci 
qui s'emparèrent de luK 2 ). 

En 404 (12 juillet 1013), El-H'âkim annonça par rescrit 
à Naçir ed-Dawla que dès à présent il attribuait la qua- 
lité d'héritier présomptif à son cousin AboiVl-K'âsim 
c Abd er-Rah'mân (») ben Elyâs. Cette pièce fut lue dans 
la grande mosquée à K'ayrawân et à Mançoûriyya, et le 
nom d' c Abd er-Rah'mân fut joint à celui d'El-Hâkim sur 
les étendards et sur la monnaie. L'imporlance de la 
décision qui venait d'être prise fit dire à Naçîr ed-Dawla : 
« Si l'i m à m savait montrer de l'adresse, je lui écrirais 
de ne pas ainsi substituer son cousin à son fils ». 

En 405 (l or juillet 1014), Naçir ed-Dawla fit partir à 
t'adresse d'El-H'âkim des cadeaux magnifiques, qu'il 
accompagna avec étendards et tambours à leur départ 
de Mançoûriyya, et qui, arrivés à Mehdiyya, furent em- 
barqués et confiés à Ya c la ben Farad j. 11 y figurait cent 
chevaux, ainsi que leurs selles enrichies de pierreries et 
formant dix -huit colis en caisses; dix-huit charges de 
soie grège, de martre zibeline (semmoûr), et de précieu- 
ses marchandises tissées d'or et provenant de Sousse; 
vingt jeunes femmes esclaves, dix Slaves, etc. La prin- 



^1) 1! faut probablement lire ben. 

(2) Ibn Khaldoùn passe cette révolte sous silence. 

(3) On lit 'Abd er-Rahim dans Makrizi (l. I., 103), et c'est cette lec- 
ture aussi qu'a adoptée Wûstenfeld (p. 199). 



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- 38? — 

cesse Oumm Mellàl, sœur de Naçir ed-Dawla, envoyait 
également des cadeaux à la sœur d'El-H'àkim. Mais ce 
riche envoi tomba du côté de Bark'a dans les mains des 
Arabes, et Ya c la ben Faradj s'enfuit en abandonnant 
tout. 

On cria à K'ayrawàn une proclamation enjoignant à 
tous les Çanhâdja qui y habitaient de se transporter 
[P. 272] à Mançoûriyya. Une proclamation postérieure 
prescrivit la fermeture des boutiques et des fondouks de 
K'ayrawân, et l'exécution de cette mesure ne laissa plus 
ouvertes dans la ville que quelques boutiques faisant 
partie des biens de main-morte, si bien qu'on paya à 
Mançoûriyya deux cents dirhems la location d'une bou- 
tique destinée à la vente du lin, prix dont il n'avait 
jamais été question à K'ayrawân. Ce fut là la cause de 
sa ruine. 

El-irâkim avait donné à El-Mançoûr ben Naçlr ed- 
Dawla le surnom d ,<r Aziz ed-Dawla, et* il avait été fait 
lecture du rescrit relatif à cette question Naçîr ed-Dawla 
voulait donc élever son fils en conséquence et lui don- 
ner à gouverner des cantons où il eût à se faire servir 
par des gens qui seraient ses adhérents et ses créa- 
tures. Or il avait reçu d'ibrâhîm ben Seyf el- c Aziz billâh 
des félicitations dont il soupçonnait la sincérité et qu'il 
voulut mettre à l'épreuve. 11 écrivit donc à H'ammâd de 
remettre le canton d'Aboû Za c bel, [c'est-à-dire] K'açr 
el-Ifriki et la ville de Constantine, au lieutenant de 
l'héritier présomptif c Aziz ed-Dawla. A HichàmO) ben 



(1) Ce nom est orthographié Hàchim dans Ibn el-Athir (p. 413), 
dont il faut comparer le récit. Plus bas on trouve à deux reprises In 
forme Hâchim, j'ignore si c'est par erreur ou d'après le ms. 



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v^^p 



.- 388 - 

Dja c far, à qui il avait donné des vêtements d'honneur et 
concédé les étendards et les tambours, il ordonna de se 
rendre dans cette région, ce qui fit que Hichâm partit en 
emmenant des trésors et des approvisionnements consi- 
dérables. Naçîr ed-Dawla demanda en outre conseil à 
Ibrahim ben Seyf el- c Aziz billâh sur le choix à faire de la 
personne chargée de présenter sa lettre à H'amrnâd. 
Ibrahim s'offrit avec le plus grand empressement à por- 
ter ce message, en ajoutant : « Notre Maître ne trouvera 
nul esclave plus empressé que moi à se mettre à son ser- 
vice. » Il se chargea donc de la chose en s'engageant par 
des actes authentiques à ne mettre au plus que vingt 
jours, aller et retour compris. Alors des gens du proche 
entourage de Naçir ed-Dawla lui conseillèrent de s'assu- 
rer de la personne d'Ibrahim et de ne lui laisser faire le 
voyage qu'il projetait que quand lui, Naçîr, saurait ce 
qu'étaient l'obéissance et l'empressement de Hammàd, 
frère d'Ibrâhîm. 

Mais Naçir dit à Ibrahim : « Va trouver ton frère ; si 
tu as dit vrai et que tu remplisses tes promesses, tant 
mieux; sinon, faites l'un et l'autre comme vous l'enten- 
drez. » Alors Ibrahim partit en chawwâl (mars-avril 
1015) en emmenant son argent, ses hommes (de con- 
fiance) et tous ses trésors, sans que personne y mit obs- 
tacle de la part de Naçir ; et pourtant ce départ, où il se 
faisait accompagner de ses hommes (de confiance) et de 
tous ses bagages, prouvait le contraire de ce qu'il avait 
annoncé. Hichâm ben Dja'far, qui était d'abord parti 
avec lui, s'aperçut ensuite [P. 273] que la trahison l'atten- 
dait lorsqu'il serait à proximité de H'ammàd : il invoqua 
donc la nécessité de quelque affaire qu'il avait laissée en 
suspens à Bâdja et tourna de ce côté, en promettant de 



Digttized by VjOOQI 



rççy 



- 389 - 

revenir promptement. Ce fut ainsi que Dieu le fit échap- 
per à la trahison (qui le guettait). Ibrahim, arrivé à 
TàmediU 1 ), écrivit à son frère H'ammâd, qui vint avec" 
des troupes nombreuses se joindre à lui, et alors l'un 
et l'autre se proclamèrent en insurrection. 

A cette nouvelle, Naçir ed-Dawla se transporta à la 
fin de dhoû'l-hiddja (mi-juin 1015) à Rak'k'âda, où il dis- 
tribua la solde à ses troupes; il envoya sa famille, ses 
bagages, sa sœur la princesse Oumm Mellâl, ses enfants 
et ses esclaves à Mehdiyya. Le sept du mois < 2 ), il se mit en 
route et fit arrêter Yoûsof ben Aboû H'aboûs et ses frè- 
res. 11 ne s'était pas passé un jour que Naçir ed-Dawla 
ne lui eût renouvelé les témoignages de considération 
et ne lui eût fait du bien ; il ne recevait pas du khalife 
un cheval ou un vêtement qu'il ne le lui donnât plutôt 
que de le garder pour lui-même, sans parler des pro- 
priétés et des terres qu'il lui avait concédées dans tous les 
cantons d'Ifrik'iyya ; en un mot, toujours il l'avait élevé 
eu considération et en renommée, si bien que Yoûsof 
avait reçu plus de dignités qu'aucun grand ou petit, était 
monté plus haut qu'aucun proche ou parent. Or il proje- 
tait — Dieu sait ce qu'il en est — une attaque contre 
Naçir ed-Dawla, et méditait cette affaire depuis quelque 
temps; mais Dieu, loin de le favoriser, trompa ses mé- 
chantes pensées et retourna sa vilenie contre lui-même. 
Naçir ed-Dawla, sachant positivement ce qui se tramait, 
fit arrêter son ancien favori, et grâce à cet acte de 



(1) Localité située à deux journées de Laribus (Bekri, 130; Edrisi, 
137). 

(?) Il ne faut pas songer à lire le 27, bien qu'il vienne d'être parlé 
des derniers jours du mois, puisqu'un peu plus bas il est question du 
J0 du même mois. 



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-, 390 - 

vigueur Dieu énerva les ruses des ennemis du prince, 
déçut leurs espérances et dérouta leurs projets coupa- 
bles. 

Naçir ed-Dawla marcha alors avec ses troupes, le 
lendemain de la Fête des Victimes, contre H'ammâd. 
Au commencement de moharrem 406 (fin juin 1015), 
c Azm et Felfoul, l'un et l'autre fils de H'assoûn ben Sen- 
noûn, Mâksen ben Bologgin et f Adnân ben Ma c çem 
vinrent le trouver avec une troupe de cavaliers apparte- 
nant à l'armée de H'ammâd. Naçir ed-Dawla leur donna 
des vêtements d'honneur et les traita bien; puis [P. 274] 
continuant toujours d'avancer, il arriva à Tàmedit, où il 
reçut la nouvelle de la mort de son fils El-Mançoûr 
f Aziz ed-Dawla, qui, lors de son départ pour Mehdiyya, 
avait été pris par la fièvre et atteint de la petile vérole, 
dont il était mort au bout de dix-sept jours. Cette mala- 
die lui avait été cachée jusqu'alors, parce qu'on craignait, 
comme il était en route pour combattre son ennemi, que 
l'affliction qu'il ressentirait ne nuisit aux intérêts de 
l'Etat. Quand Ibrahim et H'ammâd connurent cette mort, 
ils firent connaître au père du jeune prince que celui à 
raison de qui il avait adressé la demande que l'on sait 
était mort. Mais ce message ne troubla pas autrement 
Naçir ed-Dawla, qui écrivit à la princesse (sa fçmme) 
pour l'informa de la nouvelle qui lui était transmise; 
elle lui confirma la chose en lui adressant ses condo- 
léances et lui décrivant l'excellent état de santé d'El- 
Mo f izz. II supporta le choc avec une patience et une rési- 
gnation merveilleuses: il tint une audience publique 
pour recevoir les compliments de condoléances, et quand 
il voyait quelqu'un trop affligé et pleurant, c'était lui qui 
le réconfortait et le consolait. Sa contenance combla de 



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— 391 — 

joie ses amis et consterna ses envieux et ses ennemis. 
Il repartit de Tàmedit le 6 çafar (25 juillet) et parvint 
à Moh'ammediyya,* autrement dite Mesila, dont les habi- 
tants se portèrent au-devant de lui en adressant au ciel 
des vœux en sa faveur pour manifester leur reconnais- 
sance de la justice et de la sécurité qu'ils lui devaient, de 
la protection dont il les couvrait contre l'injustice et les 
agressions. Après s'y être arrêté six jours, il repartit, 
franchit le Ghélif et continua d'avancer jusqu'à ce qu'il se 
trouvât à proximité des troupes de H'ammàd et des ban- 
des qu'il avait levées chez les Zenàta et les autres peu- 
plades au-delà de cette rivière. II eut soin d'ailleurs, pour 
la nuit, de prendre toutes les précautions nécessaires 
pour se bien garder. Le lendemain matin, il se mit à la 
tête de ses troupes, passa devant elles et les rangea 
en ordre de bataille, chacun de ses officiers occupant 
le centre du groupe qu'il commandait ; les deux armées 
étaient alors si rapprochées qu'elles étaient en vue l'une 
de l'autre. Ce fut H'ammàd qui fut mis en déroute et 
son camp fut livré au pillage* 1 ). On prétend que (rien 
que) les boucliers pris étaient au nombre de dix mille. 
L'empressement mis par les troupes de Naçir à enlever 
les dépouilles de toute sorte permit à H'ammàd, qu'a- 
bandonnèrent les siens, de s'échapper. Le butin et les 
richesses qu'on enleva ainsi étaient en nombre et en 
valeur incalculables. [P. 275] On trouva deux billets 
constatant qu'un certain officier avait un coffre contenant 
50,700 dinars et 1,005,000 dirhems, plus cinquante cais- 

(1) Il y eut bien bataille le 1 er djomàda 1 (16 octobre), ainsi qu'on 
le voit par Ibn el-Athir, et non une simple débandade comme il 
somble résulter de la traduction d'Ibn Khaldoùn (u, 45) el, dans une 
certaine mesure, de notre texte même. 



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— 392 — 

ses renfermant diverses marchandises, et cela non com- 
pris ce que renfermaient la tente et les magasins de 
H'ammâd. Voici ce que raconte Aboù Ish'àk' : « Un 
homme qui poussait un mulet devant soi fut fouillé sous 
nos yeux par nos serviteurs, et on trouva dans le rem- 
bourrage et la laine du bat huit mille dinars ; or il y eut 
des faits innombrables de ce genre. Cette somme me fut 
présentée après notre départ alors que nous étions déjà 
sortis de la rivière, bien qu'à grand'peine ; mais la dou- 
ceur de la prise et la certitude du salut nous firent ou- 
blier ces fatigues. » 

[Basir] Il n'est pas sorti de ma mémoire ce jour où, auprès 
du Chélif, se présenta un spectacle effrayant et auquel les 
prunelles se contractaient : les chevaux, traversant les tètes, 
plongeaient dans des flots de sang, y formant un sillon d'un 
rouge d'aurore ; dans les ténèbres et les nuées de poussière 
brillait l'éclat des sabres semblables aux étoiles qui surgis- 
sent successivement de l'obscurité de la nuit tombante. On 
y voyait Bâdis marqué du signe des braves et aussi recon- 
naissable et visible que le soleil au firmament : si sa main 
gorgée et vaillante eût débordé, ses ennemis eussent été bien 
près d'être submergés. Le turban rouge qui orne son front 
fait de lui une lune qui se lève dans la riibescence du soleil 
couchant. La mort elle-même eût-elle pris corps que, si on 
lui avait annoncé l'apparition d'Ibn Mennâd, la peur l'eût fait 
retomber sans vie à la vue de cette aurore ! 

Le lundi matin, 2 djomâda I (17 octobre), Naçir ed- 
Dawla fit rechercher H'ammâd ben Bâdis ben Seyf el- 
c Azîz billàh, mais il s'était enfermé dans le château-fort 
(la Kal'at Hammâd) avec son frère. Après y avoir séjourné 
trois jours pour se reposer et laisser reposer leurs com- 
pagnons ainsi que leurs montures, Ibrahim annonça à 



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- 393 - 

son frère qu'il n'avait ni assez de vivres ni assez de sel 
[pour continuer la résistance]. H'ammâd partit alors 
avec lui et avec tous ses compagnons, et arriva, ayant 
toujours Naçir ed-Dawla à ses trousses, à la ville de 
DekmaW, dont il avait précédemment châtié les habi- 
tants. Ceux-ci se mirent à pousser des cris contre son 
arrière-garde ; il se défendit Fépée à la main et en tua 
environ trois cents. Alors intervint Ah'med ben Aboii 
Tawba, [P. 276] juriste de la ville, qui apaisa ses compa 
triotes et avertit H'ammâd d'avoir à redouter la colère 
divine: a Prince, lui dit-il, tu fuis devant les grandes 
niasses et tu tournes le dos aux armées qui te résistent; 
ton pouvoir et ta force ne s'exercent que sur le prison- 
nier qui est devant toi sans personne pour le soutenir ! » 
A ces paroles H'ammâd répondit en faisant décapiter 
l'audacieux. Alors s'avança un pieux vieillard de la 
ville, qui parla ainsi : « H'ammâd, crains Dieu; (moi 
qui te le dis) j'ai fait deux fois le pèlerinage. — Eh bien, 
répondit-il, je vais par surcroit te donner le martyre ! » 
et il le fil aussi décapiter. Après lui s'avancèrent quel- 
ques marchands ambulants : « Nous sommes, dirent -ils, 
étrangers et nous ignorons la faute qu'ont commise 
contre toi les habitants de cette ville. — Mettez-vous 
tous ensemble, et je vous le dirai ! » Ces marchands se 
réunirent et parmi eux se glissèrent quelques autres qui 
voulaient aussi sauver leur vie; mais il leur fit couper le 
cou à tous. Après quoi il enleva tous les vivres et tout le 
sel de la ville et rentra dans son château-fort. 
Le jour de la fuite de H'ammâd, Naçir ed-Dawla se fit 



(1) Je corrige le texte, qui écrit ce nom Zekrna, d'après Ibn el- 
Athir, p. 414 ; on prononce aussi Dekkama (Bekri, 131 ; Edrisi, 141). 



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- 394 - 

amener Bekkâr ben Djelâla OutelkâtiW, qu'il avait anté- 
rieurement fait prisonnier et qui avait souvent tenu des 
propos malsonnants sur celui qui l'avait alors en son 
pouvoir. Sous les yeux de Yoûsof ben Aboû H'aboûs, 
qui était aussi prisonnier, il fit raser la barbe de Bekkâr, 
puis en fit faire autant à Yoûsof, leur infligeant ainsi un 
châtiment exemplaire aux yeux du monde. « Quand, dit 
Er-Rak'ik', nous vîmes Yoûsof rasé, nous nous mîmes à 
dire à voix basse : « Nous espérions que Yoûsof aurait la 
vie sauve, car les princes ont l'habitude de pardonner 
après avoir puni; mais après ce châtiment infamant 
nous le jugeons bien perdu ! » Naçir nous jeta un coup 
dœil et nous demanda ce que nous disions : « Vous avez 
deviné », dit-il, quand nous lui eûmes répondu à voix 
basse. Trois jours après 11 le fit revenir, et après lui 
avoir énuméré toutes ses méchancetés et toutes ses infa- 
mies, il lui fit couper le nez et les oreilles, puis le ren- 
voya; il le fit ensuite revenir, lui fit amputer les deux 
mains et le renvoya dans sa prison, où le misérable pas- 
sa la nuit baigné dans son sang. Un des geôliers raconta 
qu'il l'avait entendu prier son frère de l'égorger pour en 
finir, [P. 277] car il craignait d'être encore torturé le len- 
demain sous les yeux de ses ennemis; mais comme son 
frère lui répondit d'attendre patiemment la réalisation 
des décrets divins, il demanda à un gardien de le pren- 
dre par le bras pour le mener satisfaire un besoin, et 
pendant que son guide l'attendait, il se précipita le front 
sur une colonne avec une telle violence que les yeux lui 
sortirent de la tête et que la cervelle jaillit; il tomba 
mort sur le coup. » 



(l) Sur l'orthographe de cet ethnique, voir Ibn el-Athir, p. 416; 
suprà, p. 368. 



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- 395 - 

Naçir ed-Dawla s'éloigna alors du Chélif. Er-Rak^k' 
s'exprime ainsi : « Parmi les choses curieuses que nous 
avons entendu dire de cette station auprès du Chélif, 
citons qu'un grand cheykh berbère nous a dit qu'on 
l'appelle la station des épreuves ; puis il se mit à nTénu- 
mérer ceux des principaux chefs Zenâta qui avaient pris 
la fuite ou avaient été tués ; mais nous étions en cours 
de roule et je ne pus écrire (ce qu'il me disait). Il finit 
en disant que le derniçr de ceux qui y moururent fut 
Ziri ben c At'iya, le dernier de ceux qui s'enfuirent fut 
H'ammâd ; que Yoûsof ben Aboû H'aboûs y fut mis à 
mort et qu'on porta à son frère son cadavre, qui était 
jeté en travers sur une bête de somme et dont les deux 
pieds restaient visibles. Il le fit inhumer en cet endroit. » 

A la suite d% la mort, survenue en chawwàl (mars- 
avril 1016), de Warroû ben Sa c id, les Zenàta se divisè- 
rent: une partie obéit à Khalifa ben Warroû, une autre 
à son cousin Khazroûn, et Dieu les affligea de discordes ( f ). 

Mort de Naçîr ed-Dawla Bâdîs. 

Le mardi 29 dhoù'l-k'a c da (9 mai 1016), il fit procéder 
au recensement (des troupes), et chaque officier sortit à 
la tête du détachement qu'il avait sous ses ordres. Le 
prince, qui se tenait assis dans le pavillon, donna à 
Ayyoùb ben Itewwoufet Tordre de parcourir les rangs et 
de faire le compte des guerriers, et attendit la fin de celte 
opération. Ayyoùb lui fournit alors les renseignements 
nécessaires, qui le remplirent de satisfaction et à la 



(1) Voir Ibn el-Athir, p. 415. VHist. des Berb. (m, 265) place la 
mort de Warroû en l'année 405, 



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»* ^-F^ï 



— 396 — 

suite desquels il regagna son palais. Le soir il monta 
à cheval parfaitement heureux et ayant la plus belle 
apparence. Des joutes furent organisées sous ses yeux, 
et lui-même ne brandissait pas une lance qu'il ne la rom- 
pit, après quoi il en reprenait une autre. Il retourna au 
palais plus plein d'espoir, plus gai et plus animé que 
jamais; il-se mit à manger et à boire avec ses familiers 
et ses proches, qui remarquèrent en lui une gaîté [P. 278] 
inconnue, puis vers le milieu de la nuit du (mardi au) 
mercredi 30 dhoû'l-ka c da, il était mort. Des messagers 
furent aussitôt dépêchés à H'abib-ben Aboû Sa c id, à Bà- 
dîs ben H'ammâmaW et à Ayyoûb ben Itewwoufet pour 
les prévenir de l'événement, sans en rien dire à tous les 
Çanhàdja ni aux autres, et ces chefs se retirèrent pour 
tenir la chose secrète jusqu'à ce qu'ils se missent d'accord. 
Lé matin, les chefs militaires se présentèrent comme de 
coutume pour saluer le prince, car ils étaient sans nou- 
velles, tandis que le projet des autres était [pour expli- 
quer son absence] d'annoncer au peuple qu'il avait pris 
médecine; les initiés firent, en outre, prévenir tous les 
officiers d'arriver chacun avec leurs hommes, car ils ve- 
naient d'apprendre que H'ammâd était près d'attaquer le 
camp. Or ils ignoraient que la nouvelle de la mort du 
sultan était partie de Moh'ammediyya, dont les habitants 
avaient fermé les portes et étaient montés sur les mu- 
railles [tout prêts à se défendre]. Ainsi fut connue la 
nouvelle qu'ils furent impuissants à tenir secrète et qui 
se répandit aussi vite que si elle eût fait l'objet d'une 
proclamation. Les soldats troublés s'agitaient dans la 
crainte de quelque désaccord, et on résolut par suite de 



(1) Dans Jbn el-Athir, trad., p. 415, on Ut« ben Aboû Hamroàma ». 



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.— 397 — 

choisir Kerâma, qui leur fit prêter serment et fit envoyer 
des lettres clans quelques endroits. Mais alors les escla- 
ves noirs de Naçir ed-Dawla et tous ceux de son entou- 
rage qui faisaient cause commune avec eux manifestè- 
rent leur mécontentement, disant que s'ils avaient choisi 
Kerâma, ce n'était que pour commander aux troupes et 
veiller aux biens en attendant que tout fût remis à celui 
qui y avait droit, El-Mo f izz ben Naçir ed-Dawla. Toute 
la nuit, il y eut entre eux des allées et venues, et ils 
s'engagèrent par serment à (soutenir) l'accession au trône 
d'El-Mo c izz. Toutes leurs dispositions étant prises, ils en 
publièrent le résultat le samedi 3 dhoû'l-hiddja (lSmai)^), 
et" alors les divers corps de troupes vinrent successive- 
ment prêter serment. On tomba d'accord pour envoyer 
Keràma faire à Achir des levées de Çanhâdja et d'Outel- 
kâta qu'il ramènerait à Moh'ammediyya. Après quoi les 
troupes partirent en emportant le catafalque de Naçir 
ed-Dawla. 



Avènement et règne d'El-Mo'izz ben Bâdls Naçir ed-Dawla. 

Ce prince fut proclamé à Mehdiyya le dit samedi de 
406(13 mai 1016), à l'âge de huit ans et quatre mois( 2 ); la 
prestation de serment eut lieu en cette ville le 21 dhoû'l- 
hiddja, après l'arrivée de l'annonce (officielle; de la mort 
de son père. Mançoûr ben Rechîk, le kâdi de K'ayrawân 



(1) Cette date parait erronée, puisque Naçir ed-Dawla était mort 
trois jours auparavant. Quelques lignes plus bas, il est dit que la 
prostation de serment eut lieu le 21 dhoiVl-hiddja, et ensuite que les 
troupes partirent de Moh'ammediyya le 10 du même mois. 

(2) Ibn el-Athir le fait plus âgé de deux mois et quelques jours. 



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- 398 - 

et de Mohammed iyya, ainsi que les cheykhs et les Çan- 
hâdjites présents à Mehdiyya allèrent présenter à* la 
princesse Ouram Mellâl, qui se trouvait alors dans 
cette dernière ville, leurs condoléances à l'occasion de 
la mort de son frère. El-Mo c izz fît une sortie avec éten- 
dards et tambours, et le peuple tout entier lui porta ses 
félicitations, lui prêta serment, offrit ses compliments 
de condoléance et adressa au ciel des vœux en sa faveur ; 
après quoi il rentra au palais, et la population y pénétra 
ensuite pour féliciter la princesse de l'avènement de son 
neveu ; et alors les gens de K'ayrawân et de Man- 
çoûriyya se retirèrent. El-Mo c izz resta à Mehdiyya, se 
rendant chaque jour à cheval au Pavillon de la^ paix 
(ICobbat es-selâm), où le peuple mangeait sous ses yeux, 
purs il rentrait au palais. 

Le samedi correspondant au jour de la Fête des Victi- 
mes (10 dhoû'l-hiddja), les troupes partirent de Moh'am- 
mediyya, après avoir mis le feu aux constructions, aux 
maisons et aux enclos, le catafalque précédant les éten- 
dards et les tambours, H'ammâd si*rveillait de loin ces 
troupes qui s'écoulaient comme un fleuve devant le 
catafalque, et il adressa ces réflexions à son frère et à 
ses familiers : « Voilà comment ces gens servent les 
princes ! Moi je suis venu en Ifrik'iyya avec trente mille 
cavaliers dont il n'y avait pas un qui n'eût été l'objet de 
mes bons procédés ou de mes largesses; et puis je suis 
retourné à El-K'al f a n'ayant plus avec moi que moins de 
six cents de ces hommes, et c'est en eux qu'il me faut 
espérer de l'aide. Et celui-là, qui est mort, on lui obéit 
comme s'il était vivant ! » L'armée arriva à Mehdiyya le 
22 dhoû'l-hiddja. Les troupes paradèrent à la porte de 
la ville, et El-Mo c izz, à cheval et sans bouger, vit jus- 



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ç.T *- 



- 399 -< 

qu'au bout toutes ces troupes descendre, détachement 
par détachement, pour le saluer. 

En 407 (9 juin 1016), El-Mo c izz ben Bâdis quitta Meh- 
•diyya et fit le vendredi 15 moh'arrem(23 juin) une magni- 
fique entrée à Mançoûriyya ; étendards et tambours le 
précédaient, et il descendit en grande pompe dans son 
palais, au milieu de l'allégresse universelle. 

Il y avait à K'ayrawân, dans le quartier nommé Derb 
el-Mo'allaW, des gens qui y cachaient leurs croyances 
chi ç ites pour éviter d'être molestés. La populace se pré- 
cipita inopinément sur eux rP. 280] et en tua un certain 
nombre, tant hommes que femmes, puis se donnant libre 
carrière elle livra k au pillage les maisons et les biens des 
Chi c ites. Les désordres furent très graves et se propagè- 
rent en province, où Ton tua un grand nombre de ces 
dissidents, sans parler de ceux dont on ne savait pas au 
juste les croyances. A Mehdiyya, les survivants se réfu- 
gièrent dans la grande mosquée où on les massacra 
tous, femmes comprises. 

La foule s'ameuta contre Aboû'l-Behâr ben Khalloûf, 
qui avait soulevé sa colère en réduisant les têtes folles 
et en agissant énergiquement; il dut se réfugier à 
Mançoûriyya, et sa demeure fut livrée au pillage. Son 
neveu, apprenant la chose, marcha avec ses soldats au 
secours de son oncle, mais la foule massacra celui-ci, 
infligea (à son cadavre) un traitement destiné à servir 
d'exemple et tua également tous ceux qui raccompa- 
gnaient ; puis elle marcha sur Mançoûriyya, qu'elle mit 
en ruines. Environ quinze cents Chi c ites se réfugièrent 



(1) Ibn el-Atkir écrit ce nom Derb el-Mok'alll (p. 447) et fait aussi 
le récit de ces troubles. 



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- 400 — 

dans l'habitation de Molf ammed ben r Abd er-Ralf mân ; 
chaque fois qu'il en sortait un pour acheter des vivres, il 
était massacré, et ce fut le sort de la plupart ; puis on en 
fit sortir (le reste) avec femmes et enfants, et on les • 
mena au palais du sultan. 

Les musulmans voyaient ces faits avec plaisir, car on 
avait trouvé dans les demeures de ces prétendus fidèles 
des livres qu'on mit au jour et qui renfermaient de 
nombreux passages où s'affirmaient l'incrédulité, des 
opinions sacrilèges et le caractère licite d'actes prohibés. 
Les survivants se tinrent solidement enfermés dans le 
palais pendant la fin du mois de djomâda I et le mois 
suivant (octobre-novembre). 

Vers la fin de cette annéeM arriva un rescrit dans lequel 
El-Hâkim s'adressait à El-Mo c izz ben Bàdis en le traitant 
de Cheref ed-Dawla. A cette occasion, le jeune prince fit 
une sortie avec étendards et tambours. 

En 408 (29 mai 1017), d'importants engagements eurent 
lieu entre les troupes de Cheref ed-Dawla el-Mo c izz et 
celles de H'ammâd, ce qui serait long à raconter ( 2 ). 

En -409 (19 mai 1018), environ deux cents Chi'ites à 
cheval accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants 
sortirent de la ville pour aller à Mehdiyya s'embarquer 
pour la Sicile ; des cavaliers leur servaient d'escorte. 
Le convoi était arrivé à la bourgade de Kâmil, où il 
passa la nuit ; les habitants des campements voisins les 
attaquèrent et les massacrèrent, non sans avoir violé 
quelques jeunes femmes et celles [plus âgées] qui avaient 



(1) Au mois de dhoû'l-hiddja (Ibn Khallikàn, ni, 386 ; lbn el-Athir, 
trad. p. 417). 

(2) On trouve sur ces faits quelques détails dans Ibn eUAthir (ih.) 
et dans les Berbères (u, 18). 



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- 401 — 

encore quelque beauté. Toutes ces femmes furent 
d'ailleurs également massacrées* 1 ). 

L'Ifrik'iyya eut à souffrir cette année-là [P. ^81] d'une 
grande disette et de nombreux combats. 

En 410 (8 mai 1019), Zàwi ben Zîri Çanhâdji, après une 
absence de vingt-deux ans, revint d'Espagne en Ifri- 
k'iyya avec sa femme, ses enfants et ses serviteurs, après 
avoir pris part aux guerres et aux troubles de ce pays et 
ramassé des richesses provenant des trésors des rois qui 
y régnaient. Le jour de son arrivée, Cheref ed-Dawla el- 
Mo c izz, magnifiquement vêtu, se porta à sa rencontre : 
Zâwi s'avança à pied, et El-Mo^izz, qui descendit de che- 
val, reçut ses salutations et l'accompagna jusqu'à ce qu'il 
l'eût installé à Mançoûriyya^. 

En 411 (26 avril 1020), El-Mo c izz reçut Aboû'l-K'àsim 
ben El-Yezid, qui venait de la part d'EI-H'âkim lui 
apporter un sabre orné des plus précieuses pierreries 
ainsi qu'un vêtement tiré de sa propre garde-robè et plus 
beau qu'on n'eût jamais vu ; le prince, magnifiquement 
vêtu et en grand apparat, alla à sa rencontre, et il lui fut 
■donné lecture d'un rescrit qui le remplit de joie à cause 
des expressions honorifiques qui lui étaient adressées et 
que personne n'avait reçues jusque là. 

En la même année, Moh'ammed ben c Abd el- c Aziz ben 
Aboû Kodya apporta un autre rescrit d'El-H'âkim en 
réponse à ce qu'avait écrit El-Mo c izz au sujet des affaires 
■d'Espagne, de la chute de la dynastie Omeyyade et de 
l'élévation d'El-K'àsim ben H'ammoûd* 3 ). Le khalife lui 



(1) Cet alinéa ainsi que le suivant figurent dans la Biblloteca (n, 32)* 

(2) Voir Ibn el-Athir, p. 420 ; Berbères, h,- 19 et 44 ; m, $9 et 247 ; 
Dozy, Mus. d'Espagne, m, 288 et 317. 

(3) Ce prince régna à Gordoue jusqu'à 412 ; sur ces événements, 
voir Ibn el-Athir, p. 425. 

26 



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- 402 - 

en témoignait sa reconnaissance par l'envoi de quinze 
drapeaux tissus d'or, qu'El-Mo c izz fit porter devant lui 
quand il fit son entrée à cheval le 27 rebi c II (20 août 
1020). 

Il tomba une pluie violente accompagnée de tonnerre 
et d'une chute de pierres plus grosses et plus abondantes 
qu'on n'avait jamais vu en Ifrik'iyya ; en même temps, la 
foudre tomba à deux reprises M. 

On apprit la mort d'EI-HYikim, khalife d'Egypte^ 2 ), à. 
qui succéda Ez-Z'àhir. 

En 412 (16 avril 1021), mourut Bàdis ben Seyf el- f Aziz 
billâh, sur qui Gheref ed-Dawla prononça les dernières, 
prières. Il lui fut élevé un magnifique monument funé- 
raire. 

La princesse veuve de Naçir ed-Dawla, étant venue à 
mourir, fut.ensevelie plus magnifiquement qu'aucun roi. 
Au rapport de marchands qui assistèrent à la cérémo- 
nie, cent mille dinars furent dépensés à cet effet; son 
corps fut déposé dans un cercueil d'aloès incrusté de 
pierres précieuses [P. 282] et dont les clous valaient deux 
mille dinars. Elle Jut inhumée à Mehdiyya à la suite de 
funérailles telles qu'on n'en avait jamais vu de pareil- 
les. 

En 413 (5 avril 1022), El-Mo'izz se maria avec un tef 
déploiement de pompe qu'aucun khalife n'en fit jamais- 
autant. Ladescriplion, que j'omets pour être plus court,, 
en est faite dans le livre d'Er-Rak'ik. 



(1) Les imaginations furent vivement frappées, car celait est aussi- 
rapporté par le dit chroniqueur (p. 448). 

(2) Hâkim périt le 27 chawwàl 411, dans des circonstances dont le 
rrécit se retrouve dans Wùstenfeld (p. 217); cf. Journ, As., 1860, u 
144 ; Rel. des Druze*, intr., i, 406). 



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- 403 - 

En 414 (25 mars 1023), on apprit de plusieurs côtés en 
Ifrîkiyya que Khalifa ben Warroûet ses partisans avaient 
lancé de nombreux navires et qu'ils étaient partis de 
Tripoli à la recherche de Fotoûh' ben el-K'â'id, alors que, 
ayant antérieurement écrit à Cherel ed-Dawla el-Mo c izz 
pour lui annoncer qu'il devenait des siens et le recon- 
naissait, il avait reçu de ce dernier la ville de Neft'a 
dans la province de Constantinet 1 ). Cheref ed-Dawla se 
mit donc en route et, passant par Sousse, arriva à 
Mehdiyya le jeudi 4 moh'arrem (28 mars). Une procla- 
mation ann'onça une levée de matelots, et des lettres 
furent envoyées pour rappeler celles de ses troupes qui 
ne l'avaient pas encore rejoint, afin de rendre ainsi pos- 
sible son départ de Mehdiyya par Sfax et Gabès pour 
arriver à Tripoli. Il donna Tordre de mettre soigneuse- 
ment les troupes en état et de compléter les approvision- 
nements de l'arsenal; il se mit à fabriquer dans un délai 
très court des engins de guerre en plus grande quantité 
qu'on ne pourrait faire en un -long espace de temps. 
Mais ensuite, il estima devoir se rendre à Mançoûriyya 
pour permettre aux hommes de prendre leur équipe- 
ment et les objets nécessaires, et il arriva dans cette 
ville le lundi 24 moh'arrem (17 avril). 

La nouvelle piarvint d'Orient que le Prince des croyants 
Ez-Z'âhir li-i c zàz din Allah s'était fait amener Seyf ed- 
Dawla .dhoû'l-niadjdeyn H'oseyn ben c Ali ben Davvwâs 
Kotâmi, qui avait toujours évité par précaution de se- 
rendre au palais et qui cette fois n'en ressortit presque 
aussitôt qu'à l'état de cadavre^). Son corps resta sur place 



(1) On trouvera sur la révolte de Khalifa ben Warroû quelques 
renseignements dans les Berbères (m, 265). 

(2) Cette exécution se rattache aux troubles provoqués au Kaire 



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- 404 - 

pendant trois jours, tandis qu'un héraut proclamait : 
« Voilà la rétribution due à celui qui trahit ses patrons, » 
puis il fut remis à ses esclaves, qui l'enterrèrent. 

A la même époque on apprit la mort de la noble prin- 
cesse fille d'El-^Aziz billâhW, sur qui les dernières priè- 
res furent dites à Miçr par Ez-Z'âhir li-i c zâz din Allah. 
[P. 283] Elle avait pris le pouvoir en mains et établi pour 
l'expédition des affaires des règlements marqués au coin 
de la prévoyance et de l'habileté administrative. Après 
avoir fait exécuter le vîzir c Ammàr( 2 ), à qui avaient été 
confiés l'inspection des divers bureaux, des propriétés, 
du secrétariat, ainsi que les autres services du khalifat, 
felle s'occupa elle-même des soins de l'administration, 
et nulle affaire, grande ou petite, ne passait que revêtue 
de san visa transcrit de la main de son esclave Aboû'l- 
Bayân le Slave. 

En la même année, Mohammed ben c Abd el- c Aziz 
apporta à Cheref ed-Dawla, de la part du khalife d'Egypte 
Ez-Z'âhir, les preuves de la plus haute considération, et 
il fut donné lecture de rescrits tels qu'on n'en avait jamais 
vu de plus importants comme fond ni de plus relevés 
comme forme. Le khalife, faisant une addition à son 



par la mésintelligence régnant entre les Turcs et les Kotàma^cf. Wiïs- 
tenfeïd, p. 213). Au lieu de Hoseyn ben * Ali, on lit ailleurs Yoûsof 
(Rel. des Druzes, intr., p. 406 ; cf! Defrémery, ./. As., 1860, i, p. 144 
et 146). 

(1) Il s'agit de Sitt el-Molk, l'intelligente et énergique princesse que 
certains chroniqueurs accusent d'avoir fait disparaître l'insensé 
H'àkim, son frère (Ibn el-Athîr, ix, 222 et s. ; Aboulfaradj, éd. de 
Beyrouth, p. 313; Quatremère, Mèm. sur l'Egypte, i, 324 ; Journ. as., 
1860, i, 144 ; De Sacy, Druzes, intr. p. ccccu, ccccvi, ccccxxvi, etc. ; 
Wustenfeld, 214 et 219, etc.). 

(2) AboiVt-Hasan 'Ammàr ben Mohammed ; comparez Wustenfeld, 
p. 220. 



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- 405 - 

surnom honorifique, l'appelait Cheref ed-Dawla wa- 
c Ad'odhà, et l'informait de la naissance de ses deux fils 
Aboû't-T'âhir et c Abd Allah Aboû Mohammed ; à quoi il 
joignait trois juments tirées de ses propres écuries et 
magnifiquement sellées, un vêtement précieux d'entre les 
plus beaux de sa propre garde-robe, deux pommeaux 
d'étendards tissés d'or et montés sur des hampes d'argent 
dont il n'était jamais entré de pareil en Ifrîk'iyya, enfin 
vingt étendards dorés et argentés. Cheref ed-Dawla fit à 
ces cadeaux l'accueil le plus brillant et leur rendit les 
soins cérémonieux qu'ils méritaient. Les rescrits furent 
d'abord lus en sa présence, puis dans la grande mosquée 
de K'ayrawân ; il les fit transcrire pour les expédier 
partout, et ces pièces excitèrent une joie indescriptible. 

Dans la même année, un autre rescrit, apportant à Che- 
ref ed-Dawla une nouvelle preuve de considération, lui 
ordonna d'employer dans ses lettres la formule : « De la 
part de l'émir Cheref ed-Dawla wa- c Ad'od-hà », titre 
dont il devait aussi être qualifié dans la correspondance 
à lui adressée. Il reçut ce message en grande pompe, 
donna des robes d'honneur à ceux qui l'apportaient et le 
transporta en cérémonie. A partir de ce moment, on 
employa dans la correspondance ces qualificatifs pom- 
peux. 

La princesse Oumm Mellâl, fille d' c Oddat el- e Aziz bil- 
làh, étant tombée malade, Cheref ed-Dawla alla quoti- 
diennement, pendant les quelques jours que dura sa 
maladie, lui rendre visite et lui tenir compagnie, per- 
mettant même à ses conseillers et à ses serviteurs de 
pénétrer auprès d'elle et d'y rester quelque temps. Le 
jeudi dernier jour de redjeb (17 octobre 1023), Dieu la 
rappela à lui. Le prince prononça les dernières prières 



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- 406 — 

et célébra les funérailles avec étendards, tambours et 
litières, [P. 284] déployant une pompe telle qu'on n'avait 
jamais rien vu de pareil ni pour un roi ni pour un sujet. 
Les deux nobles princesses, la mère et la sœur (du 
prince), y assistèrent. 

Le mardi 25 djomâda I (15 août), Gheref ed-Dawla 
confia à Àboû'l-Behâr ben Khalloûf la perception des 
impôts,* la direction des gouverneurs des provinces ainsi 
que l'inspection des troupes et de toutes les affaires. 
Alors tout marcha parfaitement, les provinces éloignées 
et les frontières furent contenues; l'administration se 
fît normalement, et Cheref ed-Dawla trouva en lui une 
fermeté, un talent, une décision et une sagacité qu'il 
n'avait encore rencontrés chez aucun de ses ministres 
(lacune de quelques lettres). 

En çafar 415 (avril-mai 1024), il lui naquit un fils qu'il 
nomma Kennâd. 

En redjeb (comm. le 7 septembre) eut lieu le mariage 
de la princesse Oumm el- c 01oû, fille de Naçir ed-Dawla 
et sœur de Gheref ed-Dawla (*>. Le mercredi 1 er cha c bàn 
(7 octobre), le grand portique fut orné en son honneur; 
la foule, grands et petits, put y pénétrer et contempler 
toutes les pierreries, tissus, objets précieux, vases d'or 
et d'argent qui lui étaient destinés et plus beaux que tout 
ce qu'on avait jamais fait ou entendu dire pour aucun 
roi jusqu'alors. Aboû Ish'âk' er-Rak'ik' s'exprime ainsi : 
« Les visiteurs furent aveuglés par ce qu'ils virent, stu- 
péfiés devant la magnificence de ce qu'ils contemplèrent. » 
Tout cela fut transporté à l'endroit où l'on avait dressé 



(1) Cette princesse fut faite prisonnière par les Zenàta entre 430 et 
440 [Berbères, m, 266), probablement dans l'expédition relatée plus 
bas sous l'an uée 433. 



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- 407 - 

des constructions, des pavillons et des tentes ; dix mulets 
transportèrent les dix charges constituant la dot de la 
future et sur chacune desquelles il y avait une jeune et 
belle esclave ; ce qui représentait [par charge] cent mille 
dinars en monnaie. D'après un marchand habile qui avait 
évalué ce qui appartenait à la future, il y en avait pour 
plus d'un x million de dinars, ce qu'on n'avait jamais vu 
pour aucune femme en Ifrîkiyya. Dans la conduite pro- 
cessionnelle de la fiancée, qui se fit le jeudi, cette der- 
nière était précédée des esclaves noirs de son frère 
Gheref ed-Dawla, de son père Naçir ed-£)awla et de son 
grand père c Oddat el- c Azîz billàh, ainsi que des princi- 
paux personnages de la cour. 'De ce jour où les cava- 
liers accomplirent les plus mémorables prouesses, les 
descriptions enchanteresses remplirent les provinces'. 

En cette année, Cheref ed-Dawla tint une séance pour 
recevoir les cadeaux envoyés par Çandal, gouverneur de 
Biskra, consistant en trois cents chevaux de race, cent 
juments, des mules dont vingt avaient des selles ornées, 
[P. 285] et cent charges d'argent. En retour, il lui envoya 
des vêtements d'honneur et lui renouvela le gouverne- 
ment de Biskra l 1 ). 

En 416 (3 mars 1025), mourut Ayyoûb ben Itewwoufet, 
aux funérailles duquel assista Cheref ed-Dawla el-Mo c izz 
ben Bâdts avec tambours et étendards. 

En 417 (21 février 1026), naquit à Cheref ed-Dawla un 
fils qu'il appela Nizâr. Cette heureuse nouvelle fut annon- 
cée dans toutes les provinces. 



(1) Ibn Khaldoun, en rappelant l'importance du cadeau envoyé par 
Çandal, attribue à cet olïiciër les fonctions de gouverneur de Baghàya 
{Berbères,, u, 16). — En cette année 415, mourut 4 Abd Allah bon 
Mohammed Djoràwi, poète qui chanta les Benoù Bàdis {Moschlarik, 
p. 99; ms 2327 de Paris, f. 89 v°). 



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- 408 - 

El-Mo'izz Cheref ed-Dawla se proclame émir indépendant; 
fin de la domination chTite Obeydite en Ifrlk'iyya. 

El-Mo c izz ben Bâdis, qui était très jeune à son avène- 
ment, car il avait huit ans ou même, selon d'autres, sept 
ans, fut élevé par les soins de son vizir Aboû'l-H'asan 
ben Aboû'z-Zeddjàl, homme respectueux des prescrip- 
tions religieuses et pieux. Toute Flfrik'iyya et K'ayrawân, 
depuis le règne du Mahdi c Obeyd Allah, suivaient alors 
les doctrines chi c ites, qui sont en opposition avec ta foi 
traditionnelle et orthodoxe. Or ce vizir instruisit et 
poussa son pupille dans la voie des doctrines malékites, 
où il le fit élever, aussi bien que dans la religion tradi- 
tionnelle et orthodoxe, mais cela n'était su ni des Chii- 
tes ni des K'ayrawâniens. Un jour que, à l'occasion 
d'une fête, El-Mo c izz encore jeune se rendait en pompe 
et avec son entourage au Moçalla, son cheval vint à 
broncher, ce qui lui fit prononcer les noms d\Aboû Bekr 
et d' c Omar. Les Chi c i Les figurant parmi les troupes [dont 
il était accompagné] l'entendirent et se précipitèrent 
vers lui pour le massacrer, mais il eut pour venir à son 
aide ses esclaves noirs, ses conseillers et les Kayrawà- 
niens restés secrètement orthodoxes, et il fut massacré 
plus de trois mille Chi'itesW. Le lieu où le fait se passa 
prit le nom de Lac de sang (Birket ed-dem), qu'il porte 
encore aujourd'hui. « Alors, dit Aboû'ç-Çalt, un cri de 
mort se répandit partout et on massacra les Chi c ites 
dans toutes les provinces, en conformité avec les quasi- 
prédictions des poè.tes. » El-K'âsim ben Merw.ân s'expri- 
me ainsi : 



(1) Ce passage rappelle probablement ce qui a été rapporté plus 
haut sous l'année 407. 



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[Wâfir] Ils seront partout massacrés, comme ils l'ont été. 
à K'ayrawân. 

[P. 286] Un autre a dit : 

[Ramai] O Mo'izz ed-Dîn, vis honoré, gai, satisfait et 
joyeux. Par ta conduite à l'égard des maudits et vils [Chii- 
tes], tu as satisfait le Prophète élu et Aboû Bekr, car tu leur 
as infligé la peine de mort qu'exige en tous lieux et toujours 
la loi traditionnelle. 

Et un autre encore : 

[T'awîl] Le foyer qu'ils s'étaient allumé en Orient est 
éteint, et leur impiété n'a plus de domaine en Orient ni en 
Occident (i). - . 

Nous omettons ici, à propos du massacre des Râfi- 
dites( 2 >, de nombreux récits concernant les songes d'El- 
Mo c izz, les interprétations qui en furent données, etc. 
Jusqu'à 440(15 juin 1018), El-Mo c izz songea sans relâche 
à l'extirpation de cette croyance. 

En 420 (19 janvier 1029), des bandes de Zenàta poussées 
par le désir de s'emparer de Kayrawân marchèrent contre 
cette capitale. Mais El-Mo c izz, dès qu'il en fut informé, 
alla à la tète de ses troupes (djond) leur livrer un combat 
acharné W où les agresseurs eurent le dessous, et à la 
suite duquel, après avoir subi de fortes pertes, ils furent 
forcés de fuir vers l'Ouest. 

En 421(8 janvier 1030), à la suite de rixes survenues à 



(1) Sur les rapports d'El : Mo*izz ben Bàdis avec Aboù 'Ali lien Re- 
chik, voir le Mesâlik, ap. Amari, Bibl. ar.-stc, n, 551. 

(2) Les Ràfid'ites sont, à proprement parler, ceux des Ghi'ites qui 
n'admettent pas la validité de l'imamat des deu-x ckeykhs Aboû Bekr 
et 'Omar {$erbères, h, 500). 

(3) A H'amdis eç-Çaboùn, d'après lbn el-Athir, p. 452. 



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- 410 - 

Kayrawân entre les troupes (djond) et la populace, celle- 
ci laissa sur le terrain environ deux cents des siens. 

En 422 (28 décembre 1030), l'abondance des vivres en 
Ifrîkiyya en fit baisser le prix, et Ton y jouit d'une grande 
sécurité. 

En 423 (18 décembre 1031), El-Mo c izz reçut du roi du 
Soudan un cadeau très important où figuraient de nom- 
breux esclaves, des girafes et toutes sortes d'animaux 
extraordinaires W. 

En 425 (25 novembre 1033), une grandedisette sévit en 
Ifrikiyya. Aboû c Iinrân FâsH 2 ) se rendit au Hedjâz. En 
Egypte, le khalife Ez-Z'àbir mourut^) et fut remplacé 
par son fils El Mostançir (Aboû Temîm Ma r add). 

En 426 (15 novembre 1031), El-Mo c izz ben Bâdis reçut 
du roi des Chrétiens des cadeaux plus riches qu'on n'avait 
jamais vu et consistant en étoffes de riche brocarl, etc. 

En 427 (4 novembre 1035), de nombreuses troupes et 
bandes de Zenâta marchèrent contre Mançoûriyya, et les 
troupes d'El-Mo c izz, qui s'avancèrent contre les envahis- 
seurs, furent mises en déroute et revinrent jusqu'entre 
Mançoûriyya et Kayrawân. Le lendemain eut lieu un 
nouvel engagement [qui resta indécis, car] les Çanhàdjà 
tinrent aussi ferme que les ZenâtaW. 



(1) Sous Tannée 423, lbn el-Athir {l. I.) mentionne une guerre 
civile à Tunis et un soulèvement des Chi'ites dans le canton de 
Nefta. 

(2) C'esl le juriste dont un élève se rendit auprès des peuplades 
connues plus lard sous le nom d'Almoravides {Berbère* , n, 67 ; Be- 
kri, 362). 

(3) Ez-Z'àhu* mourut le 15 cha'bàu 427, à làge de 33 ans tlbn el- 
Athir, ix, 304 ; Wiïstenfeld, p. 226). 

(4) Les Z°nàta linirent pourtant par être complètement battus au 
lieu dit El-Djefna, près de K'ayrawân (lbn el-Athir, p. 453; ce chro- 
niqueur ne parle que de Tannée 427) t 



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- 411 - 

En 428 (24 octobre 1036), [P, 287] El-Mo'izz brisa la 
résistance des Zenâta, qui s'enfuirent après avoir perdu 
quantité des leurs. 

En 429 (13 octobre 1037), l'armée d'El-Mo c izz marcha 
de K'ayrawân contre le Zâb et fit un grand massacre de 
Berbères Û). 

En 430 (2 octobre 1038), l'abondance des vivres fut 
grande en Ifrîk'iyya. Aboû c Imrân Fàsi, qui était de 
retour d'Orient, mourut ( 2 ). 

En 431 (22 septembre 1039), les troupes de Malaga 
pénétrèrent dans. l'Ile de Djerba, qu'elles conquirent et 
dont elles tuèrent un grand nombre d'habitants. 

En 432 (10 septembre 1040), El-Mo c izz mit le siège 
devant le fort de H'ammâd (K'al c at H'ammâd) et le 
poursuivit pendant deux ans,, au bout desquels [El-Kâ'id 
ben] H'ammâd fut réduit à se soumettre^). 

En 433 (30 août 1041), El-Mo c izz proclama [la suzerai- 
neté de] la dynastie Abbasside et reçut l'investiture d'El- 
K'â'im bi-amr AU&hW. 

Moh'ammed ben Mah'moûd ben es-Sekkâk, qui s'oc- 
cupait des affaires de la mère d'Et-Mo f izz et qui par elle 
gouvernait celui-ci, fut disgracié. 

L'émir Nizâr ben el-Mo c izz rentra dans la capitale à 
la ^suite de l'expédition qui avait eu pour résultat la 



(1) Comparez les détails donnés par Ibn el-Athir, 1. 1. 

(2) Moùsa ben 'Isa Fàsi était encore en vie en 440, à en croire Ibn 
Khaldoùn, t. n, p. 67 ; mais on retrouve encore ailleurs sa mort fixée 
à l'an 430 (ms 851 d'Alger, f. 28 ; ms 5032 de Paris, f. 135 v. ; Kart as, 
texte, p. 74). 

'(3) Voir Ibn el-Athir, p. 454 : Berb., n, 46. 

(4) On assigne des dates diverses à cet événement, dont les consé- 
quences furent si graves pour l'Afrique (Ibn el-Athir, l. I.), 



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- 412 - 

déroute des Zenàta, et Ibn Cheref lui récita son poème 
qui débute ainsi : 

[Kâmil] A l'Occident s'est levé le soleil de la religion 
(Chems ed-Dîn) apportant bonheur, succès et domination. 

En 436 (28 juillet 1041), mourut en Egypte El-Djer- 
djerâ'i (*), à qui l'Obeydite El-H'àkim bi amr Allah avait, 
à raison de quelque faute, fait subir l'amputation des 
deux mains. L'opération ne l'indisposa pas autrement, et 
l'on raconle que, s'étant aussitôt fait bander les moi- 
gnons, il retourna à son bureau pour continuer son ser- 
vice comme d'habitude ; et comme l'on s'étonnait, il 
répondit avoir été puni par le khalife pour une faute 
qu'il avait commise, mais non révoqué. Quand El H'âkirn 
apprit la chose, il le confirma dans ses fonctions. 

En 437 (18 juillet 1045), arrivèrent à K'ayrawân des 
messagers par lesquels El-Mo c izz faisait savoir qu'il 
avait infligé une défaite aux Lawàta, leur avait tué 
beaucoup de monde et enlevé un riche butin. On battit 
du tambour à cette occasion. Ibn Cheref s'exprime ainsi 
au début d'une k'açida : 

[Monsarih'] Reviens heureux, fortuné et victorieux, à la 
tête de troupçs que Dieu couvre de sa protection et les mains 
pleines de butin. 

On édifia alors les murailles de Mançoùriyya. Un oura- 
gan violent sévit en Ifrik'iyya*; la force en était telle qu il 
brisa les arbres qui se trouvaient sur son passage. 

En 438 (7 juillet 1046;, [P. 288] Nizâr ben el Mo c izz 



(1) Le vizir Aboui-Kàsim 'Ali ben Ahmed Djerdjerâ'i (et non 
Djordjàni, comme le porte le texte) ; voir Ibn el-Athhy index ; H. des 
Berb., i, 31 ; Wïistenfe}d, 199, 2?4, etc. 



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- 413 - 

mourut au mois de redjeb, à l'âge de vingt-et un ans et 
quelques mois. El-Mo e izz déclara alors héritier présomp- 
tif son autre fils Aboû'l-K'âsim, qui avait à ce moment 
huit mois et qu'il dénomma El- c Aziz billâh ; mais cet 
enfant mourut à l'âge d'un an et trois mois. 

En 439 (27 juin 1047), H aboûs ben H'amîd Çanhâdji, 
gouverneur de Neft'a, fut disgracié et requis de verser 
une somme considérable ; on l'abreuva de désagréments 
et d'humiliations. Ahmed ben Haddjàdj, kâdi de Gafça, 
fut également disgracié et s'empressa de verser dix mille 
dinars; il s'abstenait (d'ailleurs; de tout acte de nature 
à lui être reproché. 

En 440 (15 juin lOlSjW, le prône cessa d'être dit au 
nom du souverain d'Egypte, dont on brûla les étendards. 
Ibn Cheref s'exprime ainsi: « El-Mo c izz ben Bâdis ordon- 
na de faire les invocations dans les chaires d'Ifrîk'iyya 
au nom des descendants d'El- c Abbâs ben c Abd el-Motta- 
leb et de ne plus les faire au nom des Chiites Obeydites. 
Le khafîb invoqua donc depuis lors les bénédictions du 
ciel sur les quatre khalifes, sur El- f Abbâs et sur les 
autres Dix( 2 ). » Voici comment cela arriva. A la suite du 
départ des Obeydites pour l'Egypte, les princes Çan- 
hâdja continuèrent, en Ifrik'iyya, de faire la khotba en 
leur honneur et de prononcer leur nom du haut des 
chaires. Gela dura jusqu'au moment où les habitants de 



(1) On assigne aussi les dates de 435, 437 et 443 à cet événement ; 
voir Annales, p. 454. 

(2) Il s'agît des dix Compagnons» à qui le Prophète avait annoncé 
qu'ils entreraient au paradis et dont Timâm, après la khotba du ven- 
dredi, cite les noms à la suite de celui du Prince en appelant sur 
eux les bénédictions célestes. Dans cette liste figurent ordinairement 
Aboù Bekr. 'Omar, 'Othmân, 'Ali, Sa'd, Sa'id, T'alh'a, Ez-Zobeyr, 
'Abd er-Rahmàn ben 4 Awf et Aboû 'Obeyda ben el-Djerràh\ 



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- 4tt - 

K'ayrawân cessèrent d'assister à la prière du veti^redi 
afin d'éviter de prier pour eux et parce qu'ils voyaient une 
hérésie dans le fait de dire leurs noms au réappeMe la 
prière. Certains allaient même à la mosquée pour dire 
à voix basse: « Je rends témoignage, ô grand Dteu ! je 
rends témoignage, ô grand Dieu ! » puis s'en allaient 
dire à haute voix la prière de quatre (rek'a). A la fin, 
aucun K'ayrawànien ne se rendait plus à la mosquée et 
la prière se faisait sans fidèles. Quand cette situation eut 
duré quelque temps, El-Mo c izz fit cesser l'invocation en 
faveur des Obeydites et cette mesure excita une très 
grande joie dans la ville. 

Comment on arriva à maudire les Obeydites dans le prône. 

Voici ce que dit Ibn Cheref : « Alors El-Mo c izz donna 
Tordre de les maudire dans la khotba et de prononcer 
leur déchéance. A la Fête des victimes, [P. 289] le kha- 
tib, selon l'ordre qui lui avait été adressé d'injurier lès 
Obeydites, parla ainsi; « O grand Dieu, maudis les 
grands scélérats, les hérétiques menteurs, ennemis de 
la religion, suppôts de Satan, adversaires de ta foi, vio- 
lateurs de ton Traité, adhérents de ce qui n'est pas ta 
voie, transformateurs de ton Livre. Grand Dieu ! maudis- 
les énergiquement, livre-les à toutes les ignominies. 
Grand Dieu ! notre seigneur Aboû Temim el-Mo c izz ben 
Bâdis ben el-Mançoûr est celui qui établit ta religion, 
qui soutient la loi traditionnelle de ton Prophète, q\ ; 
élève le drapeau de tes amis; c'est lui qui, confirmant la 
vérité de ton Livre, suivant ton ordre, écartant ceux qui 
modifient la religion et suivent une voie autre que celii 
des orthodoxes croyants, prononce les mots : O infidètî^) 



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- 415 - 

je m sers pas ce que vous servez (Koran, cix, 1 et 2). » 
Telles furent les paroles qu'il prononça en omettant le 
mot ^is et le reste (du texte koranique). Cet auteur 
* ajoute que l'émir El-Mo r izz ordonna au khatîb de pronon- 
cer dans la chaire de K'ayrawàn des injures plus violen- 
tes, et alors le vendredi suivant le cœur des musulmans 
fut soulagé par l'énergie plus grande des expressions 
employées. 

En 441 (4 juin 1049), l'émir se rendit (avec des troupes) 
dans le Maghreb extrême après avoir confié K'ayrawàn 
et Mançoûriyya à son fils Aboû't-T'âhir Temim ben el- 
Mo c izz, 

On construisit la moçalla de Mançoûriyya. On frappa 
les dinars dits ioddjâriV). 

El-Mo c izz fit une sortie à cheval, en grand costume et 
en grande cérémonie, en dehors de K'ayrawân. On exhiba 
aussi les bêtes féroces dont il se fit précéder ; mais il s'en 
échappa une, ce qui provoqua la débandade de la foule, 
où environ deux cents personnes tombant les unes sur 
les autres périrent. Le fauve se jeta sur El-Kerâmi, 
écrivain au Bâb el-Ghanem, et le tua. 

Changement de la frappe des monnaies au nom des Obeydites. 

Au rapport d'Ibn Cheref, dans le mois de cha'bàn de 
cette année (comra. le 28 décembre 1049), El-Mo f izz fit 
changer la frappe des monnaies. Sur une face, on grava : 
Li celui qui [P. 290] désire une autre religion que Vlslâm 



1 ) Ce passage parait être le seul connu où figure ce qualificatif du 
n* (Sauvaire, Journ. As., 1880, f. 438). 



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c-r ir t 



— 416 - 

ce culte ne sera pas reçu de lui, et il sera dans Vautre 
monde parmi les malheureux (Kor an, m, 79); et sur l'au- 
tre : « Il n'y a de Dieu qu'Allah; Moh'ammed est l'Envoyé 
d'Allah. » Quantité de ces dinars furent frappés, et il fit 
mettre à la fonte ceux qu'il avait entre les mains avec 
des noms de princes Obeydites et qui représentaient des 
sommes importantes ; puis il fit annoncer que la mon- 
naie obeydite n'avait plus cours et que les noms de ces 
princes cessaient de figurer sur tous les dinars et dir- 
hems en circulation dans le territoire qu'il administrait. 
La suppression de ces noms sur les drapeaux et éten- 
dards était même antérieure. Les Obeydites avaient com- 
mencé à frapper des monnaies à leur nom et à mettre 
leur signe sur les drapeaux et dans les lîserages en 296 
(29 septembre 908), et El-Mo c i-zz les supprima en 441 
(4 juin 1049), c'est-à-dire que cela dura 145 ans. 

En chawwâl (février- mars 1050), une proclamation 
d'Aboû Temim défendit sous des peines sévères l'em- 
. ploi des monnaies obeydites, ce qui rendit la situation 
difficile pour les pauvres et les malheureux et provoqua 
une hausse sur le prix des vivres à K'ayrawân. L'ancien 
dinar en valait quatre (nouveaux) plus deux dirhems; le 
change du dinar nouveau était de trente-cinq dirhems (*). 

La disgrâce frappa le k'â'id c Abbâd ben Merwân, sur- 
nommé Seyf el-Moulk, qui faisait partie des intimes du 
prince : succombant sous les attaques de ses ennemis, 
il dut livrer tous ses biens, on arrêta ceux qu'il avait 
nommés dans les cantons qu'il gouvernait, puis on le 
jeta daps un sombre souterrain où on le laissa mourir. 



. (1) Ces deux passages relatifs à la monnaie ont été repreduifs par 
Sauvaire, Journ. As., 1882, i, p. 296 et 120. 



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^ 



- 417 - 

On apprit à K'ayrawàn qu'El-Kâ'id H'ammâd* 1 ) étail 
mort dans sa- forteresse. Ibn Cberef dit dans une kaçîda : 

[Khafîf] Il n'y a que les troupes fortunées à qui ni muni- 
tions ni nombre ne sont nécessaires. 

En 442 (25 mai 1050) les K'ayrawâniens et lea Sous- 
siens mirent fin à des brouilles qui avaient surgi entre 
eux ; les premiers donnèrent aux seconds des festins où 
on se lava les mains avec de l'eau de rose et où Ton 
s'essuya avec des serviettes de fine toile rayée ( 2 ). 

Aboû Temim désigna comme héritier présomptif son 
fils AboûVrâhir. [P. 291] D'après Ibn Ctieref, le prédi- 
cateur, dans le prône qu'il prononça le vendredi à la 
grande mosquée de K'ayrawàn, invoqua la bénédiction 
céleste sur El-Mo c izz ben Bàdis et sur son fils et héritier 
présomptif AboiVt-Tàhir, puis ajouta : a grand Dieu, 
mets ton serviteur et ami Aboû't-T ahir Témîm ben El- 
Mo f izz et-T'âhir hors de portée de l'infidélité de Ma c add 
ben ez-Z'âhir », c'est-à-dire du souverain d'Egypte. 

En redjeb (novembre-décembre 1050), le juriste ascète 
et moraliste [wâHz") Aboû c Abd Allah ben c Abd eç-Çamad 
sortit de K'ayrawàn sous la garde de plusieurs hommes 
qui se rendirent avec lui à Gabès, tandis que, la cara- 
vane partant de K'ayrawàn pour l'Egypte, il avait ordre 
de l'attendre à Gabès pour continuer avec elle. Mais le 
gouverneur de cette dernière ville reçut une lettre aux 
termes de laquelle il ne devait laisser pénétrer personne 



(1) L'éditeur a fautivement supprimé le ben qui précède ce mot, 
ainsi que le prouve 17/. des Berb. (n, 46), qiw place à l'année 446 la 
mort de ce chef, tandis qu'ailleurs ou trouve 445 (Ibn el-Athir, p. 461 h 

(2) En arabe cherb, mot dont le sens a été précisé par Karabacek, 
ap. Fleischer, Kleinere Schriften, n, 573. 

27 



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.*FÇ**L 



- 418 - 

auprès de lui pour lui rendre visite ou le saluer, ni lui 
permettre de quitter son logement avant le jour de son 
départ de Gabès. Le juriste. partit donc peu rassuré, 
et fut en effet tué en route. Il faisait des exhortations 
morales qui attiraient le peuple autour de lui et qui 
étaient écoutées (avec empressement), car il parlait bien 
et était caustique ; aussi El-Mo c izz était-il sur ses gardes 
vis-à-vis de lui. Or quelques fakirs da K'ayrawân étant 
allés l'entendre recueillirent certaines paroles malson- 
nantes à leurs oreilles et les dénoncèrent au prince, qui 
ordonna en conséquence son exil et sa mort. Le père du 
défunt était alors dans la grande mosquée de-Miçr à faire 
des exhortations morales, et ce fut là qu'il apprit la mort 
de son fils. Il se rendit en pèlerinage cette année-là, et 
Ton dit qu'il criait en faisant la promenade circulaire 
autour de la Ka c ba : « O Seigneur ! tu as El-Mo c izz à pu- 
nir ; ô Seigneur ! punis Ibn Bàdis. « Cette invocation fut 
la cause de la ruine du royaume de ce prince et de la 
destruction de sa capitale K'ayrawân, car la déroute qui 
le frappa se produisit le lendemain du jour où cette 
prière fut adressée au ciel, et ce fut la l'origine de la 
ruine de K'ayrawân. Personne ne douta que la prière 
n'eût été exaucée. 

En 443 (14 mai 1051), on revêtit à -K'ayrawân les vête- 
ments noirs et Ton dit les prières au nom des A-bbasides. 

En djomàda II (octobre-novembre 1051), dit Ibn Che- 
ref, El-Mo f izz fit appeler des teinturiers et leur donna 
des étoffes blanches provenant du fondouk des toiles 
pour les teindre en noir, ce dont ils s'acquittèrent parfai- 
tement ; [P. 292] des tailleurs les transformèrent ensuite 
en vêtements, et tous les juristes et les kàdis appelés au 
palais, ainsi que les prédicateurs de K'ayrawân et tous 



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- 419 - 

les muezzins s'en revêtirent. Tout ce monde alors descen - 
dit, suivi par le sultan à cheval, et arriva à la grande 
mosquée; le prédicateur monta en chaire et prononça 
un prône où il fut fait des émirs un éloge aussi pompeux 
de forme que sérieux de fond, puis la bénédiction divine 
fut appelée sur la tête d'Aboû Dja e far c Abd Allah el- 
K'âim bi-amr Allah TAbbaside, du sultan El-Mo c izz ben 
Bâdis et enfin du fils et héritier présomptif de celui-ci ; 
après quoi il prononça des injures et des malédictions 
contre les Obevdites chiites. 



Détails sur les Obeydites. 

Voici comment parle Aboû r Abd Allah Moh'ammed 
ben Sa c doûn ben c Ali< 1 ) dans son ouvrage où il présente 
aux K'ayrawâniens ses condoléances à propos des épreu- 
ves subies par eux à la suite des troubles et des vicissi- 
tudes des temps : « Il y a, dit-il, un chapitre où je parle 
des premiers fondateurs de cette fausse doctrine qu'ins- 
tituèrent c Obeyd et ses enfants et des mobiles auxquels 
ils obéirent; dans un autre, je parle de l'envoi qu'ils 



(1) Cet auteur est traité de « dévot calomniateur » par de Goèjo 
(Mémoires sur les Carmathes, Leide, 1886, p. 158). 11 est fort rare- 
ment cité, mais j'ai retrouvé son nom dans un fragment manuscrit 
intitulé <^_>bV^ cJ-^ d'un certain 'Abd Allah ben Mohammed ; il y 

étant 

titre qu'on retrouve un peu délayé dans les expressions de l'auteur 
du Bayân (f. 84 v° de mon ms, qui est daté de 828 H.). Aboù 'Abd 
Allah Mohammed ben Sa'doùn ben 'Ali K'nrawi était un juriste habile 
qui étudia à K'àyrawàn, à la Mekke et en Egypte ; il écrivit divers 
ouvrages de droit, s'occupa de commerce, parcourut l'Espagne et le 
Maghreb et s'y livra à l'enseignement; il mourut à Aghmàt en 486 
(ms 851 d'Alger, f. 31 v° ; cf. IbnFarhoûn, ms 5032 de Paris, f. 116 v). 



est appelé le fakîh lbn Sa'doûn Kayrawàni et désigné comme et 
l'auteur du ^U^-dLH ^Jojoo J.a\ ^1* ^jj^ U-> <^U^ft Jjb\ ^ 

tîfi*o m**r\n i.ûtnrkii va un nnn Hôlairô rlana Iac ovm>nccînna Ae* Pont 



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- 420 - 

firent partout de leurs cavaliers et de leurs missionnai- 
res à l'effet de prêcher leurs doctrines ; un autre est con- 
sacré à l'origine d ,<r Obeyd, à sa prétention controuvée 
de descendre du Prophète et aux motifs pour lesquels il 
devint rnaitre de tout le Maghreb. » Puis il continue 
ainsi : a Le premier fondateur de la doctrine est le grand- 
père d v Obeyd, c'est-à-dire le maudit c Abd Allah ben 
Meymoim K'addâh' AhwâziO). A son père Meymoûn se 
rattache la porlion des partisans d'Aboû'l-Khat't'àb* 2 ) 
connus sous le nom de Meymoûniyya. » Cet auteur parle 
aussi des théories d ,c Abd Allah, « qui se prétendait pro- 
phète et qui se cacha pour échapper à la mort qui le 
menaçait ; il s'enfuit ensuite et erra de côté et d'autre, 
toujours cachant son nom et sa croyance, de crainte 
d'être mis à mort. Il finit par mourir en Syrie de la plus 
vilaine maladie, et l'on fut débarrassé de lui. Un certain 
nombre de ses compagnons furent pris et massacrés 
tous ». A propos de leurs missionnaires et de ce qui leur 
arriva à eux et à ceux qu'ils séduisirent, il dit qu'a il y en 
eut notamment deux, dont l'un était En-Neddjàr Koûnvi, 
qui, partis de Syrie, conquirent le Yémen; mais Dieu 
frappa [P. 293] l'autre d'un ulcère qui lit tomber son corps 
en lambeaux et fut cause de sa mort. Il laissa un fils qui 
écrivait à ses adhérents a de la part du fils du Maitre des 
mondes ». Ibn K'oçeyr, qui marcha contre lui, put, grâce 
à Dieu, le vaincre et le tuer ; puis il pénétra dans la ville 
de cet hérétique, la pilla et en réduisit les femmes et les 
enfants en esclavage. Quant à Koiïmi, Dieu le frappa 
d'une maladie interne: les intestins lui sortaient par 



(1) Cf. Annales, p. 272 ; ci-dessus, p. 219. 

(2) C'est-à-dire Mohammed ben Aboù Zeyneb {Annales, p. 277; 
Dwses, intr., pp. 49 et 79ï. 



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- 421 - 

l'anus, et il finit par en mourir ». Cet auteur rapporte qu'il 
y avait nombre (de ces missionnaires) aussi bien en Sy- 
rie que dans le -Bahreyn. Il continue : « Le promoteur de 
cette .infidélité fut c Abd Allah ben Meymoûn el-K'addàh', 
qui avait été le compagnon de K'armat'Wet avait écouté 
l'appel que lui avait adressé celui-ci, d'embrasser sa 
doctrine. Le mépris qu'ils témoignaient pour la religion 
vint à la connaissance de tout le monde, et l'on raconte 
une foule de choses à ce propos. L'un de ceux qui pn> 
duisirent au grand jour et publièrent cette doctrine fut 
Aboû c Obeyd Djennâbi< 2 ) lors de la conquête qu'il fit du 
Bah'reyn : il dispensa ses adhérents de l'observation de 
toutes les règles divines, permit ouvertement la forni- 
cation, la sodomie, le mensonge et l'usage du vin, et 
cessa la récitation de la prière. Ainsi agit aussi Içba- 
hàni : il défendit aux pages (gholmân) de résister à ceux 
qui pourraient avoir envie d'eux, et établit comme règle 
la peine de mort infligée à celui qui ne se laisserait pas 
faire. Il y avait une nuit, appelée imâmienne, où ses pro- 
pres femmes et celles de ses adhérents étaient confon- 
dues, et le nom ^enfant des frères était donné à celui 
qui était conçu dans cette orgie. 

L'Obeydite d'Egypte El-H'âkim prétendit être Dieu 
et chargea un homme qu'il appela hâdi (directeur) d'in- 
viter le peuple à adopter cette croyance; un autre Obey- 
dite, Ma'add, se prétendit prophète et fit crier du haut 
du minaret de la grande mosquée de K'ayrawân : « Je 



(1) H'amdàn ben Àeh'ath, surnommé Karmat (Ibn el-Athir, vu, 
311 ; Religion des Druzes, inlr., p. xx et clxix). 

(2) Il faut lire Àboii Sa'id el-Hasan ben Behram Djennàbi ; ce per- 
sonnage établit son autorité dans le Bahreyn' en 285 (Ibn el-Athir, 
vu, 240 *, de Sacy, Religion des Druzes, intr f , p. xxi et ccxi, etc.). 



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-*-? 



~ 422 - 

témoigne que Ma c add est l'Envoyé d'Allah. » Cela jeta le 
trouble chez les habitants, qui furent terrifiés, et il dut 
les faire tranquilliser par ses agents. Mais les mission- 
naires qu'on envoyait au dehors avaient ordre de faire 
montre d'islamisme et de bonnes œuvres jusqu'au mo- 
ment où ils étaient assez forts pour agir à leur guise. 

c Obeyd Allah, qui se fit appeler Mahdi, avait Sa c id 
comme nom véritable, mais il prit celui d' c Obeyd Allah 
pour cacher, vu les recherches dont il était l'objet, ses 
relations^ avec El-H'oseyn ben Ah'med ben Moh'am- 
medW. Ce Moh'ammed [P. 294] avait un fils surnommé 
AboûVSela f la c ( 2 ) ben c Abd Allah ben Meymoûn K'ad- 
dàh', qui envoya au Maghreb, en qualité de missionnai- 
res, deux frères, lesquels s'installèrent dans la tribu des 
Kotâma pour y prêcher leur doctrine. L'un, H'oseyn, 
avait pour prénom Aboû c Abd Allah Chi c i et on l'appela 
l'instituteur (mo c allim), et l'autre, Aboû'l- c Abbâs, fut 
surnommé le censeur (moh'tesib)( 3 ). Nous avons déjà 
parlé de l'un et de l'autre. Tous les deux, s'affublant d'un 
masque de piété et de réserve, arrivèrent, à l'aide du 
mensonge et de la tromperie, à conquérir les diverses 



(1) C'est là le nom d'Aboù 'Abd Allah Chi'i (voir lbn el-Athir, 
p. 280, et la note 3 ; Druzes, intt*., p. 453), et j'ai interprété en consé- 
quence. Si cependant notre texte est correct, ce qu'il dit ensuite de 
Moh'ammed et de ses fils ne parait pas concorder avec ce qu'on trouve 
ailleurs au sujet de généalogies d'ailleurs confuses {Religion des 
DruseSy intr., pp. 252, 257 et 453 -, lbn el-Athir, L l. ; de Goeje, Mém. 
sur les Carmathes du Bahraïn> notamment p. 158). 

(2) Ordinairement orthographié Aboù'ch-Chelaghlagh, ainsi que 
l'a fait encore de Goeje, 1. 1. p. 20. 

(3) D'après un autre dire, c'est Aboù 'Abd Allah qui aurait été 
appelé moh'iesib à raison des fonctions de lieutenant de police qu'il 
aurait remplies à Baçra {Berbères, h, 509 ; Djouweyni, ap. Defrémery, 
Ismaéliens de la Perse, p» 35). 



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- 423 - 

régions d'Ifrik'iyya. Aboû f Abd Allah se rendit à Sidjil- 
massa, où il tira c Obeyd de la prison où celui-ci était 
renfermé et lui remit alors l'exercice du pouvoir; il fut 
peu de temps après tué par les fils de son frère (*). 

A son arrivée à RakVâda, ce maudit c Obeyd Allah fit 
enlever par ses agents à K'ayrawân Aboû Ish'àk Ibra- 
him ben Moh'ammed, connu sous le nom d'Ibn el-Ber- 
dhoûn, ainsi qu'Ibn Hodheyl. Quand ces deux hommes, 
savants humblement soumis à Dieu, lui furent amenés, 
il était assis sur son trône ayant à sa droite Aboû c Abd 
Allah Chi e i, à qui il devait sa royauté, et à sa gauche 
Aboû'l-'Abbàs, frère du précédent. Les deux frères leur 
dirent simultanément: « Rendez témoignage que celui 
devant qui vous êtes est l'Envoyé d'Allah ! » Les deux 
savants répondirent simultanément et dans les mêmes 
termes : « J'en atteste Allah, qui est le Dieu unique, 
quand cet homme viendrait à nous avec le soleil à sa 
gauche et la lune à sa droite, et que ces deux astres 
pussent parler et dire de lui qu'il est l'Envoyé d'Allah, 
nous autres nous ne le dirions pas ! » *Obeyd Allah les fit 
égorger et attacher aux queues des chevaux, puis couper 
en morceaux dans la grande rue de' K'ayrawân G). 

Aboû c Abd Allah Chi c i dit un jour au savant Aboû 
"Othmàn Sa c id ben el H'addàd : « Le Koran enseigne que 
Mahomet n'est pas le sceau des prophètes ( 3 >, car des 
mots « l'Envoyé d'Allah et le sceau des prophètes » 
(Koran, xxxiit, 40), il résulte que « le sceau des prophè- 



(1) 11 faut probablement lire : « peu de temps après il fut tué, ainsi 
que son frère » (Ilm el-Athir, p. 305; suprà, p. 227). 

(2) A la page 212 on trouve une autre version de la mort de ces 
savants. 

13) C'est-à-dire le dernier des prophètes, celui qui en clôt la série. 



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- 424 - 

tes » est différent de « l'Envoyé d'Allah. » Aboû c Othmàn 
répondit : « Cet et n'indique pas une proposition nou- 
velle, mais est simplement conjonctif, comme dans cet 
autre passage (Koran, lui, 3) : « [P. 295] Il est le premier 
et le dernier, le manifeste et le caché. » Il lui dit une 
autre fois : « Dieu enseigne que les Compagnons de Ma- 
homet apostasieront, (car il est dit) « Est-ce que, s'il 
meurt ou qu'il soit tué, vous retournerez sur vos pas ? » 
(Koran, m, 138). — C'est là une phrase d'interrogation 
dubitative, lui répondit Aboû Othmân, comme ailleurs 
(Koran, xxi, 35) : « Et si tu meurs, sont-ils donc éter- 
nels? ». 

Devenu maitre du pouvoir, c Obeyd Allah fit égorger 
le missionnaire Aboû c Abd Allah et son frère, de sorte 
que Dieu tira d'eux vengeance par la main même de 
celui pour qui ils avaient travaillé et commis des mas- 
sacres, de celui qu'ils avaient réussi à tirer de prison et 
à placer sur un trône. Ils ne restèrent avec lui qu'un an 
ou environ après la réussite de leurs efforts. Dieu per- 
mit ensuite à c Obeyd Allah de faire sentir sa force aux 
chefs Kotâma dont les services l'avaient mis en mesure 
d'arriver au souverain pouvoir, et il les mit tous à mort. 

Ses descendants continuèrent de régner pendant envi- 
ron trois siècles depuis la péninsule de Ceuta jusqu'à la 
noble ville de la Mekke, car ses gouverneurs arrivaient 
jusqu'à la pointe de Ceuta, de manière à apercevoir 
[seulement] cette ville, puis ils repartaient. C'est là une 
preuve de la faiblesse du monde et de son peu de valeur 
aux yeux de Dieu, puisqu'il a permis à ces impies per- 
vers d'infliger de terribles châtiments aux amis de Dieu; 
mais le grand rendez-vous sera la résurrection et Dieu 
sera le juge ! 



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-jT»; 



- 425 - 

Sous le règne d' c Obeyd Allah, un cheykh avec ses che- 
vaux se mit en voyage et il s'installa, pour passer la nuit, 
dans une mosquée avec ses bêtes: « Comment, dit-on 
aux voyageurs, pouvez-vous mettre vos chevaux dans la 
mosquée ? — Leurs excréments et leur urine sont purs, 
dirent-ils, puisque ce sont les chevaux du Mahdi. — Ce 
qui sort [du corps] du Mahdi, repartit le gardien du 
temple, n'est pas pur ; comment ce qui sort de ses che- 
vaux le serait-il ? » Alors, l'accusant d'avoir médit du 
Mahdi, ils s'emparèrent de lui et le. menèrent au prince 
qui l'envoya exécuter au dehors, un soir (veille de) ven- 
dredi; mais cet homme, près de mourir, lança une 
malédiction que Dieu exauça, car il frappa son meur- 
trier d'une vilaine maladie, dite des vers cucurbitains 
(tœnia): des vers semblables à des grains de courge, 
pénétrant dans son corps par l'anus, lui dévoraient les 
intestins et les parties avoisinantes. On lui apportait de 
grosses queues de mouton qu'il s'introduisait dans l'anus 
[P. 296] pour donner aux vers de quoi manger, et ainsi 
se procurer à lui-même un peu de soulagement ; quand 
on enlevait une queue, elle était entièrement dépouillée 
et on la remplaçait par une autre ; mais les vers, conti- 
nuant leur travail destructeur, finirent par lui dévorer 
les parties génitales, et il mourut. On apporta son cada- 
vre à Ibn Ahyad(?)Ghassâni, excellent lecteur du Koran, 
pour qu'il récitât le saint Livre, tandis que les fils 
d' c Obeyd rangés autour du cadavre pleuraient. 11 a 
raconté lui-même ceci : « El-BaghdàdK 1 ) m'ayant dit de 
commencer ma récitation, je cherchai ce que j'allais 



(1) Deux fonctionnaires désignés par cet ethnique ont été men- 
tionnés pp. 220 et 225. 



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— 426 - 

dire, et il ne me revint à la mémoire que les mots « // 
viendra avec son peuple au jour de la résurrection 
et il le fera descendre dans le feu, etc. » ( Koran, xi, 100). 
Je cherchais vainement autre chose, de sorte que je 
répétai ces mots plusieurs fois ; mais alors la peur me 
prit que, cessant leurs pleurs, ils ne remarquassent ce 
que je disais et ne m'envoyassent à la mort, et je m'es- 
quivai. » On raconte encore que la Pierre noire fut en- 
voyée à c Obeyd, à Mehdiyya, par le maudit Djennâbi et 
qu'au bout de peu de jours le prince mourut dans les 
conditions que nous avons dites. Quand son cadavre fut 
inhumé, la terre le rejeta ; on le replaça, mais il fut ainsi 
rejeté par trois fois. On dit à son fils AboiVl-K'àsim que 
la cause en était la dite Pierre, et on lui conseilla de la 
renvoyer où elle était. Il le fit, et le cadavre d ,<r Obeyd ne 
bougea plus de sa tombe W. 

Sou fils Aboû'l-K'àsim, qui lui succéda, fut toujours 
plongé dans la tristesse et le souci. Dieu suscita contre 
lui Aboû Yezid Makhled ben Keydàd, dont la rébellion 
fut couronnée de succès et qui massacra ses troupes, 
car, ainsi que nous l'avons dit, l'insurgé était soutenu 
par les musulmans (orthodoxes). Un vendredi, l'imâm, 
qui était Aboû Ibrahim Ah'med ben Mohammed ben 
Aboû'l-Welid, monta en chaire et prononça un prône 
éloquent pour pousser le peuple à faire la guerre sainte 
aux Chi c iles: » grand Dieu! dit-il, ce Karmate impie 
appelé e Obeyd Allah prétend à la divinité, niant tes bien- 



(1) La mise à sac de la Mekke et l'enlèvement de la Pierre noire 
sont de 317 ou de « l'année de Djennàbi », du nom du Karmate Aboû 
Tàhir qui en fut l'auteur. Mais ce qui est dit ici de la participation" 
d"Obeyd Allah est ou douteux ou faux (de Goeje, Carmathes, 104 et 
s., et 158 ; cf. Druzes y intr., ccxvm). 



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- 427 - 

faits et refusant d'admettre que c'est toi qui es Dieu ; 
Seigneur, secours-nous contre lui, délivre-nous de lui et 
de sa dynastie, prècipile-le dans les flammes de la gé- 
henne, ce qui est une funeste issueM, après avoir fait de 
lui [P. 297] un exemple terrestre pour ceux qui s'enquiè- 
rent et un sujet de conversation pour ceux qui viendront 
après nous. Anéantis sa secte, ô grand Dieu, et livre-la 
à la dissension ! » AboCfl-K'àsim mourut fatigué et le 
cœur brisé. 

Ismà c il, son fils et successeur , feignit d'abord de bien 
traiter le peuple ; mais quand son autorité fut consolidée 
et sa force bien établie, il voulut se venger des musul- 
mans à raison de la guerre qu'ils avaient laite à lui et à 
son père Aboû'l-K'âsim. Mais Dieu s'interposa entre lui 
et son désir, et exauça les malédictions des fidèles en le 
faisant périr de soif. 

Son fils et successeur Ma e add se donna pour prophète, 
ce qu'il fît proclamer par le muezzin du haut du minaret à 
K'ayrawân ; mais cela ayant excité les clameurs des fidè- 
les, il eut peur et envoya ses agents tranquilliser le peu- 
ple. Gela dura ainsi jusqu'à ce qu'il partit pour l'Egypte, 
où il introduisit l'inique et l'illicite. Dieu l'affligea d'hy- 
dropisie: quand on était assis à sa tête, on ne lui voyait 
pas les pieds, ses yeux coulaient et ses dents tombèrent, 
Dieu voulant faire de lui un exemple. Il mourut ensuite. 

Il eut pour successeur Aboù'l-Mançoûr Nizâr, sous le 
règne de qui furent prononcées les injures que l'on sait 
contre les Compagnons du Prophète. Cependant et si vil 
que fût le milieu auquel il appartenait, il eut la délicate 



(1) Allusion au Koran (iv, 115) : « Je le précipiterai dans la géhenne, 
ce qui est une funeste issue. » 



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- 428 - 

attention d'appeler à lui les savants de K'ayrawàn. Mais 
il eut alors à s'occuper des affaires de Syrie, pays pour 
lequel il dut partir; il mourut à Es-SebrW dans les latri- 
nes des bains. 

El-H'âkim, qui lui succéda, mit ouvertement en pra- 
tique la plupart de leurs croyances (*). Il fit entre autres 
choses élever une maison avec portes et cellules, munie 
de chaînes, et de menottes, et qu'il appela géhenne, de 
sorte qu'il faisait, comme il disait « mettre en géhenne » 
ceux de son entourage qui avaient commis quelque faute. 
Il fit inscrire dans les rues et les mosquées des paroles 
injurieuses contre tous les Compagnons, puis il envoya 
un missionnaire à la Mekke; mais celui-ci étant monté 
en chaire et ayant parlé dans le sens qu'on peut croire, 
fut assailli par les Benoû H'odheyl en masse, qui le 
mirent en pièces, brisèrent et émiettèrent la chaire. Il 
envoya ensuite un Khoràsânien de ses cousins, qui donna 
des coups de bâton sur la Pierre noire et qui fut égale- 
ment massacré sur place ; son cadavre fut déchiqueté, 
[P. 298] puis brûlé. Il envoya à Médine des émissaires 
pour fouiller le tombeau du Prophète ; mais à la suite 
du cri qui fut poussé « on fouille le saint tombeau », la 
population rechercha et saisit le coupable, qui fut mis à 
mort avec^ ses complices* 3 ). Il prétendit ensuite à la 
divinité, déclara qu'il n'y avait d'autre Dieu que lui; il 
chargea un missionnaire qu'il appela Mahdi et dont le 



(1) On fait ordinairement mourir ce prince à Bilbeys. Es-Sebr n'est 
d'ailleurs pas connu. 

(2) Sur ce prince voir la Chrest. de Sacy, i, 93 ; u, 191 ; Eaposé 
de la religion des Dr uses, et ci-dessus, etc. 

(3) Ce sacrilège fut commis en 400 et est raconté de deux manières 
différentes {Druzes, intr., p. 344). 



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- 429 - 

nom était H'amzaW, d'appeler la population à l'adorer, 
lui Hâkim. En 410 (8 mai 1019), H'amza rédigea la lettre 
[bien connue] qui fut lue au peuple, en présence d'El- 
H'âkim, et où il était dit — combien la gloire divine est 
au-dessus des efforts de ses détracteurs I — : « Louanges 
à notre seigneur El-rTàkim seul ! En ton nom, ô Dieu 
El-H'âkim qui établis le droit ! » Continuant sur ce ton, il 
disait: «Je me repose en mon Dieu le Prince des croyants, 
dont le nom soit exalté ! et c'est à lui que nous deman- 
dons secours en toutes choses. » Il poursuivait cette 
confusion dans le reste de la lettre, voyant en lui tantôt 
le Prince des croyants et tantôt la Divinité elle-même. 
On y trouvait également ceci : « Il m'a commandé d'abo- 
lir ce qui, dans les anciennes religions et dans les codes 
religieux effacés, ne doit plus être cru par vous », et d'au- 
tres choses trop longues à dire* 2 ). Il avait lait dresser 
au-dessus du palais un étendard rouge auprès duquel se 
rassembla une foule qui a été évaluée à quinze mille 
hommes; alors un Turc tua H'amza, et El-H'àkim fei- 
gnit que ce meurtre de son secrétaire avait eu lieu par 
son ordre W. Il allait très souvent la nuit monté sur un 
àne au Djebel Mok'at't'arn, et c'est dans une de ces pro- 
menades qu'il fut tué lui et son âneW. 
Après lui régna c Ali, surnommé Ez-Z'âhir, qui était 



(1) H'amza ben 'Ali ben Ahmed, véritable fondateur du système 
religieux des Druzes, est ailleurs appelé Hâdi, directeur {Druzes, 
intr , p. 387 et 432; ci-dessus, p. 421) ; le texte doit probablement être 
ici corrigé. On peut voir aussi le récit de Djemàl ed-Din ap. Wusten- 
feld, 205. 

(2) Cette lettre ne parait pas être comprise dans les pièces druzes 
analysées par de Sacy (Druzes, intr., 466 et s.). 

(3) Je n'ai pu retrouver nulle part de mention de cette affaire. 

(4) Le récit des circonstances où il périt est donné tout au long 
dans les Druzes, 406 et s. 



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- 430 —_ 

entièrement adonné à la boisson. Il portait des vête- 
ments féminins, et les hommes, quand ils le voyaient 
marcher dans un groupe de femmes, le prenaient pour 
Tune d'elles. Frappé d'hydropisie, il devint comme un 
véritable ballot et mourut W. 

Son successeur Ma'add, surnommé El-Mostançir, tan- 
tôt ordonnait et tantôt défendait d'injurier [les Campa- 
gnons du Prophète], Rattachant dans ce dernier cas à 
tranquilliser le peuple. Quand il marchait avec ses 
troupes, il se faisait précéder de joueurs de flûte et 
d'hommes qui récitaient des vers. On raconte qu'il 
envoya un émissaire écrire sur les voiles de la Ka c ba, 
par une nuit obscure, des injures à l'adresse des Com- 
pagnons ; l'émoi fut grand le lendemain matin quand les 
fidèles les découvrirent, et cela leur fit verser d'abon- 
dantes larmes. Ce fut, dit Ibn Sa c doùn, leur principe 
fondamental d'afficher des idées religieuses et de [faire] 
le bien jusqu'au jour où ils devenaient les plus forts. » 
C'est ici que j'arrête les faits que j'ai extraits [P. 299] 
de l'ouvrage d'Ibn Sa c doûn. 

D'après Ibn el-Kat't'ân, les Obeydiles sont un groupe 
râfid'ite et font remonter leur origine à c Ali ; mais la 
plupart de leurs croyances sont impies. 

A El-Mostançir ben ez-Z'ûhir succéda [en 487] son fils 
El-Mosta f li, dont l'administration, mais non la religion, 
fut moins ambiguë que celle de ses prédécesseurs. 

Après sa mort et quand [postérieurement] son vizir El- 
Afd'al eut été mis à mort( 2 ), toute l'autorité fut exercée 



(1) Il mourut de la peste en 427, d'après Wustenfeld, p. 226. 

(2) C'est El-Amir qui fit massacrer, à la fin de ramadan 515, le vizir 
El-Afd'al ben Bedr el-Djemàli, émir el-djoyoûch (Ibn el-Athîr, x,416; 



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- 431 - 

par son fils El-Amir bi-h'okm Allah 0), qui était entêté, 
tyrannique, injuste et violent. On vit souvent alors les 
prétentions injustifiées l'emporter, l'oppresseur soutenu 
contre l'opprimé et recevant de l'aide dans ses méfaits. 
Le prince avait pris pour satisfaire à ses honteuses 
passions deux jeunes gens du plus joli visage, et à cha- 
cun desquels il donnait quotidiennement mille dinars. 
Il organisait des fêtes au cours desquelles on pouvait 
faire toutes les choses interdites, et un bon croyant 
devait bon gré mal gré voir de ses yeux transformer 
Tillicite en licite. 

Après lui régna c Abd el-Medjid, surnommé El-H'âtiz' 
li-dm Allah ben el-Mostançir, à qui il fut prêté serment 
le jour du meurtre d'El-Amir [en 524], et dont le nom fut 
prononcé au prône. Son vizir fut Aboû c Ali Ah'med ben 
El-Afd'al [ben Bedr el-Djemâli] émir el-djoyoûch\ mais 
Aboû c Ali exerça ensuite le pouvoir par lui-même. 
Dans la période qui s'écoula de 526 à 532 (fin 1131 à 1137), 
il fut commis d'infâmes trahisons et des faits honteux, 
par exemple, le meurtre d'El-Amir, les troubles occa- 
sionnés par son meurtrier H'irz el-Moloûk( 2 ), le meuftre 
de celui-ci, l'exercice du pouvoir par Ibn el-Afd'al et sa 



Wustenfeld, p. 289 ; Defrémery, Rech. sur les Ismaéliens, dans le 
J. As., 1854, i, 403). 

(1) On dit ordinairement El-Amir hi-ahkâm Allah. 

(2) Au lieu de jjr^JltJlj -a» lecture qu'on retrouve encore plus 
loin, on lit dans Makrizi (Khitat, éd. de Boulak, i, 357 ; n, 17 et 291) 
^)UJ\ AjJb ou ii^UJVj^ib qui est le nom d'un des deux mam- 
louks qui portèrent * Abd el-Medjid au trône après le meurtre d'El- 
Amir par des Nizâriyya, meurtre qui est du 4 (ou du 14) dhoûM- 
kada 524 (ib. n. 182 et 291; lbn el-Athir, x, 467; Defrémery, Mëm. 
d'hist. or. y p. 240, et Nouvelles recherches sur les Tsm., p. 43 ; Wus- 
tenfeld, Fatim., 298). 



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- 432 - 

miseit mort, la reprise de l'autorité par c Abd el-Medjid, 
les difficultés qu'il eut avec Yànis et comment il se 
débarrassa de lui en allant le voir pendant sa maladie (*>, 
l'exercice du pouvoir par H'asanΠben'Abd el Medjid, 
la révolte qui éclata contre ce dernier et son suicide 
par le poison, enfin, le retour d' c Abd el-Medjid au 
pouvoir. 

Reprenons maintenant la suite de notre récit. En 443 
(14 mai 1Ô51J, la nouvelle arriva que Moh'ammed ben 
Dja'far KoûmK 3 ) était nommé [P. 300] kâdi en Egypte et 
avait reçu les surnoms honorifiques de grand kâdi et 
de grand missionnaire : « Dieu nous préserve, dit Ibn 
Cheref, du châtiment final, car ainsi le kâdi du peuple 
[orthodoxe] était l'un d'eux et suivait leur foi », c'est-à- 
dire celle des Chi c ites. 

On reçut à K'ayrawân une lettre par laquelle l'émir de 
Barka, Djebbâra ben Mokhlâr f Arabi, annonçait sa sou- 
mission à El-Mo c izz ben Bâdis; il ajoutait que lui et les 
habitants de celle ville avaient livré aux flammes les 



(1) Le texte me parait corrompu et je ne peux, en dehors de la 
correction ï>^*4 le reconstituer. Ma traduction des brèves allusions 
de notre texte repose sur le récit de Makrizi (Khitat, n, 16 et 17) : 
Yànis, devenu vizir du khalife, eut dos diflicultés avec le prince, 
qui lui fit administrer par son médecin un poison dont les effets se 
portaient sur les intestins, puis sur le conseil de ce médecin il rendit 
visite à son ministre, qui se leva pour le recevoir, et par ce mouve- 
ment ainsi que par son attitude debout provoqua la chute de ses 
intestins. 

(2) Le texte porte « Hoseyn », que j'ai corrigé d'après lbn el-Athir 
et Makrizi. Ce prince ne se suicida pas, mais fut empoisonné, ainsi 
que le racontent ces auteurs. Voir d'ailleurs Wûstenfeld, p. 306. 

(3) Dans la liste que donne Soyouti (ap. Wûstenfeld, 252) des vizirs 
et des grands kàdis de cette époque, en Egypte, on ne trouve un ■ 
Moh'ammed ben Dja'far Maghribi, le même sans doute que notre 
personnage, que parmi les vizirs. 



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- 433 - 

chaires d'où Ton avait prié pour les Obeydites ainsi que 
leurs drapeaux, qu'ils s'étaient soustraits à leur autorité 
en les faisant maudire du haut de la chaire et faisant la 
prière au nom de TAbbaside El-K'à'im bi-amr Allah. 
C'est alors que commencèrent les troubles d'Ifrik'iyya. 

Grands troubles qui aboutissent à la ruine de K'ayrawân. 

Quand, dit Ibn Cheref (*), on en vint à maudire publique- 
ment les Obeydites du haut de la chaire et qu'El-Mo c izz 
ben Bâdis eut donné Tordre de massacrer leurs adhé- 
rents, les Obeydites permirent aux Arabes de franchir le 
Nil [et de passer en Ifrik'iyya], ce qui leur avait été 
interdit jusque-là d'une manière absolue. On donna un 
dinar à chacun de ceux qui le passaient, et quantité le 
firent sans y être nullement contraints, car le. prince 
savait que toute recommandation était inutile. Les Ara- 
bes passaient par troupes entières et 'allèrent. s'établir 
dans la région de Barka. Cette, situation durait depuis 
quelque temps quand Mounis ben Yah'ya Riyâh'i alla 
trouver El-Mo c izz, qui était dégoûté de ses frères les 
Çanhâdja, et qui, poussé par une haine secrète, voulait 
leur substituer d'autres guerriers, bien qu'il n'en eût 
rien laissé transparaître^). Il vit avec plaisir l'installa- 
tion auprès de lui de Mounis, personnage d'importance 
chez les siens, brave et intelligent, et le consulta sur le 



(1) Cet auteur, déjà cité, ne peut être que l'Aboù 'Abd Allah ben 
Cheref (Mohammed ben Aboû Sa'id ben Ahmed Djodhàmi) des mss 
2327 de Paris, f° 43 v°, et 3331, f° 34. 

(2) Sur l'invasion de l'Afrique par les Arabes, voir 17/. des Berbè- 
res, i, 30; n, 21 ; Ibn el-Athir, p. 456; Tidjàni, Journ. As., 1852, H, 88, 
etc. Les faits ne sont pas exposés partout de la même manière. 

2* 



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- m - 

projet de composer son djond des Riyâhides ses cousins. 
Mais Mounis le lui déconseilla, lui représentant combien 
ils étaient peu unis entre eux et indisciplinés. Néan- 
moins El -Mo'izz insista et finit par lui dire: « Tu veux 
rester seul par jalousie contre ta tribu. » Mounis alors 
se décida à aller trouver ses contribules, non sans avoir 
renouvelé ses avertissements et pris à témoin plusieurs 
conseillers du prince. Quand il les eut rejoints, il leur 
fit savoir par proclamation [P. 301] qu'ils eussent à se 
réunir autour de lui; ses promesses excitèrent leurs 
convoitises, et il leur dépeignit d'ailleurs la grandeur 
d'âme du prince et les bienfaits qui les attendaient, puis 
il partit à. la tête d'une petite troupe qui ne connaissait 
aucune des jouissances de la vie et n'avait jamais vu de 
centre habité. A la première bourgade que ces gens ren- 
contrèrent, ils se crièrent les uns aux autres que c'était 
là K'ayrawân, et ils la livrèrent aussitôt au pillage. 

Cette affaire connue à K'ayrawân fit une vive impres- 
sion sur El-Mo c izz, qui dit que c'était un coup monté par 
Mounis pour prouver la vérité de ses dires et montrer 
que ses avertissements étaient fondés, et qui en consé- 
quence fit arrêter ses femmes et ses enfants et apposer 
les scellés sur sa demeure en attendant de savoir exacte- 
ment son rôle en cette affaire. La connaissance du trai- 
tement infligé à ses femmes et à ses enfants fut une très 
pénible épreuve pour Mounis, qui s'écria : « C'est moi 
qui ai donné le premier avertissement et sur qui ensuite 
l'on retombe, que l'on rend responsable de la faute ! » 
Il se montra dès lors le plus acharné de tous à faire du 
mal, et c'était lui d'ailleurs qui connaissait le mieux les 
points faibles de K'ayrawân. Le sultan leur envoya alors 
des juristes porteurs de lettres où il leur adressait des 



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- 435 — 

recommandations et leur proposait des conditions, en 
les informant en outre qu'il avait fait renvoyer les fem- 
mes de Mounis; il fut conclu des conventions et dressé 
des actes authentiques relatant leur soumission. Les 
Arabes en conséquence envoyèrent (à K'ayrawân) cer- 
tains de leurs cheykhs ; mais ensuite ils violèrent leurs 
conventions avec le sultan et semèrent la dévastation 
partout. 

Faite d'El-Mo'izz ben Bâdis devant les Arabe». 

Ce fut lors de la Fête des victimes de cette année (U 
qu'eut lieu le terrible événement et l'affaire irréparable. 
Le sultan, célébrant la fête le lundi, partit le matin du 
dit jour pour une bourgade connue sous le nom de Benoû 
Hilàl. Comme au milieu du jour il apprit que la bande 
des Arabes s'approchait au complet, il donna l'ordre de 
camper dans une région difficile et coupée de ruisseaux ; 
ce mouvement n'était pas terminé que tous les Arabes 
fondirent sur eux comme un seul homme. Bien que son 
armée se débandât, El-Mo c izz résista jusqu'à ce que les 
lances des Arabes fussent près de le frapper, et quantité 
d'esclaves de sa garde noire sacrifièrent leur vie pour 
lui; quant aux Benoû Mennâd, aux Çanhâdja et aux 
autres Berbères, [Pi 302] tous s'enfuirent. Les Arabes 
mirent leurs tentes au pillage et occupèrent le camp d'Kl- 
Mo c izz, où ils trouvèrent en or, argent, marchandises, 



*, (1) C'est-à-dire de l'année 444, ainsi que le dit TidjAni en termes 
exprès, autrement dit le 1 er avril 1053. La date du 24 avril 1051 (trad. 
d'ibn el-Athîr, p. 459) est une erreur de concordance provenant 
de ce que ce chroniqueur parle de la bataille de Hayderàn sous 
l'année 44^. 



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meubles, chaussures et affaires de toute sorte des quan- 
tités dont Dieu seul sait l'importance : il y avait plus de 
dix mille tentes et objets analogues, environ quinze mille 
chameaux et plus de mulets qu'on ne saurait dire, si 
bien qu'il ne resta à chacun des hommes du djond rien, 
ou à peu près, qui eût quelque valeur. La plupart arri- 
vèrent -à la montagne de H'ayderànf 1 ), et s'y dispersèrent 
tout d'abord pour ensuite se chercher les uns les autres. 
Les K'ayrawâniens, qui ne savaient rien, attendaient 
tout parés quand, le surlendemain de la fête, arrivèrent 
avec Ibn el-Bawwâb deux cavaliers accablés de tris- 
tesse, la tête perdue et dans un état qui rendait toute 
question inutile. On s'enquit du sultan, que Ton apprit 
être sain et sauf et qu'on vit presque aussitôt arriver à 
son palais avec son fils; après lui arrivèrent ses soldats, 
isolés ou par groupes, mais beaucoup ne le rejoignirent 
pas ; on sut ce qu'étaient devenus les uns, on n'eut pas 
de nouvelles des autres, mais on apprit que les Arabes 
avaient fait de nombreux prisonniers, Çanhàdja et 
autres. Selon Ibn Cheref, il y eut quatre-vingt mille 
cavaliers mis en déroute et un nombre proportionné de 
fantassins. Les Arabes avaient trois mille cavaliers et 
la quantité correspondante de fantassins. e Ali ben Rizk', 
dans une kaçîda commençant par : 

" [T'awil] L'image d'Omeyma est venue me visiter au milieu 
de la nuit, alors que les pieds des montures avançaient d'un 
pas rapide, — , 

dit à ce propos : 



(1) Ce nom, que je retrouve pas sur la carte, est aussi écrit Djen- 
derân et Djendar ; voir Ibn el-Athir, p. 458, où les péripéties de la 
lutte sont autrement exposées. 



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- 437 - 

Si quatre-vingt mille d'entre vous ont fui devant trois 
mille, pareil fait doit servir de châtiment exemplaire 0). 

Les Arabes arrivèrent alors dans les environs de 
K'ayrawàn, et le premier d'entre eux qui se présentait 
devant une bourgade se nommait et accordait une sauve- 
garde en livrant son bonnet ou quelque morceau d'étoffe 
sur lequel il traçait [P. 303] un signe attestant à ceux qui 
le suivraient qu'ils avaient été devancés. Pendant deux 
nuits, les K'ayrawâniens restèrent livrés à une crainte 
dont Dieu seul connaît l'intensité, dans l'ignorance où 
ils étaient du sort qui menaçait leur ville ; pendant deux 
jours, aucun d'eux n'osa entrer ni sortir, tandis que les 
chevaux arabes vaguaient en liberté dans les environs 
immédiats de K'ayrawàn, sous les yeux mômes des 
habitants. 

Le septième jour de la Fête des victimes, Te sultan 
sortit de la ville avec ses troupes du djond et la masse 
des habitants, sans toutefois les mener au-delà du Mo- 
çalla ; mais alors les Arabes, revenant sur les lettres de 
sauvegarde qu'ils avaient données aux habitants des cam- 
pagnes, se mirent à les piller, et comme ceux-ci se réfu- 
gièrent à K'ayrawàn, le sultan fit livrer au pillage tous 
les champs entourant K'ayrawàn et Cabra, autrement 
nommée Mançoûriyya, chose dont les musulmans se 
réjouirent fort et où ils virent une aubaine. Cette der- 
nière ville finit selon ce que Dieu avait arrêté à raison 
de sa corruption et [lacune]. , 



(1) Ces vers se retrouveut ailleurs et présentent des variante^ ; 
notamment on lit trente mille au lieu de quatre-vingt mille {Berbè- 
res, i, 35; Ibn el-Athir, p. 459 ; Tidjàni, J. As., 1852, n, 94). On les 
attribue aussi à 'Abd el-'Aziz ben Cheddâd. 



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- 438 - 

Le 17 dhoù'l-hiddja (9 avril 1053;, les cavaliers arabes 
se montrèrent à trois milles de K'ayrawân. Le sultan 
alors parcourut la ville à pied, exhortant la population 
à faire bonne garde et à élever les constructions néces- 
saires, en quoi il fut obéi. Il fit amener à K'ayrawân la 
masse du peuple et les boutiquiers de Cabra, dont on 
dut évacuer les boutiques, tandisque tous lesÇanhâdjites 
et autres militaires de K'ayrawân durent se rendre à 
Cabra et s'installer dans ces locaux. Cette mesure pro- 
voqua dans la ville un grand émoi et un très vif souci : 
en effet, les esclaves noirs et les Çanhâdja enlevèrent et 
arrachèrent les boiseries des boutiques et des galeries, 
et dans l'espace d'une heure ce centre important fut en 
ruines. 

La population, qui était en proie à de vives alarmes, 
vit le lendemain paraître les cavaliers arabes. Un ordre 
du sultan défendit aux troupes de se montrer sur les 
fortifications de Cabra. Je tiens, raconte IbnCheref, d'un 
témoin digne de foi, qui s'enfuit de K'ayrawân en ne 
marchant que de nuit et en se cachant dans le jour, que 
tous les villages sans exception par où il passa étaient 
détruits et incendiés; leurs habitants, hommes, femmes 
et, enfants, étalaient leur nudité devant les murailles, 
pleurant [P. 304] tous de faim et de froid. Les provisions 
cessant d'arriver à K'ayrawân, les marchés ne furent 
plus approvisionnés. Les Arabes, d'ailleurs, retenaient 
tous ceux qu'ils faisaient prisonniers et ne les relâchaient 
que contre rançon, tout comme pour les captifs chré- 
tiens; quant aux pauvres et aux misérables, ils les em- 
ployaient pour le service. 



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- 439 - 



Affaire du Bâb Toûuis, Tune des portes de K'ayrawân. 

Les Arabes ayant fait une attaque de ce côté, la foule 
sortit pour les combattre, qui avec des armes, qui avec 
un bâton insuffisant à chasser le plus petit chien. Aussi 
la charge que firent les cavaliers arabes resta-t-elle à 
leur avantage, car leurs sabres et leurs lances eurent le 
dessus : les Kayrawâniens tombèrent dans tous les sens 
et furent repoussés du bout dçs fours à briques jusqu'à 
cette porte, et ceux-là seuls échappèrent dont 'l'heure 
n'était pas venue. Ni morts ni vivants ne conservèrent 
d'ailleurs une loque suffisante pour couvrir leur nudité. 
Quand les Arabes se furent retirés, les morts furent 
enlevés par les soins de leurs parents, et alors les 
louangeuses et pleureuses firent entendre dans toutes 
les rues de la ville des cris, étalèrent un spectacle de 
nature à fendre le cœur d'une montagne. Les cadavres 
des étrangers restèrent sur place, et le nombre des 
blessés fut considérable: ces blessures étaient assez 
hideuses pour produire une profonde horreur, 'pour 
émietter le foie, faire fondre le cœur et le corps. On 
vit des fillettes au visage pâle et à la tête rasée se pen- 
cher sur les corps de leurs pères et de leurs frères, lors 
de ce jour de désastre, de cruautés et d'[horreurs] ; on 
n'avait à aucune époque ni dans aucun pays vu pareille 
chose I' On passa toute la nuit dans l'inquiétude et la 
désolation. C'est ici que s'arrête le récit résumé d'après 
Ibn Cheref. 



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- 440 - 

Nouvelle défaite des Çanhâdja dans la montagne de H'ayderan ; 
faite d'El-Mo'izz ben Bâdis. 

El-Mo c izz, dit Aboû'ç-Çalt, marcha contre les Arabes 
arrivant d'Orient et divisa ses troupes, dont il confia 
Tune partie) à Ibn Selboûn [lacune], 

[P. 305 ; redjez] Pour ce pouvoir d'un exercice difficile, ce 
fut un enfant de sept ans qu'il suscita et investit de ce soin. 

Il (El-Mo c izz) était brun, beau de visage, avait la voix 
forte, était de bonnes mœurs et perspicace en affaires. Il 
livra les Chi c ites à la mort et fit disparaître leur secte en 
Ifrik'iyya, fit maudire leurs princes dans les chaires de 
cette province tout entière, rendit à chacun des Com- 
pagnons les hommages auxquels il a droit et rétablit.la 
loi traditionnelle abandonnée depuis cent quarante ans. 

Débuts de la dynastie Çanhâdjite. 

Quand, à la suite de la conquête de l'Egypte par les 
Obeydites, Ma c add ben Ismâ41 voulut partir d'Ifrîkiyya 
pour se rendre dans ce pays, il appela Ziri benMennâd, 
qui avait dix fils, dont le plus jeune était Bologgin : 
« Fais venir, lui dit-il, tes enfants, car tu sais à quoi je 
pense pour eux et pour toi. » Ziri les appela donc, moins 
le cadet, alors que le destin ne voulait que celui-ci. Or 
Ma f add, qui avait de la science des prédictions une 
connaissance lui permettant de voir ce qui l'attendait et 
de distinguer les hommes de mérite d'entre ses princi- 
paux compagnons, savait quel indice marquait le lieute- 
nant qu'il avait, lui-même devant régner en Egypte, à 



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- 441 - 

laisser en Ifrik'iyya et au Maghreb. Ne trouvant cet indice 
sur la face d'aucun des enfants de Zirî : « N'as-tu, dit-il 
à celui-ci, astucieusement caché aucun de tes fils? — 
11 me reste un tout jeune garçon. — Je n'ai pas de cesse 
que je ne Taie vu, car je ne veux d'autre que lui! » En le 
voyant, il reconnut qu'il était prédestiné; "il confia aussi- 
tôt sa lieutenance au jeune homme qui, sur le champ, 
fut chargé de l'administration, qui inspira une crainte* 
refoulant les passions dans les cœurs, qui fit de lointai- 
nes expéditions et acquit un grand renom. Il poussa ses 
campagnes jusqu'à Ceuta, ce dont le récit serait trop 
long. Quand il eut répondu à l'ange de la mort, l'Ifrî- 
k'iyya passa à ses fils et arriva ainsi à El-Mo'izz ben 
Bâdîs, la gloire de sa" famille et le dernier de ces princes 
célèbres". Signalons la concordance curieuse entre les 
nom et prénom d'EI-Mo c izz Aboû Temim Ma'add ben 
Ismà'il l'Obeydite, l'homme aux prédictions, et El- 
Mo e izz Aboû Temim le Çanhâdjite. 

" Ce dernier marqua ses débuts et confirma, du moins 
il le croyait, son pouvoir par le massacre des Râfid'ites 
et l'envoi au Prince des croyants, alors régnant à Bagh- 
dàd, d'un message lui portant sa foi, [P. 306] en retour 
de quoi il reçut un vêtement d'honneur et un titre hono- 
rifique, d'après un plan qui tout d'abord le séduisit et lui 
fit oublier ce qu'en seraient manifestement les suites. Ce 
qu'ayant appris, le prince Obeydite, dont le ministre 
était alors Djerdjerâ'i, lui en fit subir les conséquences 
et décocha contre lui les traits de sa désapprobation. 
Aux tribus issues d' c Ainir ben Ça f ça c , les Zoghba, les 
f Adi, les Athbedj, les Riyâh et autres, établies dans le 
Ça c id, qui n'étaient pas autorisées à se déplacer ni à 
franchir le Nil, Djerdjerâ'i permit de réaliser sur EU 



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- 442 -- 

MoMzz des convoitises qui depuis longtemps les tourmen- 
taient et fixaient leurs regards. Il le couvrit ainsi d'un 
flot semblable à celui d'Irem et lança contre lui l'avilisse- 
ment de l'infortune. El-Mo c izz en prit d'abord une partie 
à son service et les accabla de ses bienfaits. Cela leur 
permit de se frotter de près aux diverses provinces, de 
s'insinuer auprès de ses guerriers, de bien examiner les 
points faibles, et alors, sa situation leur étant claire et 
son impuissance certaine, ils ouvrirent les hostilités et 
livrèrent les combats dont il a été fait un récit abrégé, 
qui le menèrent à sa perte et au cours desquels il fut 
assiégé. Cependant il leur faisait des largesses et les 
adjurait en invoquant la crainte de Dieu; il convint de 
mariages et donna plusieurs de ses filles à divers chefs, 
qui devinrent ainsi ses gendres et se constituèrent ses 
aides (*). Quand son âme rongée par les soucis eut défi- 
nitivement perdu tout espoir, il rassembla ceux qui 
dépendaient de lui, chargea sur des montures sa famille 
et ses meubles, et laissant le pouvoir à ceux qui l'avaient 
défendu et soutenu, il partit protégé par ses gendres 
contre des embûches possibles, et arriva ainsi à Meh- 
diyya, où il habita plus humble que le Soleil dans le 
signe de la Balance, plus méprisé que le pauvre assis 
sur son derrière. Nul de son temps n'avait été plus brave 
dans les combats, n'avait eu la main plus ouverte dans 
les bienfaits, n'avait mieux possédé la langue arabe, 
n'avait plus étudié les belles-lettres". 
On cite cet acte de libéralité par lequel il donna d'un 



(1) A propos de ces mariages, cf. ce que dit Ibn Khaldoûn {Berbè- 
res, i, 34 et 36 ; h, 21) ; voir aussi Tidjàni (l. I, 90; ./. À**., 1853, i, 371). 
— Je lis Aa*\ au lieu de Oa»\ du texte. 



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1-^1 



— 443 - 

coup à El-Montaçir ben KhazroûnW cent mille dinars, 
en outre d'une belle monture et d'un magnifique costume. 
Il avait l'intelligence vive, de la présence d'esprit, une 
pénétrante connaissance des divers modes musicaux et 
savait manier la prose et le vers. Il fut loué par nombre 
de poètes, [P. 307] à qui il ne ménagea pas les bienfaits: 
tels furent c Ali ben Yoûsof Toûnesi ( 2 ), Ya c la ben Ibrahim 
ArkochiO), Aboû c Ali ben RechikW, K'orachi, Ibn Cheref 
et d'autres dont rénumération serait trop longue, sur- 
tout si je citais de leur prose ou de leurs vers. Aboû'l- 
H'asan Khawlâni, connu sous le nom cTEl-H'addâcK 5 ), 
dit : a J'ai réuni une grande partie de son histoire et de 
ses combats, aussi bien que la description de sa sortie 
de K'ayrawân et de l'abandon qu'il fît aux Arabes de la 
plus grande partie de son royaume, dans une kaçîda qui 
débute ainsi : 

[T'awîl] La troupe était partie quand (ma monture ?) elle- 
même entreprit en chancelant son voyage nocturne, alors 
que les astres brillants avaient commencé à diminuer d'éclat. 

On y lit: 

Si ma constance, trompant la confiance que j'avais en elle, 



(1) Le bénéficiaire de cette libéralité est appelé El-Mostatiçir Zenàti 
par Ibn el-Athir (trad., p. 469), tandis qulbn Khaldoûn parle d'El- 
Montaçir ben Khazroûn, qui fut assassiné entre 460 et 470 {Berb., m, 
268). 

(2) Un article lui est consacré par Ibn FadM Allah (ras 2327 de 
Paris, f. 46 v°). 

(3) C'est-à-dire originaire d'Arcos de la Frontera, eu Espagne 
(Edrisi, p. 208). Mais il est appelé ailleurs el-Orbousi, originaire de 
Laribùs (ms 2327 de Paris, f . 78). 

(4) Aboù 'Ali el-H'asan ben Rechik K'ayrawàni (Ibu Khallikan, i, 
384 ; m, 387 ; Ibn el-Athir, tiad., p. 469). 

(5) D'après Tidjàni, AboCH-Hasan ben Mohammed el-Haddad ; 
voir infrà. 



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- 444 - 

m'a trahi, ce sont les tribus, ce sont ses partisans qui ont 
trahi notre Maître. S'il avait voulu rassembler les troupes 
des djond, barbares et Arabes auraient quitté leurs pays pour 
se joindre à lui ; mais il a fermé les yeux, car il savait ce 
que renferment à ce sujet les recueils de prédictions et les 
livres. 

Il ne resta à Mehdiyya qu'environ deux ans avant que 
son règne et sa vie prissent fin ; il mourut le samedi 
25 cha c bân 454 (2 septembre 1062) d'après Aboù'ç-Çalt. 
Comme il a été dit plus haut, Ibn Cheref le fait mourir 
en 455(D. 

Il eut pour fils Temîm, Nizàr, c Abd Allah, c Ali, H'am- 
mâd, Bologgîn, H'ammâma et El-Mançoûr. 

Quelques détails sur le règne de l'émir Temlm ben el-Mô'izz (2). 

« 

Né à Mançoûriyya en redjeb 422, il avait deux ans 
quand son père l'exhiba au peuple, monté sur un cheval 
et suivi des troupes, pour le promener dans les deux 
villes de K'ayrawân et de Mançoûriyya. Il avait vingt- 
trois ans quand, en 445 (22 avril 1053), il arriva au gou- 
vernement de Mehdiyya, qu'il conserva jusqu'à l'arrivée 
de son père chassé de Mançoûriyya. A l'approche de ce 
dernier, il marcha à sa rencontre avec les siens, mit pied 
à terre en l'apercevant, baisa le sol devant lui et le pré- 
céda à pied, en un mot, démentant par toutes ses 
démonstrations de soumission les mensongères et 
calomnieuses accusations de révolte qu'on avait lancées 



(1) Sur la daté de sa mort, qu'on place aussi en 452, voir lbn el- 
Athir, trad. p. 468. 

(2) Voir sur ce prince Ibn eNAthir, p. 470; Ibn Khallikan, i, 281; 
Berbères, il, 22. 



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- 445 - 

contre lui. [P. 308] Alors son père bénissant le ciel le fit 
remonter à cheval, et tous deux rentrèrent de compagnie 
à Mehdiyya, où El-Mo c izz descendit au palais. Ce fut son 
fils ïernîm qui continua de gérer les affaires de l'État. 

En 455 (3 janvier 1063), Temim conquit Sousse, dont 
les habitants, depuis qu'ils s'étaient révoltés contre son 
père [lacune]^) ; il leur fit grâce et miséricorde. 

En 456 (24 décembre 1063 j, Hammoù ben Melll Ber- 
gha\vàti,qui s'était révolté à Sfax, s'avança contre Meh- 
diyya avec des Arabes dont il s'était assuré le concours. 
A Cette nouvelle, Temim marcha contre lui, soutenu par 
de nombreux Arabes de Zoghba et de Riyàh', tandis 
qu'une portion des c Adi et des Athfredj étaient avec 
H'ammoû. A la suite du combat qui s'engagea, les sol- 
dats de ce dernier s'enfuirent et lesépées, s'abattant sur 
eux, y semèrent la mort^. 

En 457 (12 décembre 1064), Èn-Nâçir ben [ . . . ] H'ammàd 
subit une défaite complète. Il sjétait mis en campagne 
avec de nombreuses troupes composées de Çanhâdja, 
de ZenâlA, d' c Adi et d'Athbedj ; les Riyàh', les Zoghba 
et les Soleym le mirent en déroute, lui tuèrent beaucoup 
d'hommes et livrèrent au pillage ses tentes et ce qu'il 
possédait. Son frère El-K'âsim ben Ghilnâs( 3 ) périt éga- 



(1) Cette campagne contre Sousse en 455 est aussi rappelée ailleurs 
(Ibn el-Athir, p. 471 ; Berbères, u, 22; Tidjàni, J. As. f 1852, n, 130), 
mais dans des termes qui ne permettent pas de suppléer ce que la 
main du copiste, probablement, a laissé tomber. 

(2) La campagne contre Sousse et celle contre Hammoû sont pla- 
cées en 455 par Ibn el-Athir et par Ibn Khaldoùn ; Tidjàni place la 
seconde en 454 (voir Ibn el-Athit*, p. 471). 

(3) Ce nom est écrit 'Alennàs par Ibn el-Athir et Ibn Khaldoùn ; 
d'après une glose ajoutée au texte du Moscktabih de Dhehebi (p. 336) 
la forme correcte serait l Annâ8 ; un ms d'Ibn el-Athir (t. x, p. 31 n. 
du texte arabe) épelle 'Alnàs. Le traducteur de Tidjàni (J. as., 1853, 
i, 384) écrit Alnas. 



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- 446 - 

lement. L'une des principales causes de celte affaire fut 
les manœuvres de Temim à son égard (*). 

En 458 (2 décembre 1065), Temim envoya contre Tunis 
un fort corps d'armée qui assiégea cette ville pendant 
quatorze mois et qui la réduisit à l'extrémité. Puis il 
survint entre lui et Ibn Khorâsân W, chef de cette ville, 
un arrangement, aux termes duquel les assiégeants se 
retirèrent. 

En 459 ( 21 novembre 1066), eut lieu dans le Maghreb 
extrême la révolte de Moh'ammed ben Idris ben Yah'ya 
ben c Ali ben H'ammoûd H'asani, qui reçut de Melila un 
appel auquel il se rendit. Il fut soutenu par un groupe 
de Benoû Ourtedi de Melila et des environs. Il avait 
antérieurement été proclamé khalife à Malaga sous Je 
nom d'El-Mosta c li, et resta dans cette ville jusqu'à Tan- 
née 447 (1 er avril 1055), où Bâdis ben H'aboûs Çanhàdjî, 
prince de Grenade, eut le dessus sur lui et mit ainsi fin 
à la dynastie des Hamrpoûdites régnant alors en £]spa- 
gnç. Moh'ammed se tint alors caché à Alméria jusqu'au 
moment où il reçut l'appel qui lui fut adressé (de Me- 
lila). 

En 460 (10 novembre 1067), En-Nâçir ben Ghilnâs ben 
H'ammàd, qui avait avec lui les Athbedj comme contin- 
gent arabe, mit le siège devant Laribus et le poursuivit 
[P. 309] jusqu'à ce qu'il conquit cette ville ; il épargna 



(1) L'expression employée dans le texte est assez vague; comp. 
Berbères, n, 48; lbn el-Athir, 336; et Ylstibçâr, tr. (r., p. 33 (et cf. 
p. 214), où l'auteur a confondu Mançoùr avec son père Nâçir. 

(2) Il s'appelait 'Abd el-Hakk bon 'And el-'Aziz ben Khorâsân ; il 
reconnut l'autorité de Temim à la suite d'un siège de quatre mois, 
d'après Ibn Khaldoùn {Berbères, h, 22 et 30 ; comparez aussi le récit 
d'Ibn el-Athir (p. 478), qui n'est pas très net, et où ce chef est appelé 
Ahmed ben Khorâsân). 



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— 447 - 

les habitants, mais lit exécuter Ibn Mekràz, qui y gou- 
vernait M. 

La môme année, le dit En-Nâçir arriva à K'ayrawân 
et y fit son entrée avec les Arabes. 

En la même année, l'émir des Lemtoûna se rendit en- 
tièrement maître de l'autorité dans le Gharjj. Les tribus 
des Maçmoûda, le Der c a et Sidjilmâssa se soumirent à 
lui, et il battit les Zenâta qui étaient fixés dans ces ré- 
gions. 

En 461 (30 octobre 1068), En-Nâçir ben Ghilnâs ben 
H'ammâd retourna de K'ayrawân dans son chàteau-fort, 
car il eut peur des bandes d'Arabes [qui s'étaient coali- 
sées contre lui]. 

Aboû Bekr ben c Omar Lemtoûni commença à bâtir 
Merrâkech, ainsi qu'il sera dit en son lieu* 2 ). 

En 465 (16 septembre 1072), des bâtiments orientaux 
étant arrivés à Sfax, le sultan Temim ben el-Mo c izz 
envoya de Mehdiyya contre eux sa flotte, qui les anéan- 
tit. 

En 466 (5 septembre 1073) ou, selon une autre version, 
en 467 (26 août 1074), les Zoghba furent chassés d'ifri- 
k'iyya par les RiyâlV, qui vendirent K'ayrawân ( 3 ) à En- 
Nâçir ben Ghilnâs ben H'ammâd Çanhâdji, seigneur de 
la K'al c a (des Benoû Hammâdj. 

En 468 (15 août 1075), des Arabes venus de Bark'a 
s'installèrent autour de K'ayrawân. 

En 469 (4 août 1076), une grande disette sévit en Ifri- 



(1) La prise de Laribus en 460 est aussi rappelée par Ibn el-Athir. 
p. 479. Ibn Khaldoùn n'en parle pas. 

(2) Sur la fondation de Merrâkech, voir 'Abd el-Wàhid Marrakech i, 
tiad. p. 83. 

(3) Comparez Ibn Khaldoùn, Berb., n, 23, 



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- 448 - 

k'iyya, et une violente épidémie y enleva beaucoup de 
monde. 

En 470 (24 juillet 1077), Temîm ben El-Mo'izz fil la paix 
avec son cousin En-Nâçir, à qui il maria sa fille Bellâra (*) ; 
il la lui envoya de Mehdiyya en compagnie de nombreux 
soldats, d'argent, d'effets et de choses de valeur. 

En 474 (10 juin 1081), Temim mit le blocus devant 
Sfax( 2 ), dont les jardins connus sous le nom de Ghàba 
(forêt) lurent ravagés et anéantis par les soldats. 

En 470(24 juillet 1077), Temim avait investi son fils< 3 ) 
du gouvernement de Tripoli. 

En 476 (20 mai 1083), Mehdiyya fut assiégée par Màlik 
ben Ghaloûni* 4 ), qui vint camper sous les murs avec de 
nombreuses bandes d'Arabes. Temim dirigea contre lui 
une sortie qui mit son ennemi en déroute ; celui-ci dut 
s'éloigner de la ville et pénétra alors à K'ayrawân* 3 ). 

.En 479 (17 avril 1086), Temim assiégea simultanément 
les deux villes de Gabès et de Sfax ; jamais on n'avait 
entendu parler d'un double siège de ce genre ( f >>. 

En 480 (7 avril 1087), il y eut une éclipse complète de 



(1) Sur le sens adopté dans celte traduction, voir lbn el-Athir, 
p. 479, n. 4. 

(2) C'est du siège de Gabès et non de Sfax que parlent, sous Tannée 
474, lbn el-Athir, p. 480, et lbn Khaldoûn, H, 24. 

(3) Ce fils s'appelait Mok'alled, à ce que dit lbn el-Athir, p. 479, qui 
donne également la date de 470. 

(4) Ce dernier nom se lit Ghalhoûn deux pages plus loin, et l'édi- 
teur a, dans ses Corrections, adopté cette dernière lecture. lbn el- 
Athir lit Mâlik ben k Alewi Çakhri, p. 480 et 492 ; le traducteur de 
Tidjàni écrit Malek ben Aloua ben es-Sekhri (./. As., 1853, i, 373). 

(5) Ville d'où il fut bientôt expulsé {Berbères, n, 24 ; lbn el-Athir, 
p. 480). 

(6) Ce double siège, sur lequel lbn Khaldoûn garde le silence, est 
aussi mentionné par lbn el-Athir, p. 485. 



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- 44Ô - 

soleil, et les (ihrétiens arrivèrent devant Mehdiyya avec 
trois cents navires de guerre, sur lesquels étaient embar- 
qués trente mille guerriers^). 

[P. 310] Entrée des Chrétiens à Mehdiyya. 

Les causes de cet événement, en outre du décret divin, 
furent les suivantes: l'absence de Tannée du sultan, la 
soudaineté de l'arrivée des chrétiens, qui ne permit pas 
de rappeler les troupes et de prendre les dispositions 
nécessaires pour la résistance, le fait que les habitants 
étaient complètement dépourvus d'armes et d'approvi- 
sionnements, le peu de hauteur et l'état de délabrement 
des murailles, le refus de Temîm d'ajouter foi aux nou- 
velles qu'il recevait, l'impéritie d ,<r Abd Allah ben Men- 
koût, qui était ministre et qui s'opposa à ce que l'amiral 
sortît du port pour livrer une bataille navale et empêcher 
le débarquement. Toutes ces causes réunies amenèrent 
la prise des deux villes de Mehdiyya et de Zawîla, leur 
mise à sac, le massacre des habitants et l'incendie, évé- 
nements terribles dont le souvenir est encore vivant à 
Mehdiyya et dont tous les détails figurent dans la longue 
kaçîda d'Aboû'l-H'asan el-H'addâd ( 2 ), qui débute ainsi : 

[Monsarih'] Qu'importe que l'image de ma bien-airnée se 
présente ou non pendant mon sommeil, alors qu'entre nos 
paupières est le siège d'un grave mal ? Notre territoire a été 

(1) Ce paragraphe ainsi que le suivant sont traduits dans la Biblio- 
teca, ii, 32. Sur la prise de Mehdiyya, voir aussi Ibn Khaldoûn, n, 24 ; 
Ibn el-Athîr, p. 487; Tidjàni, /. As. : 1853, i, 374, 

(2) Nous avons vu plus haut le nom de ce poète, que Tidjàni appelle 
Aboù'l-Hasan ben Mohammed H'addàd et dont il cite également, 
avec des variantes, les quatre vers qui suivent, en outre de plusieurs 
autres (Amari, Biblioteca, n, 64). 

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>' - Wl 



<•* 450 - 

attaqué par un ennemi dont le nombrd" rivalise avec celui 
des sauterelles ou k des vers. De partout, ils se sont coalisés, 
— et plût au ciel que cela ne se fût pas fait ! — pour être 
vingt mille et la moitié en plus, puis sont tombés à Timpro- 
viste sur des gens qui avaient oublié leur science de la 
guerre. j 

! En 481 (26 mars 1088) mourut En-Nàçir ben Ghilnâs, à 
qui succéda son fils El-Mançoûr. : 

En 482 (15 mars 108Ô), Mâlik ben Ghalboûn fit une 
expédition contre Sousse, dans laquelle il pénétra avec 
un groupe de ses partisans; mais il ne put y faire ce qu'il 
désirait, car il fut mis en fuite en laissant plusieurs des 
siens sur le carreau et d'autres dans les mains de ceux 
qu'il avait attaqués '*). 

En 483 (5 mars 1090), le prix des vivres s'éleva beau- 
coup en Ifrîk'iyyaetune cruelle disette s'y fit sentir. 

En 484 (22 février 1091 j, la situation en ïfrîkiyya fut 
bonne, grâceà l'abondance de Ta récolte et au bon mar- 
ché des vivres. 

En 486 (31 janvier 1093), l'armée de Temîm bloqua 
Gabès et ne bougea pas avant d'en avoir conquis le fau- 
bourg. 

: En 488 (10 janvier 1095), eut lieu la trahison de Chah 
Mâlik le Ghozz [P. 3X1] envers Yah'ya, fils du sultan 
Temîm ben el-Mo c izz. Temîm, qui redoutait ce Turc, était 
peu favorablement disposé pour lui, et par ses paroles 
il s'aliéna également les compagnons de ce chef. Chah 
Màlik, qui était d'ailleurs un homme des plus rusés, en 
fut blessé, et Yah'ya ben Temîm étant, sur ces entrefaites, 



(1) 11 a été déjà question de ce chef p, 448. Ibn el-Athîr parle aussi 
de son attaque de 482 contre Sousse (x, 119 du texte ar.). 



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• /' ' 



- 451 - 

allé à la chasse avec quelques-uns de ses familiers et de 
ses compagnons de table, fut surpris et arrêté avec plu- 
sieurs d'entre eux par Chah Mâlik assisté d'une forte 
troupe de ses partisans. Temîm prévenu envoya aussitôt 
de la cavalerie à sa poursuite, mais le Turc avait déjà 
décampé vers Sfax, où il pénétra. Le chef de cette ville, 
H'ammoû ben Meltl, se porta à la rencontre xle Yah'ya 
ben Temîm et de soa ravisseur. Quand ceux-ci furent là 
de quelques Jours, (H'ammoû) écrivit à Temîm d'envoyer 
les femmes et les enfants du Ghozz, ce qui fut fait, et le 
sultan (en échange) rappela à Mehdiyy a son fils Yah'ya 
et les siens t 1 ). 

En 489 (30 décembre 1095), Temîm conquit Gabès et 
en expulsa son frère 'Omar* 2 ) ben El-Mo c izz, dont les 
habitants avaient fait leur gouverneur. 

En 491 (8 décembre 1097), il y eut en Ifrîkiyya une ter- 
rible disette. Temîm conquit l'île de Kerkenna et la ville' 
de Tunis < 3 >. Les Benoû c Adi s'enfuirent d'Ifrikiyya chas- 
sés par les Riyâh\ ? 

En 493 (16novembral099), Temîm conquit Sfax, d'où 
H'ammoû ben Melil s'enfuit à Gabès. Il fut accueilli par 
le chef de cette ville Medjal ben Kâmil Dehmâni, auprès 
de qui il trouva un refuge jusqu'à sa morU 4 ). 



(t) Ces faits sont exposés plus au long par Ibn-el-Athir (x, 164 
du texte ar.) ; le nom de ce Turc y est écrit Chah Melik. 

(2) Dans le récit qui est fait ailleurs de ces événements, on lit 'Amr 
(Ibn el-Athîr, x, 175, du texte âr.), mais aussi k Omar {Berbères, h, 
24 et 35). 

(3) Sur la lecture de ces deux noms, voir Ibn-el-Athir;" trad., ad x, 
191, note; Berb. y n, 24, n. 2. 

(4) Voir le récit plus détaillé d'Ibn el-Athir (x, 164 et 202, dû texte ar.). 
Au lieu de Medjal, on lit Mekken dans Ibn Khaldoùn {Berb., n, 24 
et 35), 



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- 452 - 

En 498 (22 septembre 1104) mourut El-Mançoûr ben 
En-Nâçir ben Ghilnàs, prince de Bougie, d'El-K'a^a et 
de la région. Son. {ils Bâdis, qui lui succéda, mourut au 
bout de peu de temps et fut remplacé par son frère El- 
«Azîz billâh ben El-Mançoûr (*). * 

En la même année, les Romani (sic) parurent devant 
Mehdiyya avec de nombreux bâtiments de guerre nom- 
més chewâni [au singulier chtni, galère] et vingt-trois 
autres bateaux e-^-o ; ils voulaient profiter de quelque 
occasion favorable, comme avaient fait les Roûm dont il 
a été parlé, et ils se présentèrent à la porte de l'arsenal 
pour empêcher la flotte de Mehdiyya de sortir et de les 
attaquer. Mais leur espoir fut déçu, car elle put prendre 
la mer, puis les battit et leur Tua beaucoup de monde (*). 

[P. 312], En 499 (12 # septembre 1105), le sultan Temîm 
envoya contre l'île de Djerba Aboû'l-H'asan Fihri avec 
de nombreuses troupes de terre et une flotte considéra- 
ble ; mais les insulaires avaient fait leurs préparatifs de 
défense et s'étaient assuré des secours, de sorte 'que 
cette tentative n'eut aucun succès. 

En 500 (1 er septembre 1106), un acte de trahison com- 
mis par la ville de Bâdja y fut cause d'un grand massa- 
cre tf). 

En la même année, le Mahdi Moh'ammed ben Toû- 
rnert, fondateur de la dynastie berbère des Almohades, 
quitta la montagne des Hergha, dans le Maghreb extrême, 
et se rendit en Orient pour y chercher la science ; il 
passa en Espagne, arriva à Cordoue et se rendit ensuite 



(1) Voir Berbères, n, 55. 

(2) Ce paragraphe se retrouve dans la Biblioteca, n, 33. 

(3) Peut-être ces mots sont-ils une allusion à l'attaque des Arabes 
de Riyâh {Berbères, n, 24). 



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- 453 - 

à Alméria, d'où il gagna l'Orient par mer. Ses pérégri- 
nations lui firent faire une absence de quinze ans. 

En 501 (21 août 1107), on vit à l'horizon du Maghreb 
paraître une immense comète qui resta visible pendant 
* de nombreuses nuits. 

Cette année fut celle de la mort du sultan Temîm ben 
El-Mo e izz, qui avait régné environ quarante-sept ans. 
C'était un prince habile, brave, ferme, décidé, ayant le 
mépris des difficultés, trouvant faciles les affaires les plus 
graves, se laissant aisément emporter par son ardeur et 
sa témérité. Il compte parmi les plus distingués des poè- 
tes qui ont occupé le trône, et il s'est placé dans ceux 
du premier rang par l'usage qu'il a fait des images et des 
figures de rhétorique ; on trouve chez lui qualité et abon- 
dance ; il a laissé un recueil considérable de poésies, où 
on lit par exemple : 

[Wàfir] Ou la royauté avec gloire et puissance, et qu'alors 
je siège, la tête ceinte du diadème, sur le trône le plus élevé ! 
Ou la mort cherchée sur la pointe des lances, puisque je ne 
suis pas éternel et destiné à toujours vivre! 

Il avait un page nommé Modem, dont il dit dans un 
long et remarquable poème : 

[Motak'àrib] Modâm (vin) fait circuler à la ronde la coupe 
de vin (modàm), et je ne sais duquel des deux il vaut mieux 
goûter : celui-là est l'ami, celui-ci un vin généreux ; celui-là 
est la nouvelle lune, celui-ci est l'astre brillant ; celui-là* a 
pour moi la valeur de ses œillades, celui-ci nous réjouit le 
cœur. [P. 313] Au regard de l'un et de l'autre, la pleine lune 
et l'astre brillant sont-ils autre chose que des mots consa- 
crés par l'usage? 

Temim ben El-Mo e izz était beau de corps et de visage, 



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;***. 



."^f 



~ 454 — 

de haute taille ; il avait le teint brillant, le nez long .et 
les sourcils écartés; il se purgeait souvent, croyant ainsi 
consolider sa santé; il absorbait des mets et des remè- 
des échauffants, recourait souvent à la médication par 
le feu, prenait des bains brûlants, se livrait souvent à 
l'acte sexuel; l'abus qu'il faisait des remèdes violents, 
de la scammonée par exemple, lui dessécha les chairs et 
lui rendit difficiles les exercices physiques, de sorte 
qu'il resta perclus. Il mourut à la mî-redjeb 501 (28 fé- 
vrier 1108) âgé de soixante-dix-neuf ans, après un règne 
qui, compté de la mort de son père, fut de quarante-six 
ans et dix mois et demi. Il laissa plus de cent enfants 
mâles, et Ton prétend que ses enfants et petits-enfants 
formaient un total d'environ trois cents (*). 



Règne de Yah'ya ben Temlm ben el-Mo'izz. 

Né à Mehdiyya en 457 et monté sur le trône en 501, à 
lïige de quarante-trois ans, ce prince était versé dans la 
politique et soigna avec vigilance l'administration de 
ses sujets ; il lisait beaucoup les recueils biographiques 
et les chroniques, était lettré, poète et avait de sérieuses 
connaissances lexicographiques et philologiques ; son 
visage était beau, ses yeux bleu foncé, sa voix forte. Il 
fut tué et mourut sur le coup dans son palais de Mehcliyya 
le lendemain de la Fête des victimes de l'année 509 
(25 avril 1116), de sorte que la durée de son règne fut de 
huit ans et six mois. Il laissa notamment trente enfants 



(1) Voir encore ce que disent de ce prince Ibn KhaUikàn (i, 281) et 
^bn el-Athîr (x, 3U du texte arabe)/ . 



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~ 455 — 

mâles. Je vais brièvement énumérer les événements de 
son règne dans leur ordre chronologique. 

En 502 (10 août 1508), Yah ya ben Temim conquit le 
château-fort de K'alibiyya (Clypea). Au dire d'Ibn ei- 
K'at't'àn, comme Temim ben el-Mo c iz!: avait trois cents 
enfants, Yah'ya exila les plus âgés de ses frères en Orient, 
au Maghreb et en Espagne. Lui-même eut un règne cal- 
me et paisible ; il se livrait rP. 314] à des recherches 
d'alchimie et avait fait élever-un laboratoire fréquenté 
par les étudiants, à qui il donnait de l'argent et fournis- 
sait des instruments 0). 

En 503(30 juillet 1109), Yah'ya ben Temim fit partir 
une escadf e de quinze corvettes *>\j* tirées de sa flotte, 
en expédition contre le pays chrétien ; mais il y en eut 
six de détruites et le reste rentra à MehdiyyaW. 

En 504 (19 juillet 1110), il y eut dans le Maghreb de 
violents tremblements de terre qui se prolongèrent pen- 
dant tout le mois de chawwâl (11 avril-9 mai 1111). 

En 505 (9 juilletllll), Sawwâr* 3 ), envoyé en ambassade 
par le souverain d'Egypte [El-Amir le Fatimîde] pour 
apporter des présents à Yah'ya ben Temîm, fut accueilli 
par celui-ci avec toute la pompe et les prévenances qu'on 
pouvait souhaiter. Au bout d'un certain temps, il fut 
renvoyé avec des cadeaux précieux et des objets rares 
dépassant toute description. 



(1) Ibn Khaldoùn parle très brièvement de ce prince (Berbères, n, 
24), sur lequel on trouve plus de détails dans Ibn Khallikân (iv, 95) 
et Ibn el-Athir (x, 315 et 331 du texte arabe). 

(2) Cet alinéa ne figure pas dans la Biblioteca. Un renseignement 
identique est fourni par Ibn el-Athir (x, 336 du texte ar.), et repro- 
duit dans la Bibl, i, 452. 

(3) Ce nom pourrait aussi se prononcer Siwâr (voir Dhehebi, Mos- 
chtabih). 



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■TÇ ; 



— 456 - 

En 507 (17 juin 1113), au mois de rebi c II (septembre- 
octobre), la flotte de Mehdiyya revint des pays chrétiens 
avec de nombreux captifs, ce qui combla de joie Yah'ya 
et les musulmans W. 

En 508 (6 juin 1M4), Yah'ya nomma au gouvernement 
de Sfax son fils c Ali ( 2 ), et au gouvernement de Sousse son 
prop're frère Isa. Les chrétiens attaquèrent Mayorque, 
qui était alors aux mains de Mobachchir le page, client 
d'Ibn Modjâhid* 3 ), et à la suite d'un siège poussé avec 
vigueur, ils l'emportèrent de vive force, massacrèrent 
les hommes et réduisirent en esclavage les femmes et 
les enfants. c Ali ben Yoùsof (ben Tâchefin) reconquit 
cette île sur les chrétiens. 

En 509 (26 mai 1115), arrivèrent à Mehdiyya deux ou 
trois hommes qui se donnèrent pour des étudiants 
maçmoûdites connaissant l'alchimie; l'entrée du labora 
toire leur ayant été accordée, ils arrangèrent les choses 
à leur gré, puis ils demandèrent à être reçus par le prince, 
qui leur dit de le faire assister à la transmutation et au 
grand œuvre. Ces deux hommes y consentirent à la con- 
dition qu'il n'y aurait comme assistants que lui et son 
vizir. En leur présence et en celle de l'esclave du prince 
Aboù Khannoûs, ils préparèrent le creuset, y jetèrent du 
plomb et, commençant à le chauffer, ils feignirent de 
préparer la transmutation ; puis saisissant leurs poi- 



(1) La Biblioteca (n, 33) reproduit ce paragraphe. 

(2) Cet 4 Ali, qui succéda à son père, portait le prénom d'Aboù'l- 
Fotoûh, d'après Ibn el-Athir (trad. de x, 336 et la note). 

(3) Modjàhid PAmiride (le Mugetodes chroniques italiennes), client 
du célèbre Ibn Aboû 'Amir ou Almanzor, gouverna Dénia et les iles 
Baléares ; son fils le remplaça et eut lui-même Mobachchir pour suc- 
cesseur (Berbères, n, 206 ; Merràkechi, H. des Almohades, p. 63, 
126 et 129 ; Biblioteca, i, 437, n.). 



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- 457 - 

gnards, ils massacrèrent le vizir et Aboû Khannoûs, et 
couvrirent le sultan de blessures dont il mourut au bout 
de peu de temps : « Chien que tu es, lui crièrent-ils en le 
frappant, nous sommes tes frères tel et tel, que tu as 
bannis, tandis que toi tu gardais [P. 315] le trône I » Aux 
cris qui furent poussés, les esclaves noirs accoururent et 
massacrèrent sur le champ les deux assassins. Yah'ya 
mourut le jour de la Fête des victimes* 1 ) de Tan 509 
(24 avril 1116). Pendant qu'il souffrait des blessures 
reçues dans ceguet-apens, il bannit son fils El-Fotoûh' < 2 > 
et l'envoya au Kaçr-Ziyâd, car il ne cacha pas qu'il le 
croyait impliqué dans cette affaire. Ce jeune homme y 
resta jusqu'à la mort de son père et à l'avènement de 
son frère e Ali, lequel l'exila en Orient, où il mourut. 

Dans cette même année, l'émir Yah'ya avait conclu le 
mariage de sa fille Bedr ed-Dedjà avec le prince d'El- 
K'al c a et de Bougie, El- ç Aziz billâh ben el-Mançoûr, à 
qui il envoya la future et son trousseau. 

Règne d'*Ali ben Yah'ya ben Temlm à Mehdiyya et dans une partie 
de lTfrtk'iyya. 

A la suite de la mort de l'émir Yah'ya, les courtisans 
décidèrent d'un commun accord d'écrire à c Ali, alors 
gouverneur de Sfax, au nom de son père, et la lettre que 
rédigea le secrétaire fut revêtue du paraphe de Yah'ya, 
c'est-à-dire de : « Louange à Dieu seul. » e AIi partit 



(1) Ci-dessus, p. 454, la mort de Yah'ya est fixée au lendemain de 
oette fête. 

(2) Cette agression est fixée à 502 ou 507 par d'autres auteurs, qui 
font mourir subitement YahVa ben Temim (voir Ibn el-Athir, x, 331, 
du texte arabe). 



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- 458 - 

aussitôt qu'il eut reçu cette nouvelle, qui lui parvint dans 
la nuit, et arriva à Mehdiyya le surlendemain du jourde 
la Fête des sacrifices. Il fit enterrer $on père dans le 
château, puis le peuple entra pour lui présenter ses 
condoléances et ses félicitations, et il se trouva ainsi 
porté sur le trône à l'âge de trente ans sans que le pou- 
voir lui lût contesté (*). Il était généreux et libéral, ami 
du repos et des plaisirs, et remit à d'autres les soins de 
l'administration de l'Etat. Après un court règne de cinq 
ans quatre mois et douze jours, il mourut en rebî c II 515 
f juin-juillet? 1121), laissant quatre fils, El-H'asan, El- 
< Azîz, Bàdis et Alah (Jl). 

En 510(15 mai 1116), il équipa une flotte pour attaquer 
Djerba, qu'il tint bloquée jusqu'à ce que les habitants 
fissent acte de soumission et reconnussent son autorité ( 2 ). 

En 511 (4 mai 1117), le populaire fut vivement agité 
par des rumeurs d'après lesquelles il y aurait en rama- 
d'an un grand événement et qjue la mort du sultan arri- 
verait à cette époque. Dieu se chargea de donner un 
démenti à ces bruits qui s'étaient répandus partout. Les 
poètes ont beaucoup parlé de cela : 

[P. 316 ; T'awll] Ils ont répandu des mensonges et publié 
des rêveries qui ont pour origine leurs espérances et leurs 
convoitises, mais le peuple t'aime tant que, s'il le pouvait, il 
t'ouvrirait ses entrailles et ses flancs. 

Il est dit dans un autre passage : 

Le dire des imposteurs s'est trouvé démenti, et le Miséri- 



(1) Sur le règne de ce prince, voir Berbères, u, 25 ; Ibn el-Athir, 
x, 360 du texte av. ; Ibn Khallikàn, iv, 100. 

[2) Sous l'année 510 Ibn Khaldoùn et Ibn el-Athir placent aussi la 
conquête de Tunis et du Djebel Ouselàt / 



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- 459 - 

eordieux a prolongé ton existence. Qu'est donc devenu le 
fait calculé par l'astrologue, puisque voilà déjà écoulé le 
tiers du mois consacré au jeûne ? 

La même année, un envoyé du souverain d'Egypte 
apporta des présents à MehdiyyaW. 

c Ali ben Yah'ya alla la même année assiéger Gabès 
après avoir enrôlé à cet effet quelques tribus arabes. 
Quand Râfi c [ben Mekken], prince de cette ville, apprit 
l'opération qui se préparait, il se précipita en suppliant 
auprès des chefs de l'armée dans le désir d'obtenir la 
paix, mais c Ali n'y consentit pas< 2 ). Là-dèssus, Ràfi c alla 
catnper sous les murs de Mehdiyya avec ses tentes et 
ceux de sa tribu qui lui prêtaient leur aide. Alors les 
habitants de cette ville firent une sortie et se jetèrent sur 
les tentes. Excités par les cris de leurs femmes, les Ara- 
bes [qui avaient déjà cédé] attaquèrent de nouveau, et la 
lutte s'engagea, tandis que l'émir se tenait à la porte de 
Zawîla. Ce dernier enrôla ensuite contre Râfi c les trçis 
cinquièmes des Arabes qui figuraient parmi ses troupes. 
Râfi c marcha d'abord contre eux et il y eut un engage- 
ment, puis il se retira vers K'ayrawân. Alors les cheykhs 
des Dehmân t«0 s'étânt réunis se répartirent entre eux les 
diverses provinces, et attribuèrent K'ayrawân à Rafi c . 
Les Arabes enrôlés se rendirent auprès de Ternir c Ali 
beri Yah'ya, qui leur distribua des sommes considéra- 
bles et leur donna Tordre de se rendre à K'ayrawân. Il 



(1) Cet envoi de cadeaux est aussi signalé dans les Berbères, u, 25. 

(2) Il se produisit dans cette affaire une intervention de Roger de 
Sicile, qui est ici entièrement passée sous silence (Ibn Khaldoûn et 
lbn el-Athîr). Le récit de ces derniers est plus intelligible. 

: (3) Les Benoit Dehmàn étaient des Riyàh, fraction des Benoû 'Ali 
(Berbères, n, 35). 



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- 460 - 

y eut là des combats très vifs où l'avantage resta aux 
partisans d ,c Ali ben Yab'ya. Tout cela serait très long à 
raconter. 

En 512 (23 avril 1118) un envoyé de Roger, prince de 
Sicile, vint trouver l'émir e Ali pour lui demander de 
renouveler et confirmer les traités antérieurs, et récla- 
mer des sommes lui appartenant et restées sous séques- 
tre à Mehdiyya. A ce message, conçu en termes durs et 
grossiers, *Ali ne donna pas de réponse, et il renvoya le 
messager après lui avoir parlé dans des termes analo- 
gues. La conséquence en fut un redoublement de froi- 
deur entre l'émir et Roger, dont les mauvaises inten- 
tions se donnèrent libre carrière [P.. 317] et qui machina 
dans la suite un stratagème W. 

Il y eut cette année, dit Ibn el-K'atTàn, une hausse 
considérable dans le prix des vivres et une épidémie. 
Le rob ç W de farine se vendit à Tiemcen vingt dirhems. 

En 513 (13 avril 1119), Ibràhîm ben Yoûsot ben Tâche- 
fin, frère du prince du Maghreb, fit en Espagne une expé- 
dition contre Coria, qu'il conquit. c Ali ben Yah'ya ben 
Temîm était à cette époque émir d'Ifrîk'iyya. 

En 514 (l or avril 1120), eut lieu en Espagne l'affaire de 
Cutandaf 3 ), où les musulmans furent mis en fuite. Une 
vingtaine de mille hommes, dit Ibn èl-KatYân, furent 
tués dans cette affaire. Ce fut en cette année qu'Ibrç Toû- 



(1) Ce paragraphe est traduit dans la Biblioteca (n, p. 34). Compa- 
rez Ibn el-Athîr, x, 372 du texte arabe, et 17/. des Berb., u, 26. 

(2) Quart de mesure, d'où l'espagnol arrobe, 

(3) Localité près de Daroca, dans la région de Saragosse (Makkari, 
éd. Leyde, u, 759; éd. Boulak, n, 580); Ibn ël-Athîr, x, 414 du texte 
arabe. Cf. Codera, Decadencia y desapariciort de los A^moravides 
en Espana y p. 13 et 26?. 



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- 461 - 

mert, surnommé Mahdi, s'établit à Aghmât pour provo- 
quer un soulèvement contre le sultan et remplacer par 
la discorde l'accord alors existante. 

En 515 (21 mars 1121), e Ali ben Yoûsof quitta Merrâ- 
kech pour se rendre en Espagne, où il arriva en rebî* I 
(mai-juin); il enleva à Ibn Rochd la charge de kàdi et la 
donna à Aboû'l-K'âsirri ben H'amdin. Il retourna ensuite 
à Merràkech. 

Cette année vit aussi la mort d^Ali ben Yah'ya ben 
Temîm, émir d'Ifrîk'iyya. 

Règne de H'asanl*) ben 'Ali ben Yah'ya en Ifrlk'iyya. 

Ce prince, à qui son père avait de son vivant confié 
l'exercice du pouvoir, avait douze ans et neuf mois, 
étant né à Sousse en redjeb 502. A la suite de la mort de 
son père, le peuple pénétra auprès de lui pour lui pré- 
senter ses condoléances et ses félicitations à l'occasion 
de la mort de son père et de son propre avènement ; les 
poètes aussi lui récitèrent leurs vers. La direction des 
affaires fut remise à l'eunuque Çandal, (le jeune prince) 
n'ayant aucunes connaissances ni habileté administra- 
tive (3). 

En 516 (11 mars 1122), Aboû e Abd Allah ben Meymoûn, 
officier au service d' c Ali ben Yoûsof, roi des deux conti- 
nents, fit une expédition contre la Sicile, où il conquit la 
ville de Nicotera, située dans le territoire obéissant à 



(1) Voir Ibn el-Athir, x, 400, du texte arabe ; Ibn Khallikân, m, 205 ; 
iv, 97, etc. 

(2) On trouve ce nom dans le texte soit avec, soit sans l'article. 

(3) Je lis le texte àSj** *J ^ 5\ ; voir Ibn el-Athir, t. x, p. 415 
du texte arabe ; Berbères, h, 26 ; Ibn Khallikân, rv, 101. 



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- 462 - 

Roger, prince de cette lie ; les femmes et les enfants 
furent réduits en esclavage, les vieillards massacrés, et 
tout fut mis au pillage. Roger ne douta nullement que 
l'instigateur. de cette campagne ne fût l'émir d'Ifrik'iyya 
[P. 318] El-H'asan ben.*Ali, à cause des rapports très 
tendue' qui avaient existé entre lui-même et le père de 
ce prince. En conséquence, il appela la chrétienté entière 
à faire la guerre, et il réunit ainsi à ses côtés une armée 
plus nombreuse qu'on n'avait jamais vu. A cette nou- 
velle El-H'asan ben c Ali donna les ordres nécessaires 
pour faire consolider les murailles et se procurer des 
armes, enrôler les tribus (berbères) et convoquer les 
Arabes. Des contingents lui arrivèrent ainsi de tous les 
pays et de toutes les directions, et tout le monde était 
bien préparé pour faire face à l'attaque imminente. 

Dans les derniers jours de djomâda I 517 (vers le 
20 juillet 1123), la flotte franque arriva à l'ile d'El- 
Ah'âsU 1 ) et y débarqua un grand nombre d'hommes, 
qui s'éloignèrent de la mer à une distance de plu- 
sieurs milles. Le lendemain, vingt-trois galères (chînî) 
se présentèrent devant Mehdiyya et y constatèrent la 
présence des nombreuses troupes et levées qui la garnis- 
saient. Elles retournèrent ensuite vers Pile et y trouvè- 
rent que les Arabes avaient découvert les lieux où se 
tenaient les chrétiens déjà débarqués et avaient mis leurs 
tentes en pièces, succès qui encouragea les musulmans. 
D'après les ordres de Roger, la flotte devait gagner cette 
île et s'y emparer du château d'Ed-Dimâs, après quoi 
l'armée entière, cavaliers et fantassins, s'avancerait par 



(1) Située à dix railles de Mehdiyya, à ce que nous apprend Tidjàni, 
(«/. As., 1853,1, 381 ; Amari, Biblioteca,u, 69). 



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terre et en ligne de bataille contre Mehdiyya. En consé- 
quence,* les chrétiens pénétrèrent dans ce château le 
2 djomâdâM,, mais, dans la nuit du dernier jôuvî de Ce 
mois les musulmans pénétrèrent dans l'ile. en poussant 
le cri « Dieu est grand », Les chrétiens furent alors for- 
cés de se retirer en désordre dans leurs, navires, après 
avoir tué de leurs propres mains un grand nombre de 
leurs chevaux. Les. nôtres s'emparèrent, entré autres 
choses dont ils avaient besoin, d'environ quatre cents 
chevaux d'armes çt de nombreux engins de guerre; puis 
ils entourèrent le château d'Ed-Dîmàs et en CQmtiaeiv- 
cèrent l'attaque, tandis que là flotte restait simple spec- 
tatrice du combat. Les chrétiens fihirent.par demander 
quartier au sultan pl-H'asan ben c Ali [qui était disposé 
à y consentir] ; mais les Arabes s'y étant refusés, le 
15 djomâda II (29 août) les assiégés firent une sortie^ et 
les Arabes tombant sur eux les massacrèrent jusqu'au 
dernier. La flotte comprenait environ trois cents bâti4 
ments ( .jUaJ.) portant environ mille cavaliers. c Abd er- 
Rah'mân ben c Abd el- e Azîz (*),• raconte Aboû'ç-Çalt, m'a 
rapporté ceci: « Je vis à la porte [du palais] de Roger; 
en Sicile, un Franc porteur d'une longue barbe qui, en 
saisissant l'extrémité de ses mains,. [P. 319] jurait par 
l'Evangile* qu'il n'en enlèverait pas: un poil tant qu'il ne 
se serait pas vengé des habitants de Mehdiyya. Je pris 
des renseignements sur lui, et l'on me dit,, que lors de la 
déroute dont il est question, il s'était arraché la barbe 



(1) Telle est la date du texte, qui est fautif, ainsi que le prouvent; 
ce qui précède et ce qui suit. U faut sans doute lire, comme Ta fait 
remarquer Amari, le 29 djomàda 1 (24 juillet). 

(2) 'Abd er-Rah*màfr ben 'Abd ePAzîz Naçràni commandait, de; 
concert avec Georges d'Antioche, la flotte de Roger. • 



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- 404 - 

jusqu'à en saigner. » L'ouvrage historique d'Aboû'ç-Çalt 
sur Mehdiyya et El-H'asan ben 'Ali, émir de cette ville, 
^'arrête à l'année 517 (2 mars 1123). L'émir El-H'asan 
resta le souverain de cette ville et de la région jusqu'en 
543 (21 mai 1148), date où il en fut chassé par la conquête 
qu'en fit le prince régnant en Sicile (*>. 

En 518 (18 février 1124), pendant qu'El-H'asan régnait 
en Ifrîkiyya, le Mahdi et les Almohades devinrent tout- 
puissants dans le Maghreb. Cette même année mourut 
le prince de Bougie El- c Aziz billâh, à qui succéda son fils 
Yah'ya. Les Benoû'n-Nàçir ben Ghilnâs ben H'ammâd, 
qui régnaient à Bougie, à El-K'al e a et dans cette région, 
avaient pour vizirs les Benoû H'amdoûn, qui se succé- 
daient de père en fils dans cette charge. Meymoûn ben 
H'amdoûn était vizir de ce Yah'ya, qui eut un fils dont 
il fit son héritier présomptif et à qui, de son vivant, il 
confia le. soin des affaires. Ce jeune homme diminua l'au- 
torité de Meymoûn/ dont il dépréciait les actes et qu'il 
nommait le cheykh menteur ; alors Meymoûn, craignant 
pour sa vie, s'adressa à Aboû Moh'ammed c Abd el-Mou'- 
min( 2 ). 

En 519 (6 février 1125), aucun changement ne survint 
dans la situation d'El-H'asan ben c Ali. Le chrétien Ibn 
Rodmîr attaqua (en Espagne) les territoires musulmans, 
dont il conquit les villes les unes après les autres et 
qu'il réduisit à l'extrémité. 



(1) Ce paragraphe, de même que le précédent, figure dans la Biblio- 
teca (il, 34). Voir aussi sur ces événements Ibn el-Athir, x, 431 du 
texte arabe ; Berbères, h, 26 ; Tidjâni, dans le /. As., 1853, i, 380. 

(2) Ibn Ktaaldoûn ne parle pas de Meymoûn ben Hamdoùn ; mais 
le seul passage où Ibn el-Athir (texte ar., xi, 103 ; Biblioteca, i, 477) 
cite ce vizir ne parait pas justifier l'assertion du Bayân. 



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— 465 — 

En 520 (2G janvier 112G), les troupes coalisées des 
musulmans d'Espagne marchèrent contre l'ennemi de 
Dieu Ibn Rodmir, qui depuis des années faisait subir 
aux fidèles toute espèce de maux* 1 ). Il y eut une grande 
bataille où les musulmans l'emportèrent d'abord, puis 
sur le bruit que Temîm P) s'enfuyait pour échapper à la 
mort, les musulmans se débandèrent et furent massa- 
crés par la cavalerie chrétienne, qui prit leur camp et ce 
qu'il renfermait. Temîm regagna Grenade, et les cava- 
liers ennemis, s'élançant dans toutes les directions, 
égorgèrent à leur gré les fuyards éperdus. Ceux-ci ne 
trouvèrent un refuge que dans les forteresses existant 
à proximité, [P. 320] où Dieu les mit à l'abri de la fureur 
des vainqueurs. 

En 521 (16 janvier 1127), d'autres disent en 520 (26 jan- 
vier 1126), AbotVl-Welid ben Rochd se rendit à Merrâ- 
kech pour traiter des affaires (d'Espagne) avec r Ali ben 
Yoùsof ( 3 ). Temîm fut révoqué [et éloigné] de Grenade. 

En 522 (5 janvier 1128), sur le conseil donné par Ibn 
Rochd, c Ali. ben Yoûsof fit élever les murailles de Mer- 
ràkech, pour lesquelles il dépensa soixante- dix mille 
dinars. 



(1) Voir Ibn el-Athîr (texte ar., x, 444). Il s'agit de l'expédition 
d'Alphonse le Batailleur, roi d'Aragon, dont on trouve la relation 
dans les Recherches deDozy, 3 e éd., i, 348. Merràkechi y a aussi fait 
allusion, p. 153 de ma traduction. La bataille d'Arnisol est du 13 
çafar 520 (9 mars 1126). 

(2) C'est-à-dire Aboû't-Tàhir Temim ben Yoûsof, gouverneur d'Es- 
pagne (Dozy, l. Z., 355). 

(3) Son voyage était causé par le désir de renseigner l'Almoravide 
•Ali ben Yoùsof sur la situation de la Péninsule ; le départ du savant 
eut lieu le 3 rebi' I ou 30 mars 520 {dito> p. 362). 

30 



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- \m - 

En la même année, le prince de Bougie El-'AzizH) bil- 
làli ben BU-Mançoùr envoya contre Mehdiyya une armée 
à la tête de laquelle il plaça Ibn el-Mohalleb, qui vint 
camper sous les murs de la ville, mais qui ensuite se 
retira. 

Mot'arrif ben c Ali ben H'amdoûnl?) Zenâti arriva à 
Tunis, d'où il chassa Ah'med ben c Abd el-^Aziz ben c Abd 
el-H'akV ben Khorâsân, qui se retira au Hedjâz et qui 
y mourut la même année, ainsi qu'il sera dit Ce fut 
Kerâma ben El-Mançoùr Ganhâdji qui, cette année-là, 
prit le gouvernement de Tunis au nom du prince de 
Bougie. 

En 523(24 décembre 1128), H'asan ben c Ali continua 
de rester éi^iir dlfrik'iyya, comme Tannée précédente, 
tandis que Yah'ya ben El- c Aziz billâh continua de rester 
prince de Bougie, avec Meymoûn ben H'amdoûn comme 
vizir. 

En 524 (14 décembre 1129), El-Amir, qui régnait en* 
Egypte et qui était un homme violent et entêté, fut tué 
par H'irz el-Moloûk, l'un de ses gardes, qui avait accaparé 
toutes les prérogatives du vizirat. Le défunt avait désigné 
f Abd el-Medjid comme héritier présomptifs. 



(1) Il faut lire Yaliya ben el-*Aziz, puisqu'El -'Aziz était mort en 
515. C'est d'ailleurs ainsi qu'Ibn Khaldoûn {Berb., n, 27) nomme le 
prince de Bougie qui expédia à une date indéterminée, mais posté- 
rieurement à la première campagne de Roger contre Mehdiyya, des 
troupes de terre et de mer contre cette dernière ville. Ibn el-Athir 
(xi, 19, du texte arabe) ne parle que d'une seule expédition de Yah'ya, 
en 529 ; il semble que les détails qu'il donne s'appliquent à celle de 522. 

(2) Le texte lit Khazroûn, que j'ai corrigé en Hamdoûn {Berbères, 
il, 27, 30 et 57 ; Ibn el-Athir, xi, 19 du texte arabe ; infrà p. 475. 

(3) Nous avons déjà vu p. 431 que notre auteur attribue l'assassinat 
d'El-Amir à H'irz el-Moloûk, ce qui est en opposition avec le récit 
du Khitat ; la version de ce dernier ouvrage concorde avec celle d'El- 



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- i<)7 - 

, « En 527 (11 novembre 1132) <*>, dit El-\Varràk* dans son 
MiWbâs, Dieu suscita un groupe d'hommes qui se conju- 
rèrent pour tuer l'impie tyran El-Amir, qui régnait en 
Egypte. On dit que, décidés à sacrifier leur vie, ils ^arri- 
vèrent à cet effet de Syrie au nombre de dix et que, ins- 
tallés à Miçr, ils surent la date à laquelle le prince devait 
sortir à cheval. Or, chaque fois qu'une de ces sorties 
avait lieu, toutes les boutiques et maisons du parcours 
étaient fermées, et nul ne passait que le prince : ia moi- 
tié de ses troupes le précédait, l'autre moitié le suivait, 
et à égale distance entre le prince et chacune de ces 
deux moitiés chevauchaient deux cavaliers, tandis que 
lui-même s'avançait entouré de quatre esclaves noirs. 
Gomme il se trouvait un four situé sur la route qu'il 
devait parcourir, les conjurés portèrent de la farine au 
patron de ce four en lui disant que, étrangers et prêts h 
partir, ils lui demandaient de faire cuire cette farine. Le 
boulanger s'excusa d'abord, [P. 321] en alléguant le pas- 
sage du sultan, puis se laissa séduire par leurs offres à 
condition qu'ils fissent vite. On détourna son attention 
en causant avec lui, mais quand la tête de la première 
moitié vint à passer, il insista violemment pour qu'ils 
sortissent. Alors ses clients le rejetèrent à l'intérieur en 
le bâillonnant avec ses propres vêtements, puis poussè- 
rent la porte jusqu'à ce qu'on entendit le bruit des sabots 



Warràk, mais donne la date du 4 (ou du 14) dhoùl-kada 524. Makrizi 
n'émet pas contre El-Amir des appréciations aussi rigoureuses que 
celles de notre texte. C'est l'équivalent de ces dernières que Ton 
retrouve dans les Nouvelles recherches sur les Ismaéliens de M. De- 
frémery, qui ne connaissait pas alors le récit du Bayân (J. As., 1854, 
I, 415). 

(1) Le Mik'hâs est, à ma connaissance, le seul ouvrage qui donne 
cette date de 527. Sur cette chronique, voir p. 377, n. 2. 



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:: ^^ms^ 



- 468 - 

du cheval [que montait le prince] : alors un vieillard de 
la bande, sortant le premier, se jeta le front contre terre 
en criant : a Nous recourons à Dieu et à la justice de Notre 
Seigneur! » Quand ses prosternations toujours renouve- 
lées l'eurent suffisamment rapproché, il saisit les rênes 
du cheval et, sortant son poignard, il le frappa au poi- 
trail. L'animal tomba, et les autres conjurés se précipi- 
tant poignardèrent le prince jusqu'à ce qu'il mourût, 
mais eux-mêmes furent sur le champ massacrés. C'e^t 
ainsi que Dieu délivra le monde de ce tyran impie, le 
plus chaud soutien des injustes, le meilleur suppôt de 
l'enfer, car il fit goûter les plaisirs qui y mènent et per- 
mit fout ce qui est défendu en se livrant publiquement 
aux plaisirs et à d'autres infamies pour lesquelles je de- 
mande à Dieu de maudire les Chiites GbeyditesW. » 

En 528 (31 octobre 1133), les gouverneurs d'Ifrîk'iyya 
restèrent les mêmes que l'année précédente. 

En 529 (21 octobre 1134), les Almohades annoncèrent 
la mort du Mahdi et donnèrent à c Abd el-Mou'min le 
titre de Prince des croyants < 2 ). 

En la même année, c Abd el-H'ak'k' ben c Abd Allah ben 
Ma c îcha devint kûdi de Fez; il fît jeter le vin dans les 
rues, briser les tonneaux qui le contenaient et sévit très 
durement contre ceux qui s'y adonnaient. Il fit agrandir 
la. grande mosquée, et les travaux entrepris à cet effet 
furent terminés à la fin de l'année W. 



(1) Autant qu'on en peut juger par ce que dit Makrizi, ces impré- 
cations sont presque exclusivement l'expression d'une ardente ortho- 
doxie. 

(2) C'est à l'année 524 qu'on fait ordinairement remonter l'avène- 
ment d'*Abd el-Mou'min (Merràkechi, trad. fr., 168 n.), 

(3) D'après le Kartâs (texte, pp. 33 et 34), ces travaux furent com- 



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- 469 - 

En 530 (10 octobre 1135), c Ali ben H'ammoûd, qui était 
au service cki prince de Bougie [Yahya ben] El- c Azîz ben 
El-Mançoûr, arriva sous les murs de Mehdiyya avec des 
troupes et de l'argent destiné aux Arabes ; il établit son 
camp en dehors de Zawila et attaqua par mer aussi bien 
que par terre. Le prince de Mehdiyya fit sortir du port 
sa flotte, qui prit aux ennemis deux corvettes (w^) dont 
les chefs furent jetés en prison. Puis, les Arabes étant 
arrivés au secours de Mehdiyya, l'armée de Bougie se 
retira au bout de soixante-dix jours. El-H'asan ben c AIi 
donna Tordre d'exécuter les capitaines des deux bâti- 
ments qu'on avait pris, mais cela ne se fît sous ses pro- 
pres yeux que pour un seul, l'autre étant mort des suites 
de ses blessures (*). 

[P. 322] En cette année, une flotte envoyée par Roger 
de Sicile attaqua. File de Djerba, qu'elle conquit et dont 
elle fit les habitants prisonniers^). 

En 532 (18 septembre 1137), mourut c Abd el-Medjid, 
prince d'Egypte ; à propos du choix de son successeur, 
il arriva aux Chiites une affaire étrange qui sera racon- 
tée en son lieu( :j ). 

En 536 (5 août 1141), moururent Aboû c Abd Allah Mâ- 
zeri et Aboû' ç-Çalt (*). 



mencés en 528 par le kàdi Aboû 'Abd Allah Mohammed ben Dàwoùd 
et terminés par *Abd el-Hakk. 

(1) Cl. Ibn el-Athir (xi, 19 du texte ar.). J'ai, comme plus haut, dû 
compléter le texte en ce qui concerne le nom du prince de Bougie. 

(2) Cet alinéa figure dans la Biblioteca {u, 37). C'est en 529 qu'eut 
lieu cette conquête d'après Ibn el-Athir (xi, 20 du texte ar.). 

(3) Cette allusion se rapporte, je crois, à l'accession d n Abbàs ben 
Aboû'l-Fotoûh au vizirat (Wûstenfeld, G. d. Fatim. Ch., 313). 

(4) Moh'ammed ben * Ali ben 'Omar Temimi Màzeri est le célèbre 
juriste malèkite auquel Sidi Khalil se réfère souvent dans son Mokk- 



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— 470 - 

Eu la même année, le prince de Mehdiyya s'empara, 
dans les circonstances qui suivent, du bâtiment cons- 
truit par le prince de Bougie et envoyé avec des pré- 
sents au khalife d'Egypte. Il y avait à Alexandrie un 
bâtiment appartenant à El-H'asan ben c Ali et auquel 
le chef du port refusa la sortie, à cause du bruit courant 
d'une ruplure entre El-H'asan et le khalife d'Egypte et 
d'un accord probable entre celui-ci et le prince de 
Bougie. Ce navire fut donc retenu lors du départ de tous 
les autres, parmi lesquels celui de Bougie, qui emportait 
des marchandises de grande valeur appartenant à des 
marchands, ainsi que des cadeaux destinés au prince de 
cette ville. El-H'asan prit alors les mesures nécessaires, 
s'empara du bateau en question et le fit décharger. Ce 
bâtiment resta ainsi allégé jusqu'au moment où il fut mis 
en pièces par une tempête survenue en«octobre. 

La même année Djordji (Georges), parti de Sicile à la 
tête de vingt-cinq corvettes (^Jf), dirigea une attaque 
contre le port de Mehdiyya, où il prit tous les bateaux 
qui y étaient amarrés, et, entre autres, un bâtiment neuf 
construit avec les matériaux provenant de celui qui, 
arrivé d'Egypte, avait été brisé par la tempête. 

En 537 (26 juillet 1142), la flotlede Sicile dirigea contre 
Tripoli une attaque où Dieu déçut ses espérances. < 



taçar, voir sur lui les mss 851 d'Alger, f. 33 ; 2103 de Paris, f. 35 v°, 
et 5032 ici. y f. 118 v°. La liste de ses ouvrages est donnée dans le, 
ms 2106 de Paris, f. 232. 

Aboû'ç-Çalt Omeiyya ben 'Abd el-'Aziz ben Aboù\:-(jalt Andalosi 
est un poète et polygraphe souvent cité (Ibn Khallikàn, i, 228; iv, 
99; Hadji-Khalfa, n° 7802 de l'index). Ni l'un ni l'autre de ces deux 
auteurs, qui le font~mourir en 529, ne rappellent cependant sa chro- 
nique, oit ont puisé notre auteur et Ibn Khaldoùn (cf. Berbères, n, 
36, et BiUioteca, n, 469 et 483). 



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- 471 - 

En 538 (15 juillet 1143), elle attaqua Sfax, qui [fut con- 
quise et] passa ainsi sous la domination de Roger de 
SicileW. 

En 543 (21 mai 1148), les chrétiens s'emparèrent de 
Mehdiyya, que quitta le prince qui y régnait, El-H'asan 
beù e Ali ben Yah'ya ben Temim ben el-Mo c izz ben Bàdis 
ben el-Mançoûr ben Bologgîn ben Ziri ben Mennâd 
ben Mank'oûch Çanhâdji, avec ses serviteurs et tout ce 
qu'il possédait, et que suivirent dans sa fuite les habi- 
tants et leurs familles. Le général de Roger de Sicile 
était Djordji ben Mikhâ'il Antâki, dont le père était un 
renégat appartenant [P. 323J à Temim [arrière-grand']- 
père d'El-H'asan; ce maudit connaissait bien les points 
faibles de Mehdiyya et d'ailleurs, et d'accord avec son 
maître Roger, ils combinèrent si bien leurs ruses qu'ils 
finirent par se rendre maîtres de la ville en la dite année 
543( 2 ). Cette déplorable affaire est connue sous le nom de 
Catastrophe du lundi. Mebdiyya ne sortit des mains 
des chrétiens que par la conquête qu'en firent les Almo- 
hades, ce que je raconterai dans le règne de ceux-ci. 

Lors de la conquête chrétienne, la disette sévissait en 
Ifrik'iyya et les habitants de Tunis avaient des craintes 
à cause des chrétiens habitant le littoral. Le prince de 
Sicile avait en effet conquis Sfax et était entré à Bône, 
dont il réduisit les habitants en esclavage. Les Tunisiens, 
en conséquence, se mirent à faire des approvisionne- 



(1) Cet alinéa et les deux précédents figurent dans la Biblioteca 
(ii, 37). lbn el-Athir parle en outre d'expéditions des chrétiens contre 
Brechk, Kerkenua, Tripoli etGanès, en 539, 540, 541 et 542, xi, 68, 70 
et 79 du texte ar. ; cf. Berbères, m, 268 ; Tidjàni, J. As., 1853, i, 385. 

(2) Sur cette conquête de Mehdiyya, voir lbn el-Athir, xi, 82 du 
texte ar. ; Berbères, n, 27: Tidjàni, J. As., 1853, i, 385. 



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ments et des préparatifs de guerre; ils montaient régu- 
lièrement la garde auprès de la Porte de la mer, sous 
les yeux du gouverneur de la ville, Ma c add ben el- 
Mançoûr, qui se tenait dans le bureau (<j|^) près de la 
Porte. Un jour qu'ils étaient dehors pour faire leur 
tournée, ils trouvèrent une barque en train d'opérer 
un chargement de blé. La foule trouva mauvais que Ton 
expédiât du blé par ce temps difficile dans des lieux 
soumis à la domination chrétienne, et fut d'accord pour 
l'empêcher. Un tumulte se produisit, des clameurs s'éle- 
vèrent, et comme des hommes de Ma c add ben el-Man- 
çoûr voulaient mettre le holà, on les attaqua à main 
armée, eux aussi bien que les esclaves noirs de Ma c add, 
et on en fit un carnage terrible, puis on mit le feu à la 
tour du bureau. Ma'add alors en sortit et se remit lui- 
même entre les mains de la foule ; mais celle-ci, sans le 
toucher, enlevait ses soldats et ses esclaves de dessous 
les pieds de son cheval pour les massacrer. Alors 
Ma c add, resté à Tunis au pouvoir de la populace, écrivit 
à Bougie, d'où une corvette, vint le prendre, lui et ses fils, 
et l'emmena dans cette ville. La direction de Tunis fut 
exercée pendant peu de temps par un officier desÇanhâ- 
dja, qui ensuite se retira, et la ville tomba aux mains de 
la foule. Alors eurent lieu les désordres bien connus 
chez eux et les combats que se livrèrent les habitants de 
la Porte es-Soweyk'a et ceux de la Porte el-Djezira. 
Celui qui alors les administrait était leur kàdi Aboû 
Moh'ammed c Abd el-Mon r im, fils de l'imâm Aboù'l- 
H'asan. Mais comme ils avaient de plus en plus peur 
tant du prince de Sicile que de [P. 324] celui de Bougie, 
dont ils avaient appris que la colère se traduisait par des 
préparatifs de guerre contre eux, ils songèrent, avec 



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- 473 - 

l'aveu de leur kàdi, à prendre comme roi Moh'ammed W . 
benZiyâd c Arabie). Leur résolution était arrêtée, le kàdi 
et les cheykhs étaient déjà partis à la rencontre d'Ibn 
Ziyàd, qui approchait, quanjl un homme du peuple poussa 
le cri : a Ni Arabe ni Ghozz comme chef ! » Il s'ensuivit un 
tumulte, et Ibn Ziyâd retourna à El-K'al c a< 3 ); il y fut 
accompagné par le kàdi, qui avait tout d'abord voulu 
rentrer dans la ville, mais qui en fut empêché par la 
foule. Ce kàdi s'installa à El-K'al c a, où il mourut long- 
temps après. Les uns disent qu'il tomba d'une fenêtre 
d'un logement de garçon (Ja) auprès de laquelle il 
dormait pendant l'été, d'autres prétendent qu'il en fut 
précipité. A Tunis^ la foule députa alors à Aboû Békr 
ben Ismâ'il ben c Abd el-H'ak'k' ben Khorâsân, qui entra 
à Tunis de nuit, hissé sur les murailles dans un panier. 
Au bout de sept mois environ de gouvernement, il y fut 
l'objet d'un guet-apens de la part d' c Abd Allah, fils de 
son frère c Abd el- f Aziz, ainsi que nous le dirons. 

Le nom des Benoû Khorâsân venant d'être prononcé, 
je vais dire d'affilée ce qui les concerne, eux et les autres 
chefs de cette ville, jusqu'à la conquête Almohade. 



(1) Je crois qu'il faut lire MolCris, nom du chef des Benoù 'Ali cité 
plus d'une fois à cette époque [Berbères, n, 31 ; Tidjàni, J. As., 1853, 
I, 386). 

(2) Tout ce commeucemeut du chapitre qui a trait à Tannée 543 
ligure dans la Biblioîeca (n, 37). 

(3) Si Ton corrige Moh'ammed ben Ziyàd en Mohriz ben Ziyàd, il 
faudra également lire ici El-Mo^llak'a (ou Malga), lieu près de 
Tunis (Tidjàni, l. I. 386; Berbères, n, 31). On ne comprend guère 
qu'il soit ici question d'El-K'al'a, qui appartenait alors à Yahya ben 
el-'Aziz. 



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- 474 — 

Emirs qui régnèrent à Tunis postérieurement à la chute d'El- 
Mo'izz ben Bâdis. 

Quand El-Mo c izz, abandonnant K'ayrawàn et Mançoû- 
riyya aux Arabes, se transporta à Mehdiyya, et que son 
royaume succomba par suite des désordres soulevés par 
les Arabes venus d'Orient, ainsi qu'il a été dit, ceux-ci 
s'emparèrent d'un grand nombre des principaux centres 
d'Ifrîk'iyya ; il y en eut qui assiégèrent Tunis ainsi que 
d'autres villes voisines, telles que Bâdja, Laribus et au- 
tres. Les Benoû H'ammâd, dont les convoitises s'étaient 
déjà portées du côté de l'Ifrik'iyya, restèrent maîtres 
pendant quelque temps du canton de K'ayrawàn, grâce à 
leur connivence avec les Arabes et aux libéralités qu'ils 
leur faisaient. L'autorité d'El-Mo c izz cessa donc de se 
faire sentir à Tunis et ailleurs, et cette dynastie fut im- 
puissante à protéger Mehdiyya. Les chefs de cette ville 
allèrent en conséquence trouver En-Nàçir ben Ghilnàs, 
qui était alors à El-K'al c a, [P. 325] siège et capitale de 
la dynastie (h'ammâdite), pour lui demander de s'occu- 
per de leur ville et d'y nommer un gouverneur qui le 
représentât. Il leur répondit de choisir parmi eux ufi 
cheykh qui dirigeât leurs affaires, lui-même se bornant 
li y garder la haute main. On dit qu'ils cherchèrent donc 
à nommer un des principaux d'entre eux, lequel déclina 
cette responsabilité. Ce fut alors c Abd el-H'ak'k' ben 
c Abd el- c Aziz ben Khorâsàn qui l'administra au nom 
d'Kn-Nâçir jusqu'à sa mort, survenue en 488 (10 janvier 
1095). Son fils f Abd ei- r Aziz ben f Abd el-H'ak'k' lui 
succéda dans ses fonctions et mourut en 500 (l or septem- 
bre 1106). Il fut remplacé par son fils Ahmed ben c Abd 
el- c Azîz, qui la gouverna pendant vingt-deux ans, 



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— 475 - 

période au bout de laquelle il fut chassé et envoyé à 
Bougie par Mot'arrif ben c Ali ben H'amdoûnW. Il avait 
construit à Tunis le palais dit des Benoû Khoràsân. Sa 
dure administration ne fut pas celle d'un cheykh, mais 
d'un vrai tyran : il fit exécuter son oncle Ismâ c il ben 
c Abd el-H'ak'k', qui avait plus de titres que lui à 
exercer le pouvoir, et Aboû Bekr, fils d'Ismâ c il, crai- 
gnant de subir le même sort, s'enfuit pour aller vivre à 
Benzert ; il exila de nombreux habitants et cheykhs 
tunisiens à Mehdiyya et ailleurs, et exerça l'autorité la 
plus absolue. Quand El-Mançoûr, prince de Bougie, eut 
connaissance de ces faits, il envoya un corps de troupes 
commandé par Mot'arrif ben c Ali ben H'amdoûn, qui 
arriva en 522 (5 janvier 1128) devant Tunis. Ah'med en 
sortit et se livra lui-même à Mot'arrif, qui l'envoya à 
Bougie. 

Kerâma ben el-Mançoûr, des Benoù H'arnmâd, gou- 
verna alors Tunis jusqu'à sa mort, survenue en 500 et 
tant ( 2 ). Son frère Aboû'l-Fotoûh' ben el-Mançoûr la gou- 
verna -ensuite jusqu'à sa mort. Il eut pour successeur 
Moh'ammed ben Aboû'l-Fotoûh', que ses procédés peu 
satisfaisants firent chasser, et qui fut remplacé par 
Ma c add ben El-Mançoûr, le dernier d'entre eux, jusqu'en 
543 (21 mai 1148), où les chrétiens conquirent Mehdiyya. 
La population tunisienne, qui avait peur de ceux-ci, s'in- 
surgea contre Ma c add, comme on l'a vu, et cette émeute 



(1) Sur ce nom, voir ce qui a été dit suprà, p. 466 n.2. Les événe- 
ments dont il est ici parlé sont également racontés par Ibn Khaldoùn 
{Berbères y n, 29). 

(2) Ibn Khaldoùu ne lixe pas non plus cette date. 



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- 476 - 

donna lieu à Téchauffourée bien connue (*). Une députa - 
tion fut alors envoyée à Benzert, et le peuple élut [P. 326] 
Aboû Bekr ben Ismâ c il ben c Abd el-H'ak'k', qui fut au 
bout de sept mois victime de la trahison du fils de son 
frère c Abd el- c Aziz. On le mit dans une barque, et la mer 
rejeta bientôt son cadavre près du fort (k'al c a) d'ibn 
Ghaboùs< 2 ) ; selon les uns, il se noya, selon d'autres on le 
noya. c Abd Allah précité exerça ensuite le pouvoir pen- 
dant une dizaine d'années. C'est lui qui fit exécuter le 
kàdi Abou 1-Fad'l Dja c far ben H'ohvân, en même temps 
que son fils et le fils de sa sœur, Ibn el-Bennàd, parce 
qu'il craignait qu'ils ne réunissent les Arabes contre lui. 
C'est de son temps qu ,f Abd el-Mou'min envoya c Abd 
Allah ben Soleymàn avec quelques vaisseaux de la flotte 
de Ceuta pour reconnaître Tunis et la force de résistance 
qu'elle pouvait avoir, ainsi que les Arabes du voisinage; 
un an plus tard, arriva Aboû Moh'ainmed c Abd Allah 
ben c Abd el-Mou'min, qui assiégea pendant quelque temps 
Tunis, où se trouvait c Abd Allah ben Khoràsân, mais 
ensuite il battit en retraite vers Bougie. Cet événement 
est de 553 (1 er février 1158). 

En chawwâl 551 (novembre-décembre 1156) eut lieu la 
révolte contre les chrétiens à Mehdiyya, où on les assié- 
gea ( 3 >. 

En 552 (12 février 1157), les chrétiens conquirent Za- 
wila. 

En 554 (22 janvier 1159), c Abd el-Mou'min pénétra pour 



(1) Echauffourée dont il a été question p. 472 ; le récit des Berbères 
(il, 31) u'est pas entièrement identique au nôtre. 

(2) Lisez probablement K'al'at Ibn Ghannoûch {Berbères, n, 42). 

(3) Un récit plus détaillé nous est fourni par Ibn el-Athir (xi, 134, 
du texte arabe). 



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- 477 - 

la seconde fois en If rik'iyya ; il commença le siège de 
Tunis, qu'il abandonna ensuite, et assiégea les chrétiens 
àMehdiyya. 

En 555 (11 janvier 1160), Aboû Mohammed e Abd el- 
Mou'min pénétra à Mehdiyya par composition ; ce fut le 
10 moharrem (20 janvier) que les Almohades devinrent 
maîtres de cette ville ( f ). 

En 558 (9 décembre 1162), eut lieu la grande affaire du 
samedi, c'est-à dire que les chrétiens arrivèrent à Meh- 
diyya ; ils prirent aussi Sousse, qu'ils évacuèrent en- 
suite. 

En 573 (29 juin 1177), eut lieu la grande affaire du ven- 
dredi ou descente des chrétiens à Mehdiyya; mais en 
rebi c II Ibn c Abd el-Kerim la reprit par trahison. 

Le Mayorcain Yah'ya ben Ghâniya entra dans cette 
ville en cha c bàn 578(29 novembre-27 décembre 11 82) (2) et 
y resta avec ses partisans les Lemtoûna et les Mesoùfa ; 
c'est de là que partaient les expéditions qui le rendirent 
maître d'une partie de rifrikiyya. Mais Aboû c Abd Allah 



(1) Sur le siège de Mehih'yya, voir Ibn el-Athir Ui, 160 du. texte 
arabe ; Merràkechi, irad. p. 196 ; Tidjàni, {. h 397 ; Zerkechi, p. 12 de 
la trad. ; H. des Berbères, n, 29 et 193 ; Kartâs, p. 129 du texte 
arabe. Le second de ces auteurs semble en placer la prise sous 
Tannée 554 ; comparez aussi le Kartâs. 

(2) Ces dernières lignes, ainsi que les cinq alinéas qui précèdent, 
se retrouvent dans la Biblioteca, n, 40. Après avoir conquis Mehdiyya, 
' Abd el-Mou'min en confia le gouvernement à Moh'ammed ben Faradj 
Koûmi, qu'il donna comme mentor à H'asan ben 'Ali, ancien chef 
de cette ville. Sous le règne d'EI-Mançoùr Aboû Yoûsof, second suc- 
cesseur dn fondateur de l'empire almohade, Moh'ammed ben 'Abd 
el-Kerim Redjràdji se déclara indépendant dans cette ville, en 595 ; 
mais il y fut assiégé et pris en 597 par Yahya ben Ghaniya. Moh'am- 
med en-Nàçir TAlmohade enleva Mehdiyya à ce dernier le 27 djomà- 
da I 602. Tel est le récit de Tidjâni {l. L 401, suivi par Ibn Khaldoùn, 
Berbères, n, 97) ; Cf. Zerkechi, trad. p. 21. 



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- 478 - 

en-Nâçir pénétra dans cette ville à la tête des Almohades 
en djomâda I 602 (comm. 13 décembre 1205). 

[P. 317] Emirs et gouverneurs dlfrîk'iyya sous les Omeyyades. 
[et postérieurement] (*). 

c Ok'ba ben Nâfi e [49 Hég.] ; 
AboiVl-Mohâdjir [55 H.]; 
c Okba, pour la seconde fois, [02] ; 
Zoheyr ben K'ays [67] ; 
H assân ben en-No e màn Ghassâni [69] ; 
Moûsa ben Noçayr[79?] ; 
Moh'ammed ben Yezid [97] ; 

Ismâ r il ben f Abd Allah [ben Abou 1-Mohâdjir, 100] ; 
Yezid ben Aboù Moslim Thâkefi [101] ; 
Moh'ammed ben Aws Aneàri [102] ; 
Bichr ben Çaîwân [103] ; 
c Obeyda ben c Abd er-Rah'inan Solami [110] ; 
e Obeyd Allah ben el-H'abhïib [116] ; 
Kolthoûm ben e Iyâd' [123] ; 
H'anz'ala ben Çafwân [121] ; 
c Abd er-Rah'mân ben H'abib Korachi [127]; 
Elyâs ben H'abîb [137] ; 
H'abib ben f Abd er-Rah'màn [138] ; 
Tels sont les dix-huit gouverneurs nommés par les 
Omeyyades. 
Les gouverneurs Çof rites, qui furent : 
e Açim Warfeddjoumi [139] ; 



(1) Dans ces listes j'ai ajouté la date de l'arrivée au pouvoir de 
chaque prince ou gouverneur, d'après le Bayàn etlbn el-Athir. Voir 
aussi les listes dressées par M. de Slane, intr. de 17/. des Berb. 



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*- 479 - 

e Abd el-Melik ben Aboû'l-Dja'di [140], eurent Une 
durée d'un an et deux mois. 

Le gouverneur Ibâdite Aboù'l-KhatTâb c Abd el-A c la 
ben es-Samh', affranchi d'El-Ma c âfir [141J, resta pendant 
deux ans. 

Les gouverneurs Abbassides furent : 

Mbtv atnmed ben el-Ach c ath Khozà c i [143] ; 

c Isa ben Yoûsof Kaysi (0 [148] ; 

El-Aghlab ben Sâlim Temîmi [148] ; 

El-H'asan ben H'arb Kindi [149] ; 

El-Aghlab ben Sâlim, pour la seconde fois [150] ; 

e Omar< 2 > ben H'afç Mohallebi [151] ; 

Yezîd ben H'âtim Mohallebi [154] ; 

Dàwoûd ben Yezid [170] ; 

Rawh' ben H'àtim [171] ; 

Naçrben Habib [174]; 

El-Fad'l ben Rawh' ben H'âtim [177] ; 

Harthema ben A c yan [179] ; 

Moh'ammed ben Mok'àtil c Akki [181] ; 

Temmâm ben Temîm Temîmi [183] ; 

Moh'ammecl ben Mok'àtil, pour la seconde fois, [181]. 

[P. 328] Les Aghlabides sont les suivants : 

Ibrahim ben el-Aghlab [184] ; 

c Abd AHàh ben Ibrahim ben el-Aghlab [196] ; 

[Ziyâdet Allah I, fils d'Ibrahim, 201] ; 

El-Aghlab ben Ibrahim ben el-Aghlab [223]; 

Moh'ammed ben el-Aghlab ben Ibrahim [226] ; 



(1) Nous avons vu plus haut (p. 83) le nom de ce personnage sous 
la forme *I c a ben Moûsa Khoràsàni. 

(2) L'orthographe 'Omar paraît être la plus usuelle ; on a vu ce 
nom sous la forme 'Amr, ci-dessus, p. 85 et s. 



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* ™ïl 



- 480 - 

Ah'med ben Moh'ammed ben el-Aghlab ben Ibrâhîm 
[242] ; 

Ziyâdet Allah (II) ben Moh'ammed ben el-Aghlab ben 
Ibrahim [249] ; 

Moh'ammed ben Ahmed ben Moh'ammed. ben el- 
Aghlab ben Ibrâhîm [250]; 

Ibrahim ben Ah'med ben Moh'ammed ben el-Aghlab 
ben Ibrahim [261] ; 

[Aboû' MAbbâs] c Abd Allah ben Ibrahim ben Ah'med 
ben Moh'ammed ben el-Aghlab ben Ibrahim ben el- 
Aghlab [289] ; 

[Ziyâdet Allah III ben f Abd Allah, 290] ; 
avec qui finit la dynastie Aghlabide en Ifrik'iyya en '296. 

Les Chi c ites Obeydites sont : 

Aboû c Abd Allah, le missionnaire ; 

c Obeyd Allah le Mahdi, de qui descendent les Obeydi- 
tes d'Egypte [296] ; v 

Son iils Aboul-K asim ben c Obeyd Allah [322] ; 

Ismâ c ii ben Aboû'l-K'âsirn [334], fils du précédent ; 

[Et El-Mo f izz Ma c add, 344] qui régna en Egypte, où il 
se rendit vers la fin de sa vie. 

Les Çanhâdja relevant des Obeydites et nommés par 
eux furent : 

Bologgin ben Ziri [361] ; t 

El-Mançoûr ben Bologgin [374] ; 

Bâdis ben el-Mançoûr [386] ; 

El-Mo c izz ben Bâdis [406] ; 

Temim ben el-Mo c izz [454] ; 

Yah'yja ben Temim [501] ; 

c Ali ben Yah'ya [509] ; 

Et enfin El-H'asan ben c Ali [515],sousle gouvernement 
de qui les chrétiens entrèrent en Ifrik'iyya. 



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TABLE DES CHAPITRES 



Pages 

Conquête de l'Ifrîk'iyya par Ibn Aboû Sarh' 3 

'Abd Allah ben Sa'd Arairi et sa conquête de l'Ifrîk'iyya. 3 

'Abd Allah ben ez-Zobeyr met Djerdjîr à mort 5 

Mo'âwiya ben Hodeydj Kindi en Ifrîk'iyya 11 

Aboû'l-Mohâdjir devient gouverneur de l'Ifrîk'iyya ; dé- 
possession d"Okba ben Nâfi' 17 

Bataille entre Zoheyr ben Kays et Koseyla ben Lemzem . 20 

Zoheyr se retire à Barka et y est tué 21 

Gouvernement de H'assân ben en-No'mân 23 

La Kâhina est mise en fuite par H'assân 25 

Mort violente de la Kâhina. 28 

Gouvernement de Moûsa ben Noçayr 31 

Il conquiert le Maghreb el-Akça 35 

Gouvernement de Moh'animed ben Yezîd 42 

Gouvernement de Bichr ben Çaf wân 46 

Gouvernement d"Obeyda ben ' Abd er-Rahmân Solami . . 47 

Gouvernement d"Obeyd Allah ben el-Habhàb 49 

Gouvernement de Kolthoûm ben 'Iyâd 54 

Des Berghawâta et de leur apostasie •. . . 57 

Gouvernement de H'anz'ala ben Çafwân 59 

Tentative d"Abd er-Rah'mân ben H'abîb Fihri ; chute 

des Omeyyades 62 

Suite de l'histoire d"Abd er-Rah'mân ben H'abîb 73 

Meurtre d"Abd er-Rah'mân , . 74 

Gouvernement d'Elyâs ben H'abîb 75 

Révolte de H'abîb ben 'Abd er-Rah'mân 76 

Révolte d"Isa ben Moûsa 83 

Gouvernement d'El-Aghlab ben Sâlim Temîmi 83 

31 



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- 482 - 

Pages 

Gouvernement d" Amr ben Hafç Kabîça 85 

Gouvernement de Yezîd ben Hâtim 89 

Gouvernement de Dâwoûd ben Yezîd ben Hâtim 96 

Commencement de la dynastie Idriside au Maghreb 96 

Gouvernement de Rawh ben Hâtim ben Kabîça 99 

Gouvernement de Naçr ben Habib Mohallebi 100 

Gouvernement de Harthema ben A'yan 106 

Gouvernement de Moh'ammed ben Mokâtil 'Akki 107 

Révolte de Temmâm ben Temîm Temîmi 108 

Gouvernement d'Ibrâhîm ben el-Aghlab ben Sâlim 111 

Règne de Ziyâdet Allah ben el-Aghlab M8 

Règne d'Aboû «Ikâl el-Aghlab ben Ibrâhîm 136 

Règne d'Aboû'l-' Abbâs Moh'ammed ben el-Aghlab 137 

Règne d'Aboû Ibrâhîm Ahmed ben Moh'ammed 144 

Règne de Ziyâdet Allah ben Moh'ammed ben el-Aghlab. 147 
Règne d'Aboû'l-Gharânîk Moh'ammed ben Ahmed ben 

Moh'ammed 147 

Règne d'Ibrâhîm ben Ahmed ben Moh'ammed 151 

Débuts de la dynastie Obeydite 163 

Anecdote relative à Ibrâhîm ben el-Aghlab et à Aboû'l- 

Ahwaç 173 

Renseignements généraux sur Ibrâhîm ; sa mort 176 

Règne d'Aboû'l-' Abbâs ben Ibrâhîm 179 

Règne de Ziyâdet Allah ben Aboû'l-' Abbâs <Abd Allah. . 180 

Les Aghlabides quittent l'Ifrîk'iyya 200 

Règne des Ghi'ites 204 

Aboû 'Abd Allah va rejoindre 'Obeyd Allah à Sidjilmâssa. 209 

Histoire de Sidjilmâssa 215 

Arrivée à Rakkâda d"Obeyd Allah 218 

'Obeyd Allah fait mettre à mort Aboû 'Abd Allah et Aboû 

Zâki 227 

Suite des événements (années 298-301) 230 

Aboû'l-Kâsim marche contre l'Egypte , 240 

Récit sommaire de ce qui concerne les chefs de la ville de 

Nakoûr , 248 



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— 483 - 

Pages 

Suite. des événements. . . . . ..........;.. 255 

Description de la ville de Djeràwa. . . 282 

Histoire de Tâhert 283 

Suite des événements ; 286 

La ville de Ceuta 291 

Suite des événements 295 

Sidjilmâssa à partir de la conquête Chi'ite 298 

Rakkâda 299 

Mehdiyya 300 

Règne d'Aboû'l-Kàsim el-Kà'im bi-amr Allah 3(K> 

Histoire des Idrisides 303 

Suite des événements 311 

Règne d'Isniâ'îl el-Mançoûr 317 

Règne de Ma'add el-Mo'izz 321 

Les Berghawâta 324 

Débuts de la dynastie Çanhâdjienne 332 

Gouverneurs successifs de Baçra 344 

Mort d'Aboû'l-Fotoûh Yoûsof ben Zîrî .* 350 

Gouvernement de son fils AboiVl-Fath' el-Mançoûr 350 

Gouvernement d'Aboû Mennàd Bâdîs ben Aboû'1-Fath'. . 364 
Déroute de Tannée d'Ifrîk'iyya et succès de Zîrî ben 

'Atiya 367 

Les Zenâta et leur domination jusqu'à l'époque des Al- 

mora vides 371 

Mort de Naçîr ed-Dawla Bàdîs 395 

Règne d'El-Mo'izz ben Bâdîs 398 

El-Mo'izz se proclame indépendant ; fin de la domination 

Obeydite en Ifrîk'iyya 408 

Comment on arriva à maudire les Obeydites dans le prône . 414 
Changement de la frappe des monnaies au nom des 

Obeydites 415 

Détails sur les Obeydites 419 

Troubles qui aboutissent à la ruine de K'ayrawân 433 

Fuite d'El-Mo'izz ben Bâdîs devant les Arabes 435 

Affaire du Bâb Tounis à K'ayrawân 439 



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— 484 - 

Pages 

Nouvelle défaite des Çanhâdja à Hayderân. 440 

Débuts de la dynastie Çanhâdjite 440 

Détails sur le règne de Temîm ben el-Mo'izz . 444 

Entrée des chrétiens à Mehdiyya 449 

Règne de Yahya ben Temîm 454 

Règne d"Ali ben Yahya ben Temîm 457 

Règne de H'asan ben 'Ali ben Yahya 461 

Emirs de Tunis postérieurs à El-Mo'izz ben.Bâdîs 474 

Emirs et gouverneurs d'Ifrîk'iyya depuis l'origine 478 



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INDEX GENERAL 



<Abbàd b. Kethtr, 234. 

— b. Merwàn, 416. 

'Abbàs b. Ahmed b. Toûloùn, 153 

et s. 
El-'Abbàs b. Bàdi'a Kelbi, 46. 

— b. el-Fadl, 142-146. 

— b. Nàçih, 328. 

— b. el-Welld fakih, 132. 
AboùVAbbàs b. 'Ali, gouverneur 

de Sicile, 157. 

— b. Aboù Khidàch, 199. 

— Makhfoùm, frère du Chi'i, 

206, 209, 210, 213, 228 et 
s., 422 et s. 

— Seffàh, 69 et s., 72. 
Ibn 'Abbàs, 196. 
Abbasides, 67, 68, 73, 113, 479. 
'Abbàsiyya, 112. 

'Abd el-A'la b. Moûsa b. Noçayr, 
39. 

— b. Hodeydj, 51. 

— b. es-Samh Ma'àfiri, 79 et s. , 

283, 479. 
'Abd Allah b. 'Abd el-'Aziz b. 
Khoràsân, 473, 476. 

— b. 'Abd el-Melik b. Mer- 

wàn, 34. 

— b. 'Abd el-Mou'miu, 476. 

— b. 'Abd Rabbilii, 102 et s. 

— b. Ahmed b. Tàleb, 149, 

150, 153, 159. 



'Abd Allah b. 'Ali Abbaside, 73. 

— b. Aboù 'Amir, 373. — 

— b. 'Amr b. el-'Açi, 13. 

— 'Ayni, 277. 

— b. Bologgîn, 356. 

— b. eç-Çà'igh, 181-2, 184, 190, 

197, 198, 200, 202, 203. 

— b. Aboû'l-Djewàd, 135, 140, 

141. 

— b. Aboù Hassan Yahçobï, 

60, 137, 138, 188. 

— b. Hayyàn ibadite, 82. 

— b. Ibrahim b. AboùVAftya, 

377. 

— b. Ibrahim b. Aghlab, 116 

et s., 119, 479. 

— b. Ibrahim b. Ahmed Agh- 

labi, 162, 173-176, 178- 
180, 480. 

— b. Idris b. Idris, 305. 

— b. Kays, 12. 

— b. Khazer, 273. 

— b. Menkoùt, 449. 

— b. Meymoûn Kaddàh, 420, 

421. 

— b. AboiVl-Minhal, 223. 

— b. el-Moghira, 46. 

— b. Moh'ammed b. AboùM- 

Hasan, 360. 

— b. Mohammed dit Ibn el- 

Kadim, 233. 



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486 



'^F&S 



'Abd Allah b. Mohammed Djoràwi, 
le poète, 407. 

— b. Mohammed, le kàtib, 334 

et s., 347, 349, 351-358. 
. — b. Mohammed b. Mofar- 
redj, 193. 

— b. Mohammed Mohallebi, 

103. 

— b. Mohammed, Omeyyade, 

226. 

— b. Mohammed Ro'ayni, 

259. 

— b. Mohammed Temîmi, 

234. 

— b. el-Mo'izz b. Bàdis, 444. 

— b. Moùsa b. Noçayr, 32, 

37-39, 43, 44. 

— b. Aboû 'Ofeyr, 326. 

— b. 'Omar b. Khattàb, 3, 22. 

— b. Sa'd, 3 et s., 11. 

— b. Sa'id b. Idris, 249. 

— b. Selmàn, 296. 

— b. es-Simf Kindi, 91. 

— b. Soleymàn, 476. 

— b. Aboû Tàleb, 181. 

— b. Tha'leba b. Mohàiïb, 309. 

— b. el-Welid (Ibn el-Fon- 

doki?), 225. 

— b. el-Welid b. Moghira, 385. 
. — b. Ya'koùb, 150. 

— b. Yâsin, 376. 

— b. Yezid b. Hàtim, 103. 

— b. Yezîd (Aboû <Awn), 69. 

— b. Yoùsof b. Zîrî, 363. 

— b. ez-Z'àhir, le fatimide, 

405. 

— b. ez-Zobeyr b. el-Awwàm, 

3, 5 et s., 12. 



Aboû <Abd Allah b. <Abd eç-Ça- 
mad, 417. 

— el-Ahwal Aghlabi, 178, 182. 

— b. Ibrahim b. Ahmed Agh- 

labi, 175. 

— b. Aboû Ishàk, vizir, 158. 

— el-Mo'addib, 312. 

— Chi'i, 163 et s., 176, 284, 

422 et s., 480. 
<Abd el-Aziz b. <Abd el-Hakk, 474, 
476. 

— b. Cheyba, 272. 

— b. Merwàn, 30-34. 

— b. Mohammed b. en-No'- 

màn, 383. 
.— b. Moùsa b. Noçayr, 38, 39, 
43. 

— b. Samh' Ma'àuri, 88. 
El-'Abd eç-Çàlih, 248. 

<Abd eç-Çamad b. Çàlih, 248. 
Ibn <Abd el-Hakam, 272, 297. 
<Abd el-Hakk b. <Abd Allah, kàdi, 
468. 

— b. <Abd el-'Aziz b. Khorà- 

sàn, 474. 
; Ibn <Abd el-Kerim, 477. 
<Abd el-Medjîd b. el-Amir, fati- 
mide, .466, 469. 
<Abd el-Melik b. Aychoûn, 313. 
r- b. AboiVl-Dja'di lfreni, 78- 
80, 479. 

— b. Katan Fihri, 52, 53, 56, 

57. 

— b. el-Mançoùr l'Amiride, 

372. Cf. Mozaffer. 

— b. Merwàn, 10, 12, 19, 22, 

23, 26, 31, 32, 34, 256. 

— b. Moùsa b. Noçayr, 39. 



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— 487 - 



'Abd el-Melik b. Moûsa el-Warrâk, 
374, 377, 467. 

— b. Sekerdîd, 86. 

— b. Yezîd (Aboû <A\vn), 69, 

70. 
'Abd el-Mon'im b. Aboù'l-Hasan, 

472. 
'Abd el-Mou'min b. 'Ali (Aboù Mo- 
hammed), 464, 468, 476, 477. 
<Abd er-Rahmàn b. <Abd Allah. 
Ghàfiki, 49. 

— b. <Abd el-'Aziz Nacjràni, 

463. 

— b. <Abd Rabbihi, 146. 

— b. Aboù Bekr, 13. 

— b. Elyàs, 386. 

— b. Habib, 54, 57, 62 et s.. 

70, 73 et s., 91, 378, 478. 

— b. Hassan b. Melil, 9. 

— b. Mo'àwiya ed-Dàkhel, 67. 

— b. Mohammed, TAmiride, 

374. 

— en-Nàçir TOmeyyade, 247, 

255, 268, 287, 289, 290, 
294, 295, 297, 322 et s., 
343. 

— b. NàiiS 44. 

— b. 'Okba Ghifàri, 54. 

— b. Rostem, 79, 81, 86, 216, 

283. 

— b. Sa'id b. Idris, 249. 

— b. Aboù Sel ma, 132. 

— b. Zeyd b. Khattàb, 3. 

— b. Ziyad b. An'am, 92. 
'Abcl er-Rezzàk le kharédjite, 306. 
Benoù 'Abd er-Rezzàk, 328. 
<Abd es-Selàm b. 'Abd el-Wahhàb, 

135. 



'Abd es-Selàm b. el-Moferredj, 127, 
128. 

'Abd el-Wàrith b. 'Abd er-Rah- 
màn, 283. 

'Abd el-Wàrith b. Habib, 65 et s. 
74 et s. 

'Abd el-Wàhid b. Yezid Hawwàri, 
59 et s. 

Ibn Aboù 'Abda (Ahmed b. Mo- 
hammed), 249. 

'Abdoùn b. Habàsa, 220. 

Ibn Abdoûs, 280. 

'Abs b. Oumm el-Ançàr, 324. 

Açbagh b. Wekil, 131. 

Achir, 313, 350, 351, 363, 365, 367 
à 370, 397. 

'Achiri, 159, 185. 

Açila, 130, 337-343, 346. 

Açim ben Djemll, 78, 477. 

'Açim Sedràti, 86. 

El-Açnàm, 61. 

Adena, 311. / 

El-'Adhari, 293, 303. 

Adherbeydjàn, 69, 94. 

Benoù 'Adi, 441 et s., 445, 451. 

Adjâ'ib el-bilâd xoaz-zemàn, 40. 

Adjdàbiya, 237. 

'Adnàn b. Ma'çem, 390. 

El-AId'aï, le vizir, 430. 

A/faire du vendredi, 477. 

Affaire du samedi, 477. 

Aflah b. 'Abd el-Wàrith, 283. 

— b. Hàroùn Meloùsi, 220. 
Aftekin le Turc, 336. 
El-Aghlab, cousin de Sa'îd b. Çà- 

lih, 251. 

— b. 'Abd Allah (Ghalboùn), 

119. 



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T .*f?r- 



- 488 ~ 



El-Aghlab (Aboù c Ikàl) b. Aboû'l- 
Gharànik, 151, 152. 

— b. Ibrahim Djezer, 136. 

— ' ' — b. el-Aghlab, 

119, 479. 

— b. Mohammed b. el-Aghlab, 

152. 

— b. Sâlim Temîmi, 83 et s., 

479. 
Aboû'l-Aghlab, cousin de Sa'id b. 

Çàlih, 251. 
Aghlabides, 226, 233, 236, 299, 479. 
Aghmàt, 376, 461. 
Aghmàt Heylàna, 36, 305. 
Aghrar, 276. 
El-Ahâsi, 462. 
Ahkàm el-Kor'ân, 257. 
Ahmed b. el-'Abbâs Itewwoufeti, 
253. 

— b. 'Abd Allah Mekfoùfi, 

173. 

— b. 'Abd el-'Aziz b. Kho- 

ràsàn, 466, 474. 

— b. 'Abd er-Rahmàn Lakh- 

mi, 262. 

— b. 'Abdoûn b. Wahb, 262. 

— b. el-Afd'al, 431. 

— b. el-Aghlab b. Ibrahim, 

138 et s. 

— b. Ahmed b. Ziyàd, 295. 

— b. 'Ali b. Doùdàn, 259. 

— b. Aboù'l-'Aych, 344. 

— b. Bah'r b. «Ali, 271, 297. 

— Balawi, 264. 

— b. Bekr b. Aboû Sahl, 302, 

310. 
t — b. Dàwoùd Çawwàf, 184. 

— b. Dja'far b. Moùsa, 269. 



Ahmed b. el-Emin, 298. 

— b. Fath* Tàherti, 130. 

— b. Ferroùkh Tobni, 207. 

— b. Haddjàdj, 413. 

— b. Hodeyr, 157. 

— b. Ibràhîm b. Ahmed Agh- 

labi, 160, 172. 

— b. Ibràhîm b. Kàsim, 340, 

344. 

— b. Ibràhîm b. Aboù Khà- 

lid, 347. 

— b. Idrls b. Idris, 304. 

— b. el-Kàsim b. Idris, 308. 

— b. el-Kàsim b. Moham- 

med, 344. 

— b. Khâlid Sehmi, 197. 

— b. Aboû Khinzîr, 232. 

— b. Korhob, 154. 

— b. Mançoùr (Ibn el-Mok- 

ra'a), 260. 

— b.Merwedhi (Aboû Dja'far), 

254, cf. Merwezi. 

— b. Mesroûr el-Khâl, 184, 

185, 188. 

— b. Midràr, 263. 

— b. Moghîth, 158. 

— b. Mohammed b. 'Abd Al- 

lah Hachemi, 187. 

— b. Mohammed b. 'Abd Al- 

lah Mottalibi, 287. 

— b. Mohammed b. el-Agh- 

lab, 144-147, 223, 480. 

— b. Mohammed (Aboù 'Abd 

Allah), le kàteb, 154. 

— b. Mohammed Korachi 

Mogharbàni (?), 255. 

— b. Mohammed b. Sirin, 

209. 



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- 489* 



Ahmed b. Mohammed b. AboCfl- 
Welîd, 426. 

— b. Aboù Mohriz, 133-135. 

— b. Moûsa b. Khàlid, 197. 

— b. Naçr b. Ziyàd, 280. 

— b. 'Obeyd Allah le Mahdi, 

277. 

— b. 'Omar b. 'Abd Allah 

Aghlabi, 157. 

— b. Aboû Tawba, 393. 

— b. Temim (Aboû Dja'far), 

262. 

— b. Toùloùn, 154. 

— b. Yahya b. Khàlid, 267. 

— b. Yahya b. Tayyeb, 224. 

— b. Ya'koùb (b. el-Mod'a ?), 

150. 

— b. Ya'koùb b. Fezàra, 146. 

— b. Ya'la, 323. 

— b. Ziyàdet Allah b. Kor- 

hob, 235, 244, 245. 
Aboù'l-Ahwaç 'Idjli, 80, 81. 
Ahwàz, 70. 

Ibn Ahyad Ghassâni, 425. 
'Akaba, 34. 
Akàs, 279. 
El-'Alà b. Sa'id, 106. 

— — Mohallebi, 91. 
Alahb. 'Ali leZiride, 458. 
Alchimie, 455, 456. 
Alep,363. 

Alexandrie, 2, 107, 241, 242, 257, 

302, 470. 
Algéziras, 372. 

'Ali b. Ahmed b. Aboù Khinzir, 
. 235. 
'Ali b. el-Djehm, 211. 

— b. el-Fadl, 144. 



'Ali b. Aboù'l-Fewàris Temimi, 
i84. 

— b. Hamdoùn Djodhàmi, 

272, 311. 

— b. Hammoûd, 469. 

— b. Hasan Hasani(Hoseyni), 

349. 

— b. el-Haythem, 183. 

— b. Hazm, 71. Cf. Ibn Hazm. 

— b. Ishàk b. 'Imràn, 203. 

— b. Lokmàn, 267. 

— b. Meçàla, 295. 

— b. Mohammed b. Aboù'l- 

'Aràb', 382. 

— b. Mohammed Kàbesi, 385. 

— b. Mohammed Teymi, 262. 

— b. el-Mo'izz b. Bàdis, 444. 
-- b. 'Omar Hammoùdite, 306. 

— b. Kebàh Solami, 38. 

— b. Rjzk, 436. 

— b. Aboù Selma, 132. 

— b. Aboù Selmàn, 267, 268. 

— b. Aboù Tàleb, 207, 208, 

213, 221, 277. 

— (famille d 1 ), 168, 169, 171. 

— b. Yahya, le Ziride, 456, 457 

et s., 480. 

— b. Yoûsof Toùnesi, 443. 

— — b. Tàchef in, 456, 
461, 465. 

Aboù 'Ali er-Rid'à, 251. 
Ibn 'Ali b. Homeyd, vizir, 138. 
Aljarafe, 331. 
Alméria, 446, 453. 
Almohades, 452, 464, 468, 471. 
Almoravides, 376 et s., 447. 
Alphonse le Batailleur, 465. 
Amende des fuyards, 173. 



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*' ,.,«* 



-490 



Ibn «Amil, 353. 

'Aniir b. Aboû'l-'Aych, 290. 

— b. Ça'çaS 441. 

— el-Medjnoùn, 302. 

— b. NàfiS 125-127, 129. 
El-Amir bi-hokm Allah, fatimide, 

431, 455, 466 et s. 
Ibn 'Arnir Fezàri, 296. 
( Ammàr b. Mohammed, vizir, 404. 

— b. Yàsir, 221. 
Aboù 'Amrnàr, 121. 

— el-A'ma, 278, 314. 
<Amr b. el-<A<;i, 2, 3. m 

— b. Hafç Kabîsa, 85 et s., 

479. 

— b. Mo'àwiya Kaysi, 105, 120. 

— b. 'Othmàn Korachi, 82. 

— b. Selim Todjibi, 141, 142. 
Anbàr, 72. 

'Anbasa b. Soheym Kelbi, 46. ' 

Aboù'l-'Anber, 100. 

AboùM-Ançàrb. AboùVOfeyr, 313. 

Ancien Château, 112, 117, 119, 138, 
144, 151, 152, 299. 

Ibn el-Andalosi, 272, 311, 312. 

Anecdotes, 51, 95, 99, 117, 133, 134, 
137, 138, 141, 173, 177, 178, 190, 
193, 194, 201, 208, 221, 225, 229, 

, 270, 274, 280, 358, 423, 425, 463. 

Année éx^iitalAe, 176, 178. 

— des étoiles, 178. 

— de tyrannie, 178. 
Anthropophagie, 357. 
Aboiri-'Arab b. Temim, 108. 
Arabes, 19, 27, 63, 300, 433 et s., 

447, 459, 474. 
Arba, 214. 
Archgoul, 211, 279. 



<Arîb, 11, 74, 89, 138, 234, 290. 

Arménie, 69, 94. 

'Aroùba, voir Gharaweyh. 

'Aroùs le muezzin, 259. 

Asad b. el-Foràt b. Sinàn, 119, 

124, 128, 131, 243, 244. 
'Asloùn le page, 250. 
Astrologues, 161. Cf. Prédictions. 
Aboîfl-Atàhiya, 174. 
Benoù Athbedj, 441 et s., 445 et s. 
'Atiya b. Dja'far, 379. 
Atmosphère obscurcie, 259. 
El-Atriyoûn, 11. 
Ibn 'Attàf Azdi, 63, 64. 
Aurès, 25 et s., 78, 242, 266, 311, 

314. 
'Awâchir, 339. 
Abotfl-A'war Solami, 47. 
Awlîma, 11. 
<Awn b. Yoùsof, 266. 
Awreba, 306. Cf. Ouriba. 
Awren, 276. 

Ibn Aboîfl-'Aych, 279, 287. 
'Ayyach b. Akhyal, 35. . 
Ibn 'Ayyàch (mosquée d'), 259. 
Ayyoùb b. Itewwoufet, 369, 395, 

396, 407. 
Azhar b. Sali m, 141. 
Azila, 130. Cf. Açila. 
El-'Aziz b. 'Ali Ziride, 458. 

— billàh, Obeydite, 333 et s., 

348, 362. Cf. Nizàr. 

— b. el-Mancoûr Hammadite, 

452, 457, 464. 
<Aziz ed-Dawla (El-Mançoûr b. Bà- 

dis Naeir ed-Dawla), 387. 
<Azm b. Hassoùn b. Sennoùn, 390. 
<Azm b. Zîri b.Mennàd, 383. - 



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-491 - 



Bàb Açrem, 104. 

— el-Bahr, 472. 

— el-Djezira, 182, 472. 

— el-Ghanem, 415. 

— Kayrawân, 182. 

— el-Madjoûs, 339. 

— el-Moçalla, 248. 

— Benoù Ouryaghal, 248. 

— Ilakkàda, 188. 

— AboùY-Rebi', 108 y 135, 144, 

146, 203, 365. 

— Sàlem, 197, 225, 244, 245, 380. 
. — es-Souweyka, 472. 

— Toùnis, 75, 146, 357, 439. 

— Soleymàn, 248. 

— el-Yehoûd, 248. 

— Zawila, à Mehdiyya, 459. 
Babâb, 222. 

Ibn Bachkowàl, 31. 

Bàehoû, 75, 162, 163. 

Baçra, 31, 70, 99, 337, 340, 344, 346. 

— dlrak, 303. 
Baerat el-Kettàn, 129-130. 
Bàdîs b. <Ali Ziride, 458. 

— b. Haboùs Çanhadji, 446. 

— b. Hammàma, 396. 

— b. el-Mançoùr Hannnàdite, 

452. 

— b. el-Man<;oùr, le ziride, 

353, 361, 362, 363 et s., 
371, 480. 

— b. Seyf el-'Aziz billàh, 402. 

— b. Ziri, 348. 
Bàdja,25,63, 96, 120", 128, 140, 162, 

319, 452, 474. 
Bàghàya, 26, 189, 195, 196, 200, 

273, 357, 369, 407. 
Baghdàd, 82, 118, 197, 234.. 



El-Baghdàdi, 425. 

El-Bàhiri, kàdi, 366. 

El-Balfr, à Rakkàda, 229. 

Aboû BahY b. Adhem, 172. 

Bahreyn, 70, 421. 

Ibn Bakiya, 216, 217. 

Balât ech-Chohadà, 49. 

Baldj b. Bichr Kccheyri, 54-57. 

Ibn el-Bardhoùn, 212, 213, 423. 

Barghoût b. Sa'id Tiràri, 328. 

Barhoûn b. 'Isa b. Ibrahim, 344, 

351. 
Ibn Barhouya, 340- 
Bark'a, 2, 19, 21, 26, 54, 154, 155, 

209, 237-239, 242-244, 246, 276, 

300, 302, 380 et s., 385, 432, 433, 

447. 
Barkàna, 276. 
Barmékides, 114. 
Bataille des nobles, 53. 
Aboû BatTa, 266. 
Ibn el-Bawwâb, 436. 
Aboû'l-Bayàn, le Slave, 404. 
Bedr ed-Dedjà, 457. 
Aboù'l-Behàr b. Khallo.ûf, 399, 406. 

— b. Zirî, 358 et s., 363, 369, 

370. 
Behlewàn b. Ràchid, 107. 
Behloùl b. <Amr b. Çàlih, 138. > 
Beht (bataille de)-, 326, 328. 
Bekkàr b. Djelàla Outelkati, 394. ' 
Bekr b. Hammàd, 211, 288, 344. 
Aboù Bekr, le philosophe (Ibn el- 

Kamoûdi), 207, 220. 

— b. Aflah, 283. 

— b. Hodheyl, 212, 213. 

— b. Ismà'il b. Khoràsàn, 

473, 475, .476. 



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- 492 - 



Aboû Bekr b. 'Omar Lemtoûni, 376, 
447. 

Bekri (Aboù Obeyd), 70, 97, 288, 
S04, 318. 
— l'astronome, 379. 

Belàdhori, 12. 

Belezma, 162, 186, 191, 369. 

Bellàra bent Temim, 448. 

Benoù Beltit, 174. 

Bendy 155. 

Bendoûn, 265. 

Ibn el-Bennâd, 476. 

Benzert, 475, 476. 

Ber ben Kays, 289. 

Berbàti, 328. 

Ibn Berber (<?), 188. 

Berbères, 18-20, 25 et s., 32, 35, 44, 
45, 50, 53, 55, 57, 63, 64, 67, 70 et 
s., 77, 82, 84, 85, 89, 91, 96 et s., 
105, 112, 126, 129, 154, 174,*248, 
273, 275, 293, 301, 304, 325 et s., 
337 et s., 345, 370, 381, 411. 

Ibn el-Berdhoùn, 212, 213, 423. 

Berghawàla, 51, 57 et s., 324 et s., 
346, 348. 

Ibn el-Berîdi, 159. 

Berk'adjàna, 214. 

Benoù Bernés, 249. 

Bernoûs, 71. 

Benoù Berzàl, 272, 273. 
— Besoùhà(?), 281. 

Bètes féroces, 415. 

Biclir b. Çalwàn, 46-48, 478. 

Ibn el-Bi(ïjàwi Korachi, 233. 

Bir Aboù Delfà, 129. 

Birket ed-Dem, 408. 

Birket Kàmoiîn, 33. 

Biskra, 174, 407. 



Bologgin, voir Yoùsof b. Zîri. 

— b. Mohammed b. Hammâd, 

376. 

— b. el-Mo'izz b. Bàdis, 444. 
Bondàr, 272. 

Bône, 25, 471. 

Bonnets d'ignominie, 235, 236. 

Bot'iwa, 252. 

Bougie, 452, 475. 

Ibn el-Boûnï (Aboù'l-Hasan), 360 

et s. 
Bubastro, 340. 

Bureaux organisés en Ifrik'iyya, 30. 
Butera, 143. 

Çà<, 290. 

Çàbir, le page, 272, 274, 277, 279, 

* 280, 321. 

Cabra, 318,437, 438. 

Çadak'a, 192. 

Cadeaux précieux, 386, 401, 405, 406, 

410. 
Çadina, 225, 305. 

— b. Temzît, 71. 
Çafçàf, défilé, 114. 
Ça'id d'Egypte, 441. 

Cakhrat en-Nesr, 303. Cf. Hadjar. 
Càlih b. 'Isa b. Aboû'l-Ançàr, 346. 
Càlib b. Mançoùr, 248. 
Çàlih el-Mouminîn, 325. 

— b. Sa'id b. ldrîs, 247, 249, 

250, 254, 255, 260. 

— b. Tarif, 58, 325 et s., 378. 
Àboù'ç-Çalt, 408, 440, 444, 463, 464, 

469. 
Camerina, 143. 
Çandal, gouverneur de Biskra, 

407 ; — eunuque, 461. 



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— '493 - 



Çanhàdja, 248, 305, 332 et s., 342, 
348, 353, 370 et s., 386, 387, 396, 
397, 410, 433 et s., 438, 440, 445, 
480. 

Capitation des juifs et des chré- 
tiens, 192. 

Çarçar, 344. 

Çarî% poète, 211. 

Carthage, 11, 24, 31. 

Castrogiovanni, 143, 144, 148. 

Catane, 143. 

Catastrophe du lundi, Ali. 

Çatfoùra, 25, 75, 163. 

Cefalù, 145. 

Ceuta, 56, 289, 291 et s., 322 et s., 
331, 336, 337, 347, 376, 424. 

Ibn Cha'bàn, 353. 

Chaf<, 208. 

Chàh-Màlik le Ghozz, 450. 

Ibn ech-Chà'ir, 193. 

Châkir, 36. 

Ech-Chàkir billàh, 298, 522 et s. 

Change, 416. 

Château maritime, 385. 

Chebib b. Aboù'ç-Çàrim, 198-199. 

— b. Aboù Cheddàd Kamoù- 

di, 189. 
Chebil, 115. 

Chedjra b. 'Isa, 122, 123, 152. 
Aboù'ch-Chelaghlagh, 422. 
Chelif, 52, 54, 391, 392, 395. - 
Chemmàkh, 97, 98, 304. 
Cheref ed-Dawla (Mo'izz b. Bàdis), 

400. 

— wa-'adodhà, 405. 

Ibn Cheref, 412, 413, 414, 415, 417, 
418, 432, 433, 436, 438, 439, 443, 444. 
Cheykh el-mou'minîn, 31 5, 



Cheykh aux roses, 359. 

Cheykh intègre, 31. 

Cheykh menteur, 464. 

Chiffres dans Jes mss arabes, 42, 62, 
342. 

Le Chi'i, 162, 178, 184, 185, 188, 189, 
191, 193, 195, 196, 198, 200, 204 et 
s., 217 et s., v. Aboù 'Abd Allah. 

Chi'ites, 68, 164, 378, 399, 400, 408, 
440; doctrines chi'ites, 184, 220, 
263, 324, 400, 408. y 

Chimchàti (Aboù Mohammed), 321. 

Chrétiens, 2, 131, 143-146, 148-150, 
152, 153, 157, 171, 267, 270, 271, 
274, 279, 301, 324, 363, 410, 448, 
449, 452, 455, 456, 462, 465, 470, 
471, 476, 477. Cf. Roùm et Francs. 

Çila, 31. 

Cimetière de Kod'à'a, 129. 

Clypea, 455. 

Cœur arraché, 160, 173. 

Çofrites, 57 et s., 59, 61, 79, 81, 86, 
91, 215, 216, 328, 378, 477. 

Comayl b. Hàtim, 66. 

Comète, 185, 453. 

Constantine, 233," 387. 

Constantinople, 196. 

Corail, 292. 

Cordoue, 57, 309, 310, 323, 324, 372, 
374, 452. 

Coria, 460. 

Çoùlàt b. Djonda, 232. 

Crète, 145. 

Cutanda, 460. 

Damas, 332. 
D'ari b. Ourtàdj, 71. 
— b. Zedjidj b. Màdghîs, 71, 



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- 494 — 



• y ,rv?r 



Dàwoùd b. *Ali Abbaside, 70. 

— . b. Ibrâhîm Adjîsi, 285. 
— . b. Idrts b. Idrîs, 305. 

— b. Kàsim b. Ishàk, 303. 

— b. Meçàla, 295. 

— b. Mesroûr Ghassàni, 259. 

— Mezîdi, 248. 

— b. Mohammed b. Idrîs, 

305. 

— b. Yezîd b. Hàtim, 96, 479. 
Dawwàs b. Çoûlàt Lahiçi, 210, 213, 

214, 222, 230, 231, 284. 
Benoù Dehmàn, 459. 
Dekma (Dekkama), 393. 
Benoû DelloûsC?), 213, 214. 
Der'a, 35, 216, 447. 
Derb el-Mo'alla, 399. 
Deylem, 101, 114, 303. 
Deyr Sam'àn, 45. 
Dhàt el-Homàm, 266. 
Dheloûl, 247, 254, 255. 
Abt)ù Dherr Ghifàri, 221. 
Ed-Dhi'bi, 320. 
Dhoù Khochob, 9. 
Di'âma b. Mohammed, 223. 
Di'bil Khozâ'i, 211,212. 
Ed-Dîmâs, 462, 463. ' 
Dîme en nature et en argent, 117, 

176, 191. 
Dinar *achiri,' 159 ; voir Monnaie. 
Dirâyât, 56. 
Disette, 447, 450, 451, "460, 471. Cf. 

Famine. 
Les Dix y 413. 

Djàbir b. 'Ali b. Hasan, 349. 
Dja'far b. 'Ali, 219. • 

— b. 'Ali, le chambellan, 300. 

— b. 'Ali b. Hamdoùn, 336. 



Dja'far b. 'Ali (AboûVFad , l), 218, 
220. 

— b. Ibn el-Andalosi, 312. 

— b. Djawher*, 322, 332. 

— b. Felàh, ,322, 332. 

— b. Habib, 349, 351, 363, 364, 

383. 

— b. Hohvân, 476. 

— b. Idrîs b. Idrîs, 305. 

— b. Aboù 'Ilàdj, 320. 

— b. Mohammed, 221. 

— b. Mohammed, gouverneur 

de Sicile, 152. 

— b. 'Obeyd, 220, 270, 271. 

— b. Yahya Barmeki, 114. 
Aboft Dja'far Baghdàdi, 225, 226 

(= Mohammed b. Ahmed 
b. Ahmed,), 296, 301. 

— b. Djebroûn (%\ 237. 

— el-Khazeri, 206, 5£Ç0. 
Djahmides, 156. 
El-Djàmi< el- l Atik, 321. 
Djàna b. Yahya b. Coulât, 71, \ 

314. 

— b. Yahya b. D'aris, 72. 
Djàra, 291. , 
Ibn Aboû'l-Djawàri, 131. < 
Djawdher, le page, 272. 
Djawher, général chi'ite, 268, 285, 

321 et s., 332, 361. i 

— vizir d'El-'Azîz, le fatimi- \ 

de, 348 (= le précédent % \ 
Djebàla b. Hammoùd b. Djebàla, ; 

223. 
Djebbàrab. Mokhtàr 'Arabi, 432. ' 
Djebel Achhab, 346. 

— el-Hannàch, 370. 

— Aboù'l-Hoseyn, 260. 




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- 485 — 



Djebel el-Karn, 10. Cf. Karn. 

— Mak'k'a (?), 239. 

— Aboù Màlik, 146. 

— Mokattam, 429. 
Djebrb.NomAsib(owel-K , àsim),228. 
Djedàna, 71. 

Djelàdjil, 112. 
El-Djelidiyya, 188. 
Djeloùla, 10, 12, 76, 204, 320. 
Djemil b. Hafç {ou Çakhr), 87. 

— b. Koreyb, 78. 
Djemila, 278. 
Djemma, 237, 265. 
Djemmàsb. Mervvàn, 182, 189, 195, 

243. Cf. Hamrnàs. 
Djennàbi (Aboù Sa'id Hasan), 421, 

426. 
Djenyàra, 130, 346. 
Djeràwa, 71, 184, 279, 282, 287, 

288, 290. 
Djerba, 128, 411, 452, 458, 469. 
El-DjerdjercVi* 412, 441. 
Djerdjir, 4 et s. 
Djerld, 111. 
Ibn Djerràl), 383. 
Djezer (AboCi <Ikàl el-Aghlab), 136. 
Ibn el-Djezzàr, 347. 
El-Djezîra, 69; 

— ou Cherîk, 117. 
Doûnàs b. Hammàma, 375. 
Drapeaux, 402, 405, 416. 
Droit, points de, 221. 
Druzes, 429. 

Eclipse, 189, 448. 
Eglises détruites, 115. 
Egypte, 2-4, 13, 17, 23, 30, 32, 47, 
49, 54, 59, 61, 69, 70, 81, 82, 94, 



97, 100, 153 et s., 172, 239-241, 
256, 257, 300, 302, 321, 347, 348, 
363, 364, 366, 378, 379, 382, 427, 
441, 466, 469,. 480. 
Elbàs, 231. 
Eléphant, 363, 366, 
Elyâs b. Çàlih, 58, 325 et s. 

— b. Habib, 63/ 65, 74 et s., 79, 

478. 

— b. Semghoûn, 215. 

— Montaçir b. AboiVl-Kàsim, 

120. 

Emîn (le khalife Mohammed b. 
Hàroùn), 101, 113, 116, 117. 

Emsàr, 368. 

Enfant des frères, 421. 

Erice, 146. 

Erkoùna b. Oursetif, 71. 

Espagne, 24, 27, 36-39, 45, 46, 47, 
49, 52, 53, 56, 59, 61, 62, 66, 67, 
70, 76, 129, 131, 132, 134, 225, 
226, 249, 259, 285, 293, 311, 336, 
338, 343, 378, 401, 402, 460, 461, 
464, 465. 

Etna, 135. 

Etoiles filantes, 178. 

Expédition des mille cavaliers, 
148. 

ElFad'l b. 'Ali b. Zafar, 302. 
Fad'l b. AboùVAnber, 132. 

— b. Mofaddel MadmYidji, 327. 

— b. Rawh b. Hàtim, 100 et s., 

479. 

— b. Yahya, 101. 

— b. Ya'koûb, 135. 

— b. Yezîd, 105. 
Fah'ç Aboù Çàlih, 118, 334. 



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— 496 — 



Fah'ç Bàroûkas, 204. 

FahMoûn Kotàmi, 266. 

Fakhkh, 97, 303. 

Famine, 150, 153,257, 258, 277, 278, 

281, 376, 380, 401, 410. 
Faradj b. 'Ofeyr, 294. 
Fars, 69. 
El-Fath', 152. * 
Fath\ le chambellan, 161. 
Aboù'l-Fath' b. el-Emîn, 298. 
Fayyoùm, 241, 257, 258, 264. 
Aboûl-Fehm Khoràsàni, 354 et s. 
Felàh le Kàïd, 107. 
Felàhb. Kamoûn, 266. 
Felek Medik, 230. 
Felfoûl b. Hassoûn b. Sennoùn, 390. 

— b. Sa'îd b. Khazroûn, 362, 

368 et s., 379, 382. 
Femmes de Baçra, 129 ; femmes à 

un sein, 50. 
Ferghaloùch, 131, 132. 
Aboû Ferîdoûn, 241. 
Ibn Ferroùkh, 244. 
Feylak, 167. 
Fez, 39, 97, 130, 260, 267, 301, 302, 

304, 306 et s., 322, 337, 346, 353, 

373, 375, 377, 378, 468. 
Forât b. Mohammed 'Abdi, 188. 
Fostàt, 258. 
Fotoûh le chrétien, 182. 

— b. <Ali, 371, 379. 

— b. el-Kà'id, 403. 
El-Fotoùh b. Mo'annecer, 376. 

— b. Yahya Zirîde, 457. 
Aboû'l-Fotoùh, v. Yoûsof b. Ziri. 

— b. el-Mançoûr, 475. 
France, 64. 

Francs, 14. 



Gabès, 78, 85, 104, 105, 126, 267, 
371, 379, 382, 418, 448, 450, 451, 
459. 

Gafça, 8, 75, 136, 357. 

Géhenne d'El-Hàkim, 428. 

Gènes, 301. 

Gens de la Caverne et du Man- 
teau, 314. 

George d'Antioche, 470, 471. 

Ghâba de Sfax, 448. 

Aboû Ghàdi, 89. 

Ghalboùn, 119, 121, 123, 124. 

Ghalwàliya, 131. 

Aboû Ghànem, le kàteb, 256. 

Gharaweyh b. Yoûsof Meloùsl, 204, 
206, 225, 228, 229, 242. 

Ibn el-Ghàzi, astronome, 380. 

El-Ghîràn [les Cavernes), 277. 

Aboû ; l-Ghoçn Nakih, 266. 

Ghomàra, 248, 305. 

Aboû'l-Ghoràb, 133. 

Girafe, 362, 366, 410. 

Le Glisseur, 185. 

Grand cheykh, 222. 

Grande Terre, 150, 158. 

Grenade, 465. 

Habàhiya, 11. 
Habàsa b. Yoûsof, 237-243. 
El-Habat, 305, 337. 
Habechi, 184, 196. 

— (Ahmed b. 'Omar), 157. 
El-Habhàb, 51 ; fort de, 91. 
Habîb, le poêle, 211,212. 

— b. <Abd er-Rahmân, 64, 65, 

75 et s., 478. 

— b. Habîb b. Yezîd, 85. 

— b. Naçr Temîmi, 143. 



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- 497 - 



Habib b. Aboù 'Obda, 43, 49 et s., 
55, 62. 

— b. Aboù Sa'id, 3S6. 
Ibn Habib, 41. 

Haboùs b. Hamîd (janhàdji, a48,413. 
Hàchim b. Dja'far, 367 et s. 

— b. NàfiS 128. 
Benoù Haçin, 346. 

Haddàd (Aboù'l-Hasan Khawlàni), 

443, 449. 
Haddjàdj b. Yoùsof, 12, 22, 31, 45, 

— b. Yoùsof, -officier d'El- 

Haddjàm, 341. 

El-Haddjàm. Cf. Hasan b. Moham- 
med. 

Hàdi de Hàkim, 421, 429. 

Hàdi le khalife, 93, 97. 

Hadîth, 1, 292. 

Ibn Aboù Hadjar, 196. 

Hadjar en-Nesr, 278, 297, 309, 341. 

El-HadYami, 174. 

Hafç b. Homeyd, 117. 

Hafç b. el-Welid, 61. 

Aboù Hafç Kallàs, 272. 

Ibn Hafcoùn, 249. 

EI-Hàfiz li-din Allah, fatimide,431. 

Hakam Mostançir Omeyyade, 219, 
324, 331. 

El-Hakam b. ÂboiVl-'Açi, 9. 

El-Hàkim bi-amr Allah, fatimide, 
364, 366, 379, 381, 383 et s., 386, 
400, 401, 402, 412, 421, 428 et s. 

Hamadàn, 113. 

Ibn el-Hamadàni, 202 (= Hainmàs 
b. Merwàn, 182). 

Ibn Hamdin (Aboù'l-Kàsim), 461. 

Hamdis'b. 'Abd er-Hahmàn Kindi, 
113. 



Hamdoùn b. Naçr, 128. 

Benoù Hamdoùn, 464. 

Hàmid b. Hamdàn Loûzi, 268, 308, 

310. 
Hàmim b. Menn Allah, 275. 
Aboù H'amlil b. Bernoù, 295, 296. 
Ibn Hamma (fort (f), 211, 214. 
Hammàd b. Bàdis b. Seyf el-'Azîz 

billàh, 388 et s., 396, 398, 400. 
Hammàd b. Hàchim, 281. 

— b. eUMô'izz b. Bàdis, 444. 

— b. Sa'id b. Idris, 249, - 

— b. Yoùsof b. Ziri, 365, 367, 

371. 
Benoù Hammàd, 474. 
Ibn Hammàda, 89, 106, 293, 304, 

314, 319, 331, 372. 
Hammam es-Seràdik, 204. 
Hammàma b. el-Mo'izz b. 'Ajiya, 

373, 374, 375. 

— b. el-Mo'izz b. Bàdis, 444. 
Benoù Hammàma, 348, 364. - 
Hainmàs b. Merwàn (Ibn el-Hama- 

dà<ii), 182, 202 («?). 
Hammoù b. Melîl Berghawàti,-445, 

451. 
Hammoùdiles, 305. 
El-Hamrà (Bacra), 129. 
Hamza le Druze, 429. 
Hamza b. Idris b. Idris, 305. 
Hanach Çan'àni, 12, 18, 
Handoûsi, 376. 
Hanéfiles (juristes), 183, 193, 199, 

209, 213. 
Aboù Hanifa, 137. 
Hannoùn (AboiVl-'Aych), 340. 
Hanz'ala b. (jafwàn, 59 et s., 478. 
El-Hàrith b. el-Hakam,*3. 



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*.:*rç5SJ" 



- 498 - 



Ël-Hàrith b. Hammàl Mezàli, 239. 

— b. 'Obàd, 262. 

Hàroùn er-Rechîd, 93, 97-101, 106 

et s., 111, 113-^16, 303, 304. 
Hàroùn b. Yoùnos, 222. 
Aboù Hàroùn Hawwàri, 227. 
Harlhema b. A'yan, 106, 11.5, 479. 
El-Hasab (fort de), 277. 
Hasan b. el-'Abbâs, 153, 156. 

— cousin d"Abd Allah le kà- 

teb, 355. 

— b. 'Abd el-Medjid, fatiinide, 

432. 

— b. Ahmed b. 'Ali, 206. 

— b. Ahmed, le karmate, 332. 

— b. Ahmed b. Aboù Khinzir, 

235, 240. 

— b. Ahmed b. Nàfidh, 189, 191. 
-. b. 'Ali Hasani, 267. 

— b. 'Ali Ziride, 458, 461 et 

s., 480. 

— b. Aboii'l-' Aych, 248, 290 et s. 

— b. Dja'far b. Mohammed, 

384, 385. 

— b. Harb Kindi, 84, 88, 479. 

— b. Hàtim, 184. 

— b. 'Isa b. Idris, 184. 

— b. 'Isa (Ibn AboùM-Aych), 

279, 282. 

— b. K'annoùn Idriside, 323. 
~ b. Kàsim Lawàti, 302. 

— b. Aboù Khinzîr, 220, 245. 

— b. Moîarredj, 265. 

— b. Mohammed b. Kàsim 

Haddjam, 267, 302, 308, 
340 et s., 344. 

— b. Naçraweyh, le dà'i, 354 

et s. 



Hasan b. Rechîk, 443. 
AboùM-Hasan Fihri, 452. 

— b. Hàtim, 190, 197. 

— b. Yezîd, 174. 

— . b. Aboû'z-Zeddjàl, 408. 
Hassan b. Mohammed b. Djerràh, 

383. Cf. 385 ? 

— b. en-No'màri, 22 et s., 34, 

36, 478. 

Hàtim b. 'Abd er-Rahmàn b. Hà- 
tim, 276. 

Aboù Hàtim b. Aboû'l- Yakz'àn, 284. 

Aboù Hàtim (Ya'koùb b. Lebîb), 
86-89, 91. 

El-Hawh'ah'a, 236. 

Hawwàra, 33, 70, 71, 81, 227, 236, 
272, 276, 305, 311, 340, 342, 343. 

Hayderàn, 436, 440. 

Ibn Hayyàn, 372. 

Haythem b. 'Obeyd Kenàni, 48. 

Aboîri-Haythem, 104. 

Ibn Hazm', 68. 

Héraclée (inscription à), 115. 

Héraclius, 11. 

Hergha, 452. 

Hichàm b. 'Abd el-Melik, 46, 48, 
53-55,59,61. 

— b. Dja'far, 387 et s. 

— b. Hàtim, 156. 
el-Mo'ayyed, Omeyyade 

d'Espagne, 371 et s. 

— b. er-Rebi' Temîmi, 281. 
Hiçn Aboù Yezîd, 319. 

Hidjàz, 303. 

Benoù Hilàl, 435: 

Hind (pays de), 70. 

Hira, 72. 

Hirz el-Moloûk, 431, 466. 



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- 499 - 



Hobàb b. 'Amr, 120, 121. 

Ibn tfobeyra (Yezîd b. Omar), 67. 

Hodheyfa b. el-Ahwaç, 47. 

Hodheyl Nefti, 183. 

Ibn Hodheyl, 212, 213, 423. 

Benoù Hodheyl, 428. 

Homeyd b. Yecel, 281, 285, 295, 
310, 323. 
. Aboù Horeyra Zenàti, 81. 
*HosAm b. D'irAr Kelbi, 48, 59, 61, 
62. 

Horeyn, l'eunuque, 114. 

— b. 'Abd Allah, 322. 

— b. Ahmed, gouverneur de 

Sicile, 156. 

— b. Ahmed b. Ibrahim Idrisi, 

324. 

— b. Ahmed b. Mohammed, 

422. 

— b. Ahmed b. Ya'koùb, 150. 

— b. 'Ali b. Dawwàs, 403. 

— b. 'Ali b. Hasan, 97. 

— b. Djawher, 383. 

-— b. HoFeynb. Ahmed Idrisi, 
324. 

— b. Ibrahim b. Kàsim, 340. 

— b. el-Mer\vezi Kinâiii, 320. 

— b. Mohammed b. Idrîs, 305. 

— b. Mohammed b. Soley- 

màn, 183. 

— b. No'mAn, 381. 

— b. Rebàh, 153. 

— b. Zeyd b. 'Ali, 156. 
Huile en Afrique, 7. é 

Ibadites, 82, 165, 314. 
Ibrahim b. 'Abd Allah Aghlabi, 
119, 134, 135, 142. 



Ibrahim b. ' Abd Allah b. Hasan,303. 

— b. Aboùl-'Afiya, 377. 

— b. el-Aghlab, 108-111, 114, 

116, 479. 

— b. AboùM-Aghlab, 200, 202 

(= I. b. A. b. Aboù Ikal). 

— b. Ahmed b. el-Aghlab, ' 

233. 

— b. Ahmed b. Aboù 'Ikâl, 

194 («= Ibrahim b. AboiVl- 
Aghlab). 
■ — b. Ahmed b. Mohammed 
Aghlabi, 151-163, 171-177, 
257, 259,28-1,299,480. 

— b. Ahmed b. Mohammed 

b. 'Abdoùn, 159. 

— b. Berber (?) b. Ya'koùb, 

206. 

— b. Djebril, 114. 

— b. Ghàlib MezAli, 212, 214. 

— b. el-Ghall MiknAsi, 341. 

— b. GhAzi, 264. 

— b. Habechi Temîmi, 184, 

186, 193, 195. 

— b. 'Isa b. Mohammed Alide, 

211. 

— b. el-Kàsim, 14. 

— b. el-KAWm b. Idris, 340, 

344. 

— b. Melih KezmVi, 377. 

— b. Mohammed Açili, 343. 

— b. Mohammed CheybAni, 

209, 220, 225. 

— b. Mohammed D'obbi, 212, 

213. 

— b. Mohammed b. el-Kâfim, 

309. 

— b. Mohammed Yemàni, 210. 



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- * '\«-.-wr* 



- 500 



Ibrahim b. 'Othmàn Korachi, 183. 
.— Rehoùni, des Benoû Mo- 
hammed b. el-Kàsim, 302. 

— b'. Seyf elr'Aziz billàh, 387 

et p. 

— b. Yezîd, 62. 

Ibrahim b. Yoùnos (Ibn el-Hassàb), 
262. 

— b. Yoùsof b. Tàchefin, 

460. 
'Içàm b. Màdjeksen, 294. 
Içbahàni, 421. 

Ichbili, auteur des Mesâlik, 14. 
Benoù Itflàten, 251. 
Irtabl, 357. 
Idoles, 12. 
Idris b. <Abd Allah b. Hasan, 68, 

96-99, 303 et s., 378. 

— b. Çàlih, 248. 

— b, idris Hasani, 129. 

— b. Idris b. <Abd Allah, 304. 

— b. Idris b. Idris, 304. 

— b. Sa'id b. Idris, 249, 250, 

254. 
ldrisides, 96, 268, 302 et s., 309. 
Ifren b. Lcàwi, 71, 314. 
Benoù Ifren, 71, 282, 288. 
lfriklyya (dévastation de T), 27, 

433, et passim. 
Aboû <Ikàl b. Kheyr, 199. 
Ikhchidites, 321 et s., 348. 
Imàm impeccable, 164, 171. 
Impôts, 117, 176, 191, 244, 256, 257, 

331. 
'Imràn b. Ahmed b. 'Abd Allah, 
244. 

— b. Habib, 75 et s. 

— b. Aboù Khàlid, 225. 



'Imràn b. Aboû Mohriz, 134. 

Inde, 13. 

Inondation, 261. 

Inscriptions, 115, 220. 

Insurrection des cUrhems, 158. 

Irak, 303. 

Irem, 442. 

'Isa b. <Abd Allah b. Hasan, 303. 

— b. Ahmed (Aboûl-Aych), 344. 
~ b. AboîTl-Ançàr, 324, 327. 

— b. Dàwoûd Mestàsi, 324. 

— b.. Hasan el-Haddjàm, 130. 

— b. Ibrahim b. Kàsim, 340, 

344. 

— b. Idris (Aboû-'l'AychV 71, 

130, 282, 378. 

— b. Idris b. Idris, 304. 

— b. Meskin, 197, 257, 295. 

— b. Moûsa b. 'Idjlàn Khorasà- 

ni, 82, 83, 479. 

— Noûcheri, 234. 

— (Yoûsof) b. Orwa, 69. 

— b. Rey'àn Azdi, 136. 

— b. Sam'oûn, 378. 

— b. Temîm Ziride, 456. 

— b. Yezid, le nègre, 215. 

— b. Yezîd dé Sidjilmàssa, .91. 
-— b. Yoùsof Kaysi, 479. 

Benoû Isder, 39. 

Ishâk b. Ibrahim Fàrisi, 259. 

— b. 'Imràn, 161. 

— b. Khalifa, 273. 

— b.Aboûl-Minhàl, 259, 268, 

270, 297/300. 

— b. Mohammed b. <Ab~d el- 

Hamid, 304. 

— b. Soleymàn Isrà'ili, ^90. 
Iskenderâni (étoffe), 218. 



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501 - 



Ismà'il rObeydite (Aboù't-Tàhir el* 
Mançoùr), 285, 317 et s., 
321, 427, 480. 

— b. <Abd Allah b. Aboû'l- 

Mohàdjir, 44 et s., 478. 

— b. 'Abd el-Hakk, 475. 

— b. <Ali Abbaside, 69, 70. 

— b. el-Boûri, 373. 

— b. eç-Çamçàma, 132. 

— b. AboVl-Kàsim b. 'Obeyd 

Allah, 233. 

— b. 'Obeyd Allah b. Habhàb, 

49, 51. 

— b. Sàlim b. Sofyàn, 123. 
Itewwoufet b. Bologgin, 351 et s., 

359, 363-364, 367, 369. * 

— b. Làwi, 71. 

'Iyàd' (AboùM-Fad'l), 293, 331. 
'Iyàd' b. 'Okba, 33. 
Benoù Iznàten, 282. 

Jérusalem, 233. 
Jeune, 275. 

Kabâla, 192. 

Kabâlàty 176. 

Kabiçu b. Dho'ayb, 34. 

— b. Rawli' b. Hàtim, 100. 
Kac;r ' Abd el-Kerim, 130. 

— el-Bah'r, 195, 385. 

-r- eç-Çahn, 206, 218, 228. 

— Denhàdja, 345. 

— el-Fath', 152. 

— Aboù'1-Fath, 219. 

— Elmà, 38. 

— el-Hadid, 145. 

— El-Ifiiki, 370, 387. 

— Kadim, 206 ; voir Ancien 

château. 



Kaçr Kotàma, 130, 345. 

— Lawàta, 284. 

— er-Bibàr, 202, 206. 

— et-Toùb, 240, 265. 

— Ziyàd, 457. 
El-Kaçreyn, 120. 
Ibn el-Kadim, 233. 
Kàdoù b. Mo'àrik, 232. 
KfUoùr Ikhchîdi, 321, 332. 
Kàhina, 25 et s., 31, 39, 311, 314. 
Benoù Kahlàn, 272. 

El-Kà'id b. Hammàd, 411, 417. 

El-KîVini bi-ainr Allah, 300 et s.. 
v. Aboù'I-KAsim. I. 

— bi-amr Allah, TAbbaside, 
411, 433, 

Le Kaire, 321, 332. 

El-Kal'a, 377. 

Kal'at Hammàd ( -Mennàdiyya), 
328, 392, 411, 447, 452, 473, 474. 

Kal'at Ibn Ghaboùs, 476. 

Ibn el-Kalfàt, 141. 

Kalsàna, 294. 

Aboù K , amh\ 310, 342. 

Kàinil, 400. 

Kànioùn, 33. 

Kamoùda, 162, 163. 

K'annoim Kàsim (des. Benoù Mo- 
hammed ben Kàsim), 302. 

Karmat (Hamdàn b. Ach'ath), 421. 

Karmates, 219, 332, 333, 421 et s. 

El-Karn, 60, 61. Cf. Djebel el-Karn. 

El-Kartàs (Zirî b. 'Atiya), 353. 

Kàsim b.* Ghilnàs, 445. 

— b. Haddjàdj, 363. 

— b. Hammoùd, 401. 

— b. Hoseyn b. Ibrahim, 340. 

— b. Idris b. Idrîs, 305, 339, 346. 



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'*&*%& 



- 502 - 



Kàsim b. Aboù'l-Kàsim Obeydite, 
276. 

— b. Merwàn, 408. 

— b. Mohammed b. Idris, 305. 
-— b. Mohammed ben Aboù'l- 

'Arab, 382. 
El-Kàsim b. 'Obeyd Allah b. Hab- 

hàb, 49. 
Kàsim Ousnàni, 250. 

— b. Tabàtaba, 219. 
Aboù'l-Kâsim b. el-Kadim, 220. 

— Ahdab b. Meçâla, 285, 

— b. el-Mo'izz b. Bàdis, 413. 
* — b. 'Obeyd Allah, 209, 210, 

218,222, 223, 233, 235., 236, 
240,241,243,256-258,263, 
265, 273, 275, 276, 300 et s., 
311 et s., 426, 480. 

— b. el-Yezid, 401. 
La Kàsimiyya, 255. 

Kastiliya, 75, 126, 136, 193, 198, 383. 

Ibn el-Kattàn, 31, 35, 39, 55, 74, 89, 
136, 148, 220, 430, 455, 460. 

El-Kawi* ('Amr b. Selim), 141, 142. 

Ibn el-Kayyàd, 183. 

Kayrawàn, 15, 18 et s., 32, 37-39, 
46, 47, 54, 58, 62, 63, 74 el s., 79, 
82-86, 89, 90, 92, 103, 108, 124, 135, 
146, 151, 158, 182,183, 185, 188, 195, 
202, 204, 206, 207, 210,231, 237,255, 
256, 261, 272, 278, 299, 300,318,320, 
322, 334, 351, 380, 387, 399, 409, 410, 
415-418, 421, 427, 433 et s., 443,447, 
448, 459, 474. 

Kebbàb b. Zîri b. Meimàd, 347. » 

Kechf el-esràr ica-hetk el-estâr, 
219. 

Kennàd b. el-Mo'izz b. Bà^is, 406. 



Kenzi, 304-305: 

Kerâma, 397. 

Keràma b. el-Mançoùr Çanhàdji, 

466, 475. 
El-Keràmi, le kàteb, 415. 
Kerbàzi, 269. 
Kerkenna, 451. 
Benoù Keslàn, 71. 
Ketoûf b. Làwi, le jeune, 71. 
Keznâya, 249, 250. 
Khafàdja 'Absi, 189. 

— b. Sofyàn, 140-142, 147-149. 
Khafif, l'eunuque, 321. 

Khalaf, le page, 134. 

— b. Ahmed b. 'Ali, 206. 

— b. Mo'ammer b. Mançoûr, 

243. 
Benoù Khàlid, 212. 
Khàlid b. Habib Koreychi, 43. 

— b. Aboù Habib Fihri, 52-53. 

— b. Hamid Zenàti, 53 et s. 

— b. Yezid, 27 et s. 
Khalifa b. Warroû, 395, 403. 
Khalil b. Ishàk (Àboù'l-'Abbàs), 

256, 311. 
Khalloûf b. Mohammed Meghlli, 

130. 
Ibn el-Khàmi, kàdi, 245. 
Ibn Khanbech, 190. 
Aboû Khannoùs, 456, 457. 
Kharàc/j, 30, 31, 192. 
Khàredjites, 51, 60, 68, 311. 
Ibn Kharita, 380. 
Ibn el-Kharràz, 130. 
Khattàb, le page, 194. 
AboCfl-Khattàb (Mohainnv 1 b. Aboù 

Zeyneb), 420. 
Abotri-KhattàrHosàm, 48, 59,61, 66. 



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503 



Khazer b. Çoùlàt, 371. 

— b. Ibrahim b. Aghlab, 202. 
Ibn Khazer, 269, 272, 273. Cf. Mo- 
hammed b. Khazer. 

Khazroûn b. Felfoul, 336. 

— b. Sa'id b. Khazroûn, 384, 

395. 
El-Kheyr b. Mohammed b. Khazer, 

285, 286. 
Ibn Aboù Khînzîr, 206, 213. 
Khoràsàn, 67, 68 ; (troupes du), 107, 

108, 115. 
Ibn Khoràsàn, 446. 
Benoù Khoràsàn, 473 et s. 
Khordj er-Ro'oùna, 152. 
Ibn Akhoù Kiràm, 271. 
Kltàb el-mesàlik wa'l-memâlik, 

339. 
Kiyànà, 319. 
Kobbat es-Selàm, 398. 
Koboùna, 186. 
Ibn Koçeyr, 420. 
Koçoùr Hass-àn, 26. 
El-K'od'à'i, 319, 320, 333. 
Ibn el-Kodeym, 282. Cf. Ibn el- 

Kadim. 
Kodyat el-Djoloùd, 95. 

— Roûlï, 117. 
Koloû' Djàra, 291. 

Kolthoùm b. 'Iyàd, 54 et s., 62, 478. 
Korachi, poète, 443. 
Korau (création du), 141, 156; (in- 
terprétation du), 423. 
— de Çàlih, 331. 
Koreychites, 81, 112. 
Korhob, 197. 
Aboù Korra, çofrîte, 84, 86, 89. 

— Meghili, 60. 



El-Korrâth, île, 181. 

Kort, 344. 

Koseyla b. Lemzem,. 18 et s. 

Kosroés, 68. 

Kotàma, 33, 34, 71, 88, 91, 162, ?64 ' 
et s., 176, 186, 189, 203, 205, 208, 
221, 222, 224, 230-233, 235, 243, 
246, 256-258, 273, 305, 319, 339, 
340, 342, 348, 354-358, 367, 386, 
424. 

K'ot'b el-adab, 226. 

Ibn Koteyba, 33. 

Koùfa, 67, 69, 72, 90. 

Ibn el-Koûfi, kàdi, 353. 

El-K'oùs, 206. 

Lait et poisson, 93. 

Lak'ît el-merdjàn, 226. 

Lamt'a, 240. 

Laribus, 76, 127, 140, J62, 188-190, 

193, 194, 196, 200, 202, 204, 273, 

474. 
Lawàta, 136, 339, 340, 342, 343, 376, 

381, 412. 
Làwi, l'ancien, b. Zedjldj, 71. 
Lebda, 154. 
Lehàta, 305. 
Lemàya, 227. 
Lemtoùna, 376, 447, 477. 
Leyth b. Sa'd, 37; 61, 112. 
Libye, 2. 
Loùza, 308. 

Ma'add b. Ismà'il Obeydite, 295, 
298, 299, 320 et s., 333 et 
s., 421, 427, 440, 480. 

— b. el-Mançoùr, 472, 475. 

— el-Mostancir Obeydite, 430. 



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504 - 



Maçmoùda, 36, 71, 275, 304, 344, 

376, 447. 
Madgkara b. Temzit, 71. ' 
Màdjekeen Ghomàri, 294. 
Madjoùs, 249, 338 et s. 
Maghmedas, 80. 
Maghnîn b. Ziri, 347, 369. 
Maghrâwa b. Làwi, 71. 
Benoù Maghrâwa, 71; 288. 
Maghreb el-Akç.a, 36, 415; — et el- 

Adna, 313. 
Maghroùr b. Tàloût, 58. 
Mahboûb b. <Abd Rabbihi, 204. 
Mahdi, 59, 224, 325; cf. Mehdi. 
Le Mahdi 'Obeyd Allah, 219; cf. 
'Obeyd Allah. 
— Ibn Toùmert, 452, 468. 
Makàm Ibrahim, 262. 
El-Makçoûra, 282. 
Mukénoùn b ; Debbàra, 227, 235. 
Makhledb. Keydàd, 313, 426; voir 

Aboû Yezîd. 
Makliled b. Morra, 108. 
Màksen b. Bologgin, 390. 
Màksen b. Ziri, 348, 356-357, 369, 

370,371. 
Malaga, 247, 254, 411, 446. 
Malek b. Anas, 120, 137, 138. 

— b. 'Isa b. Naçr, 255. 
Malékites, 206, 269, 315, 408. 
Malga, 473. 

Màlik b. Ghalboùn, 448, 450. 
Aboù Malik b. Yaghmoràseii, 

284. 
Ma'moùn, khalife, 113, 117 et s. 
EI-MamToûr, 1. 
Ma'n b. <Abd el-'Aziz, 373. 
Ibn el-Manbet (El-'Idjl), 183. 



El-Mançoûr (= Benoù Mançoùr?), 
291. 

— ( Almanzor Mohammed Ibn 

Aboù <Amir), 336, 359, 
372-373, 379. 

— (Aboù Dja'far), khalife, 

69, 72, 73, 79 et s., 82, 
83 et s., 92, 93, 99, 303. 

— 'Aziz ed-Dawla b. Bâdis, 

384, 387, 390. 

— b. Bologgin, 350-363, 480. 

— b. Djemhoûr, 70. 

— h. Hàchim, 104. 

— b, Ismà'il (Aboû Mosliin) 

181, 182, 185, 198. 
-* b. el-Mahdi, 118. 

— b. el-Mo'izz b. Bàdis, 444. 

— b. en-Nâçir b. Ghilnàs, 450, 

452, 475. 

— b. Naçr. Tonbodhi, 122 et 

s., 127. 

— b.Nizàr el-'Aziz billàh, 354. 

— rObeydite. Cf. Ismà'il. 

— b. Rechîk, 397. 

— b. Sa'id b. Idris, 249. 
Aboù Mançoùr Nefoùsi, 155. * 
Mançoùriyya, 318, 349, 350, 354, 

358, 387, 399, 401, 403, 410, 412, 

415, 437. 
Marçadi (Hoseyn b. Khalaf), 360. 
Màrek Kotàmi, 363. 
Marmarique, 2. 
Màsina, 98, 130. 

Maslama b. Mokhalled Ançàri, 17. 
Ibn Maslama, 294. 
Mas'oùd, le page, 267. 
Mas'oùdi, 40. 
Matmàta, 273. 



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- 505 - 



Matmàta b. Temzit, 71. 

Matroùir b. Kays, 146. 

El-Màwali, 232, 235. 

Mayorque, 39, 456. 

El-Mazemma, 255, 377. Cf. Nakoùr. 

El-Màzeri, le juriste, 469. 

Mec-ala b. Haboùs, 231, 246, 247, 

253, 254, 260, 263, 266, 269, 284, 

298, 307, 314. 
El-Meciça, 324. 
Medghara, 273, 288, 323. 
Medinat el-beled, 96. 
Médine, 8, 9, 97, 259, 322, 428. 
Aboù Mediiii b. Ferroùkh Lahiri, 

244, 246, 257. 
Medjal b. Kàmil Dehmàni, 451. 
Aboù'l-Medjd Meghili, 71. 
E1-Mecïjmoû' el-moftarif:, 97. 
El-Medjmoû'a d'Ibn 'Abdoùs, 150. 
Ibn Médian (Maslàn), 215. 
Mednàr, 135. 
Medyen b. Moùsa b. AboùVAiiya, 

310, 341. 
Medyoùna, 306. 
Medyoùna b. Temzit, 71. 
Megliila b. Temzit, 71. 
Beuoù Megliila,. 288. 
Mehdi, khalife abbaside, 92 et v. f 

99. 
Mehdiyya, 237, 245, 261, 299, 300, 

314, 317, 318, 334,349, 397, 398,399, 

401, 403, 442 et f., 448 et s., 452, 

456, 464, 466, 469, 474, 476, 477. 
La Mekke, 3, 97, 113, 119, 164, 165, 

321, 383, 385, 424. 
Mekken. Cf. Medjal. 
Meklàla, 273. 
Ibn Mekràz, 447. 



Melila, 446. 

Benoù Melila, 71. 

Melzoùza b. Temzit, 71. 

Mems, 20, 204, 205. 

Menu Allah b. H tu? an b. Aboù 

Khiuzir, 256. 
Mennàd, 328. 
Benoù Mennàd, 435. 
Merida, 57. 
Merin b. Chmîdj, 71. 
Benoù Merin, 72, 288. 
Merràkech, 447, 465. 
Merv, 66. 
Merwàn b. el-Hakam, 3, 8 et s. 

— b. Mohammed Dja'di, 62- 

64, 67, 69. 

— b. Moù<;a b. Noçayr, 32, 38, 

39. 
El-Mer\vezi (Ahmed b. Moham- 
med), 254, 313. 

— le kàdi, 270. 
Meryem bent Midràr, 210. 
Merzebàn b. Djostàn, 114. 
Mesàlik (richbili, 1.4 ; d'El- Warràk, 

339. 
Me>ila, 272, 311, 312, 313, 369, 391. 
Meskiyàna, 26. 
Mesoùfa, 477. ^ 

Mesroùr b. Soleymàn b. Kàli, 268, 

269, 271. 
Mettidja, 363. 

Meymoùn (dit Ibn ed-Dàbba), 359. 
Meymoùn Habechi, 163, 171. 

— b. Hamdoùn, 464, 466. 

— b. Hàïoùn, 252. 
Meymoùn b. Midràr el-Man(;oùr 

b. el-Yasa<, 135, 136,216. 

— b. 'Omar, juriste, 246. 



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*V Vȕ?*>^vt** 



- 500 



Ibn Meymoùn, (Aboù <Abd Allah), 

461. 
Meymoùniyya, 420. 
Meysera Madghari el-Hakîr, 50- 

52, 58, 325. 
Meysoûr {ou Meysera), général 

obeydite, 285, 301, 302, 317, 342. 
El-Mezàti, 298. 
Mezdàna, 39. 
Miçr, 39, 333, 348, 352, 367, 382. 

Cf. Kaire. 
El-Miçwar Zenàti, 86. 
Midràr, 137. 

Midràr b. el-Yasa<, 216, 217. 
Benoù Midràr, 96, 214 et s. 
Mighdàch, 80. 
El-Mihbàs fi ctkhbàr Fàs, 377, 

467. 
El-Mikdàd b. el-Aswad, 221. 
Miknàsa b. Oursetif, 71. 
Benoù Miknàsa, 136, 250, 305, 376, 

377. 
Mila, 357, 358. 
Mine d'or, 98. 
Mines de Der'a, 216. 
Mineo, 131. 
Minhal b. Moùsa b. 'Aboùl-Afiya, 

308. m . 

Minorque, 39. 
Miracles, 171. 
Mo'alla b. Mohammed Meloùsi, 

275. 
El-Mo'allaka, 24, 473. 
Mo'uuuner b. Mançoùr, 244. 
Mo'unnecer b. Mammàd, 377. 
Mo'annecer b. el-Mo'izz b. Zii i, 373, 

374. 
Mo'àrik, 166. 



Mo'àwiya b. Hodeydj, 10, 11 et s., 
17. 

— b/Sa'id b. Idrîs, 249. 

— b. Aboû Sofyàn, 3, # 9, 11, 

13, 17. 
El-Mo'ayyed b. <Abd el-Bedi' b. 

Idris, 278, 297. 
Mobachchir, 456. 
Aboîfl-Moç'ab b. Zoràra, 243. 
Moçalla de Roùh, 78. 
Modàm, 453. 

Modjàhid, TAmiride, 456. 
Modlidj b. Zakariyyà, 188. 
Mofarredj b. <Abd el-Melik, 106. 

— b. el-Djerràh, 385. 
Moghîra Omeyyade, 381. 
Moghira [b. Bichr b. Rawh], 101 

et s. 

— b. Aboù Borda, 45. 
Aboù* 1-Mohàdjir, 17, 478. 
El-Mohalleb b. Aboû Çofra, 90. 

— b. Yezîd, 96, 101, 105. 
Ibn el-Mohalleb, 466. 
Mohallebides, 105. 
Mohammed b. el-'Abbàs Hodheyli, 

268. 

— b. <Abd Allah, dit Ibn 

Djemàl, 189. 

— b. 'Abd Allah, préposé aux 

réclamations, 382. 

— b. <Abd Allah b. Ahmed 

b. Mohriz, 259. 

— b. <Abd Allah b. Hàchim, 
• 364. 

— b. <Abd Allah b. Hasan. 

303. 
• — b. *<Abd Allah Ro'ayni, 
159, 



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u 



-507 



Mohammed b. 'Abd Allah Temimi 
Aghlabi (Aboù Fehr), 119, 
120, 125, 132, 133. 

— b. 'Abd Allah b. Meserra, 

280. 

— b. 'Abd el-'Aziz b. Aboù 

Kodya, 401, 404. 

— b. 'Abd eç-Gamad Ghar- 

nàti, 294. 

— b. 'Abd el-Kàhir b. Khalaf, 

360. 

— b. 'Abd er-Rahman, 400. 

— b. 'Abd er-Rahmàn Baçri, 

219. 

— b. 'Abd er-Rahmân Omey- 

yade, 225. 

— b. ' Abd es-Selàm b. Ismà'il, 

256, 266. 

— b. 'Abd el-Wàrilh, 341. 

— b. 'Abdoùn, 199, 223. 

— b. 'Abdoùs, 183. 

— b. el-Ach'ath Khozà'i, 69, 

80-82, 479. 

— b. el-Ach'ath Kindi, 83. 

— b. Aflah\ 284. 

— b. el-Aghlab (AboùVAb- 

bàsj, 137-144, 479. 

— b. Ahmed b. 'Abd Allah 

Ba'ra, 259. 

— b. Ahmed b. Ahmed b. 

Hàroûn, 225, 226, 237. 

— b. Ahmed Gadafi, 246. 

— b. Ahmed b. Mohammed 

(Aboù'l-Gharànik), 147- 
151, 480. 

— b. Ahmed b. Yahya, 259. 

— b. Ahmed b. Aboù Zàhir, 

277, 



Mohammed b. Ahmed b. Ziyàdet 
Allah b. Korhob, 240. 

— b. 'Ali (Aboù 'Abd Allah), 

292. 

— b. 'Ali Màderà'i, 258. 

— b. Aboû'l-'Arab, 361, 365, 

367 et s., 381. 

— b. Aswad b. Gho.'ayb, 246. 

— b. Aboù 'Awn, 183. 

— b. Aws Ançàri, 46, 478. 

— b. Aboù Ayyoùb (Aboù*l- 

'Ahà), 237. 

— el-Bedîl, 221. • 

— b. Aboù Bekr Giddik, 13. 

— b. Bestàm b. Redjà\ 271. 

— b. Gheyba b. Hassan, 269. 

— Ghidhoùni, 265. 

— b. Dja'far Koûmi, 432. 

— b. Djemàl, 195, 197. 

— b. El-Emin el-Fatli', 322. 

Cf. 298. 

— b. el-Fad'l, 156, 161. 

— b. el-Fath: el-Emin, 298. 

Cf. 322. 

— b. Aboû'l-Fotoùh, 475. 

— b. Hafc, 270. 

— b. Hamdoùn Ma'àliri, 148. 

— b. Hamza, 122, 123. 

— b. Hàrith, 280. 

— b. el-Hasan Baçri Korachi, 

240. 

— b. el-Hasan, dit Ibn War- 

çid ('?), 212. 

— b. el-Hasan, Idrisirie, 345. 

— b. Hayoùn (Ibn el-Bcridi), 

159. 

— b. Haythem b. Soleymàn, 

266. 



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-^JT 1 



508 - 



Mohammed b. Aboù'l-Haythem 
Loulou wi, 197. 

— b. Hichàm, 105. 

— b. Hizb Allah, 294. 

— b.AboùHomeydSoùsi,193. 

— b. el-IIoseyn Merwezi, 193. 

— b. el-Hoseyn b. Ahmed 

IdiH, 324. 

— b. Ibrahim b. 'Abdoùs, 150 ; 

— b. Ibrahim b. AboiYl-'Atfa, 

377. 

— b. 'Içàm, 294. 

- — b. ldris b. ldris Hasani, 
129, 304 et s. 

— b. ldris b. Yahya, 446. 

— b. 'Imràn Nefti, 268, 270. 

— b. AboCi 'Isa, 295. 

— b. Ishàk (Ibn el-Karliu), 

235. 
-— b. Ishàk Kora'ehi, 236. 

— b. Ismà'il b. Sàlim, 123. 

— Kelà'i, 213. 

— b. Khafàdja, 148-150. 

— b. Khàled, 69. 

— b. Khàled Kaysi, 224. 

— b. Khàled Korachi, 76» • 

— b. Khàzer b. Çilàt, 213, 214, 

230, 276, 278, 284, 285, 296 
et s. Cf. Ibn Khàzer. 

— b. Mali four/ Kamoùdi, 258. 

— b. Mahmoud b. es-Sekkàk, 
. 411. 

— b. Maslama, 294. 

— b. AboùM-Minhàl, 183. 

— b. Mo'àdh b. El-Yasa', 326. 

— b. el-Moghira, 76, 77, 

— b. Mohammed b. Faradj 

Baghdàdi, 183. 



Mohammed b. Môhamnied b. Khà- 
led Tarzi, 281. 

— b. Mohammed b. Sohnoùn, 

256. 

— b. Mokàtil 'Akki, 107 et s., 

479. 

— b. el-Monib Azdi, 193. 

— b. Moûsa 'Oryàn, 142. 

— b. Moûsa Temîmi, 259. 

— b. Naçr, traditionnaire,193. 

— b. Naçr, insurgé à Tripoli, 

236. 

— b. 'Obàda Soùsi, 243. 

— b. Aboù 'Obda b. 'Okba, 

77. 

— b. 'Omar b/ Yahya Mer- 

wezi, 2A8, 220, 221, voh 
' 237, 244. 

— b. 'Othmàn Khoràsàni,287. 

— b. Aboù Keddjàl Bàghà'i, 

233. 

— b. Sa'doùn b. 'Ali, 315,419, 

430. 

— b. Sa'id, gouverneur d'E- 

gypte, 88. 

— b. Aboù Sa'id Mili, 233. 

— b. Sellàm Hamadàni, 267. 

— b. Selmoùn el-Kattàn, 276. 

— b. es-Sindi, 134. 

— b. Sohnoùn Tenoùkhi, 149, 

212, 257, 259, 280, 

— b. Soleymàn... b. 'Ali b. 

Aboù Tàleb, 71, 378. 

— b. Soleymàn, Tldriside, 

279. Cf. Benoù Moham- 
med. 

— b. Soleymàn b. 'Ali, 97. 

— b. et-Tayyib Bakjllàni, 219. 



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- 509 - 



Mohammed b. Temîm (Aboù Dja- 
<far), 269. 

— b. Tha'leba b. Mohàrib, 

309. 

— b. Toghdj Ikhchid, 302. 

— b. Toùmert, 452, 461. 

— b. Wahb, 262. 

— b. Yahya b. Kàsim, 344. 

— b. Yezid, 42 et s., 478. 

— b. Yezîd Fàrisi, 212. 

— b. YoùFof Warràk, 97, 188, 

339. 

— b. Ziyàdet Allah b. <Abd 

Allah, 183. 

— b. Ziyàdet Allah b. el- 

Aghlab (AboiWAbbàs), 
172. 

— b. Zorzoûr, 183. 

Aboû Mohammed b. Aboû Zeyd, 

365. 
Benoù Mohammed b. el-Kâsim, 

Idrisides, 278, 279, 294, 297, 302, 

323, 340 et p. 
Mohammediyya (Mesîla), 272, 313, 

391, 396,-397-398, 
El-Mohennà b. el-Mokhàrik, 89. 
Mohriz b. Ziyàd 'Arabi, 473. 
Aboû Mohriz, kàdi, 120, 124, 131, 

234. 
Mohsin b. Màk^en, 370, 371. 
El-Mo'izz, khalife obeydite, voir 
Ma'add b. Ismà'il. 

— b. Ziri b. 'Atiya, 373-375. 

— b. Naçir ed-Dawla, 390, 

397 et s., 432 et s., 440 

et s., 474, 480. 
Mokalled b. Temim, 448. 
Mokàtil, chroniqueur (*?), 219. 



Ibn Mokàtil, 295. 
Mokerrim b. Djemil, 78. 
Mokhàrik b. Ghîfàr Tà'i, 88, 91. 
Moktadir TAbbaside, 235, 258, 320. 
Moktafi TAbbaside, 185, 189. 
Moloùya, 21, 279, 377. 
Monastir, 1, 107. 
Monnaies musulmanes, 22, 126, 156, 

158, 159,* 185, 194, 207, 386, 415, 

416. 
Montaçir (El-Yasa* b. Meymoùn), 
217. 

— b. Khazroûn, 443. 
Aboù Moslim, 66, 67, 69, 72, 73. 

— 'Alewi, 322. 

Mosned d'Ibràhîm Cheybàni, 226. 

— d'Aboù Sindjar, 267. 
Mosquée d^ghmàt, 36. 

— d'Ibn 'Ayyàch, 259. 

— d'Ibn Djabroûn (?), 237. 

— de Fez, 468. 

— d'Ibn Hamdoùn, 148. 

— de Kayrawàn, 16, 135, 146, 

354. 

— de Tunis, 49. 
Mosquées du Maghreb, 36. 
Mossoul, 69. 
El-Mosta'li, falimide, 430. 

— hammoudite, 446. 
El-Mostançir, fatimide (Aboû Te- 

mini Ma'add),410. Cf. Ma'add. 
El-Mo'taçim, l'Abfcaside, 21. 
El-Mo'taçim b. Çàlih, 248, 254. 
El-Mo'tad'id billà*h,rAbbaside, 172. 
Motarrif b. 'Ali b. Hamdoûn, 466, 

475. 
El-Motarrif b. el-Moghira, 23. 
Mo'tazélites, 68. 



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— 510 — 



El-Mo'tazz b. Mohammed b. Mj- 
dràr, 263, 298. 

— (Aboù Mohammed), 336. 
Motenebbi, 332. 

El-Mot'iS l'Abbaside, 320. 
Mon* Sehmi, 132. 
Mounîb b. Soleymàn MiknAsi, 263. 
Mounis, le page, 241. 

— Baghdàdi, 273/ 

— b. Yahya RiyAhi, 433 et s. 
Moùsa (Moïse), 325. 

Moûsa b. 'Abd er-RahmAn el-Kat- 
tAn, 257. 

— b. Ahmed (Aboù Sa'id), 

260, 262, 265. Cf. Aboiï 
Sa'id ed-D'ayf. 

— b. AbotVl-Afiyâ, 268, 278, 

279, 287, 290*et s., 296 et 
f., 301 et s., 307 et s., 341 
et s., 344. 

— b. BoghA, 273. 

— b. el-Fàrisi, 211. 

— b. 'Isa (Aboù 'ImrAn Fàsî), 

41Q, 411. 

— b. Ka'b, 70. 

— b. Mo'A\viya(jomAdihi,137, 

188. 

— b. Mohammed Kotàmi, 272. 

— b. Noçayr, 31 et s., 478. 
Aboù Moùsa er-Raman (?), 272. 
El-Moz\iffer (<Abd el-Melik b. Al- 

manzor % 372-374. 
Mozni, juriste, 259. 
Mugeto, 456. 
Murcie, 249. 

En-NAçir (Aboù <Abd Allah, Al- 
mohade), 477. 



Naçir ed-Dawla (Bàdis b. el-Man- 

çoûr), 366. 
"En-Nàçir b. GhilnAs b. HammAd, 

445, 446-450, 474. 
Naçr b. eç-ÇamçAma, 158, 160. 

— b. Habib Mohallebi, 100, 101, 

479. 

— b. Hainza Djeràwi, 139. 

— er-Roùmi(Aboû-Habib), 297. 

— b. Yan'am, 60. 
-En-Nad'r b. Haf(*, 105. 
Nakoùr, 132, 246-255, 260, 278, 

297, 377. 
Naples, 277. 
En-Nawfeli ('Ali b. Mohammed b. 

SoleymAn), 97. 
En-Neddjàr Koûmi, 420. 
• NedjA b. Merin, 71. 
Nefoûsa, 2, 155, 172, 173, 266- 

268. 
Nef ta, 403, 413. 
Nefza, 78, 288, 304. 

— b. LAwi, 71. 
NefzAwa, 126, 242, 384. 
Nègres, 370. Cf, Soldats nègres. 
NemAla b. Merin^ 71. 

Nesim, le page, 272. 

Nez' m el-cfjomàn, 89. 

Nicéphore, 10, 114, 157. 

Nicotera, 461. 

Nil, 433, 441. 

Nizàr b. HammAl MezAti, 239. 

— b. Ma'add, TObeydite, 427. 

— b. el-Mo'izz, rObeydite, 322, 

333 et s., 364. 

— b. el-Mp'izz b. BAdis, 407, 

411, 412, 444. 
En-No'aym b. Kennoûn, 383, 



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- 511 - 



Noçayr b. Çàlih, Hbàdite, 96. 
Noir, couleur des Abbasides, 73, 

418. 
Nok'oûcï, 159. " 
Normands, v. Madjoùs. 
Nuit imâmienne, 421. 

Oasis, 269, 271. 

Aboù 'Obda (<Abda <?) b. 'Okba, 33. 

'Obeyd Allah, le Mahdi, 171, 187, 
206, 209 et s., 217 et s., 
298, 312, 422 et s., 480. 

— b. Çàlih b. Sa'id, 251. 

— b. el-Habhâb, 49 et s., 478. 

— b. Idiis b. Id ris, 304. 

— b. Khàlid b. Çàbi, 43. 

— b. Mohammed b. 'Isma'il, 

219. 

— b. Yahya b. Idris, 289. 
'Obeyda b. <Abd er-Rahmân Sola- 

mi, 47 et s., 478. 
Obeydites, 163 et s., 413 et s., 419 

et s., 430, 433, 480. 
Ochmoùneyn, 258. 
'Oddat el-'Azi/, billàh (El-Mançoùr, 

Ziride), 350 et s. 
Aboù'l-Odhneyn, voir Ahmed b. 

Ibrahim b. Kàsim. 
'Okba b. el-Haddjàdj Seloùli, 49-52. 

— b. Kodàma, 48. 

'Okba b. Nàfi< Fihri, 2, 13 et s., 17, 

36, 293, 478. 
'Okkàcha, le çofrite, 59 et s. 
'Olayya, 296. 

'Omar b. <Abd Allah Moràdi, 49 
et s. 

— b. <Abd el-'Azîz, khalife, 

44, 45. 



'Omar b. Hafç Mohallebi, 85> 479. 
— - b. Hafçoûn, 340. 

— b. Idris b. Idris, 305, 306. 

— b. el-Khattàb, 2, 192, 208: 

— b. el-Mo'izz, 451. 

— b. 'Othmàn, 88. 
Omeyyades, 56, 64-68, 337, 349, 371 

et s., 478. 
Oran, 183. 

Ordalie de patience, 263. 
Oria, 271. 

Orthographe (question d'), 137. 
'Orwa b. el-Welid Çadafi, 63. 
Ibn 'Orwa, 216. 
'Othmàn, le khalife, 3, 4, 8, 13. 

— b. 'Affàn,371. 
'Othmàn b. Korhob, 132. 

— b. Aboù Nis'a, 47. 

— b. 'Okba, 33. • 

— b. Sa'id b. Idris, 249. 

— b. Sa'id Moslim, 220. 
Oulili, 97, 304. 

Oumm Mellàl, 387, 389, 398, 405. 

— el-'Oloû, 406. 
Ounitàt b. Làwi, 71. 
Ourfedjoùma, 77 et s., 80. 
Ouriba, 71. Cf. Awreba. 
Ourika, 71. 

Oursetif, 71. 

Benoù Ourtedi, 252, 446. 

Ourtid, 288. 

Benoù Ouryàghal, 249. 

Outelkàta, 397. 

Outelkàti, 368. 

Ouzdàdja, 71. 

Ouzekkoùr, 291. 

Pain renfermant un message, 28. 



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- 512 - 



Palerme, 133, 134, 143, 148, 149, 

152, 153, 157, 161, 175. 
Palestine, 39, 99. 
Parasol, 300. 
Parenté de lait, 27. 
Passereau égorgé par Moûsa b. 

Noçayr, 33. 
Patients,^. 

Pèlerinage, 164, 265, 384. . 
Peste, 63, 132, 150, 243, 257, 258, 

269, 278, 380. 
Phare d'Alexandrie, 107. 
Phénomènes, 160, 259, 347, 401, 412. 
Pierre noire de .la Ka'ba, 320, 

426, 428. 
Pigeons voyageurs, 228, 238. 
Pluie de pierres, 402. 
Poison ,foudroyan t, 1 61 . 
Pont de Kayrawàn, 135, 146. 
Porc, 264. 

Prédictions, 56, 318, 319, 458. 
Présages, 60, 166, 167, 229. 
Prière (formule d'appel à la), 207, 

324, 330. 
Prison privée, 121. 
Prix, 376, 380, 387, 416, 460. 
Le Prophète, 1,3, 292. 
Proverbes, 265, 271. 
Psaumes de David, 40. 

Quartier K'ayrawànien, 304, 306, 
346. 

— Andalous, 306-308, 346. 
Quint, -50. 

Ràchid, émir du Gharb, 112. 

— client dldris, 304. 

— le nègre, 203. 



Er-Ràchid billàh (Hasan b. Dja<- 
far), 385. 

Benoù Ràchid, 288. 

Er-Ràd'i b. 'Içàm, 294. 

Ràfi< b. Mekken, 459. 

Ràûdites, 409, 441. 

Er-Rakik (Aboû Ishàk Ibrahim b. 
el-Kàsim), 11, 37, 53, 57, 73, 86, 
94, 97, 98, 107, 178, 314, 350, 360, 
380, 392, 394, 395, 402, 406. 

Er-Rakka, 113, 234. 

Rakkàda, 152, 158, 162, 163, 172, 
185, 189, 194, 196, 201, 202, 204, 
2p5, 210,218,225,245, 299, 314. 

Ramla, 243, 332, 336. 
— de Mehdiyya, 274. 

Rat du bassin, 341. 

Rawh b. Hàtim b. Kabiça, 96, 99, 
100,479. 

— b. ZinbàS 34, 39. 

Rebàh b. Ya'koùb b. Fezàra, 146. 
Rebi< b. Hichàm Temîmi, 263. 

— b. Soleymàrv, 307. 
Rebi'a b. Thàbit Rakki, 90, 95. 
Rechid b. Sa'id b. Idrîs, 249. 
Redja le kàteb, 137. 

— b. Haywa, 42. 

— b. Aboù Kinna, 230. 
Reggio, 175. 

Aboù Rekwa, 380 et s. 

Réservoir de K'ayrawàn, 146. 

Rey, 114. 

Reydàn Çaklabi, 378. 

Ribàt Tàzâ, 98. 

Rihàn b. «Ali, 267. 

Benoù Riyàh, 434 et s., 441, 445, 

447,45*1. 
Rob', 460. 



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- 513 ~ 



Ibu Rochd (AboiVl-Welid Moham- 
med b. Ahmed), 461, 465. # 

Rodjàr, le livre de, (= Edrisi), 72, 
288. 

Roger de Sicile, 460, 462, 471. 

Ibn Rodmir, 464, 465. 

Romani, 452. 

Er-Romàniyya, 311. 

Benoû Rostem, 209, 210. 

Roùm, 11, 13, 14, 19, 21, 24, 79, 93, 
114, 115, 196. Cf. Chrétiens. 

Rubis, 292. 

Sa'àdet Allah b. Hàroùn, 251, 252. 
Ibn Sa'doùn (Aboû <Abd Allah Mo- 
hammed), 315, 419, 430. 
Sàhel de Tunisie, 126, 163, 197, 231. 
Sa'îd, page d'El-Moz'affer, 344. 

— b. Çàlih b. Sa'id, 246, 247, 

251 et s. 

— b. Cheddàd, 91. 

— b. ech-Cheykh Ichbili, 341. 

— b. el-Haddàd (Aboû <Oth- 

màn), 423. 

— b. Hakmoûn, 262. 

— b. Hichàm Maçmoûdi, 328. 

— b. Idrîs b. Çàlih, 132, 248, 

249. 

— b. IshAk, 197. 

— b. Khazroùn Zenàti, 358, 

362. 

— b. Mas'oùd Todjibi, 44. 

— b. Mohammed b.Çabîh , ,242. 

— ez-Zerràd, 31Q. 

Aboii Sa'îd ed-D'ayf, 245, 246, 256. 

Cf. Moûsa b. Ahmed. 
Sàkiyat Mems, 20, 204, 205. 
Salerne, 277. 



Sàlim b. Ghalboùn, 140, 141. 

— b. Aboû RAchid, 246. 

— b. Sawàda, 84, 118. 
Es-Sainh' b. Màlik Khawlàni, 45. 
Santa Agata, 267. 

Santa , Se verina, 157. 
Sardaigne, 64, 70, 120. 
Satin, le devin, 325. 
SawAda, le chrétien, 161. 

— b. Mohammed b. KhafAdja, 

157, 159. 

Sawwàr, 455. 

Sebiba, 125. 

Seboù, 55. 

Es-Sebr, 428. 

Sent, descendant de SAm b. Noûh, 
292. 
. Sedàk, 130. 

Benoû SeddArata, 71. 

Sedjoùma, 33. 

Sedrata, 377. 

SelA, 39. 

Selàma b. 'Isa, 361. 

Aboû Selàma [Hafç b. Sol ey m An] 
el-KhallAl, 69. 

Ibn Selboûn, 440. 

Sellak'ta, 319. 
• SelmAn Fàrisi, 221. 

§emdjàn, 71. 

Semghoûl b. el-Mo'tazz, 298. 

Semghoùn (Semkoû) b. WAsoùl, 
91, 215. 

Semindja, 75. 

Serment (formule de), 221. 

— cinquantenaire, 151. 
Service militaire, 171, 186. 
Séville, 338. 

Seyf ed-Dawla Hosèyn b. <x\li, 403. 

33 



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- M4 - 



Seyyàrb. <Abd el-Wahhàb, 281. 

Es-Seyyid eç-Çaghîr, 210. 

Seyyidiyya, 207. 

Sfax, 445, 447, 448, 451, 456, 457, 471. 

Si b. Doukàn, 230. 

Sicile, 10, 12, 24, 35, 46, 50,.52, 64, 
70, 128, 131-135, 142-147, 150, 
152, 153, 156, 157, 159, 161, 171, 
174-176, 179, 192,-223, 235, 244- 
246, 267, 270, 271, 274, 277, 300, 
311, 349, 360, 380, 400, 461, 470, 
471. 

Sidjilmàssa, 39, 80, 91, 120, .135, 
136, 187, 209, 210, 212, 214 et s., 
263, 297 et s., 322 et s., 336, 337, 
350, 353, 373, 374, 378, 423, 447. 

Sidonia, 327. 

Sim'àn b. «Amr, 120, 121. 

Sinàn, 295. 

Sind, 69, 94, 99. 

Slrâdj el-hoda, 226. 

Sitt el-Moik, 404. 

Slaves, 251. 

Sobeytala, v. Suffetula. 

Sodomie, 296, 421. 

Sofyàn b. 'Oyeyna, 1, 183. 
— b. Sawàda, 126. 

Aboù Sofyàn, juriste, 322. 

Sohnoùn (<Abd es-Selàm b. Sa'id 
b. Habib), 137, 140, 141, 143, 157, 
184, 197, 212, 223, 224, 243, 255, 
259, 276, 286. 

Soldats nègres, 154, 161, 163, 206, 
349, 358, 364, 397, 399, 407, 408, 
435, 438. Cf. nègres. 

Benoû Soleym, 445. 

Soleymàn b. <Abd Allah b. Hasan, 
68, 303. 



Soleymàn b. 'Abd el-Melik, khalife, 
40-44. 

— *b. <Ali, r Abbaside, 70. 

— b. Hafç el-Ferrà, 156. ' 

— b. el-Hasan Karmati, 320. 

— b. 'Imràn b. Aboû Hàchim, 

145. 

— b. 'Imràn le kâdi, 149, 150, 

153, 156, 
" — b. Kàfi, 257. 

— b. Aboù'l-Mohàdjir, 55. 

— b. Yezîd, 96. 

— b. Ziyàd, 76. 
AboiVs-Someyda', 224. 
Sort, 80, 237. 

Soudan, 49, 362, 382, 410. 
Soûk Ibrahim, 273. 

— 'Okkàcha, 345. 
Sourates, dites longues, 169. 
Soùs, 38, 51 ; — el-Adna, 35 ; — el- 

Akça, 49, 98, 279. 
Sousse, 10, 135, 202, 206, 240, 245, 

265, 317, 417, 445, 450, 456, 477. 
Souweyka, 286. 
Station des épreuves, 394. 
Succession, 221, 272. 
Suffetula, 4, 7, 8. 
Syracuse, 35, 128, 131, 143, 148- 

150, 152. 
Syrie, 113, 322, 336, 385, 420, 421, 

428. 
Syriens, 54 et s., 107 r 225. 

Tabari, 11, 13, 89, 113, 234, 268. 
Tabaristàn, 99, 114. 
Tabarka, 76. 

Table de Salomon, 37, 40. 
Tàdela, 313. 



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— 515 - 



Tàhert, 53, 81, 86, 106, 209-211,. 
213, 214, 222, 230, 242, 246, 2*7, 
253, 263, 266, 269, 272, 276, 279, 
283 et s., 295, 353, 359, 367, 369, 
373! 

Aboù't-Tàhir b. ez-Z'àhir, le fati- 
mide, 405. 

— \f. el-Mo'izz, voir Temim. 
Ibu Taliir, 117. 

Aboù Tàlib le MoMazelite, 378. 

Ibn Taloùt Koraehi, 301. 

Benoù Tàloùt, 113. 

Tàma'zà, 326. 

Tàmedît, 389, 390, 391. 

Tàmelit, 305. 

Tamesna, 58, 313, 325, 378. 

TàmghAlet, 276, 288. 

Tanger, 4, 17, 35-37, 39, 49 et 's., 

53, 84, 97, 129, 305, 346, 372. 
Taormine, 153, 159. 
Tàourghà, 172. 
Tarh'oùn, 108. 
Tarif, 57, 58, 325. 
Tarifa, 58. 

Tàrik b. Ziyàd, 35 et s., 40. 
Tarsoùs, 324. 
Tàsedjalt, 322. 
Et-Tawàhin, 333. 
Tawzer, 198, 199. 
Tayyib b. Ismà'il el-Hàdin, 218,220. 
Techrik, 209. 
Teboùda, 18, 86. 

Temim b. el-Mo'izz (AboùVTàhir), 
415, 417, 444-454, 480. 

— b. Yoùsof, 465. 
Temmàm, 166. 

— b. Temim Temimi, 108 et 

s., 479. 



Temzît b. D'ari, 71. 

Ténès, 152, 224,,225. 

Teràmîh', 168. 

Terbiya, 279. 

Teriolo, 280. 

Ternoftr, 319. 
•Tesoûl, 341, 377. 

Tetuan, 322, 323. 

Tbabir, 212. 

Thàbit (janbà^i, 63. 

Tha'leba b. Mohàrib, 309. 
— b. Selàma «Amili, 57. 

Thawàba b. Selàma, 66. 

Et-Thawr, 224. 

Tliemel, le page, 258. 

ThéodoFe, roi Goth, 293. 

Tikîsâs, 279, 323. 

Timeamàn, 248, 252. 

Benoù Timsàmàn, 248. 

Tindaro, 135. 

Tlemcen, 64, 70, 84, 89, 288, 303, 
304, 373, 377, 378, 460. 

Tobna, 86, 89, 91, 178, 182, 189, 191, 
193, 272,276, 358, 362, 364, 368. 

Ibn et-Tobni, 192. 

Tochfjàrl (dinar), 415. 

Tokyoùs, 126, 277, 278. 

Tolède, 40. 

Tombeau du Prophète, 428. 

Tonbodha, 127. 

ToùlàlA, 377. 

Tous, 116. 

Tremblement de terre, 107,349, 455. 

Trésor, 341. 

Tripoli, 2, 4, 17, 54, 67, 79, 80, 85, 
88, 89, 91, 105-108, 116, 126, 154- 
156, 163, 172, 202, 203, 206, 227, 
234, 236, 257, 267, 268, 300, 301, 



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- 516 - 



335, 370, 371, 378, 379, 382, 403,448, 
470. 

Tunis, 24, 31, 49, 59, 62, 63, 74, 75, 
84, 85*, 88, 101, 102, 108, 113, 122 
et s., 132, 141, 162, 163, 171, 184, 
197, 446, 451, 466, 471 et s. 

Turban, 327. 

Turcs, 367, 450. 

Vers, 9, 48, 84, 90, 92, 94, 95, 99, 
110, 112, 114, 130,' 133, 159, 160, 
185, 194, 195, 201, 211, 212, 221, 
222, 234, 252, 254, 260, 261, 275, 
286, 288, 289, 296, 297, '299, 309, 
312, 313, 317, 319, 328, 343-346, 
356, 392, 409, 412, 417, 436, 437, 
440, 443, 449, 453, 458. 

Vers cucurbitains, 425. 

Vin, 45, 65, 101, 136, 138, 206, 244, 
264, 299, 421, 468. 

Wàçiliyya, 328. 
Ibu Wad'd'àir, 292. 
Waddàn, 82. 
WàdiVAdhara, 26. 

— Berbàt, 327. 

— el-Kac-çàrin, 117, 357. 

— el-Malh\ 317. 

— Mat mata, 273. 

— Nefis, 304. 

— Seboù, 130. 

— Wargha, 130, 345. 

— ez-Zeytoùn, 96. 
Wàdlh, client de Cali.li, 97. 

— Megbàri, le page, 372-374. 
Aboù'l-Wahab b. «Amr, 233. 
Wabb b. Meherra Hadjari, 292. 
Ibn Wabb, 1. 



El-Wâhida ica'l-nioa'nisa, 226, 

Wàkidi, 42. 

Wancbericb, 263. 

Wànoùdin b. Khazroùn, Ifreni, 

374. 
El-Warràk, v. 'Abd el-Melik b. 

Moûsa. 
Wargha, 345. • 

Wàrkenfoù, 350. 

Warroù b. Sa'îd, 358, 382-384, 395. 
Wàsoùl b. Ibn Midràr, 215. 
Benoù Wekil, 328. 
El-Welid b. 'Abd el-Melik, 30, 31, 
34, 40, 41, 248. 

— b. Hichàm (Aboû Rekwa), 

380-382. 

— b. <Or\va, 69. 
'— b. Yezid, 61, 65. 

Ibn AboùM-Welid, 197. 

Benoù Yaghmoràsen, 70. 
Yahya b. 'Abd Allah b. Hasa'n, 97, 
101, 303. 

— b. 'Ali b. el-Andalosi, 378, 

379. 

— b. 'Awn b. Yoûsof, 225. 

— b. el-'Aziz billàh, hammà- 
dite, 464, 466. 

— b. Çoùlàt, 71. 

— b. Ghàniya, 477. 

— b. Ibrahim b: Kàsim, 340. 

— b. Idris bî Idris, 305. 

— b. ldrîs b. «Omar, 260, 307. 

— b. el-Kàsim b. Idris, 306, 
307. 

— b. Khàled Barmeki, 93. 

— b. Khalifa Milyàni, 336. 

— b. Mohammed b. 'Ali, 69. 



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- 517 - 



Yahya b. Moùsa, 105, 106. 

— b. Selama Kelbi, 46. 

— b. Temim b. el-Mo'izz, 450, 

454 et s., 480. 

— b. Yahya b. Mohammed, 

305. 
Aboù Yahya b. Karyâs Hawwàri, 

91. 
Ya'koùb b. Aflair, 284. 

— b. Dàwoùd, vizir, 93. 

— b. Ishàk, 301. 

— b. Lebib, 89. 

— b. Yahya, poète, 133. 

— b. Yoùsof b. Killis, 348. 
Yakt'în b. Moùsa, 106. 
Yakz'àn b. Aboû'l-Yak'zân, 209, 

284. 
Ya'la b. Faradj, 386, 387. 

— b. Ibrahim Arkochi, 443. 

— b. Mohammed Ifreni, 285. 

— Zenâti, 377. 
Yànis, le vizir, 432. 
El-Yasa' b. Aboù'l-Kàsim, 120. 

— b. # Meymoùn b. MidràY, 217. 

— b. Midràr, 210, 212, 214. 

— b. Semghoùn, 216. 
Yeçel b. Haboùs, 281, 284, 295. 
Yémen, 420. 

Yéménites et Mod'arites, 66. 
Ibu Yeser, 209. 
El-Yetim, 255. 

Yezid b. <Abd el-Melik, 45, 46. 
— ■ b. Hàtim Mohallebi, 82, 87- 
95, 100, 269, 479. 

— b. el-Mohalleb, 41. 

— b. Aboù Moslirn, 45, 478. 

— b. Oseyd b. Soleym, 90. 

— b. el-Welid, 61, 62. 



Aboù Yezid Makhled b. Keydàd,' 

277, 311, 312 et s. 
Ibn Yezid, 197. 
Youlyàn, 293. 
Yoùnos, juriste, 259. 

— b. <Abd el-A'la, 287. 

— b. Elyàs, 326 et s. 
Aboù Yoùnos, 241. 

Yoùsof b. <Abd Allah, le kàteb, 
353 et s. 

— b. <Abd Allah b. Moham- 

med, 360. 

— b. <Abd er-Rahmàn Fihri, 

66, 67, 70, 378. 

— b. 'Amir, 371. 

— b. Aboù Haboùs Çanhàdji, 

385 r 389, 394, 395. 

— g b. Hammàd Çanhàdji, 313. 

— Keznà'i, 377. 

— b. Mohammed b. Aboiri- 

«Arab, 382. 

— b. Aboù Mohammed, 357, 

359 et s., 362, 363. 

— b. Tàchefîn, 376, 377. 
Yoùsof b. Yahya Moghàmi, 280. 
Yoùsof b. AboùM-Yakz'àn, 284. 

— b. Ziri Bologgin, 332 et s., 
346 et s., 440, 480. 

Zàb d'Egypte, 56. 
— d'Ifrik'iyya, 56, 60, 84, 85, 87, 
100, 109, 111, 140, 156, 175, 232, 
278, 312, 377, 411. 
Aboù Za'bel b. Hichàm, 350. 

— Za'bel (canton d'), 387. 
Zaghwàn, 32. 

Ez-Zàhir, le fatimide, 401, 403, 404, 
410, 429. 



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- 518 - 



Aboù Zàki Temmàm, 209, 210, 227 

et s. 
Zawàgha, 136, 248, 282, 288, 290,- 

304. 
Zàwi b. Mennàd, 348. 

— b. Zirî (janhàdji, 348, 369, 
401. 
Zawila, 82, 449, 476. 
Zedjidj b. Màdghis, 71. 
Zemmoùr Berghawàti (Aboù Çà- 

lih), 324, 327. 
Zenàta, 33, 70 et s., 81, 222, 225, 

227, 230, 252, 269, 288, 289, 313, 

336, 347, 353, 358, 367, 370, 371, 

376, 381, 382, 391, 395, 409-412, 

445, 447. 
Aboù Zenboùr b. 'Ali, 258. 
Zerwàl b. Nacr, 352. 
Zeyd b. Sinàn Zenàti, 328. 
Zeydàn, 302, 378. 

— b. Ismà'il Azdi, 193. 
Ez-Zeytoùn, 103. 
Ziri b. 'Atiya Zenàti, 353, 359, 367, 

370, 371, 372, 374, 395. 



Ziri b. Felfoul, 374. 
Ziii b. Mennàd (janhàdji, 313, 440. 
Benoù Zirî, 348, 364. 
Ziyàd b. Khalfoùn, 209, 260. 
— b. Sahl (Ibn eç-(jaklabiyya), 

118, 120. 
Benoù Ziyàd, hawwàiites, 343. 
Ziyàdet Allah b. Aboù'l-Abbàs'Abd 

Allah Aghlabi, 179 et s. 

— b. <Abd Allah b. Ibrahim, 

233, 243, 244, 269, 479, 
480. 

— b. Ibrahim, 116, 118-136. 

— b. el-Kodeym, 335. 

— b. Mohammed b.el-Aghlab, 

147, 480. 

— b. Sa'id b. Idris, 249. 
Ez-Zobeyr b. Bekkàr, 94. 

Ibn Zobeyr (<Abd Allah), 67, 320. 
Benoù Zoghba, 441, 447. 
Zoheyr b. Kays, 18 et s., 478. 
Zor'a b. Aboù Modrik, 35, 36. 
Aboù Zoràra, 302. 
Ibn Zoràra, 233, 243. 



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ADDITIONS ET CORRECTIONS 

P. 46, 1 3 Usez « ... p rés ence, [P. 35] son acceptation... „. 

P. 54, J. 21, / W5 r «... <Okba GMfari ». 

P. 66, 1. d., supprimez ni. 

P. 67, 1. 1, Zise.- ni luttes. 

P. 85, 1. 17, au lieu de « [P. 28] », lises « [P. 65] ». 

I*. 108, 1. 20, Aboû'1-Arab ben Temim 4- <m u „ + ., . • . ,. 

d'Ibn Farhoùn (ms 5032 de P.™. ' H»' ^ dUM n °' ice 

P. 117, 1. 9, Z/^ (( McVmoûn ». 
P. 132, I. 8 et n. 1, Usez « Nakoûr ». 

P. Ib8, 1. 16, Uses « Dieu manifestera... ». 

P. 169, 1. 4, lues « aux lieu et place ». 

P. 192 15-7, la trad. Sauvaire porte (J. As., 188<> i iU\. „ v • 

sj?t d ' or pour ,e « de -— «• ^'^r;:ii^ 

Wàsifi Azdi (ms am rie ^ \ W^ • r*'" ben lîe >' d * n 

fait mourir en 292 ou 293, ié^cond I en 292 * "* ^^ le 

P. 209, 1. d., et 210, ]. 1, Uses «YakVàn >, 

p S' !" !; '^f« W <^™< « et-T-arzi ,,, voir p. 281, 1. 2. 
P. 272, 1. 11, l tees « Ibn el-Andalosi(l) ». 

P. 285, 1. 7 et 8, lises « Yeçel » et » Yerfd » 

P. 305, 1. 7, lises « d'El-Habat' ». 
', P. 311, 1. 9, lises « Er-Romàuiyya ». 
j P. 330, n. 2, ajoutes « cf. ZDMG, 1887, p 53 » 

\ P fnp' '' 5 9 en r baS ' '*":' " Ce ' UWà * aU " eu de « CRlui -i '»• 
, P. i09, n. 2. Les notions indispensables concern-»nt Ip« tmah-. 
• «traite, de Meerte, sont exposées dans ,a £?% ££, ^ 'p".? 
P. 415, u., &*« « i 88 o, i, 438 ». ' •' p - "• 

p "!' ,'• f," 6 '" n -' li 17 " f, ' agme,lt d ' U " ° UVrage ma » us <rit ». 
x! 332,: Ç1 ' y ^ SÎtUé Cntre Mehdi ^ a «*«<« (Ibn el-Alhir, 

Alger. - Imprimerie Orientale, P. F „», ana et c», rue d'Orléans, 29. _ W9M " 



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